BRET ANTHONY JOHNSTON : LA LUMIERE ET LES TENEBRES.
Si l’on a pu voir ou lire toute une kyrielle de reportages consacrés au siège de Waco au Texas, les romans dédiés à cet événement tragique ne sont guère nombreux pour ne pas dire inexistants, ce qui fait que La Lumière Et Les Ténèbres de Bret Anthony Johnston ne pouvait manquer de susciter une curiosité certaine. Natif de Corpus Christi, ville côtière texane qui donnera d’ailleurs son titre à son premier recueil de nouvelles, Bret Anthony Johnston, outre son activité d’enseignant en écriture créative notamment à l’université d’Harvard, est l’auteur de cinq romans dont Souviens-Toi De Moi Comme Ça (Albin Michel 2016), son avant-dernier et unique ouvrage traduit en français abordant le thème de la disparition qui a été salué par John Irving. Ainsi, après un silence de plus d’une dizaine d’années, le romancier texan revient donc sur cette confrontation de 51 jours qui opposa l’ATF et le FBI à cette secte religieuse dirigée par Vernon Wayne Howell plus connu sous le nom de David Koresh. En 1993, outre les images des deux assauts qui ont fait le tour du monde, le bilan tragique qui en découla, la gabegie des autorités fédérales et la folie de ce gourou charismatique, c’est la première fois que l’on prenait la mesure de l’ampleur, aux Etats-Unis, de ces courants extrémistes religieux ou politiques, parfois les deux, farouchement opposés à la moindre incursion gouvernementale quitte à prendre les armes pour faire valoir leurs propres lois. C’est donc autour de ce déchaînement de fureur apocalyptique, que Bret Anthony Johnston met en scène une intrigue prenant la forme d’une romance aux connotations shakespeariennes, digne émanation de Roméo et Juliette transposée dans cette région désolée du Texas qui devient le théâtre de cet amour naissant entre deux jeunes gens dont les communautés s’opposent tout en s’agrégeant de manière immuable dans cette spirale de violence rejaillissant dans La Lumière Et Les Ténèbres au cours de ce qui apparaît comme le plus grand combat sur sol étasunien depuis la guerre de sécession.
En 1993, du côté de Waco au Texas, Perry Cullen, que tout le monde surnomme l’Agneau, a rassemblé toute une communauté qui voit en lui la réincarnation du prophète. Pour lui, certains d’entre eux ont cédé leurs économies tandis que d’autres ont quitté leur conjoint pour se tourner vers ce leader charismatique qui se prépare à la fin des temps en rassemblant un impressionnant stock d’armes et de munitions qu’il entasse dans cette propriété reculée du comté. Arrivée de Californie avec sa mère, fervente adoratrice de Perry Cullen, Jay s’aperçoit rapidement que le gourou a davantage de vue sur elle, ce qui fait qu’elle l’accompagne régulièrement sur les bourses aux armes qu’ils écument dans toute la région. C’est lors d’un de ces sorties que la jeune adolescente rencontre Roy, le fils du shérif du comté qui éprouve une attirance réciproque à mesure que la tension s’accroit entre la secte et les forces de l’ordre bien décidées a investir les lieux afin de saisir les armes illégales que Perry Cullen détiendrait au sein de son domaine sur lequel il règne sans partage. Dans cette spirale de confrontations ténébreuses, les deux amant parviendront-ils à retrouver la lumière qui les unira à nouveau.
