JEONG YOU-JEONG : UN BOHNEUR PARFAIT. LA SOUSTRACTION.
Exclusivement dédiée à la littérature en provenance de l’extrême-orient, la maison d’éditions Picquier a constitué, depuis 40 ans, un catalogue où tous les genres se confondent que ce soit des classiques ou des romans contemporains, des essais ou des ouvrages pour les enfants ainsi que de la littérature noire allant du thriller au policier classique en passant par le roman noir. Ce qui importe dans le choix des textes, c’est cette sensation d’effectuer une véritable immersion par le biais d’intrigues du cru habilement traduites nous permettant de saisir les particularismes du pays, tant au niveau géographique bien évidemment, mais surtout dans la dimension culturelle et sociale qui émergent de récits ancrés dans le terroir. Dès lors, avec une ligne éditoriale de ce calibre, on comprendra que les thrillers qui intègrent la collection ne répondent pas forcement aux codes occidentaux propre au genre, ce qui permet à Un Bonheur Parfait de la sud-coréenne Jeong You-jeong d’apparaitre comme un récit dense et chargé de tensions certes, mais qui se dispensera de rebondissements absurdes pour se concentrer sur le fil d’une intrigue captivante qui s’articule autour des points de vue de l’entourage d’une sociopathe inquiétante et qui s’inspire d’un fait divers réel qui a marqué le pays. Il faut dire que la romancière, infirmière de formation, n’est pas une débutante avec pas moins de huit romans qui s’inscrivent tous dans une veine sombre et dont plusieurs d’entre eux ont fait l’objet d’une adaptation au cinéma tandis que d’autres sont traduits en français à l’instar de Généalogie Du Mal (Picquier 2018), un thriller psychologique qui se penchait déjà sur le portrait d’un jeune homme tourmenté se réveillant avec le cadavre de sa mère gisant en bas des escaliers du duplex où ils vivent. Ainisi, au-delà de la noirceur de ses romans, lJeong You-jeong s’emploie à nous offrir un tableau vif de la société sud-coréenne qu’elle restitue par l’entremise de personnages à la fois nuancés et extrêmement fouillés dont les interactions nous donnent un aperçu des rapports qui les régentent au sein de leur environnement très codifié.
A six ans Jiyu s’emploie à respecter du mieux qu’elle peut les règles que lui impose sa maman. Il faut dire que Yuna est exigeante et que son humeur s’assombrit lorsque l’on ne répond pas à ses attentes. Sa soeur en a fait les frais ainsi que le second mari de Yuna qui vient de perdre son fils, issu d’un premier mariage, dans des circonstances tragiques. Il faut dire que les tragédies s’enchaînent dans l’entourage de Yuna. On commence même à se demander ce qu’il est advenu de son premier mari qui semble avoir disparu de la circulation. Jiyu pourrait bien dire qu’elle a vu son papa et qu’elle s’est promenée avec lui au bord de l’étang aux canards avant qu’il ne parte définitivement après avoir mangé un bon repas concocté par sa maman. Mais celle-ci dit que c’est un secret. Et puis il y ces rêves terribles qui hantent les nuits de la fillette avec ces oiseaux qui semblent hurler de douleur. Qu’ont-ils pu avoir bien vu ?
Contrairement à bon nombre de thrillers se focalisant sur des psychopathes, on n’adoptera jamais le point de vue de Yuna, cette femme narcissique dont le portrait s’esquisse par le prisme de son entourage que ce soit Jiyu sa fille, Eun-ho son second mari et Jae-in sa grande soeur que Jeong You-jeong met en scène dans une alternance de trois chapitres qui constituent chacune des trois partie d’un roman à la mécanique aussi précise que redoutable. Dès lors, à mesure que l’on progresse dans le cours de l’intrigue, s’additionne ainsi les regards parcellaires de chacun des proches de Yuna qui vont nous permettre de saisir l’ampleur de sa personnalité terrifiante tout en se demandant ce qu’il va advenir de chacun d’entre eux, ceci dans une atmosphère chargée de tension. Ce que l’on apprécie avec cette romancière sud-coréenne, c’est ce pouvoir de suggestion qui rejaillit d’un texte où l’horreur émerge dans une espèce d’incertitude qui ne font que renforcer les doutes du lecteur, sans pour autant abuser du procédé. De cette manière, l’enjeu du roman s’articule autour du devenir des trois membres de la famille de Yuna à mesure que l’on distingue les projets de cette personne inquiétante, en quête d’Un Bonheur Parfait qui se construit au gré d’une logique implacable qui fait froid dans le dos et que l’on retrouve sur le quatrième de couverture qu’il faudra s’abstenir de lire tant il dévoile certains aspects de l’intrigue, quand bien même si celle-ci ne se définit pas sur des ressorts surprenants mais davantage sur une construction machiavélique où Yuna apparaît peu à peu dans toute sa froide humanité imprégnée tout de même d’une certaine détresse qui ne la rend que plus crédible. Tout cela se construit sur un rythme lent qui correspond à cette langueur hivernale imprégnant un récit de plus de 500 pages où chaque détail compte en s’enchâssant parfaitement et en nous invitant à découvrir également les rapports qui régissent cette famille coréenne reflet d’une société où la pression qu’elle soit sociale ou familiale semble définir les codes d’une société fortement hiérarchisée. Et puis, au gré de quelques analepses chargée d’une certaine mélancolie, on s’aventurera du côté de Vladivostok, ville russe, guère éloignée de la Corée du Sud qui abrita d’ailleurs une importante communauté coréenne avant que Staline ne fasse raser le quartier, mais qui entretient aujourd'hui encore, des liens économiques, culturels et touristiques étroits avec ce pays. D’une richesse incroyable tant au niveau des personnages que de l’environnement dans lequel ils évoluent, Un Bonheur Parfait apparait comme un thriller prenant qui vous envoute à mesure que l’on progresse dans les rouages tortueux d’un texte dense à l'écriture ciselée qui dévoile les contours de la personnalité d’une femme aussi troublante que fascinante.
