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MON ROMAN ? NOIR ET BIEN SERRE !

  • Yvan Robin : Bagarre / Lionel Destremau : Voir Venise… Nuits d’enfer.

    IMG_3567.jpegIl y a indéniablement l’amour des beaux textes qui réunit ces deux romanciers de la littérature noire et probablement toute une multitude d’autres points communs que l’on pourrait évoquer dans leurs parcours d’écriture à l’instar de leurs dernières publications respectives s’inscrivant toutes deux dans un format court pour décliner le thème de la soirée qui va mal tourner. On connaît Yvan Robin pour sa passion du mauvais genre qu’il  met en avant par le biais de ses romans dont Après Nous Le Déluge (J’ai Lu 2023), intrigue apocalyptique aux relents de fin du monde, à la fois âpre et poétique, mais aussi d’autres publications comme cette passionnante rétrospective de l’oeuvre d’Hervé Le Corre, dont on prend la mesure au gré d’un entretien fleuve incisif que l’on retrouvera dans Hervé Le Corre, Mélancolie Révolutionnaire (Playlist Society 2024). Critique littéraire, poète, éditeur et directeur du festival Livre en poche qui se tient chaque année à Gradignan, Lionel Destremau est notamment l’auteur de Gueules D’Ombre (La Manufacture de livres 2022) et de Jusqu’à La Corde (La Manufacture de livres 2023), deux romans prenant pour cadre la ville fictive de Carena, tandis qu'Un Crime Dans La Peau (La Manufacture de livres 2025) s’affiche comme le récit romancé d’un fait divers se déroulant dans le Lyon des années trente, en s’attachant au parcours de deux marginaux cherchant à s’extraire de leur condition.  C’est d’ailleurs autour d’un récit également romancé que prend forme Bagarre, nouveau roman d’Yvan Robin relatant par le menu détail l’affrontement dantesque qui s’est déroulé dans un établissement de Jonzac, en Charente-Maritime, qui a été littéralement mis à sac tandis qu’avec Voir Venise… de Lionel Destremau, c’est dans un palais de la Sérénissime que l’on va assister aux libations de nantis qui va virer au jeu de massacre en heurtant de plein fouet une modeste famille de touristes.

     

    IMG_4179.pngRésumé de Bagarre:

    Du côté de Jonzac, Sauveur fait partie de la communauté de gitans implantés depuis des lustres dans la région. Après avoir reçu une magistrale mandale  qui lui a démonté la mâchoire, c’est peu dire qu’il entretient une certaine rancoeur à l’égard de Virgile, le videur du Canotier, un établissement de la ville prisé pour ses karaokés endiablés du samedi soir, qui avait refusé de le laisser rentrer.  Mais les semaines ont passé et pour célébrer la fin des vendanges avec ses cousins, Sauveur est de retour en comptant bien profiter de la soirée. Pourtant, malgré la patience du patron, les gestes et comportements déplacés s’enchaînent au grand dam de Virgile qui va devoir recruter ses potes de toujours, avides de bagarre, pour faire en sorte de virer manu militari toute la clique imbibée d’alcool et de coke. Autant dire que la tâche ne va pas être facile alors que le pugilat tourne à la bataille rangée s’égrenant tout au long d’une nuit qui promet d’être longue.

     

    En publiant un texte chez In8, Yvan Robin intègre donc la collection Polaroïd, un format court, dont le directeur n’est autre que Marc Villard, grand façonnier de la nouvelle noire, qui a rassemblé toute une multitude d’auteurs qui se sont éprouvés à ce format bref, pour capter l’instantané du fait divers à l’instar de Nicolas Mathieu, de Jean-Bernard Pouy, de Marion Brunet, de Laurence Biberfeld, de Jérémy Bouquin, de Marcus Malte et encore bien d’autres qui comptent au sein de ce que l’on sait faire de beau dans la littérature noire. S’inspirant d’un fait divers datant de 1999 qui a marqué le bourg de Jonzac où il a vécu, Yvan Robin passe par le menu détail tous les aléas d’une bagarre dantesque débutant au Canotier, un bar karaoké de la ville, pour déborder, durant la nuit, dans les quatre coins de la localité. Ayant rassemblé, 25 ans plus tard, les points de vue des protagonistes de l’événement, il déclinera, sous une forme romancée bien tendue, tous les enchainements de ce conflit nocturne qui ne semble pas vouloir prendre fin et qui s’inscrit dans une dimension sociale où l’on passe en revue tout ce petit monde de la nuit qui se côtoie, mais où l’on perçoit quelques ressentiments sous-jacent notamment vis à vis de la communauté de gitans qui se sont implantés dans la région. On assiste à un bal dantesque de gueules et de membres fracassés, de plaies et de fractures qui s’enchainent au rythme de l’échange de coups de poing ornés de bagouses en acier et de coups de pied qui déboitent les rotules, dans ce qui apparait comme une véritable bataille rangée entre videurs avides d’en découdre et gitans complètement défoncés. Mais à mesure que le pugilat s’enfonce dans une spirale de violence de plus en plus incontrôlable, on capte également l'affolement de la clientèle prise à partie ainsi que le désarroi des gendarmes quelque peu dépassés par l’ampleur de la fureur des belligérants. Tout cela se met en place dans une atmosphère chargée de testostérone qu’Yvan Robin a su restituer avec une belle justesse de ton, tout en capturant à la perfection l’ambiance de cette époque de la fin des années 90 qui imprègne ce texte solide qui va raviver bien des souvenirs lointains, de ces soirées un peu dingues prenant pour cadre ces régions rurales pas si tranquilles que ça.

