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04. Roman noir

  • BRET ANTHONY JOHNSTON : LA LUMIERE ET LES TENEBRES.

    IMG_4917.jpegSi l’on a pu voir ou lire toute une kyrielle de reportages consacrés au siège de Waco au Texas, les romans dédiés à cet événement tragique ne sont guère nombreux pour ne pas dire inexistants, ce qui fait que La Lumière Et Les Ténèbres de Bret Anthony Johnston ne pouvait manquer de susciter une curiosité certaine. Natif de Corpus Christi, ville côtière texane qui donnera d’ailleurs son titre à son premier recueil de nouvelles, Bret Anthony Johnston, outre son activité d’enseignant en écriture créative notamment à l’université d’Harvard, est l’auteur de cinq romans dont Souviens-Toi De Moi Comme Ça (Albin Michel 2016), son avant-dernier et unique ouvrage traduit en français abordant le thème de la disparition qui a été salué par John Irving. Ainsi, après un silence de plus d’une dizaine d’années, le romancier texan revient donc sur cette confrontation de 51 jours qui opposa l’ATF et le FBI à cette secte religieuse dirigée par Vernon Wayne Howell plus connu sous le nom de David Koresh. En 1993, outre les images des deux assauts qui ont fait le tour du monde, le bilan tragique qui en découla, la gabegie des autorités fédérales et la folie de ce gourou charismatique, c’est la première fois que l’on prenait la mesure de l’ampleur, aux Etats-Unis, de ces courants extrémistes religieux ou politiques, parfois les deux, farouchement opposés à la moindre incursion gouvernementale quitte à prendre les armes pour faire valoir leurs propres lois. C’est donc autour de ce déchaînement de fureur apocalyptique, que Bret Anthony Johnston met en scène une intrigue prenant la forme d’une romance aux connotations shakespeariennes, digne émanation de Roméo et Juliette transposée dans cette région désolée du Texas qui devient le théâtre de cet amour naissant entre deux jeunes gens dont les communautés s’opposent tout en s’agrégeant de manière immuable dans cette spirale de violence rejaillissant dans La Lumière Et Les Ténèbres au cours de ce qui apparaît comme le plus grand combat sur sol étasunien depuis la guerre de sécession.

     

    IMG_4661.jpegEn 1993, du côté de Waco au Texas, Perry Cullen, que tout le monde surnomme l’Agneau, a rassemblé toute une communauté qui voit en lui la réincarnation du prophète. Pour lui, certains d’entre eux ont cédé leurs économies tandis que d’autres ont quitté leur conjoint pour se tourner vers ce leader charismatique qui se prépare à la fin des temps en rassemblant un impressionnant stock d’armes et de munitions qu’il entasse dans cette propriété reculée du comté. Arrivée de Californie avec sa mère, fervente adoratrice de Perry Cullen, Jay s’aperçoit rapidement que le gourou a davantage de vue sur elle, ce qui fait qu’elle l’accompagne régulièrement sur les bourses aux armes qu’ils écument dans toute la région. C’est lors d’un de ces sorties que la jeune adolescente rencontre Roy, le fils du shérif du comté qui éprouve une attirance réciproque à mesure que la tension s’accroit entre la secte et les forces de l’ordre bien décidées a investir les lieux afin de saisir les armes illégales que Perry Cullen détiendrait au sein de son domaine sur lequel il règne sans partage. Dans cette spirale de confrontations ténébreuses, les deux amant parviendront-ils à retrouver la lumière qui les unira à nouveau.

