Fanny Taillandier : Sicario Bébé. L’Iliade et L’Odyssée.
Dans ce milieu précaire de la littérature, il faut bien admettre que l'on est beaucoup plus prompt à détourner le regard lorsqu'il s'agit de saisir une opportunité pour être publié et ce n'est pas l'actualité toute récente qui a bousculé ce petit univers du livre qui me donnera tord, même s'il existe des hommes et des femmes qui ne dérogeront pas avec leurs convictions. Sans qu'elle ne le porte en étendard, Fanny Taillandier fait partie de ces personnes engagées qui font en sorte s'employant à dépeindre son environnement, cet espace périurbain, sorte de frontière entre le monde rural et l'univers des villes dans ce qui apparaît comme une oeuvre sociale où les essais côtoient les romans quand ils ne se mélangent pas les uns aux autres comme le souligne Eric Chevillard à évoquant Les États Et Empires Du Lotissement Grand Siècle (P.U.F. 2016) : "Publié dans la collection « Perspectives critiques » des PUF comme pour tromper son monde, le deuxième livre de Fanny Taillandier, Les États et Empires du Lotissement Grand Siècle n’est pas un essai d’urbanisme ou de sociologie ni une réflexion sur la ville nouvelle, mais un récit inventif en diable, d’un genre inédit, qui emprunte au conte, à la satire, et se réinvente sans cesse en variant les styles et les approches." On ne saurait mieux dire pour définir les textes de cette romancière qui tant sur le thème de l’urbanisme qui traverse ses écrits que dans les différents domaines littéraires dans lesquelles elle s’inscrit, s’émancipe de ces limites dans lesquelles on tendrait à rester enfermer, comme un territoire conquis dont il est difficile de s’extraire puisque intrinsèquement lié à sa condition sociale. Née à Alfortville, à la périphérie de Paris lui apparaissant comme un tout autre monde, Fanny Taillandier suit des études de lettre à Marseille avant de se consacrer durant dix ans à l’enseignement dans plusieurs lycées de Créteil tout en collaborant pour des revues comme Mouvement et Livre Hebdo. Et puis c’est Les Confessions D’Un Monstre (Flammarion 20213) abordant de manière inhabituelle le thème du tueur en série, qui marque ses débuts en tant que romancière où Fanny Taillandier dresse le portrait d’un individu qui va confesser ses crimes au gré d’un récit qui se dépare résolument de tous les clichés galvaudés propre à ce type de personnages qui encombrent la littérature noire. Cette absence de cliché, c’est même un engagement qui anime Fanny Taillandier lorsqu’elle rédige Sicario Bébé où l’on observe notamment la trajectoire d’un jeune garçon qui va exécuter un contrat pour le compte d’un trafiquant de drogue, afin de subvenir aux besoins de la petite famille qu’il va fonder avec sa compagne, enceinte de lui.
Blaise a dix-sept ans tout comme Djen dont il est fou amoureux et qui attend un enfant de lui. S’il considère cet amour réciproque comme un miracle, le jeune garçon ne doit pas occulter la réalité et prendre conscience qu’ils n’ont pas les moyens d’élever ce bébé à venir. Mais Bobby, son meilleur pote, lui propose la meilleure combine pour acquérir rapidement pas moins de cinquante mille euros en liquidant l’adversaire d’un narcotrafiquant local qui sévit au sein d’une cité amenée à être démolie très prochainement. Pour exécuter ce contrat, Blaise, Djen et Bobby vont donc entamer tout un périple qui vont les conduire d’un foyer pour travailleur à une ZAD enfouie dans un bois en passant par une zone portuaire devenant le théâtre de tous les trafics qui inondent le pays. Et au delà de l’amour et de l’amitié qui lient ces trois jeunes gens, finiront-ils par exécuter ce sinistre contrat ? Il faut dire que leurs commanditaires ne sont pas des enfants de coeur et qu’il n’est pas possible de renoncer à un tel engagement sous peine des pires représailles. Une voie sans issue dont il est impossible de s’extraire.