     

    Capture d’écran 2026-04-19 à 19.09.18.pngRésumé de Voir Venise... :

    A Venise, des invités triés sur le volet s’agglutinent aux portes du Palazzo Erizzo où se tient un fête somptueuse, véritable bacchanale déjantée, qui tournent au jeu de massacre à mesure que les participants consomment une drogue synthétique qui libèrent en eux des pulsions meurtrières. Séjournant dans l’appartement voisin avec sa petite famille, c’est Paul Fichard qui découvre l’ampleur du désastre. Des vacances qui risque donc de tourner court. Mais plutôt que d’aviser la police, il s’empare de l’argent et d’une partie de la drogue restante pour planquer le tout dans une consigne. Tout cela à l’insu de sa femme et de ses deux petites filles. C’est le début des ennuis qui vont s’enchaîner de manière tumultueuse.

     

    Avec Voir Venise… c’est l’occasion de découvrir Melmac éditions et sa collection Esprit Noir dont de nombreux textes sont dédiés à Marseille et ses environs. Fondée par Patrick Coulomb, Journaliste, romancier, lui même natif de la cité phocéenne, la maison nous offre tout un panel de textes s’insérant dans des genres différents  que ce soit la SF ou la vibration urbaine se déclinant dans une dimension éditoriale imprégnée de liberté, ce qui n’a pas de prix de nos jours où la concentration des médias aux mains de milliardaires devient un véritable piège.  Ce souffle de liberté, on le retrouve dans ce nouveau roman de Lionel Destremau qui s’empare du décor de la Sérénissime pour le faire véritablement voler en éclat. Exit donc cette atmosphère romantique et mystérieuse qui plane habituellement sur la lagune pour plonger dans le rythme infernal d’une fête huppée se déroulant dans l’un de ces fameux palazzos somptueux qui va basculer vers une espèce de folie meurtrière avec des convives sous l’emprise d’une redoutable drogue de synthèse libérant leurs pires instincts tandis que les organisateurs, tentant de contenir les débordements, prennent le parti de s’entretuer afin limiter les dégâts. Ainsi, dans cette première partie, Lionel Destremau passe en revue la montée crescendo de ce qui apparait comme une véritable orgie de sexe, de drogue et de sang au gré de scènes dantesques qui basculent dans un registre burlesque, littéralement jubilatoire. Dans la seconde partie, le romancier s’attarde sur le parcours de Paul Fichard, ce père de famille qui veut s’extraire de sa condition morne et sans fard, dépeinte avec ce cynisme digne des meilleurs textes de Manchette et qui bascule dans une tragédie tempétueuse, c’est le moins que l’on puisse dire. Il faut dire qu’en dépit d’un contexte hors norme, basé sur la réalité de ses drogues de synthèse et de leurs effets destructeurs, Lionel Destremau s’emploie à faire en sorte de mettre en scène une intrigue solide qui tient toute ses promesses jusqu’à la dernière ligne d’un épilogue nous offrant encore quelques perspectives sombres quant au devenir de certains protagonistes de ce récit qui ne manquera pas de vous secouer. Bref et percutant, Voir Venise… est donc un pur bonheur de lecture pour les amateurs de romans noirs cyniques et déjantés.

     

    Lionel Destremau : Voir Venise... Editions Melmac/Esprit Noir 2026.

    Yvan Robin : Bagarre. Editons In8 / Collection Polaroïd 2025.

    A lire en écoutant : Baston de Renaud. Album : Marche à L’Ombre. 1984 Polydor.

     

     

  • Yuri Herrera : Le Royaume, Le Soleil Et La Mort. Un long fleuve tranquille.