    S’il s’agit d’une fiction, Bret Anthony Johnston reprend avec précision la majeure partie des événements du siège de Waco qui vont alimenter l’intrigue de La Lumière Et Les Ténèbres s’articulant autour du point de vue de Jay, fille d’une disciple de Perry Cullen, en alternance avec celui de Roy fils du shérif du comté éprouvant tous deux un amour naissant en dépit des divergences opposant leurs entourages réciproques. On notera également que l’ensemble des protagonistes sont fictifs, même si Perry Cullen présente de très grandes similitudes tant dans son parcours que dans ses traits de caractère avec David Koresh et plus particulièrement pour ce qui concerne sa fascination pour les armes et sa folie destructrice qui s’inscrit dans une démarche apocalyptique dont il est d’ailleurs fait référence dans les quatre parties composant le texte avrc des titres faisant référence à la couleur de robe des quatre chevaux de l’apocalypse. Tandis que l’on suit les aléas de cette romance rugueuse, Bret Anthony Johnston a eu la bonne idée d’intégrer les entretiens d’un mystérieux podcaster qui retrace les péripéties de cette confrontation en interrogeant les différents protagonistes impliqués dans cet imbroglio tragique qui laisse  place à une immense amertume que l’on ressent de manière assez intense, ce qui permet au lecteur d’anticiper certains éléments du récit tout en se demandant ce qu’il va advenir de Jay et de Roy. On observe ainsi une certaine distance avec les événements qui s’enchainent au gré d’une fureur qui apparaît de manière lointaine, presqu’en filigrane du parcours de ces deux adolescents plongés bien malgré eux dans cette spirale de violence qui prend de plus en plus d’essors. Tout cela se décline sur la base d’une écriture pragmatique, redoutable d’efficacité qui nous permet d’appréhender l’atmosphère explosive qui imprègne les lieux mais également de la fragilité d’individus à la marge qui trouvent un échappatoire social au sein de ces mouvances extrêmes. A partir de là, on distingue la défiance des membres de cette secte envers des autorités fédérales dépassées faisant preuve d’une maladresse crasse comme le relève le shérif qui tente en vain de contenir la montée en puissance d’une confrontation immuable. Finalement, c’est cette alchimie de folie et d’incompétence qui transparait tout au long d’un roman prenant où les événements s’enchainent en arrière-plan de cette relation qui se noue entre deux adolescents dont on saisi le désarroi bien évidemment, mais également cette volonté farouche de s’extraire de cette impasse dans laquelle ils se trouvent malgré eux, en défiant leurs proches dont les certitudes vacillent, comme dépassés par la fureur des confrontations qu’ils ne maitrisent plus du tout. Si la tonalité du texte reste sobre de bout en bout, on regrettera un épilogue qui traine un peu en longueur en prenant davantage une allure « dysneylandienne » que shakespearienne où transparait un léger manque de crédibilité qui se met au service d’un récit imprégné d’une tension palpable mais qui ne demeurera pas inoubliable.

     

    Bret Anthony Johnston : La Lumière Et Les Ténèbres. Editions Albin Michel/Collection Terres d’Amérique 2026. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Charles Bonnot.

    A lire en écoutant : Riders On the Storm de The Doors. Album : L.A.Woman. 2021 Rhino Entertainment Compagny.

  • David Peace : Munichs. Les Busby Babes.

    Capture d’écran 2026-06-21 à 16.54.22.pngIl ne s’agit pas de savoir si vous aimez ou pas le football au cas où vous vous aventureriez à lire la trilogie consacrée à ce sport emblématique de la société britannique dont il restitue avec minutie le contexte sociale d’une époque s’étalant entre les années cinquante et les années quatre-vingt. C’est d’ailleurs ce qui rejaillit dans l’ensemble de l’oeuvre de David Peace, cette puissance de fond sociale qui transcende ses textes, que ce soit la tétralogie du Yorkshire, retraçant cette période sombre où sévissait Peter Suscliff, tueur en série qui terrorisa cette région où le romancier a vécu toute sa jeunesse avant de s’établir au Japon qui deviendra le cadre de la trilogie nippone restituant par le prisme de trois faits divers, l’époque tourmentée d’un pays se relevant des affres de la seconde guerre mondiale. A cela s’ajoute la dimension politique d’un romancier engagé qui s’incarne particulièrement dans GB 84 (Rivages/Noir 2009) où l’on découvre l’ampleur de cette grève des mineurs luttant contre la montée d’un libéralisme effréné conduit d’une main de fer par une Margareth Tatcher au fait de son pouvoir gouvernemental. Et puis il y a cette douleur et cette folie que l’on découvre dans chacun des romans de David Peace et qui prennent l’ascendant, notamment autour de Patient X (Rivages 2024), biographie romancée de Ryūnosuke Akutagawa, figure légendaire de la littérature japonaise dont le destin s’agrège à celui du pays qu’il arpente  notamment lors du séisme du Kantō de 1923 qui ravagea la ville de Tokyo. On retrouve tout cela dans Munichs son nouveau roman qui complète donc ce qui apparaît désormais comme une trilogie dédiée au ballon rond, véritable institution britannique, débutant avec 44 Jours (Rivages/Noir 2010) qui se consacre à la trajectoire éclaire de Brian Clough en tant que manager de Leeds United tandis que le superbe Rouge Ou Mort (Rivages/Noir 2014) se focalisait sur le parcours de Bill Shankly, entraineur légendaire du Liverpool Football Club. Abordant le deuil, la douleur de la perte, le remord des survivants et cette lente résilience incertaine, David Peace transcende ces thèmes autour de Munichs qui se penche sur le tragédie qui a frappé le Manchester United Football Club en 1958  avec le crash d'un avion, lors d'une escale à Munich, décimant un grand partie de l'équipe et du staff ainsi que plusieurs journalistes qui les accompagnaient dans ce qui va apparaître comme un véritable drame aux dimensions nationales.

