Damien Igor Delhomme : La Chance Rouge. Le phare.
Service de presse.
S'il officie en tant que cadre pour le journal Libération, on trouve sa signature pour quelques chroniques que l’on découvrira dans la rubrique Jeudi Polar du quotidien où il évoque les oeuvres conventionnelles (trop convenues ?) de Camilla Läckberg, de Franck Thilliez et de Jean-Christophe Grangé mais également celles qui font davantage autorité à l'instar de Stephen King et de Colson Whitehead ce qui nous permet d'entrevoir le large spectre d'inspiration dans lequel il a pu puiser pour se lancer dans l'écriture de son premier roman, La Chance Rouge publié auprès des éditions Agullo dont on connait le degré d'exigence en matière de textes de qualité. Mais c’est peut-être aussi la magie dont il est amateur, qui a conduit Damien Igor Delhomme à aborder ce sujet de l’étude scientifique de la manipulation mentale et plus particulièrement du facteur chance en prenant pour décor une ville reculée de la Sibérie aux mains de militaires et de scientifiques oeuvrant pour les autorités politiques de l’URSS en pleine guerre froide. Et si l’on se penche sur la filmographie que le romancier évoque sur les réseaux, il faudra mentionner quelques films cultes
à l’instar de 13 Tzameti du réalisateur géorgien Gela Banluani et de Intacto de l’espagnol Juan Carlos Fresnadillo traitant le thème de la chance dans un registre terrifiant tout comme The Manchurian
Candidate (Un Crime Dans la Tête) de John Frankenheimer tout droit inspiré du programme MK Ultra que la CIA a mis en place en 1953 dans l’intention d’identifier les méthodes visant à contrôler et manipuler le comportement et l’esprit humain et que Damien Igor Delhomme mentionne dans son roman où il imagine son corollaire version soviétique qu’il met en scène avec une réalisme effarant dans ce qui apparaît comme un complot d’état. D’ailleurs, à la lecture de La Chance Rouge, on ne peut manquer de mentionner toute la maîtrise narrative rappelant furieusement l’admirable Partie De Chasse, bande dessinée
emblématique d’Enki Bilal et de Pierre Christin abordant également cette période trouble de l’ère Brejnev. Infusant ainsi toute une myriade
de références au gré d’une intrigue passionnante, il sera possible d’évoquer certaines d’entres elles en allant à la rencontre de Damien Igor Delhomme présent notamment aux Quais Du Polar à Lyon, ce qui est plutôt de bon augure pour un primo romancier qui a eu l’heur de séduire le comité de sélection du prestigieux festival.
En 1969, à la lecture d’un article mentionnant les progrès des américains dans le domaine du contrôle mental, Leonid Brejnev, secrétaire général du parti communiste de l’Union Soviétique, s’est mis en tête de se lancer dans la course. C’est ainsi qu’apparait, 2 ans plus tard, aux confins de la Sibérie, Mayak Severa, véritable ville laboratoire ne figurant sur aucune carte. A la tête de ces expérimentations, il y a le Dr Viktor Petrov, scientifique nouvellement réhabilité par le régime, qui est persuadé que l’on peut maîtriser la chance. Il constitue ainsi une équipe de savants qui vont l’appuyer dans ses démarches tandis que les autorités militaires vont se charger de déplacer par la force le peuple autochtone des evenks qui vont s’intégrer à la communauté des colons pour former ainsi un terreau fertile visant à étudier tout un panel de manipulations visant à contrôler l’esprit de l’ensemble de la population. Parmi tous ces cobayes humains à disposition, il y a les enfants dont le sujet 27, une fillette evenks prénommée Saskia qui semble se distinguer singulièrement en matière de chance en déjouant tous les pronostics. Mais au-delà, de l’aspect révolutionnaire de ces recherches, les militaires se tiennent en embuscade, prêts à prendre le relais afin de faire en sorte que ces projets scientifiques basculent vers une dimension plus belliqueuse dans ce contexte de tension de la guerre froide où la maitrise de la pensée et du comportement devient l’enjeu crucial pour assoir son autorité idéologique. Devenant la proie de ces enjeux ambitieux et révolutionnaires, comment Saskia survivra-t-elle au sein de cet environnement délétère où les ambitions les plus folles semblent dénaturer toute raison gardée ?