    Capture d’écran 2026-04-10 à 19.10.55.pngLe terme n'est pas galvaudé pour désigner le caractère exceptionnel de l'écriture de ce romancier qui s'est penché sur cet univers âpre de la frontière entre le Mexique et les Etat-Unis, délimitée, pour une partie, par le fleuve Rio Grande traversant ces contrées désertiques et inhospitalières, territoires abonnement mis en scène pour dépeindre les affres d'une population sous l'emprise des cartels sévissant dans la région. Mais outre les cartels, ce sont également les migrants ainsi que les autochtones que Yuri Herrera dépeint dans les trois romans que forment Le Royaume, Le Soleil Et La Mort, trilogie de la frontière, rassemblant donc Les Travaux Du Royaume (Gallimard 2012) un récit aux allures de conte médiévale dépeignant le cheminement de Lobo, un chanteur de corridos, évoluant au sein du palais d'un chef de narcotrafiquants qui le prend en charge tandis que Signes Qui Précèderont La Fin Du Monde (Gallimard 2014) s'attache au parcours de Makina, une jeune migrante à la recherche de son frère qui a franchi la frontière, sans plus donner de nouvelle, alors que La Transmigration Des Corps (Gallimard 2016) se penche sur le parcours de l'Emissaire, personnage fascinant, chargé de concilier les intérêts de deux cartels rivaux bien décider à en découdre.  Originaire du Mexique où il a étudié les sciences politiques, Yuri Herrera a poursuivi son cursus universitaire à Berkeley aux Etats-Unis dans le domaine des lettres et enseigne désormais à l’université de Tulane à la Nouvelle-Orléans tout en ayant également exercé la fonction de rédacteur en chef pour une revue littéraire El Perro, empruntant ainsi, sur certains aspects, un parcours similaire à celui de Benito Juárez auquel il a consacré une biographie romancée de cette période d’exil méconnue dans la région de la Louisiane. Voix singulière du Mexique, le romancier a également publié un recueil de nouvelles de science-fiction ainsi qu’un récit consacré à la tragédie de la mine d’El Bordo en 1920 où 87 employés ont trouvé la mort dans des circonstances effroyables. Si ses trois derniers ouvrages n’ont malheureusement pas encore été traduits en français, ils demeurent le reflet de l’engagement d’un auteur qui s’attache à retranscrire le réalisme sans fard d’un environnement cruel, englué dans une violence abrupte, qu’il restitue par le prisme des contes médiévaux, voire même des légendes aztèques imprégnant ses textes fabuleux, dont cette Trilogie de la frontière basculant dans l’incandescence d’un avenir sans lendemain.

     

    yuri herrera,le royaume,le soleil et la mort,éditions gallimard,roman noir,blog mon roman noir et bien serrÉ,blog littÉraire,chronique littÉraire,actualitÉ littÉraire,lecture 2026,littérature sud américaineLes Travaux Du Royaume
    Lobo est un chanteur de rue, un de ces troubadours s'inspirant de son environnement et déclamant ses corridos, ces balades populaires narrant le parcours des narcotrafiquants de la région. A l'occasion d'un de ses prestations dans une taverne du coin, ses compositions ont l'heur de plaire à l'un des chefs de cartel qui le prend sous sous aile et l'emmène dans son palais.  Dans ce royaume, on le désigne désormais sous le nom de l'Artiste au service du Roi dont il chante les louanges. En parcourant les couloirs de l'immense demeure, il côtoie tout un monde évoluant dans un univers fastueux et clinquant en endossant également le rôle de confident et d'espion. Car derrière cette apparence somptueuse, il n'est question que de douleur et de tristesse, tandis que chaque membre de cette cour disparate n'attend plus que la chute prochaine du Roi. 

     

    Signes Qui Précèderont La Fin Du Monde
    Makina est chargée par sa mère de porter un message à l'intention de son frère qui a franchi la Frontière et dont on est sans nouvelle. Avant d'entamer son périple, il lui faut aller à la rencontre de trois truand de La Petite Ville qui se chargeront de lui donner un coup de main pour effectuer ce périple qui n'est pas dépourvu de danger. Il faudra éviter les arnaques, franchir le grand fleuve et puis se fondre dans ce nouveau monde plutôt hostile à l'égard ds gens comme elle, afin de retrouver son frère. Une quête périlleuse et incertaine. 

     

    La transmigration des corps
    Dans cette ville en proie à une épidémie mortelle, l'Emissaire est reclu dans la Casota, ce qui ne l'empêche pas de se rapprocher de sa voisine, La Trois Fois Blonde qu'il tente de séduire. Mais il lui faudra pourtant à nouveau parcourir les rues quasi désertes de la localité afin de retrouver le fils du Dauphin que trois hommes viennent d'enlever. Il s'agit de la bande bande rivale des Castro estimant que le jeune homme est responsable de la disparition de la Poupée, la fille du chef de clan, dont il semblait très proche. Il s'agit donc pour l'Emissaire d'éclaircir les circonstances de cet enchaînement d'événements et d’accéder aux revendications divergentes de ces truands que tout oppose.