     

    david peace,munichs,éditions rivage,littérature noire,blog mon roman noir et bien serré,chronique littéraire,blog littéraire,lecture 2026,littérature anglaiseLe 6 février 1958, le pilote du vol 609 de la British European Airways, s'évertue à tenter de faire décoller son avion à trois reprises sur la piste de l'aéroport de Munich en proie aux intempéries hivernales. Mais la troisième tentative va se révéler tragique, puisque l'appareil s'écrase en faisant 23 morts dont 11 membres de l'équipe de Manchester United. Mais au cours de cette escale qui les ramenait en Angleterre, il y a aussi 21 survivants dont 8 joueurs et leur manager Matt Busby qui doivent se remettre de leurs blessures, dont certaines sont extrêmement graves. Et puis il y a le trauma à surmonter avec cette culpabilité lancinante d'avoir survécu qui se conjugue avec un sentiment d'injustice pour ceux qui vont revenir au pays, dans cette atmosphère d'après-guerre où le football  fait figure d'institution, plus particulièrement au sein d'une classe ouvrière véritablement marquée par cette catastrophe brisant l'élan de cette équipe adulée que tout le monde surnomme affectueusement les Busby Babes. Il faut dire que ces joueurs incarnaient le sentiment d'appartenance de toute une nation désormais endeuillée. Mais les compétitions se poursuivent et il s'agit de recomposer l'équipe en intégrant des joueurs marqués par l'événement qui doivent affronter les équipes adverses tout en composant avec les souvenirs des morts qui affleurent en permanence. Mais peut-on se relever d'une telle tragédie et remporter le championnat d'Angleterre dans de telles circonstances ?

     

    david peace,munichs,éditions rivage,littérature noire,blog mon roman noir et bien serré,chronique littéraire,blog littéraire,lecture 2026,littérature anglaiseSur la couverture sublime, il y a Edward Duncan qui s'élève vers le ballon tandis qu'en arrière plan, on distingue un public massé sur les gradins afin admirer le jeu de ce footballeur exceptionnel dont on s'accordera à dire que la posture prend l'allure d'un art similaire à celui d'un danseur étoile. Et c'est autour du destin tragique de ce joueur et de celui de ses coéquipiers du Manchester United, que David Peace se focalise avec Munichs, livre hypnotique, qui retrace donc l'histoire de cette catastrophe aérienne qui a marqué l'entièreté d'un pays bouleversé par cette tragédie et dont on va percevoir l'intensité du chagrin en adoptant le point de vue des membres l'équipe qui ont survécu au crash et de celles et ceux qui sont restés à Manchester. Parmi tous ces regards, on s'attardera sur celui des mères et des fiancées de ces jeunes hommes fauchés dans la fleur de l'âge alors que certains d'entre eux s'apprêtaient à fonder une famille tandis que d'autres laissent des enfants désormais privés de leur père. Ainsi de l'intimité de l'individu qui se morfond dans sa culpabilité d'avoir survécu à la pesante ferveur de ces hommes et de ces femmes composant la foule qui encadre ces convois funéraires traversant les villes endeuillées du pays, on ressent ce sentiment de douleur qui rejaillit de ce texte hypnotique au style inimitable qui s'inscrit une fois encore dans cette formidable scansion s'agrégeant au rythme de ce récit prenant. Débutant sur les instants hallucinants de ces passagers et membres de l'équipage s'extrayant de la carlingue éventrée de l'avion, au milieu des corps mutilés, on suivra donc le parcours  de chacun d'entre eux jusqu'à cette finale du championnat d'Angleterre dans ce qui apparaît comme une fresque prodigieuse où il est question de football bien évidemment mais également de cette courbe de deuil, propre à chacun des protagonistes et que David Peace, restitue avec une minutie insensée, pour mieux nous immerger dans le contexte sociale de cette époque de l'après-guerre où les morts, fantômes omniprésents au sein de la ville de Manchester, côtoient les survivants évoluant dans un maelström de sentiments douloureux et où les matchs deviennent une espèce d'exutoire chargé de ferveur. A partir de là, s'enclenche une véritable performance de tension qui s'articule autour des enjeux d'un championnat où l'on prend la mesure de cette solidarité qui anime une communauté soudée autour de son club qui dépasse les frontières de la ville pour se diffuser à travers toute une nation dans laquelle évolue Jimmy Murphy, entraîneur adjoint charismatique du légendaire Matt Busby, qui s'acharne à reconstituer cette équipe décimée en s'attachant particulièrement aux joueurs qui ont survécus dont Bobby Charlton autre légende du football anglais qui va transcender les foules. Mais si l'on partage l'exaltation incandescente qui anime le david peace,munichs,éditions rivage,littérature noire,blog mon roman noir et bien serré,chronique littéraire,blog littéraire,lecture 2026,littérature anglaisestade d'Old Trafford lors des matchs, David Peace s'attarde également sur le quotidien de ces footballeurs extrêmement proches de leurs supporters qui peuvent jouer dans les rues des Manchester avec les jeunes du quartier et qui vivent dans le même environnement social, puisque issus, pour la plupart, de milieux extrêmement modestes dont ils ne se sont guère éloignés. Et c'est tout cela que l'on retrouve dans Munichs, où la lettre s devient l'incarnation de la trajectoire de chacun des rescapés de cette tragédie qui n'a rien d'une ode mystique dédiée au foot que David Peace dépeint avec cette lucidité foudroyante où l'on perçoit aussi quelques zones d'ombre à l'instar de ces entraîneurs d'équipes adverses estimant que les dirigeants du Manchester United exploitaient à des fins stratégiques la compassion dont bénéficiait le club ou de ces supporters scandant "Munich ! Munich !" afin de déstabiliser la formation lorsqu'elle jouait à l'extérieur. Parce qu'il transcende les sujets comme personne d'autre ne saurait le faire, il n'est pas nécessaire d'être un aficionados du ballon rond pour prendre la mesure de Munichs, roman exceptionnel d'un David Peace, au sommet de son écriture, qui reconstitue avec une minutie démentielle les instants d'une époque révolue, comme en témoigne l'impressionnante bibliographie qu'il a absorbée pour nous en restituer la quintessence émotionnelle qui ne manquera pas de vous faire frémir. Dans la maîtrise littéraire, il s'agit ni plus ni moins que d’un modèle du genre. 