Jeong You-jeong : Un Bonheur Parfait (Perfect Happiness - Wanjeonhan Haengbok). Editions Picquier 2024. Traduit du coréen par Lim Yeong-hee avec la collaboration de Suzy Borello.
A lire en écoutant : Why Should I Love You de Kate Bush. Album : The Red Shoes. 2011 Noble & Brite Ltd.
Il ne s’agit pas de savoir si vous aimez ou pas le football au cas où vous vous aventureriez à lire la trilogie consacrée à ce sport emblématique de la société britannique dont il restitue avec minutie le contexte sociale d’une époque s’étalant entre les années cinquante et les années quatre-vingt. C’est d’ailleurs ce qui rejaillit dans l’ensemble de l’oeuvre de David Peace, cette puissance de fond sociale qui transcende ses textes, que ce soit
Le 6 février 1958, le pilote du vol 609 de la British European Airways, s'évertue à tenter de faire décoller son avion à trois reprises sur la piste de l'aéroport de Munich en proie aux intempéries hivernales. Mais la troisième tentative va se révéler tragique, puisque l'appareil s'écrase en faisant 23 morts dont 11 membres de l'équipe de Manchester United. Mais au cours de cette escale qui les ramenait en Angleterre, il y a aussi 21 survivants dont 8 joueurs et leur manager Matt Busby qui doivent se remettre de leurs blessures, dont certaines sont extrêmement graves. Et puis il y a le trauma à surmonter avec cette culpabilité lancinante d'avoir survécu qui se conjugue avec un sentiment d'injustice pour ceux qui vont revenir au pays, dans cette atmosphère d'après-guerre où le football fait figure d'institution, plus particulièrement au sein d'une classe ouvrière véritablement marquée par cette catastrophe brisant l'élan de cette équipe adulée que tout le monde surnomme affectueusement les Busby Babes. Il faut dire que ces joueurs incarnaient le sentiment d'appartenance de toute une nation désormais endeuillée. Mais les compétitions se poursuivent et il s'agit de recomposer l'équipe en intégrant des joueurs marqués par l'événement qui doivent affronter les équipes adverses tout en composant avec les souvenirs des morts qui affleurent en permanence. Mais peut-on se relever d'une telle tragédie et remporter le championnat d'Angleterre dans de telles circonstances ?