     

    yuri herrera,le royaume,le soleil et la mort,éditions gallimard,roman noir,blog mon roman noir et bien serrÉ,blog littÉraire,chronique littÉraire,actualitÉ littÉraire,lecture 2026,littérature sud américaineCourts romans rassemblés sous l'appellation de la Trilogie des Frontières, Le Royaume, Le Soleil Et La Mort fait nécessairement écho à la Trilogie des confins de Cormac McCarthy prenant pour cadre cette même région frontalière entre le Mexique et les Etats-Unis dont Yuri Herrera décline la dureté et la violence omniprésentes au travers d'allégories puissantes qui alimentent chacune de ces brèves histoires d'une impressionnante densité. Avec Les Travaux du Royaume, le romancier empruntera les codes du conte médiéval pour explorer les tréfonds de ce palais d'un baron de la drogue où sourde les rancoeurs et les complots dans un faste s'apparentant à celui du Masque De La Mort Rouge de d'Edgard Allan Poe. Pour ce qui concerne Signes Qui Précèderont La Fin Du Monde, on ne peut s'empêcher de voir émerger les légendes aztèques dans cette quête où les quatre éléments fondamentaux de la terre, de l'eau, de l'air et du feu apparaissent au cour du cheminement d'une jeune migrante dont le parcours prend l'allure d'une transfiguration, écho du choc des civilisations qui imprègnent le texte. Quant à La Transmigration Des Corps, on y trouvera quelques références marquées à la tragédie de Roméo et Juliette dont on perçoit les aléas au travers du regard de cet Emissaire qui doit composer avec les rivalités des deux clans de truands qui règnent sur la ville marquée par une mystérieuse épidémie. Si la violence est omniprésente, Yuri Herrera prend soin de ne jamais en faire quelque chose de spectaculaire pour s’inscrire comme une composante quotidienne de chacun des individus qui traversent l’ensemble de ces trois récits où il n’est d’ailleurs jamais fait mention de cartel ou de narcotrafiquants, qui s’insèrent, eux aussi, dans cet environnement mortel où le sol peut également se dérober sous vos pieds du fait des anciennes galeries minières que l’on n’a jamais comblées, où la maladie peut vous emporter à tout moment, où vous pouvez disparaître en vous noyant dans le fleuve ou en vous égarant dans le désert à l’instar de ce cadavre boursoufflé que Makina prend pour la silhouette d’une femme enceinte se reposant avant de poursuivre son périple. Et pour accentuer la force de l’allégorie ainsi que le côté onirique des différentes intrigues, Yuri Herrera s’ingénie à faire en sorte qu’il n’y ait aucune référence géographique afin de nous perdre dans la magnificence de cette région inhospitalière que ces femmes et ces hommes arpentent dans un mouvement permanent qui devient le moteur de leur existence. Il faut également souligner la perte d’identité de la plupart des personnages que l’on désigne sous l’appellation de leur fonction ou de leur statut à l’exemple de l’Artiste ou de l’Emissaire qui vont croiser, le Roi, la Sorcière, la Quelconque, le Journaliste et le Gérant pour l’un ainsi que le Dauphin, la Poupée et la Trois Fois Blonde pour l’autre, renforçant ainsi cette notion de fable et d’absurdité que l’on retrouve également dans le parcours de Makina tandis qu’elle franchi la frontière, sans vraiment savoir si elle est à la recherche de son frère ou d’une vie meilleure. Ainsi, il rejaillit de l’ensemble des récits composant Le Royaume, Le Soleil Et La Mort, cette notion d’existentialisme dont le réalisme sans fard se conjugue à la dimension poétique du conte d’où rejaillit toute l’irrationalité d’une destinée incertaine se heurtant aux vicissitudes d’un univers cruel que Yuri Herrera restitue avec l’acuité qui transparait au gré d’une écriture puissante et généreuse, résolument engagée. 

     

    Yuri Herrera : Le Royaume, Le Soleil Et La Mort. Editions Galimard / Du monde entier 2023. Traduit de l'espagnol (Mexique) par Laura Alcoba.

    A lire en écoutant : Zapata de Peso Pluma. Album : Genesis. 2023 Double P Records.

  • MATHILDE BEAUSSAULT : LA COLLINE. DONT ACTE.

    IMG_3980.jpegOn ne sait plus trop bien par quoi commencer pour commenter l’actualité de celle que l’on peut déjà considérer comme l’une des grandes figures montantes de la littérature noire  avec deux romans aux connotations sociales qui se distinguent véritablement au sein de l’ensemble des publications de ces deux dernières années. Il faudra tout d’abord mentionner Les Saules (Seuil/Cadre Noir 2025) premier roman de Mathilde Beaussault qui est désormais disponible en format poche, ce qui vous permettra d’appréhender, pour les inconscients qui ne l’auraient pas encore fait, ce polar aux accents ruraux, prenant pour cadre cette terre de Bretagne dépouillée de tous les clichés qu’elle peut véhiculer. Pour cette enseignante qui ne se prédestinait pas  forcément à se lancer dans l'écriture de polar, on relèvera cette propension à bousculer quelque peu des codes propre au genre pour faire en sorte de véhiculer, avec beaucoup de retenue, une noirceur certaine se conjuguant à la fragilité de ses personnages évoluant dans cet environnement rural qu’elle connaît bien. Mais l’autre actualité de Mathilde Beaussault, c’est la parution de La Colline, son second roman, pour lequel elle était très attendue, avec cette pensée carnassière de savoir si elle était en mesure de réitérer le succès qui a entouré son premier ouvrage. Conjuguant, une nouvelle fois cette campagne magnifiée à un environnement beaucoup plus urbain de la banlieue de Rennes, en se penchant sur le destin d’une jeune fille mutique, on admettra sans réserve que Mathilde Beaussault parvient encore une fois  jà nous saisir au gré d’une intrigue prenante qui se décline au rythme d’un roman choral à l’écriture singulière qui caractérise désormais son style. 