     


    David Peace : Munichs. Editions Rivages 2026. Traduit de l'anglais par Isabelle Maillet.

    How High The Moon interprété par Ella Fitzgerald. Album : Ella at Zardi's (Live 1956). A Verve Rec ordsrelease; 2017 UMG Recordings, Inc.

  • Hervé Le Telliez : L’anomalie. Dissolution.

    IMG_4597.jpeg« Il est une chose admirable qui surpasse toujours la connaissance, l’intelligence, et même le génie, c’est l’incompréhension. »

    Victør Miesel - L’Anomalie

     

    Il y a parfois des lectures où vous jubilez tellement, où vous éprouvez un tel plaisir que vous vous demandez, en milieu de parcours, s’il n’y aura pas une petite faiblesse, une faille, quelques temps morts où même une déception une fois arrivé au terme de l’intrigue. Sans rien dévoiler de ce récit prenant, on peut admettre sans coup férir que L’anomalie d’Hervé Le Tellier fait partie de ces romans captivants de bout en bout qui s’inscrivent dans ce qui apparait comme la conjugaison parfaite de la créativité, du style et de la narration qui semble avoir convaincu tant les jurés du Goncourt 2020 que les nombreux lecteurs qui ont fait l’acquisition de ce roman singulier qui se serait vendu à plus d’un million d’exemplaires. Alors bien sûr qu’il y aura quelques esprits chagrins pour vous expliquer qu’ils n’ont rien capté à ce texte dont ils ne saisissent pas l’engouement qu’il a pu susciter au sein d’une masse forcément aveuglée par le succès relayé par la kyrielle de médias qui ont encensé L’Anomalie. On trouvera pourtant quelques explications en s’attardant sur le parcours d’Hervé Le Tellier, de sa formation de mathématicien, puis de journaliste jusqu’à ce qu’il obtienne un doctorat en linguistique en se spécialisant dans les littératures sous contrainte qui l’amèneront au sein de l’OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle) dont il assure la présidence en 2019 pour ce groupe littéraire fondé en 1952 par le mathématicien François Le Lionnais et l’écrivain, poète Raymond Quenaud. Et c’est en s’articulant autour de cette interrogation sur la littérature sous contrainte que vont apparaître quelques oeuvres emblématiques à l’instar de Cent Mille Milliards De Poèmes de Raymond Queneau permettant au lecteur de composer ses poèmes dont je vous laisse deviner le nombre de possibilités, de La Disparition de Georges Perec où la lettre e ne figure sur aucune des trois cent pages du texte et de La Vie Mode D’Emploi, du même auteur, où l’on suit la vie des habitants évoluant dans l’environnement d’un immeuble parisien en adoptant dans leurs déplacements  le mouvement du cavalier d’un jeu d’échec. C’est donc toute cette culture oulipienne que l’on va retrouver dans L’anomalie qui se décline autour de la personnalité de onze passagers d’un avion, représentatifs d’autant de genre littéraire que ce soit le thriller, et le roman policier, la science fiction et l’anticipation, le roman psychologique et intimiste, l’espionnage et l’intrigue géopolitique, l’hommage à la littérature blanche et au récit introspectif, ainsi qu’au roman philosophique s’interrogeant ni plus ni moins quant à la nature de notre existence.

     

    IMG_4559.jpegA bord de ce vol Air France Paris New-York AF006, on s’attardera sur quelques individus parmi le 243 passagers qui ont embarqué dans cet avion qui se trouve soudainement pris dans une gigantesque turbulence aux dimensions colossales que l’on ne peut contourner. Il y a Blake, le tueur à gage, Victor Miesel écrivain reconnu mais sans succès, Lucie Boagert une monteuse pour le cinéma qui accompagne André Vannier, un architecte de renom, Joanna Wood, une avocate afro-américaine qui a intégré un grand cabinet juridique, Slimboy un chanteur nigérian contraint de vivre dans le mensonge pour dissimuler son homosexualité, Sophia Kleffman une fillette de six ans qui doit composer avec les traumas d’un père vétéran de la guerre d’Irak et d’Afghanistan et David Markle, pilote de ligne qui tente de s’extraire du piège dans lequel il s’est engouffré avec l’avion dont il est le commandant de bord. Mais une fois qu’ils ont atterri, l’ensemble des occupants de l’avion vont être confronté à un événement qui les dépassent. Et pour répondre aux questions que le monde entier ne manquera pas de se poser, les autorités américaines vont faire appel à Meredith Harper et Adrian Miller, deux scientifiques qui ont rédigé les bases du protocole 42 désormais chapeauté par l’armée et le FBI et qui ont remisé le Boeing 787 et ses occupant dans un hangar. Qu’elle est cette anomalie qui va bouleverser toutes nos certitudes ?