On saluera d’emblée l’approche narrative singulière prenant la forme d’un dossier que l’on aurait constitué en puisant dans les archives de ce projet scientifique dont on va découvrir les origines, la mise en oeuvre, ainsi que son apogée et son déclin au fil de circonstances dantesques. On consulte ainsi une multitude de journaux intimes, de rapports, de retranscriptions d’enregistrements issus d’écoutes, de pv de séances qui nous permettent de prendre la mesure des enjeux qui se trament au sein de Mayak Severa, cette ville laboratoire sibérienne fabriquée de toute pièce et dont l’existence est tenue secrète afin de se livrer en toute quiétude à des expérimentations hors norme. Ainsi Damien Igor Delhomme retranscrit avec une grande habilité les ambitions parfois contradictoires de chacun de protagonistes d’où émerge en permanence cette crainte de déplaire à une chaîne hiérarchique impitoyable des autorités soviétiques. A partir de là, on ressent une tension permanente qui anime ce récit très rythmé et sans aucun temps mort tandis qu’apparaissent les exactions de chacun des personnages ne s’embarrassant d’aucun scrupule pour arriver à leurs fins. Et il faut bien admettre que l’on ne trouvera guère de héros au sein de cette communauté disparate, composée de scientifiques, de militaires, de colons et d’autochtones dont on découvrira l’évolution des interactions sociales au gré des différentes expérimentations parfois terrifiantes qui touchent l’ensemble de la population de cette ville. Dans cette foire cruelle aux expériences scientifiques dévoyées, se dessine peu à peu, les contours d’une dimension surnaturelle inquiétante que le peuple des Evenks semble inclure dans un cadre spirituelle qu’il tente de dissimuler au mieux des oppresseurs russes déterminer à étudier cette chance peu commune dont sont dotés certains individus parmi lesquels figure Saskia, une fillette aux pouvoirs divinatoires hors du commun qui fascine la communauté scientifique persuadée de pouvoir mettre à jour le facteur chance. Tout cela se décline sur un registre extrêmement réaliste, sans jamais abuser de ces pouvoirs paranormaux qui demeurent extrêmement contenus, en faisant en sorte d’exercer ainsi davantage d’étrangeté dans ce qui apparaît comme une intrigue passionnante s’agrégeant parfaitement au contexte géopolitique de cette époque soviétique de la guerre froide que Damien Igor Delhomme est parvenu à reconstituer avec une redoutable maîtrise tout en développant une galerie de personnages ambivalents qui se révèlent finalement peu recommandables au sein d’un environnement délétère où l’ambition côtoie la terreur. Un roman magistral.
Damien Igor Delhomme : La Chance Rouge. Editions Agullo 2026.
A lire en écoutant : The Call of The Flow d'Asap Avidan. Album : Unfurl. 2025 Telmavar Records Ltd.
On reste impressionné chez Métailié par l’importance de la présence d’auteurs sud américains qui se sont aventurés sur les terrains sombres du mauvais genre et qu’ils seraient vains de citer, tellement ils sont nombreux, ce qui nous a permis de découvrir des territoires méconnus que ces romanciers ont défriché pour notre plus grand plaisir. Dernière trouvaille en date qui a défrayé la chronique avec une première incursion particulièrement réussie au sein de la collection noire de la maison d’éditions, il y avait
Dépêché sur sur les lieux, pour le compte du journal pour lequel il travaille, Martin Guyot découvre sur la grande place de la ville le remue-ménage provoqué par la mort d'une jeune femme qui s'est tirée une balle dans la poitrine. Du commissaire Jury, en charge de l'affaire, il va apprendre que la femme en question a tout d'abord menacé un homme qui sortait d'un bar avant de retourner son arme contre elle tandis qu'il s'éloignait calmement, sans un regard pour elle, alors quelle s'ôtait la vie. Et si la police classe rapidement l'affaire, le journaliste se penche sur le parcours de la victime en examinant ses cahiers et en consultant les archives de journaux auxquels elle s'était intéressée. Néanmoins, malgré l'aspect indéniable du suicide, l'événement semble susciter quelques inquiétudes émanant d'hommes de l'ombre qui deviennent de plus en plus nerveux avec cette sensation pour Guyot d'être suivi tout en se demandant si l'on a pas fouillé dans ses affaires. Mais dépit de la multitude de ces signaux d'alarme dont il ne tient pas compte, le journaliste persiste dans ses recherches quitte à déterrer quelques histoires peu reluisantes de ce passé sombre des années 80 où le pouvoir policier tout puissant orchestrait quelques exactions violentes qu'un ponte à la retraite ne souhaite pas voir resurgir. Un comble pour cet individu dangereux se confiant auprès d'une psychiatre qu'il a prise en affection afin d'évoquer les sentiments qui l'anime.