     

    mathilde beaussault,la colline,editions seuil polar,blog mon roman noir et bien serré,blog littéraire,chronique littéraire,actualité littéraire,roman noir,roman policier,parution 2026,lecture 2026Lorsque l’on jette ses ordures, un matin d’hiver, dans un container de la banlieue de Rennes, on peut faire des découvertes déconcertantes à l’instar de ce bébé dont les pleurs vont alerter ce vieil homme s’apprêtant à se débarrasser de son sac poubelle. Et tandis que pompiers, secouristes et policiers s’emploient à sauver le nouveau-né et à découvrir les circonstances qui l’ont conduit à se retrouver dans cet endroit insalubre, Monroe, un jeune fille de 17 ans, se vide de son sang sous le regard impavide de sa mère qui l’a enfermée dans sa chambre. Oscillant d’une lucidité incertaine à un état semi-comateux, l’adolescente se remémore ces quelques mois passés sur La Colline, où vit sa grand-mère Madeleine qui l’a recueillie alors qu’elle était enceinte. Ce sont des instants de bonheur dans cet environnement âpre où la vieille femme transmet la somme de ses connaissances de guérisseuse à sa petite fille qui se reconstruit peu à peu jusqu’à ce que tout bascule. Et tandis que Monroe agonise sur ce matelas crasseux, les policiers investiguent dans cette cité désolée, tandis que les soignants s’activent autour de cet enfant afin de le tirer d’affaire sous le regard des pompiers qui l’ont secouru et qui s’interrogent sur la tournure de cet événement tragique. Quelle en sera la finalité ?

     

    mathilde beaussault,la colline,editions seuil polar,blog mon roman noir et bien serré,blog littéraire,chronique littéraire,actualité littéraire,roman noir,roman policier,parution 2026,lecture 2026Inspiré du fait divers d’un bébé retrouvé dans une poubelle de la ville de Rennes dont sa soeur, sage-femme, lui a rapporté certains aspects, Mathilde Beaussault rend également hommage à sa grand-mère par le biais de ce magnifique portrait de Madeleine qui s’inscrit dans le thème de la transmission nourrissant une grande partie de cette intrigue noire, auréolée de la lumière de ses souvenirs d’enfance  transparaissant dans cet environnement de La Colline que parcourt Monroe, une jeune fille en déshérence, qui retrouve un certain équilibre au contact de cette matriarche  dont l’affection toute en retenue devient le véritable moteur de sa vie chaotique. D’entrée de jeu, on appréciera la construction narrative taillée au cordeau que la romancière décline sur le registre de la chorale de points de vue qui régissent l’intrigue menée tambour battant autour de la personnalité des différents individus qui vont interférer dans le cadre de la découverte de ce nouveau-né qui va bousculer chacune de leur existence. Que ce soit les secouristes, les policiers et les soignants, mais aussi toute une multitude de personnes plus ou moins proche de Monroe l’ensemble de ces points de vue  se déclinent sur le mode de la première personne, ce qui permet d’absorber une certaine dose d’émotion qui sera toute contenue lorsque l’on se penche sur le parcours de Monroe en adoptant une narration à la troisième personne ce qui nous permet d’éviter l’écueil du registre larmoyant qui ne transparait jamais dans cette intrigue d’une dureté éprouvante qui vous secoue en permanence avec, en arrière plan, toute la dimension tragique des violences à l’égard des femmes qui transparait notamment par l’entremise de personnages touchants à l’image de ce duo improbable que forme Samantha, femme de la rue que la vie n’a pas épargné et de Lazuli, bourgeoise nantie dont l’attitude guindée dissimule une détresse certaine. Et puis le véritable coup de génie, réside dans la lecture des procès-verbaux des interrogatoires de la police dont la froideur administrative nous donne le vertige en mettant en perspective toute la tragédie sordide qui entoure la famille de Monroe dont on va saisir toute la mesure en prenant soin de rester dans un réalisme social captivant. Ainsi, La Colline apparait comme le cri du coeur de Monroe, cette jeune femme meurtrie, ayant trouvé refuge dans le silence, mais dont les contours de sa détresse vont émerger d’une manière ou d’une autre en devenant l’un des  enjeux d’une intrigue aussi habile que prenante, suscitant toute une gamme de sentiments en passant de l’indignation à l’espoir qui rejaillit dans la luminosité de personnages pétris d’humanité. Et pour clôturer l’actualité de Mathilde Beaussaut, on relèvera sa présence aux Quais du Polar à Lyon où elle dédicacera ses deux livres. 