     

    hervé le tellier,l’anomalie,éditions gallimard,éditions folio,prix goncourt,chronique littéraire,blog min roman noir et bien serré,blog littéraire,thriller,roman noir,roman fantastique,science fiction,anticipation,lecture 2026Quelle que soit la multitude de genres qu’il pastiche et auxquels il rend hommage avec un plaisir évident, L’anomalie, véritable page-turner aussi dense que passionnant, s’inscrit finalement comme une expérience de pensée où le lecteur s’interrogera forcément sur ce triptyque existentiel de savoir qui nous sommes, d’où nous venons et où nous allons et auquel Hervé Le Tellier va apporter une réponse singulière, s’inspirant de la théorie du philosophe suédois Nick Bostrom dont je vous laisserai découvrir le postulat, une fois le livre terminé. Et puis il y a cette multitude de mises en abime jalonnant ce texte aussi singulier que redoutable de maîtrise, à l’instar de cet épigraphe de Victør Miesel, protagoniste de l’intrigue, qui a publié en 2021 un roman devenu best-seller, intitulé L’Anomalie, soit un an après la publication du présent ouvrage. On y trouve également toute un multitude de clin d’oeil aux oeuvres de Raymond Quenaud dont les titres des trois parties composant le livre sont extraits de ses poèmes tandis que d’autres font allusion à l’oeuvre de Georges Perec, notamment au terme de ce calligramme mystérieux, chargé de symboles, qui met un terme à cette intrigue s’achevant de manière tout simplement magistrale.  Et bien que foisonnant et protéiforme en abordant toute une multitude de sujets qu’il serait vain d’énumérer, il faut saluer la grande tenue de cette histoire qui se lira quasiment d’une traite au gré d’une mise en scène littéraire extrêmement imagée qui donne cette sensation de s’immerger dans une série audiovisuelle chargée de tension. Au travers de personnages bien charpentés, on plonge donc avec fébrilité dans ce récit choral d’où émane parfois quelques tonalités ironiques à l’exemple de cette conversation lunaire entre un président des Etats-Unis et son homologue français se révélant guère éloigné de ce qui nous est rapporté dans l’actualité du moment.  Il y a finalement quelque chose de véritablement vertigineux à lire L’anomalie qu’il faudra faire ressurgir de votre bibliothèque pour les inconscients comme moi qui aurait relégué l’ouvrage dans les fins fond des rayonnages ou pour celles et ceux qui voudraient capter quelques références aussi amusantes que mystérieuses qui rejaillit de la trajectoire fabuleuse de ces protagonistes qui vont faire face à eux-mêmes au gré de circonstances déroutantes qui vous laisseront sans voix. A lire ou à relire avec le même enthousiasme qui vous fait dire que la littérature a décidément de beaux jours devant elle, n’en déplaise à celles et ceux qui se penchent sur son cadavre.

     

    Hervé Le Tellier : L’anomalie. Editions Gallimard 2020.

    A lire en écoutant : Decks Dark de Radiohead. Album : A Moon Shaped Pool. XL Recording 2016.

  • Victor Del Árbol : Le Temps Des Bêtes Féroces. Partie de chasse.

    victor del arbol,le temps des bêtes féroces,actes sud,actes noirs,blog littéraire,blog mon roman noir et bien serré,parution 2026,littérature espagnole,roman noir,roman policier,littérature noire,chronique littéraire,festival libri mondiLecture dans le cadre du festival Libri Mondi broie du noir (30 mai 2026).