S’il s’agit d’une fiction, Bret Anthony Johnston reprend avec précision la majeure partie des événements du siège de Waco qui vont alimenter l’intrigue de La Lumière Et Les Ténèbres s’articulant autour du point de vue de Jay, fille d’une disciple de Perry Cullen, en alternance avec celui de Roy fils du shérif du comté éprouvant tous deux un amour naissant en dépit des divergences opposant leurs entourages réciproques. On notera également que l’ensemble des protagonistes sont fictifs, même si Perry Cullen présente de très grandes similitudes tant dans son parcours que dans ses traits de caractère avec David Koresh et plus particulièrement pour ce qui concerne sa fascination pour les armes et sa folie destructrice qui s’inscrit dans une démarche apocalyptique dont il est d’ailleurs fait référence dans les quatre parties composant le texte avrc des titres faisant référence à la couleur de robe des quatre chevaux de l’apocalypse. Tandis que l’on suit les aléas de cette romance rugueuse, Bret Anthony Johnston a eu la bonne idée d’intégrer les entretiens d’un mystérieux podcaster qui retrace les péripéties de cette confrontation en interrogeant les différents protagonistes impliqués dans cet imbroglio tragique qui laisse place à une immense amertume que l’on ressent de manière assez intense, ce qui permet au lecteur d’anticiper certains éléments du récit tout en se demandant ce qu’il va advenir de Jay et de Roy. On observe ainsi une certaine distance avec les événements qui s’enchainent au gré d’une fureur qui apparaît de manière lointaine, presqu’en filigrane du parcours de ces deux adolescents plongés bien malgré eux dans cette spirale de violence qui prend de plus en plus d’essors. Tout cela se décline sur la base d’une écriture pragmatique, redoutable d’efficacité qui nous permet d’appréhender l’atmosphère explosive qui imprègne les lieux mais également de la fragilité d’individus à la marge qui trouvent un échappatoire social au sein de ces mouvances extrêmes. A partir de là, on distingue la défiance des membres de cette secte envers des autorités fédérales dépassées faisant preuve d’une maladresse crasse comme le relève le shérif qui tente en vain de contenir la montée en puissance d’une confrontation immuable. Finalement, c’est cette alchimie de folie et d’incompétence qui transparait tout au long d’un roman prenant où les événements s’enchainent en arrière-plan de cette relation qui se noue entre deux adolescents dont on saisi le désarroi bien évidemment, mais également cette volonté farouche de s’extraire de cette impasse dans laquelle ils se trouvent malgré eux, en défiant leurs proches dont les certitudes vacillent, comme dépassés par la fureur des confrontations qu’ils ne maitrisent plus du tout. Si la tonalité du texte reste sobre de bout en bout, on regrettera un épilogue qui traine un peu en longueur en prenant davantage une allure « dysneylandienne » que shakespearienne où transparait un léger manque de crédibilité qui se met au service d’un récit imprégné d’une tension palpable mais qui ne demeurera pas inoubliable.
Bret Anthony Johnston : La Lumière Et Les Ténèbres. Editions Albin Michel/Collection Terres d’Amérique 2026. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Charles Bonnot.
A lire en écoutant : Riders On the Storm de The Doors. Album : L.A.Woman. 2021 Rhino Entertainment Compagny.
Comme Pascal Garnier, il nous a quitté beaucoup trop tôt, à l'âge de 55 ans, en laissant derrière lui une oeuvre composée de 16 romans noirs dont certains demeurent emblématiques en faisant de lui l'une des grandes figures de la littérature noire engagée, plus particulièrement de ce fameux courant du néo-polar français, tout en cultivant une grande discrétion afin de mettre davantage en avant les thèmes sociaux qu'il évoquait dans ses livres s'articulant autour d'individus aux vies brisées et de faits divers âpres et angoissants. Né à Paris en 1954, Thierry Jonquet de par sa multitude de métiers qu'il va exercer dans des domaines tels que les unités de gériatries, les foyers ou les sections d'éducation spécialisée, est amené côtoyer une population marginalisée composée de laissés pour compte et même de délinquants qui vont devenir la source d'inspiration de l'ensemble de ses intrigues que ce soit en tant que romancier, mais également en tant que scénariste. Il mènera ainsi ces deux carrières de front avec un certain succès puisqu'on lui doit quelques romans noirs notables à l'instar des Orpailleurs (Série Noire 1993) et de
Dans la région parisienne, Richard Lafargue est un chirurgien dont la réputation n'est plus à faire, et qui gravite dans les milieux les plus aisés en fréquentant les soirée mondaines au bras d'Ève, une jeune femme mutique d'une éblouissante beauté qui se retrouve chaque soir enfermée dans une vaste chambre d'un domaine magnifique niché au coeur d'un superbe parc. Quelles sont ces étranges rapports qu'ils entretiennent et dont on distingue la complexité dans le sourire énigmatique de cette femme contrebalançant avec cette colère permanente qui semble animer le praticien ?
On pourra bien parler de Ron Rash, de Daniel Woodrell, de Larry Brown aussi, et énumérer ainsi toute une cohorte de romanciers prestigieux pouvant avoir influencé son œuvre pour se dire que finalement, au bout de cinq ouvrages d'une impressionnante sagacité, David Joy est devenu un auteur essentiel, à nul autre pareil, évoquant les travers sociaux de son pays au gré de récits sombres se déroulant dans le comté de Jackson, niché au cœur du massif des Appalaches, où il vit depuis l'âge de dix-huit ans. C'est cet ancrage à la région, ainsi que ces voix résonnant sur les contreforts de ces montagnes qu'il affectionne tant, qui caractérisent chacun de ses romans où, depuis ce petit lopin de terre, émerge certains des affres touchant l'ensemble des Etats-Unis. Il y est particulièrement question d'opioïde et des trafics sordides qui en découlent que ce soit avec Là Où Les Lumières Se Perdent (Sonatine 2016), son premier roman, ainsi que 