     

    Mathilde Beaussault : La Colline. Editions Seuil / Cadre Noir 2026.

     

    A lire en écoutant ; Summertime interprété par Big Brother & The Holding Compagnie & Janis Joplin. Album : Cheap Thrills. 1968 Sony Music Entertainment.

  • Olivier Truc : La Baleine Et Le Berger. Récits d'objets.

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    Service de presse.

     

    Lorsqu'il débarque aux Quais du Polar en 2013, il remporte le prix des lecteurs avec son premier roman policier; Le Dernier Lapon {Métailié 2012), qui fait sensation en raflant pas moins d'une vingtaine de prix récompensant le premier opus de la série de la Police des Rennes qui dépeint cette environnement du Grand Nord dont il est désormais familier puisqu'il officie également comme correspondant auprès de nombreux médias pour les pays nordiques et baltes pour lesquels il a également consacré plusieurs documentaires en tant que réalisateur. Olivier Truc est également l'auteur de plusieurs récits dont L’Affaire Nobel, Une Autre Histoire De La Suède (Grasset 2019) retraçant le scandale qui a entaché l'institution, ainsi que, sous une forme plus romancée, l'affaire des sous-marins de Karachi dont il dessine les contours avec Les Sentiers Obscurs De Karachi {Métailié 2022) tandis qu'il dénonce les affres de la colonisation et de l'évangélisation de la Scandinavie qui transparaissent dans Le Cartographe Des Indes Boréales {Métailié 2019), récit d'aventure dense autour du parcours d'Izko qui devient le témoin des bouleversements ravageant la région au XVIIe siècle. Régulièrement présent aux Quais Du Polar, Olivier Truc a également participé au partenariat littéraire du festival, "Deux auteurs, deux pays, un seule enquête", en publiant L'Inconnue Du Port (Point 2023), brève intrigue énergique se déroulant entre Barcelone et Lyon qu'il a coécrit avec la romancière espagnole Rosa Montero. Mais c'est d'une toute autre démarche dont il s'agit avec La Baleine Et Le Berger puisqu'Olivier Truc s'inscrit dans le cadre de la collection Récits d'Objets du fabuleux musée des Confluences de Lyon consistant, pour chaque écrivain invité, à s'approprier d'un des objets du muséum pour en décliner une intrigue où l'imaginaire est au service de la science. Et ce n'est pas moins du gigantesque squelette du rorqual commun boréal, traversant les différents niveaux du bâtiment à l'architecture audacieuse, dont il s'est emparé pour en relater la découverte sur les côtes corses en 1877. 

     

    olivier truc,la baleine et le berger,musée des confluences,editions cambourakis,blog mon roman noir et bien serré,blog littéraire,chronique littéraire,parution 2026,avis de lecture,lecture 2026,quais du polarEn Corse, Uliveriu, jeune berger de 15 ans, prend garde de ne jamais franchir le col de San Bastiano et arpente le maquis avec le troupeau de chèvres que son oncle irascible lui confie chaque jour. Mais un jour, lorsqu’il s’aperçoit que deux bêtes sont manquantes, il franchit la crête montagneuse masquant la mer et découvre la silhouette massive d’une baleine échouée sur une plage déserte où nul ne s’aventure. Et tandis qu’une nuée d’oiseaux survolent la carcasse du mammifère marin, le garçon distingue le corps sans vie d’un jeune marin partiellement dissimulé sous le flanc de l’animal. Quel événement tragique à lié à tout jamais l'homme et le cétacé ? A plus d'un titre, Iliveriu est tiraillé par la singularité de cette découverte qu'il doit dissimuler à son oncle qui prendrait mal son incartade au détriment du troupeau dont il a la charge. Mais en se confiant à un ancien du village, il perçoit la somme d'argent importante qu'il pourrait obtenir en recueillant les fanons de la baleine, matière très convoitée en cette fin du XIXe siècle. Peut-être obtiendra-t-il des réponses auprès du maître d'école qui vient dispenser ses leçons une fois par semaine et qui dispose de certains ouvrages animaliers mais également des journaux dont il fait la lecture pour l’ensemble des habitants de la localité.  
     