     

    Chez Actes Sud, le marketing a ses raisons que la raison ignore, ce qui fait qu'Aux Animaux La Guerre (Babel 2026), premier roman de Nicolas Mathieu, a désormais intégré la collection blanche de Babel en se débarrassant ainsi de l'infâme label noir qui ornait sa couverture faisant d'ailleurs l'objet d'une nouvelle illustration afin de célébrer ce transfert salutaire. On rétorquera que le récit se situait à la lisière des genres avec une connotation sociale extrêmement dense qui semble donc avoir supplanté les codes du roman noir. Et il est vrai que plusieurs auteurs de la collection Babel Noir se placent à la frontière de ces fameux codes de la littérature noire à l'instar de Victor Del Arbol que l'on découvrait, il y a de cela 15 ans avec La Tristesse Du Samouraï (Babel noir 2013) qui s'inscrivait davantage dans un registre de roman noir aux accents mélancoliques que de pur polar, un paradoxe pour celui qui a exercé la profession de policier durant une vingtaine d'année en tant que patrouilleur auprès de la police autonome catalane avant d'intégrer la brigade des mineurs puis d'officier au sein du service de protection des hautes personnalités. Un parcours d'autant plus atypique pour celui qui fut, dans sa jeunesse, séminariste durant cinq ans avant de bifurquer vers un cursus universitaire où il obtint une licence en histoire auprès de l'université de Barcelone. Et c'est probablement cette trajectoire peu commune qui imprègne l'oeuvre singulière de celui que l'on peut considérer comme un romancier d'envergure, tant en France qu'en Espagne et dont certains ouvrages furent récompensés de quelques prix prestigieux comme le Grand Prix de la Littérature Policière célébrant Toutes Les Vagues De L’Océan (Babel noir 2017), tandis que le prix Nadal, équivalent du prix Goncourt en Espagne, rendait hommage à La Veille De Presque Tout (Babel noir 2019), autre roman majeur de Victor Del Árbol qui puise son inspiration dans les aspects sombres de l'histoire contemporaine rejaillissant immanquablement dans le passif de personnages à la fois complexes et nuancés. Et alors que ses huit premiers livres étaient des récits indépendants, son dernier ouvrage, Le Temps Des Bêtes Féroces, marque un tournant en rassemblant les personnages de son livre précédent, Personne Sur Cette Terre (Actes Noir 2025), qui met notamment en scène un sicario à la fois nihiliste et  mystérieux, donnant son titre à ce qui s'annonce comme la trilogie du tueur à gage sans nom.

     

    victor del arbol,le temps des bêtes féroces,actes sud,actes noirs,blog littéraire,blog mon roman noir et bien serré,parution 2026,littérature espagnole,roman noir,roman policier,littérature noire,chronique littéraire,festival libri mondiEn cette belle soirée printanière, alors qu’elle vient de terminer son service au sein de l’hôtel où elle travaille, la jeune femme fait un détour pour rentrer chez elle à vélo en empruntant la route escarpée qui longe la côte de Lanzarote. Mais l’escapade tourne court lorsqu’une voiture la percute violemment en la laissant pour morte, avant de prendre la fuite. Fraichement muté sur l’île alors qu’il est proche de la retraite, c’est au sous-inspecteur Soria qu’échoit l’enquêtede délit routier qui prend une toute autre envergure lorsqu’il s’aperçoit que la victime s’est enfuie sans demander son reste. Il faut dire que l’enquête déclenche aux quatre coins du monde toute une série d’événements apparement sans lien qui vont pourtant trouver leur origine, 15 ans plus tôt, dans cette tragédie qui a frappé ce couple, accompagné de leurs deux enfants, qui parcourait la crête des montagnes Volujak marquant la frontière entre le Montenegro et la Bosnie-Herzégovine en proie à une guerre ethnique qu’ils cherchent à fuir. 

