NIKOS NIKOLOPOULOS : ET ATHENE BRULAIT. NEIGE DE CENDRES.
Parfois il faut y mettre un peu du sien lorsque l’on est romancier et que l’on veut capter le lectorat, ce d’autant plus lorsque l’on s’inscrit dans un domaine spécifique, à l’instar du polar grec qui se décline désormais dans ce qui apparait comme une série. C’est ainsi que Nicolas Verdan a endossé le pseudonyme de Nikos Nikolopoulos, du nom de famille de sa grand-mère maternelle, pour la publication de Et Athènes Brûlait, troisième opus mettant en scène Evangelos Moutzouris, un ancien agent des services de renseignements grecs que l’on découvrait dans Le Mur Grec, initialement publié en 2015 chez la maison d’éditions suisse Bernard Campiche, avant d’être réédité en France auprès de l’Atalante, dans la défunte collection Fusion qui nous proposait également La Récolte Des Enfants, (L’Atalante 2022) second volume des pérégrination de cet enquêteur oscillant entre la Suisse et la Grèce, tout comme son auteur également journaliste indépendant. On relèvera que les deux premiers romans sont disponibles dans la version poche chez J’ai Lu, tandis qu’à l’occasion de la parution de ce nouveau roman noir, Nikos Nikolopoulos intègre désormais la collection noire Noire des éditions de L’Aube. Grand amateur de littérature noire et collectionneur à ses heures des classiques du genre, on trouve dans les textes du romancier helvéto-grec cette dimension sociale qui alimente des intrigues s’employant à mettre en lumière les dérives écologiques d’un pays qui s’enlise dans le marasme d’une coopération aux conséquences désastreuses, thème central de Et Athènes Brûlait, un récit sombre, à la fois bref et solide.
Il n’y a pas de répit du coté d’Athènes avec ces incendies qui perdurent au mois de septembre en enveloppant la capital d’une épaisse brume acre dans laquelle les habitants étouffent. Et du côté de la mer ce n’est guère mieux puisque l’extension du port de Pyrée, au profit d’un consortium chinois, génère des boues toxiques que l’on déverse au large, a détriment de la faune marine. C’est pour toutes ces raisons que Popi, jeune agente du Renseignement, refuse même l’idée d’avoir un enfant avec celui qui partage sa vie. Pour un peu, elle aurait même une certaine sympathie pour le militant écologiste sur lequel elle doit enquêter et qui menace de s’en prendre à Starkos, le ministre de l’Environnement également instigateur de ce projet désastreux. Mais outre le dilemme moral qui la taraude, Popi se demande ce que vient faire dans l’équation, cet ancien collègue, Evangelos Moutzouris, qui semble détenir quelques informations compromettantes au sujet de cet édile politique dont les risques d’attentat se précisent.
Du chapitre dix au chapitre zéro, Et Athènes Brûlait s’égrène comme un compte à rebours autour duquel Nikos Nikolopulos décline un tableau extrêmement sombre et pessimiste de la ville d’Athènes et de ses environs, dont la localité d’Eleusis, qui, au-delà de ses sites archéologiques, est devenue un pôle des activités industrielles, portuaires et commerciales du pays, sacrifiée sur l’autel du profit et de la corruption qui en découlent. C’est donc autour de ce sujet sensible que le romancier construit son intrigue qui s’articule essentiellement autour de Popi, jeune femme aussi énergique que désespérée, menant ses investigations auprès d’un groupuscule extrémiste de militants écologistes menaçant de s’en prendre à celui qu’ils jugent responsable de dérives qui ravagent la Grèce, que ce soit les incendies mais également la pollution marine émanant de cette emprise d’entrepreneurs chinois investissant dans un redimensionnement du port à leur seul profit. Au fil de l’intrigue, Evangelos Moutzouris, apparait de manière plutôt succincte en incarnant les reliquats du passé sombre de la dictature des colonels qui recevait le soutien des Etats-Unis. D’une époque à l’autre, Nikos Nikolopoulos souligne donc cette espèce d’ingérence de pays tiers n’hésitant pas à exploiter les ressources du pays au détriment des habitants malmenés par des autorités corrompues. A partir de ce constat amère qui émane de l’intrigue, on perçoit l’indignation et la révolte de certains individus prêts à faire usage de la violence pour faire en sorte de mettre fin cette surexploitation outrancière et démesurée. Ainsi, sous ce voile de fumée des incendies qui les encerclent, les villes d’Athènes et d’Eleusis apparaissent comme sclérosées par une pollution infernale dans laquelle évolue les différents protagonistes d’une intrigue aussi lucide que pessimiste et dont l’enjeu prenant consiste à savoir si Popi parviendra à déjouer ce projet d’attentat sur lequel elle enquête. Malgré ses tonalités inquiétantes, Nikos Nikolopoulos s’ingénie également à mettre en scène ces petits instants du quotidien d’une communauté résiliante qui viennent quelque peu soulager cette atmosphère terrifiante qui imprègne le texte, ce d’autant plus avec cette mouvance d’une police corrompue qui vient s’en prendre aux migrants, devenant les boucs émissaires de tous les maux qui frappent le pays. Tout cela s’achève sur un épilogue où les regrets s’agrègent à une faible note d’espoir entre un passé révolu que Nikos Nikolopoulos met en exergue et un avenir incertain qui s’inscrit dans un changement de paradigmes qui demeure encore au stade d’une dramatique utopie, à l’image de cette Voie sacrée disparue sous le bitume, incarnation explicite d’un monde perdu qui n’aspire qu’à renaitre de ses cendres.