Roman noir ? Roman d’amour ? Roman social ? Ne cherchez pas, Sicario Bébé se décline sur les trois registres dans ce qui apparaît comme un texte chargé de nuance ce qui fait que Fanny Taillandier s’affranchi des écueils propre à chacun des genres qui s’agrègent les uns aux autres. Ainsi, il n’y aura pas de mièvrerie dans les rapports amoureux de Djen et de Blaise auxquels on s’attache immanquablement en suivant leurs points de vue respectifs qui s’enchainent dans une alternance qui donne du rythme à ce récit imprégné d’une noirceur toute relative s’inscrivant davantage sur le registre de la tension avec cet enjeu sous-jacent de savoir s’ils vont commettre ce crime pour lequel ils vont être rémunéré, faisant écho à ces adolescents, voire même des enfants qui ont défrayé l’actualité des faits divers en tant que tueur à gage pour le compte de narcotrafiquants sans scrupule. Néanmoins, à mesure que se dévoile les personnalités du trio qu’ils forment avec Bobby, on doit bien admettre que le suspense est de courte durée car en s’inscrivant dans un réalisme social dans laquelle on la sent véritablement à l’aise et qu’un Pierre Jolivet ou un Ken Loach ne renieraient pas, Fanny Taillandier s’installe dans une chronique sociale passant en revue tout un environnement précaire que l’on distingue aussi bien dans cet ensemble d’immeubles voués à la destruction, dans les ZAD ainsi que dans les foyers sociaux, mais qui se dilue l’air de rien sur l’ensemble de cette ville sans nom, de seconde zone. Et en dépit de la détresse et des aléas qui jalonnent les parcours de ces trois jeunes gens, on ne peut s’empêcher de voir émerger quelques lueurs d’espoir qui jalonnent cette intrigue où l’on tente de s’extirper du marasme par tous les moyens possibles, au gré de rencontres qui tendent à briser ce déterminisme social dans lequel on voudrait les enfermer à l’instar de ces formations pour lesquelles Blaise serait prédestiné. A partir de là, on apprécie véritablement ces individus qui apparaissent dans l’existence de Blaise et de Djen. Il y a évidemment Bobby, ce gars cool, cet ami fidèle qui aspire à devenir magicien ou cette aïeule s’installant dans une ZAD afin d’éviter de finir son existence dans un EPAHD, ou Sanoune s’employant à venir en aide aux travailleurs précaires, tous représentatifs de cette communauté aux limites de la marge dont l’humanité se révèle dans ces instants de solidarité et de générosité qui émaillent le texte. Peut-être aurait-on aimé que Julien et Malabar, les deux trafiquants de drogue qui sévissent dans cette cité en décomposition, soient un peu plus incarnés et se déploient davantage dans cette intrigue où ils se contentent tous deux d’alimenter la tragédie qui va prendre de l’ampleur au terme d’une confrontation attendue mais dont la finalité se révèle tout aussi brève que singulière. Il n’empêche que Sicario Bébé ne verse jamais dans l’excès et le sensationnalisme par rapport à ce thème d’enfant tueur que Fanny Taillandier traite avec une rigueur formelle imprégnée d’une émotion salutaire qui anime ce jeune couple bien éloigné des idées reçues, comme en témoigne leur rapport à la culture et à la littérature avec notamment ces références à Homère et à René Char qui parsèment ce récit sombre certes, mais d’où émergent également quelques superbes instants de tendresse, véritables odes à la vie et à la liberté qui deviennent finalement les sujets centraux de ce singulier roman sortant, l’air de rien et de manière habile, des normes convenues. Une belle découverte ce qui fait que l’on se réjouira de rencontrer Fanny Taillandier à l’occasion du festival Libri Mondi broie du noir que se déroulera à Luri, en Corse, ce samedi 30 mai 2026.
Fanny Taillandier : Sicario Bébé. Editions Rivages 2026.
A lire en écoutant : Babacar de France Gall. Album : Babacar. 1987, 2004 Warner Music France.
Lu dans le cadre du festival Libri Mondi broie du noir (30 mai 2026).
Du côté de l’Ohio, si vous débarquez du côté de Knockemstiff, comme ce couple californien, on se dira que vous vous êtes sans doute égarés dans cette combe désolée qui vous contraindra à faire demi-tour. Mais pour ne pas perdre votre temps, vous frair comme eux et et prendre quelques photos des pancartes figées par le temps qui ornent le magasin de Maude, unique commerce de ce patelin perdu. Hormis l'employé qui y travaille plus de dix heures par jour, vous croiserez peut-être Jack Lowry, un gars un peu bizarre qui traine également du côté de Dynamite Hole, un endroit infesté de vipères cuivrées, qu'il a attrapées durant tout le cours de l'été. Au Torch Drive In, il ne vaut mieux pas se frotter à Vernon, un brin agressif lorsqu'on le contrarie devant son gamin, tandis que sa femme cuve sur le siège passager de la voiture. Pour boire un verre, il y a le Hap's qui ne sert pas à manger. Wanda, la barmaid, pourra vous fournir quelques gélules d'amphétamine sous le regard de Bobby Lowe et de son pote Frankie Johnson, deux habitués des lieux quand ils ne sont pas trop défoncés. Ils arpentent parfois la région à bord d'une Super Bee, modèle 69 jaune canari et à ce moment-là, il est préférable de vous ranger sur le bord de la route. Les poules des environs ont eu de mauvaises expériences avec ses deux lascars. Et puis lorsque vous quitterez Knockemstiff, vous passerez à nouveau sur le Schott's bridge et apercevrez Todd qui s'est hissé sur la rambarde du pont et qui regarde fixement les flots en attendant je ne sais quoi. Ils sont vraiment cinglés ces gens-là.