    victor del arbol,le temps des bêtes féroces,actes sud,actes noirs,blog littéraire,blog mon roman noir et bien serré,parution 2026,littérature espagnole,roman noir,roman policier,littérature noire,chronique littéraire,festival libri mondiIl importe de souligner qu’il est impératif de lire Personne Sur Cette Terre avant d’entamer Le Temps Des Bêtes Féroces où l’on retrouve donc l’ensemble des protagonistes, quelques années plus tard, et dont il s’agit  d’assimiler les trajectoires afin de saisir les motivations qui le poussent à agir d’une certaine manière en fonction des événements qui surviennent dans le cadre d’un récit extrêmement dense qui nécessitera une certaine concentration afin de ne pas se perdre dans la multitude de personnages qui alimentent une intrigue en forme de puzzle, se révélant parfois un peu confuse. Et pour celles et ceux qui ont lu l’ouvrage précédent, il y a de cela presqu’une année, il ne sera pas superflu de le parcourir rapidement pour s’imprégner à nouveau du contexte général, à savoir la mondialisation du crime organisé s’agrégeant à l’univers entrepreneurial à l’échelle internationale en plein essor. A partir de là, il faut prendre conscience que que Le Temps Des Bêtes Féroces va nous entraîner d’un pays à l’autre que ce soit l’Espagne bien sûr, mais également le Mexique, les Etats-Unis ainsi que l’Italie qui vont donner corps à cette mondialisation criminelle. Mais l’intrigue se focalise également sur les territoires de l’ex-Yougoslavie, devenant le théâtre, durant la guerre qui a déchiré  le pays, d’exactions abjectes faisant d’ailleurs l’objet d’enquêtes récentes défrayant l’actualité et que l’on ne révélera pas afin de ne pas gâcher la lecture du roman. Comme à l’accoutumée, ce sont les réminiscence du passé qui vont animer la galerie d'individus que l’on a plaisir à retrouver, à l’instar de ce mystérieux tueur à gage mexicain dont certains aspects de sa personnalité vont nous être dévoilés. On en saura également davantage sur le sous-inspecteur Soria qui va conduire cette enquête complexe où il côtoiera son ancienne partenaire, Virginia Ortiz, travaillant désormais pour son père, à la tête d’un gros consortium d’entreprises qu’il dirige d’une main de fer. C’est autour de la personnalité de cette femme ambivalente que Victor Del Árbol va aborder le thème de l’éthique professionnelle se heurtant à la loyauté vis à vis de la famille dans ce qui va apparaître comme un conflit intérieur par rapport à l’image que cette cheffe d'entreprise veut donner à l’extérieur et plus particulièrement auprès de sa fille avec laquelle elle va tenter de se rapprocher tout en préservant ses acquis. Si l’on s’égare parfois dans les méandres d’une intrigue touffue, le romancier fait en sorte de cadrer ce récit en dépit de petites confusions dans les prénoms durant des échanges entre les protagonistes (page 333) qui sont vraiment trop nombreux ce qui fait que certains d’entre eux perdent de leur substance à l’exemple de Julián Leal qui apparaît comme un fantôme impavide. Il n’en demeure pas moins que les mécanismes du récit fonctionnent parfaitement afin de mettre en lumière l’ensemble de ces prédateurs cruels asservissant leurs entourages respectifs qui vont s’agréger les uns aux autres  pour former cette caste redoutable d’ultra riches, véritables bêtes féroces, régnant  sans partage sur le monde qui nous entoure et dont le temps ne semble pas compté. On aura la réponse avec le troisième volume qui a déjà paru en Espagne au mois de janvier 2026 sous le titre Las Buenas Intenciones auprès de la maison d’éditions Destino et dont on attend bien évidemment la traduction en français avec une fébrile impatience. En attendant, vous pouvez vous  rendre au festival Libri Mondi broie du noir qui se tiendra le samedi 30 mai 2026 à Luri en Corse, où vous aurez l’occasion de rencontrer avec Victor Del Árbol qui se livrera sur son travail d'écriture, ceci dès 14h00.

     

    Victor Del Árbol : Le Temps Des Bêtes Féroces (El Tiempo de las Fieras). Editions Actes Sud/Collection Actes Noirs 2026. Traduit de l'espagnol par Alexandra Carrasco.

    A lire en écoutant : If I Should Fall Behind de Bruce Springsteen. Album : Lucky Town. 1992 Bruce Springsteen.

  • NICOLÁS FERRARO : ÁMBAR. CICATRICE.

    Capture d’écran 2026-04-25 à 12.52.41.pngIl est souvent question de réalisme magique, lorsque l’on évoque la littérature sud-américaine, s’agissant d’un courant littéraire dépassant la cadre des frontière et qui s’incarne notamment dans l’oeuvre de quelques personnalités de ces contrés lointaines à l’instar du romancier colombien Gabriel Garcia Márques, bien évidemment, même si l’on peut également mentionner Carlos Fuentes, écrivain mexicain, de l’argentin Jorge Luis Borges et d’Isabel Allende originaire du Chili. Mais on parlera plutôt de réalisme social, parfois âpre, imprégné de dureté s’incarnant dans une littérature noire assez brutale s’employant à dénoncer les carences des crises économiques, les affres des dictatures, la corruption et la violence qui en découlent en frappant les populations les plus précaires. Autant de sujets sensibles prenant pour décor des territoires méconnus comme cette ville de Belém, à la lisière de la forêt amazonienne qui revient dans chacun des romans du brésilien Edyr Augusto dont Pssica (Asphalte 2017) qui a fait l’objet d’une adaptation pour une série Netflix, ou de Santiago, capital du Chili qui devient le terrain de jeu de Santiago Quiñones, un inspecteur survolté, que Boris Quercia met en scène dans une trilogie déjantée. Il faut également mentionner Managua, capitale du Nicaragua qui devient le théâtre des enquêtes de l’inspecteur Dolores Morales se déclinant également sur l’espace d’une sombre trilogie de Sergio Ramirez.  Pour ce qui est des thèmes sensibles, les femmes ne sont pas en reste puisque la brésilienne Patricia aborde dans Celles Qu’On Tue (Buchet-Chastel 2024), le sujet des violences faites aux femmes tandis qu’Eugenia Almeida fait rejaillir les relents du passé dictatorial de l’Argentine que l’on perçoit dans La Casse (Métailié 2024) et plus particulièrement dans L’Echange (Métailié 2016). On retrouve un peu de tout cela dans le catalogue de la collection Rivages/Noir nous permettant de nous rendre à Buenos Aires avec Ernesto Malo ou à Mexico en compagnie de Paco Ignacio Taibo II, et plus récemment, dans les contrée perdues du nord de l'Argentine, à la frontière du Brésil et du Paraguay, lieu propice de toutes les contrebandes, comme on l'a découvert dans Notre Dernière Part De Ciel (Rivages/Noir 2023), premier roman traduit en français de Nicolás Ferraro, qui prend l'allure d'un western où l'on croise toute une multitude d'individus coriaces réglant leurs comptes dans une déflagration de violence sèche et brutale, sur fond de trafic de drogue, objet de toutes les convoitises. C'est dans cette même région "de nulle part" qu'évolue Ámbar, une jeune fille de 15 ans, qui donne son nom à ce second roman marquant donc le retour de ce jeune romancier que l'on considère déjà comme l'une des grandes voix du néo-noir argentin et qui officie également comme coordinateur des littérature policière de la bibliothèque nationale du pays.