Nikos Nikolopoulos : Et Athènes Brûlait. Editions de L’Aube Noire 2026.
A lire en écoutant : A Strock of Luck de Garbage. Album : Garbage. 2015 Garbage Unlimited, LLC.
Service de presse.
En Suisse, à l’hôpital psychiatrique, il suffit de contempler une boule à neige avec la mention « Ardenne » gravée sur le socle pour définir la destination de cette randonnée thérapeutique qui lui permettra de surmonter son addiction à l’alcool. Avec Bertha, sa camarade d’infortune souffrant de troubles alimentaires, ils se rendront donc à Charleville parce qu’elle vénère le poète Arthur Rimbaud dont elle veut découvrir la ville, le fleuve et bien évidemment la sépulture où elle pourra se recueillir. Ils ont assez de médocs pour deux mois et sont donc parés pour l’aventure. Mais quand on est dans la déprime, c’est toujours difficile de marcher droit. Et voilà nos deux loosers embarqués dans un périple fait de détours chaotiques et de rencontres improbables tandis qu’ils progressent tant bien que mal dans cette région du Grand Est de la France où s’élèvent, telles des cathédrales, les immenses silhouettes décharnées de ces usines désaffectées. Mais à force de détours, c’est bientôt la déche, ce d’autant plus que les thérapeutes mécontents ont fait savoir qu’ils ne s’associaient plus à cette démarche foireuse. Alors que peut-on faire dans les Ardennes quand on est deux expats suisses en rade et bientôt sans le sou ? 
de la maison d’éditions Cousu Mouche, une petite structure indépendante publiant des fictions aux tonalités décalées dont quelques romans noirs comme
Télévision Suisse dans le cadre d'une mini-série, sous le titre En Haute Mer, qui nous entraîne dans l'univers de la marine marchande Suisse en laissant apparaître au générique le nom de Joseph Incardona parmi les scénaristes chargés de l’adaptation. Et cette ligne éditoriale singulière qui fait la réputation de Cousu Mouche et dont on peut découvrir le catalogue en ligne que je vous recommande de consulter, on en retrouve certains aspects dans les textes de Michaël Perruchoud à l’instar de ce nouveau roman policier mettant en scène un inspecteur de la police genevoise, un brin désinvolte, se retrouvant à échafauder des théories audacieuses autour d'une série de crimes sans aucun lien entre eux.
Placé par un membre influent de sa famille, Jocelyn Mervelet que tout le monde surnomme Joss, a donc intégré les rangs de la police judiciaire genevoise où il officie au service des statistiques ce qui lui permet de traîner sur le web en lui évitant ainsi de prendre le moindre risque. Un flic par défaut en quelque sorte se retrouvant à poursuivre une nuit, à la suite de circonstances rocambolesques, un individu prenant la fuite dans les rues de son quartier des Eaux-Vives après s'en être pris à une retraitée sans histoire. Mais il faut bien admettre que Joss n'a rien d'un flic de terrain ce qui fait que le fugitif parvient à s'en débarrasser, dans une ruelle obscure, en l'assommant avec une planche. Hospitalisé, ses collègues vont lui apprendre que la vieille dame a été sauvagement égorgée et que l'identité de l'agresseur demeure un mystère. Malgré ses maladresses, Jocelyn Mervelet bénéficie d'un regain de considération de ses collègues dont Darbelley Michel un ancien lutteur suisse et Pernilla Wiberg, une inspectrice scientifique d'origine suédoise et dotée d'un appétit phénoménal, qui vont le soutenir en dépit de ses théories farfelues. En effet, le policier a découvert, en consultant les mains courantes des autres polices cantonales, une série de crimes sans lien, hormis le fait qu'ils se sont produits le week-end tout comme celui sur lequel il enquête. Il n'en faut pas plus pour Joss d'être persuadé d'avoir à faire à un tueur en série sévissant à travers toute la Romandie. Il ne reste plus qu'à le prouver.