    olivier truc,la baleine et le berger,musée des confluences,editions cambourakis,blog mon roman noir et bien serré,blog littéraire,chronique littéraire,parution 2026,avis de lecture,lecture 2026,quais du polarEn introduction de ce bref roman, vous trouverez quelques caractéristiques de ce squelette de baleine ornant désormais le hall du musée des Confluences de Lyon ainsi que certains aspects sur les péripéties de son acquisition, de la restauration de certaines vertèbres endommagées, de l'absence des fanons, de son exposition au musée Guimet de Lyon jusqu'à sa fermeture, de son sommeil dans une caisse durant plus d'une décennie avant de retrouver la lumière. Et c'est à partir de ces éléments qu'Olivier Truc a façonné cette intrigue prenant l'allure d'une aventure et d'un fait divers s'articulant autour de la personnalité d'Ulivieru Romanetti, un jeune berger corse s'écartant du maquis pour découvrir cette baleine échouée sur une plage déserte ainsi que le corps sans vie d'un marin tout aussi jeune que lui. C'est peu dire que l'on se retrouve totalement immergé dans cette ambiance de nature sauvage où le cri des oiseaux se mêle au murmure des vagues se désagrégeant cette côte désolée tandis que résonne au loin le bêlement des chèvres d'un berger intimidé par cette trouvaille dont il ne sait que faire. A partir de là, l'intrigue prend également l'allure d'une émancipation sociale qui se traduit par le biais de la connaissance, incarnée par ce maître d'école parcourant la région afin de dispenser ses leçons aux enfants des villages olivier truc,la baleine et le berger,musée des confluences,editions cambourakis,blog mon roman noir et bien serré,blog littéraire,chronique littéraire,parution 2026,avis de lecture,lecture 2026,quais du polarenvironnants. De cette soif de connaissance imprégnant ce jeune homme du XIXe siècle, on ne peut s'empêcher de faire le parallèle avec le musée des Confluences abritant plus de deux millions d'objets avec pour ambition de narrer l'histoire de l'humanité par le prisme des sciences naturelles et des sciences humaines se conjuguant pour alimenter notre imaginaire et notre propre soif de connaissance. S'inscrivant ainsi dans un registre très réaliste, on en est à se demander qu'elles sont la parts de récit et de fiction régissant cette intrigue sobre qui n'est pas dénuée d'une certaine émotion que l'on relèvera au fil des révélations mettant à jour les circonstances de cet événement peu commun qu'Olivier Truc décline avec une belle sensibilité animant l'ensemble de l'entourage de ce berger également en quête de justice qui, outre cette baleine échouée, découvre tout un monde qui s'offre à lui. C'est ainsi que La Baleine Et Le Berger vous inciteront à vous rendre au musée pour contempler ce  sublime squelette de baleine admirablement bien conservé, terrain fertile d'un imaginaire que le romancier est parvenu à exploiter avec une habilité saisissante. Et pour celles et ceux qui se rendront aux Quais du Polar, vous pourrez aller à la rencontre d'Olivier Truc qui évoquera le sujet en compagnie d'Olivier Adam, bioacousticien, spécialiste des baleines, tous deux réunis en partenariat avec le musée des Confluences et un festival de littérature noire ouvert sur les richesses que recèlent la ville de Lyon.

     


    Olivier Truc : La Baleine Et Le Berger. Editions Cambourakis & Musée des Confluences 2026.

    A lire en écoutant : Trio en la mineur : Modéré de Maurice Ravel. Album : Trio Ravel. Debussy : Trio en sol majeur pour piano, violon et violoncelle - Ravel : Trio en la mineur pour piano, violon et violoncelle. 1986 Arion.

  • OLIVIER CIECHELSKI : LE LIVRE DES PRODIGES. L'ESPRIT DU FLEUVE.

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    I'm transforming, I'm vibrating, I'm glowing, I'm flying, look at me now !

    Nick Cave, Jubilee Street

     

    Romancier sur le tard, il a évolué dans le milieu de la réalisation de courts-métrages et de documentaires ainsi que dans celui du scénario en tant que consultant pour développer des projets en difficulté tout en enseignant dans le domaine auprès de l'école supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) de Paris avec cet art consommé de raconter des histoires qui le taraude. En prenant en considération ce parcours professionnel, il n'est pas étonnant qu'Olivier Ciechelski se lance finalement dans l'écriture d'un roman, travail plus solitaire s'il en est, et qu'il suscite l'intérêt de Nathalie Démoulin, directrice des collections de littérature des éditions Rouergue en quête de textes déroutants. C'est ainsi qu'apparaît Feu Dans La Plaine (Rouergue/Noir 2023) se distinguant avec des ressorts narratifs singuliers entraînant le lecteur vers une toute autre dimension que celle à laquelle il peut s'attendre en accompagnant cet ancien soldat de l'armée française, en quête de solitude, mais devant se confronter à un voisinage de montagnards hostiles, nous rappelant un certain John Rambo, pour basculer dans un registre d'errance et d'introspection au travers d'une nature hostile et sublimée. Avec Le Livre Des Prodiges, son nouveau roman, Olivier Ciechelski change de décor pour prendre possession de l'espace périurbain de Gennevilliers abritant le premier port fluvial de France autour duquel évolue Nora, une jeune  policière en uniforme  devant composer avec des collègues raillant ses convictions chrétiennes dictant toute une partie de sa vie et qui se retrouve à enquêter sur un réseau de prostitution clandestin en provenance d’Afrique, sur fond d’épisodes aux connotation surnaturelles interrogeant sa foi. 