     

    nicolas ferraro,ambar,éditions rivages,littérature noire,roman noir,roman argentin,blog littéraire,chronique littéraire,blog mon roman noir et bien serré,parution 2026,littérature sud américaineCe qu'Ámbar sait faire de mieux à 15 ans, c'est cautériser les blessures de son père qui vient de se prendre une balle dans le bras. Il faut dire que Víctor Mondragón est un truand peu commode que ne fait guère de cadeaux à ses adversaires. Quand bien même, la jeune adolescente aspire à une autre vie, plus en phase avec son âge, qui la dispenserait d'endosser de fausses identités ou de séjourner dans des motels pourris sans jamais avoir d'attache du fait de déménagements aussi fréquents que soudains. Mais les choses ne vont pas s'arranger puisque Víctor s'est mis en tête de venger son meilleur ami qui a perdu la vie lors d'un règlement de compte plutôt sanglant où lui même a été blessé. Ainsi, père et fille se lancent sur les routes cabossées de cette partie reculée de l'Argentine, en quête de renseignements afin de localiser son adversaire qui s'est mis à l’abri et qui semble bénéficier de quelques appuis. Mais cela importe peu, car si les personnes ne se montrent pas assez coopérantes, Victor Mandragon peut faire preuve d'une grande force de persuasion afin de les inciter à changer d'avis. C'est comme cela qu'Ámbar va apprendre à connaître davantage son père. Pas de quoi se réjouir.

     

    nicolas ferraro,ambar,éditions rivages,littérature noire,roman noir,roman argentin,blog littéraire,chronique littéraire,blog mon roman noir et bien serré,parution 2026,littérature sud américaineDans ce texte, Nicolás Ferraro met en place une intrigue qui s’articule autour des rapports entre une fille et son père, un truand sans pitié qui l’entraine dans son parcours punitif, en quête de celui qui a assassiné son partenaire. En adoptant exclusivement le point du vue d’Ámbar tout au long de l’intrigue, on percevra la violence, les interrogatoires musclés ainsi que les règlements de compte d’une manière un peu plus édulcorée, même si le regard que la jeune fille porte sur son environnement est sans illusion et dépourvu de la moindre naïveté. Confrontée à ce monde de malfrats, Ámbar en adopte certains codes, afin de soutenir un père auquel elle est irrésistiblement attachée en dépit  de la rudesse dont il fait preuve envers elle, imprégnée malgré tout d’une certaine forme de tendresse. Mais tout au long de ce parcours à la fois tonitruant et mélancolique, il sera question de désillusion, de déception et même de trahison qui nous entrainent sur un tout autre registre que le road-movie sanglant auquel on pourrait s’attendre. Et même si une partie de l’intrigue demeure un peu convenue, et même si l’ensemble du roman manque parfois de tonus, on relèvera cette dichotomie entre la perception d’une adolescente pleine d’espoir et l’univers impitoyable dans lequel l’entraîne son père. Ayant perdu sa mère, Ámbar se révèle dans les rapports qu’elle entretient avec cet homme à la fois rude et maladroit qui apparaît comme une légende pesante dont elle aspire à s’émanciper en dépit de l’affection qu’elle lui porte. C’est tout l’enjeu de ce récit dont on appréciera la tension omniprésente émanant notamment de ces confrontations avec des adversaires peu commodes qui semblent tout aussi empruntés lorsqu’ils côtoient cette jeune fille au caractère bien trempé, à l’image de son père que tout le monde semble redouter. Et puis, sans trop en dévoiler, il faut bien reconnaître que Nicolás Ferraro parvient à nous offrir quelques rebondissements inattendus qui viennent faire en sorte que l’on s’achemine sur un dénouement un peu plus surprenant qu’il ne le laissait paraitre. Il résulte de tout cela un roman à la fois brutal et émouvant à l’image d’Ámbar, cette jeune fille dotée d’une forte personnalité et  à laquelle on ne peut manquer de s’attacher.

     


    Nicolás Ferraro : Ambar. Editions Rivages/Noir 2026. Traduit de l'espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco & Georges Tyras.

    A lire en écoutant : Devolva-Me d'Adriana Calcanhotto. Album : Público. 2000 Sony Music Entertainment Brasil Ida.