Lecture dans le cadre du festival Libri Mondi broie du noir (30 mai 2026).
En cette belle soirée printanière, alors qu’elle vient de terminer son service au sein de l’hôtel où elle travaille, la jeune femme fait un détour pour rentrer chez elle à vélo en empruntant la route escarpée qui longe la côte de Lanzarote. Mais l’escapade tourne court lorsqu’une voiture la percute violemment en la laissant pour morte, avant de prendre la fuite. Fraichement muté sur l’île alors qu’il est proche de la retraite, c’est au sous-inspecteur Soria qu’échoit l’enquêtede délit routier qui prend une toute autre envergure lorsqu’il s’aperçoit que la victime s’est enfuie sans demander son reste. Il faut dire que l’enquête déclenche aux quatre coins du monde toute une série d’événements apparement sans lien qui vont pourtant trouver leur origine, 15 ans plus tôt, dans cette tragédie qui a frappé ce couple, accompagné de leurs deux enfants, qui parcourait la crête des montagnes Volujak marquant la frontière entre le Montenegro et la Bosnie-Herzégovine en proie à une guerre ethnique qu’ils cherchent à fuir.
Il importe de souligner qu’il est impératif de lire Personne Sur Cette Terre avant d’entamer Le Temps Des Bêtes Féroces où l’on retrouve donc l’ensemble des protagonistes, quelques années plus tard, et dont il s’agit
Il est souvent question de réalisme magique, lorsque l’on évoque la littérature sud-américaine, s’agissant d’un courant littéraire dépassant la cadre des frontière et qui s’incarne notamment dans l’oeuvre de quelques personnalités de ces contrés lointaines à l’instar du romancier colombien Gabriel Garcia Márques, bien évidemment, même si l’on peut également mentionner Carlos Fuentes, écrivain mexicain, de l’argentin Jorge Luis Borges et d’Isabel Allende originaire du Chili. Mais on parlera plutôt de réalisme social, parfois âpre, imprégné de dureté s’incarnant dans une littérature noire assez brutale s’employant à dénoncer les carences des crises économiques, les affres des dictatures, la corruption et la violence qui en découlent en frappant les populations les plus précaires. Autant de sujets sensibles prenant pour décor des territoires méconnus comme cette ville de Belém, à la lisière de la forêt amazonienne qui revient dans chacun des romans du brésilien Edyr Augusto dont
Ce qu'Ámbar sait faire de mieux à 15 ans, c'est cautériser les blessures de son père qui vient de se prendre une balle dans le bras. Il faut dire que Víctor Mondragón est un truand peu commode que ne fait guère de cadeaux à ses adversaires. Quand bien même, la jeune adolescente aspire à une autre vie, plus en phase avec son âge, qui la dispenserait d'endosser de fausses identités ou de séjourner dans des motels pourris sans jamais avoir d'attache du fait de déménagements aussi fréquents que soudains. Mais les choses ne vont pas s'arranger puisque Víctor s'est mis en tête de venger son meilleur ami qui a perdu la vie lors d'un règlement de compte plutôt sanglant où lui même a été blessé. Ainsi, père et fille se lancent sur les routes cabossées de cette partie reculée de l'Argentine, en quête de renseignements afin de localiser son adversaire qui s'est mis à l’abri et qui semble bénéficier de quelques appuis. Mais cela importe peu, car si les personnes ne se montrent pas assez coopérantes, Victor Mandragon peut faire preuve d'une grande force de persuasion afin de les inciter à changer d'avis. C'est comme cela qu'Ámbar va apprendre à connaître davantage son père. Pas de quoi se réjouir.
Dans ce texte, Nicolás Ferraro met en place une intrigue qui s’articule autour des rapports entre une fille et son père, un truand sans pitié qui l’entraine dans son parcours punitif, en quête de celui qui a assassiné son partenaire. En adoptant exclusivement le point du vue d’Ámbar tout au long de l’intrigue, on percevra la violence, les interrogatoires musclés ainsi que les règlements de compte d’une manière un peu plus édulcorée, même si le regard que la jeune fille porte sur son environnement est sans illusion et dépourvu de la moindre naïveté. Confrontée à ce monde de malfrats, Ámbar en adopte certains codes, afin de soutenir un père auquel elle est irrésistiblement attachée en dépit
Il y a indéniablement l’amour des beaux textes qui réunit ces deux romanciers de la littérature noire et probablement toute une multitude d’autres points communs que l’on pourrait évoquer dans leurs parcours d’écriture à l’instar de leurs dernières publications respectives s’inscrivant toutes deux dans un format court pour décliner le thème de la soirée qui va mal tourner. On connaît Yvan Robin pour sa passion du mauvais genre qu’il
Résumé de Bagarre:
Résumé de Voir Venise... :