Pour le prix d’une chronique vous aurez droit à un roman, une bande dessinée en deux volumes ainsi qu’à un recueil un peu particulier dont l’achat permettra d’aider Réservoir Books, une librairie indépendante de Besançon, ville apparaissant régulièrement dans l’ensemble de l’oeuvre du romancier qui y a grandit, tout comme Victor Hugo, signe d’une grande destinée à venir. Outre les localités où il a vécu servant de décor pour ses intrigues, l’autre
Killing Me Softly :
Habemus Bastard 1 & 2 :
Avec Jacky Schwartzmann au scénario associé à
fond les règlements de compte s’enchainent entre un clan de gitans et un gang lyonnais dont Lucien faisait partie. Sans trop dévoiler d’éléments du récit, il faut relever l’excellence de la mise en scène qui fonctionne parfaitement au gré de ces entrelacs
On Voudrait Pas Crever :
A Belgrade en 2020, Le Sceptique c’était le nom de la rubrique qu’il rédigeait pour le quotidien de son beau-père avant qu’il n’entame une carrière de détective privé en conservant le surnom qui a fait sa réputation. Et c’est Ales, un ancien camarade de l’armée qui va le solliciter afin de savoir ce qu’il est advenu de son épouse Marijana, dont il est sans nouvelle depuis près de dix ans et que sa fille n’a de cesse de retrouver. Le Sceptique entame donc des investigations qui vont l’entrainer du côté de Rovinj en Croatie où il met en évidence une autre disparition de plus de trente ans, celle de Bisera qui n’est autre que la mère de Marijana. Et comme tout bon sceptique qu’il est, le détective ne croit guère aux coïncidences et déterre peu à peu les secrets entourant un petit groupe de nantis dont les jeux de pouvoir sont devenus de plus en plus délétères en levant ainsi le voile sur des zones d’ombre peu reluisantes de l’ex-Yougoslavie. Et comme si cela ne suffisait pas, Le Sceptique va croiser une bande de braqueurs bien déjantés, pourtant des masques de soudeur, qui se sont mis en tête de le dessouder.
C’est au détour de cette intrigue parallèle que l’on va découvrir certains aspects méconnus de la ville de Belgrade, dont les « blocks », ces bâtiments issus de l’architecture brutaliste composant le quartier de la Nouvelle Belgrade qui va devenir le théâtre d’une confrontation intense avec des malfrats déterminés que le Sceptique va affronter à son corps défendant. Il faut bien dire que le personnage n’a rien d’un héros intrépide et s’inscrit davantage dans une logique de réflexions et de contacts qui ne l’empêcheront pas de se confronter aux dangers que le romancier met en scène avec un certain sens du réalisme qui n’enlève rien à la tension émergeant d’un texte tout en intelligence et en habilité. Ainsi, on ne peut qu’espérer que Le Champ Des Méduses ne soit que le début d’une série à venir mettant en valeur une Serbie méconnue, ne s’inscrivant aucunement dans une démarche de guide touristique ou de récit régionaliste, pour mettre en lumière les travers d’un pays énigmatique que l'on se réjouit de découvrir par l’entremise du Sceptique, personnage au charme indéniable et à la personnalité complexe dont il nous tarde d’en savoir plus. A noter qu’Oto Oltvanji sera présent en France à l’occasion notamment du festival Quais du Polar à Lyon.
Juillet 1982. C’est la consécration pour Jacquie Lienard, inspectrice auprès des RG, qui intègre désormais la cellule antiterroriste de l’Elysée, sous l’égide des officiers du GIGN qui répondent aux ordres directs du président François Mitterrand et son chef de cabinet François de Grossouvre. C’est l’occasion pour la jeune femme de poursuivre sa traque de la mystérieuse Khadidja Ben Bouazza, cette ancienne militante du FLN qui alimente désormais en arme les groupuscules de l’OLP, d’Action Directe et du FLNC avec l’appui de l’ex-policier Jean-Louis Gourvennec qui opère sur le territoire français en convoyant des explosifs à destination de l’extrême gauche révolutionnaire. Elle n’est pas la seule sur le coup et doit damner le pion à Marco Paolini, inspecteur en disgrâce affecté à la DST ainsi qu’à Robert Vauthier qui fraye avec la DGSE en opérant désormais du côté du Liban en pleine ébullition. Ainsi, au rythme des affaires et scandales alimentant la chronique politico-judiciaire en servant les intérêts d’une extrême-droite en pleine ascension, les investigations de Lienard, Gourvennec, Paolini et Vauthier vont converger vers Beyrouth où s’est réfugiée celle qui détient les secrets inavouables d’une République qui n’en a plus que le nom.