On ne sait jamais trop à quoi s'attendre avec ce romancier qui nous entraîne dans des univers éclectiques où il est souvent question d'âmes abimées, d'individus à la marge qui traversent son oeuvre qu'il est désormais difficile d'énumérer tant elle est foisonnante et singulière. Et s'il fallait citer un seul auteur pour définir le style de Joseph Incardona, on pencherait volontiers du côté de Harry Crews pour cette impétuosité burlesque imprégnant ses textes qui se situent toujours à la lisière des genres avec cette pointe de noirceur ou de tragédie grecque, c'est comme on le voudra, qui émerge de ses récits. Mais au delà des influences que l'on pourrait déceler, l'auteur se distingue dans ce décalage, cette marge dans laquelle il trace son sillon en se tournant parfois vers vous afin de vous interpeller au fil de l'intrigue ou de décortiquer les mécanismes narratifs qu'il met en scène. Ressortissant suisse aux origines italiennes, Joseph Incardona se distingue également dans l'écrin de la littérature conventionnelle puisqu'il poursuit, depuis de nombreuses années déjà, une belle collaboration éditoriale avec Finitude, sublime maison d'éditions indépendante basée à Bordeaux où il a séjourné de nombreuses années. Et pour parfaire cette originalité tant dans son oeuvre que dans le parcours de celui qui travaille également à l'écriture de scénarios tout en animant des ateliers au sein de l'Institut littéraire suisse à Bienne, on notera que le romancier plutôt discret, n'apparaît sur aucun réseau social en privilégiant les médias traditionnels pour parler de ses livres à l’instar de son dernier ouvrage Le Monde Est Fatigué qui se distingue de
Dans le mot rêve, il y a Êve qui, après avoir enfilé sa queue de sirène, en distribue à tous les privilégiés qui la voient évoluer gracieusement dans les bassins luxueux de riches propriétaires ou dans les plus grands aquariums de la planète en octroyant quelques bisous bulle à son public extasié devant tant de beauté. Ainsi va la vie d'Êve la Sirène qui parcourt le monde telle une icône artificielle que l'on convoite sans relâche. Mais derrière cet enchantement de pacotille, il y a une femme au corps brisé que l'on a patiemment reconstitué tandis que son âme abimée distille sa douleur et son désir de vengeance. De Genève à Brisbane en passant par Paris et Tokyo, pour se rendre à Dubaï, elle sillonne donc les continents en observant l'usure d'un monde qui s'étiole tout en échafaudant patiemment le plan qui va lui permettre d'assouvir sa soif de représailles qui seront forcément spectaculaire.
Il est apparu sur la scène littéraire avec la voix française de Joseph Incardona qui a traduit de l'italien Les Silences publié par la maison d'éditions bordelaise Finitude intégrant donc au sein de son catalogue un second ressortissant suisse. Natif du Tessin, Luca Brunoni s'est essayé très jeune à l'écriture tant dans le domaine du scénario, des nouvelles et des romans tout en exerçant le métier d'enseignant à Neuchâtel où il vit après avoir effectué des études dans le domaine du droit et de la littérature. Second roman rédigé en Italien et donc repéré par Joseph Incardona qui nous en a livré la version en français, c'est peu dire que l'on avait été marqué par Les Silences, un texte à la beauté âpre où l'auteur se penchait sur le destin d'une fillette placée de force dans une ferme d'un village de haute montagne faisant ainsi écho à ce scandale d'état qui entache encore le pays qui a interné durant des décennies, un nombre encore à ce jour indéterminé d'enfants en les arrachant à leur famille que l'Etat jugeait inapte, ceci sans autre forme de procès. A certains égards, Luca Brunoni, dans cette économie du mot alimentant son texte qui sonne toujours juste, rappelle ces auteurs américains du Country noir qui s'inscrivent dans l'efficacité d'une histoire intense plutôt que dans les fioritures d'un style surchargé qui dilue l’intrigue. On retrouve d'ailleurs cette émotion sobre dans En Surface que le romancier a choisi de rédiger directement en français pour dépeindre la trajectoire de Leila, cette mère de famille qui décide de prendre de la distance avec les siens pour émerger d'une espèce de longue phase de sommeil tout en se questionnant sur les répercussions du drame qui touche l'un de ses proches.
C'est au bord de ce lac traversant la vallée que Leila a trouvé refuge, où restent gravés dans sa mémoire quelques souvenirs de son séjour durant un été de son adolescence. Un endroit idéal pour poursuivre son travail de traduction d'un contrat et surtout se questionner au sujet de ce qu'elle doit faire avec son fils Alex, responsable d'un accident de la route mortel. Mais Giorgio, son mari, ne l'entend pas de cette oreille et la harcèle de messages l'enjoignant fermement à revenir à la maison. Pourtant, Leila se doute bien que son mari, tout comme son fils, lui cachent des choses au sujet de cet accident dont certains aspects lui paraissent troublants. Et puis il y a cette sensation d'un cadre familial qui l'étouffe, qui la maintient dans un état second, comme asphyxiée peu à peu avant de s'éteindre. C'est donc lors de promenades qu'elle émerge à la surface de sa vie en sillonnant les chemins de cette station touristique en léthargie durant la basse saison et où elle croise cet homme à tout faire un peu rugueux qui s'en prend régulièrement à ce snowboarder à la gloire passée qui l'accompagne parfois dans ses travaux d'entretien. Et lorsqu'elle fait une pause au tee-room du coin, Leila fait également la connaissance de Surya qui y travaille comme serveuse en mettant de côté, depuis trop longtemps, la thèse qu'elle semble prête à abandonner. Des âmes un peu cabossées, comme elle, qui vont pourtant l'aider à y voir plus clair et qui lui permettront de savoir si son fils Alex mérite une seconde chance. Mais quelle sera le prix à payer pour y parvenir ?