     

    olivier ciechelski,le livre des prodiges,éditions du rouergue,roman policier,roman fantastique,littérature noire,blog mon roman noir et bien serré,blog littéraire,chronique littéraire,lecture 2026,parution 2025,avis de lecturePremière de sa promotion au concours d'officier de police judiciaire, Nora demeure toujours affectée, après une année de service, à la fonction de patrouilleuse au sein d'un commissariat où bon nombre de policiers voient d'un mauvais oeil son attitude qu'ils jugent à la fois hostile et défiante, ce d'autant plus qu'elle affiche également sa ferveur chrétienne qu'elle met au service des réprouvés qu'elle côtoie dans le cadre de son travail. A l'occasion d'un ronde avec deux collègues, dont Djabri, vieux briscard qui a toujours vécu dans ce secteur de la presqu'île de Gennevilliers, ainsi que William, jeune flic en tenue qui vient de débarquer de sa province, Nora va se rendre dans la zone portuaire où s’est échoué un container à semi-immergée dans lequel l'équipage découvre les corps sans vie de jeunes femmes et d'un enfant qui ont fait le voyage depuis les côtes africaines dans des conditions atroces. S'agit-il d'un accident ou d'un crime, c'est ce que l'enquête devra déterminer au grand désarroi de la jeune policière que le commissaire Janowski écarte de l'affaire en dépit de ses compétences. Mais convaincue que cet événement tragique n'a rien de fortuit, Nora défie sa hiérarchie et entame des investigations en marge de la procédure officielle avec une volonté impérieuse qui la dépasse complètement.

     

    olivier ciechelski,le livre des prodiges,éditions du rouergue,roman policier,roman fantastique,littérature noire,blog mon roman noir et bien serré,blog littéraire,chronique littéraire,lecture 2026,parution 2025,avis de lectureUne fois encore, Olivier Ciechelski nous entraîne sur un tout autre registre que celui auquel on peut s'attendre avec Le Livre Des Prodiges qui va s'écarter du thème classique de l'enquête parallèle sur des réseaux de prostitution abondamment traité dans le domaine de la littérature noire. Comme le titre le laisse présager, il sera également question d'événements surnaturels qui vont interférer dans le cours des investigations de Nora, policière au profil atypique, dont le romancier joue avec certains aspects de sa personnalité sur laquelle il laisse planer un certain doute comme il l'avait fait d'ailleurs dans son précédent ouvrage avec certaines caractéristiques de Stanislas Kosinski, individu autour duquel on s'est laissé surprendre comme cela sera le cas avec Nora. Que l'on ne s'y trompe pas, le thème du prodige, comme il est abordé, se décline sur un registre extrêmement sobre sans qu'il ne soit question de théories fumeuses ou d'explications vaines, nous interrogeant davantage sur la question de la foi au gré de conversations entre Nora et le prêtre de l'église de sa congrégation, ainsi que sur les légendes urbaines qui résonnent dans cet environnement habilement mis en perspective et qui s'agrége parfaitement à l'atmosphère de cette intrigue aux connotations singulières qui vont nous dérouter avec cette collision entre nos croyances occidentales et celles plus lointaines du continent africain. olivier ciechelski,le livre des prodiges,éditions du rouergue,roman policier,roman fantastique,littérature noire,blog mon roman noir et bien serré,blog littéraire,chronique littéraire,lecture 2026,parution 2025,avis de lectureAinsi, la ville de Gennevilliers prend véritablement corps dans Le Livre Des Prodiges avec quelques scènes dantesques à l'instar de cette tempête ravageant la ville, qui prend une dimension quasi biblique avec cette symbolique du déluge de la Genèse balayant la corruption et la violence des hommes dont il est également question au fil de ce roman surprenant à plus d'un titre. Tout cela s'imbrique donc autour du parcours de Nora confrontée à un passé qui va ressurgir au gré d'une enquête chaotique où sa maladresse de jeune novice livrée à elle-même sera donc contrebalancée par quelques incidents étranges qui s'inscriront dans une cohérence certaine que le romancier décline avec une redoutable habilité, ce qui fait que l'on s'inscrit dans une ambiance de légende urbaine somme toute assez réaliste ce qui constitue un paradoxe en soi assez surprenant. Tout juste regrettera-t-on que la personnalité de Nora prenne beaucoup de place au détriment de personnages secondaires comme Djabri ce flic expérimenté dont on aurait aimé qu'il soit plus présent alors que les policiers comme Conrad, Brice et Jaworski sont cantonnés dans un rôle d'adversaires légèrement stéréotypés. Il n'en demeure pas moins que Le Livre Des Prodiges se distingue furieusement dans un parfait équilibre entre le polar et le fantastique prenant parfois quelques tonalités poétiques virant au sublime à l'image de cette scène finale qui vous laisse sans voix. A noter que vous pourrez rencontrer Olivier Ciechelski à l'occasion du festival des Quais du Polar qui se tiendra à Lyon du 3 au 5 avril 2026.

     

    Olivier Ciechelski : Le Livre Des Prodiges. Editions Rouergue/Noir 2025.

    A lire en écoutant : Jubilee Street de Nick Cave. Album : Push The Sky Away. 2013 Bad Seed Ltd.