Sur la couverture sublime, il y a Edward Duncan qui s'élève vers le ballon tandis qu'en arrière plan, on distingue un public massé sur les gradins afin admirer le jeu de ce footballeur exceptionnel dont on s'accordera à dire que la posture prend l'allure d'un art similaire à celui d'un danseur étoile. Et c'est autour du destin tragique de ce joueur et de celui de ses coéquipiers du Manchester United, que David Peace se focalise avec Munichs, livre hypnotique, qui retrace donc l'histoire de cette catastrophe aérienne qui a marqué l'entièreté d'un pays bouleversé par cette tragédie et dont on va percevoir l'intensité du chagrin en adoptant le point de vue des membres l'équipe qui ont survécu au crash et de celles et ceux qui sont restés à Manchester. Parmi tous ces regards, on s'attardera sur celui des mères et des fiancées de ces jeunes hommes fauchés dans la fleur de l'âge alors que certains d'entre eux s'apprêtaient à fonder une famille tandis que d'autres laissent des enfants désormais privés de leur père. Ainsi de l'intimité de l'individu qui se morfond dans sa culpabilité d'avoir survécu à la pesante ferveur de ces hommes et de ces femmes composant la foule qui encadre ces convois funéraires traversant les villes endeuillées du pays, on ressent ce sentiment de douleur qui rejaillit de ce texte hypnotique au style inimitable qui s'inscrit une fois encore dans cette formidable scansion s'agrégeant au rythme de ce récit prenant. Débutant sur les instants hallucinants de ces passagers et membres de l'équipage s'extrayant de la carlingue éventrée de l'avion, au milieu des corps mutilés, on suivra donc le parcours de chacun d'entre eux jusqu'à cette finale du championnat d'Angleterre dans ce qui apparaît comme une fresque prodigieuse où il est question de football bien évidemment mais également de cette courbe de deuil, propre à chacun des protagonistes et que David Peace, restitue avec une minutie insensée, pour mieux nous immerger dans le contexte sociale de cette époque de l'après-guerre où les morts, fantômes omniprésents au sein de la ville de Manchester, côtoient les survivants évoluant dans un maelström de sentiments douloureux et où les matchs deviennent une espèce d'exutoire chargé de ferveur. A partir de là, s'enclenche une véritable performance de tension qui s'articule autour des enjeux d'un championnat où l'on prend la mesure de cette solidarité qui anime une communauté soudée autour de son club qui dépasse les frontières de la ville pour se diffuser à travers toute une nation dans laquelle évolue Jimmy Murphy, entraîneur adjoint charismatique du légendaire Matt Busby, qui s'acharne à reconstituer cette équipe décimée en s'attachant particulièrement aux joueurs qui ont survécus dont Bobby Charlton autre légende du football anglais qui va transcender les foules. Mais si l'on partage l'exaltation incandescente qui anime le
stade d'Old Trafford lors des matchs, David Peace s'attarde également sur le quotidien de ces footballeurs extrêmement proches de leurs supporters qui peuvent jouer dans les rues des Manchester avec les jeunes du quartier et qui vivent dans le même environnement social, puisque issus, pour la plupart, de milieux extrêmement modestes dont ils ne se sont guère éloignés. Et c'est tout cela que l'on retrouve dans Munichs, où la lettre s devient l'incarnation de la trajectoire de chacun des rescapés de cette tragédie qui n'a rien d'une ode mystique dédiée au foot que David Peace dépeint avec cette lucidité foudroyante où l'on perçoit aussi quelques zones d'ombre à l'instar de ces entraîneurs d'équipes adverses estimant que les dirigeants du Manchester United exploitaient à des fins stratégiques la compassion dont bénéficiait le club ou de ces supporters scandant "Munich ! Munich !" afin de déstabiliser la formation lorsqu'elle jouait à l'extérieur. Parce qu'il transcende les sujets comme personne d'autre ne saurait le faire, il n'est pas nécessaire d'être un aficionados du ballon rond pour prendre la mesure de Munichs, roman exceptionnel d'un David Peace, au sommet de son écriture, qui reconstitue avec une minutie démentielle les instants d'une époque révolue, comme en témoigne l'impressionnante bibliographie qu'il a absorbée pour nous en restituer la quintessence émotionnelle qui ne manquera pas de vous faire frémir. Dans la maîtrise littéraire, il s'agit ni plus ni moins que d’un modèle du genre.
Il fait partie des grandes figures de la littérature espagnole contemporaine avec cette particularité de se mettre en scène dans le cours de l'intrigue pour ce qui apparaît davantage comme une mise en abîme qu'une autofiction nombriliste, destinée à alimenter les thèmes qu'il aborde et qui s’articulent très fréquemment autour du dilemme lui permettant d'apporter un éclairage à la fois pertinent et nuancé sur les zones d'ombre de l'histoire espagnole à l'instar de la guerre civile et du franquisme ou du séparatisme catalan. Egalement chroniqueur pour
En accord avec sa hiérarchie l’enquêteur Melchor Marìn a choisi d’être muté à Terra Alta afin de se mettre au vert à la suite de son acte héroïque qui lui a permis de contrer les attentats qui ont secoué les villes de Barcelone et de Cambrils. Désireux d’échapper à la notoriété grandissante dont il fait l’objet, le jeune policier aspire donc à d’avantage de quiétude au sein de cette commune reculée de la Catalogne qui porte encore
« La justice absolue peut être la plus absolue des injustices ». C’est autour de cette phrase lancée par un de ses supérieurs hiérarchiques que se définit la personnalité complexe de Melchor Marìn, policier en quête de vérité afin de faire notamment la lumière sur la tragédie qui a frappé sa mère et dont il cherche à retracer les circonstances qui entourent cette affaire trouble désormais classée mais qu’il a la volonté de déterrer. Javier Cercas façonne donc son récit autour du parcours de Melchor dont on adopte le point de vue en permanence au gré d’une enquête sur la mort abominable d’un notable de la région de Terra Alta et de son épouse alors qu’il est d’astreinte au sein du commissariat où il a été transféré, bien loin de la ville de Barcelone où il a toujours vécu. C’est de cette manière que l’on prend la mesure du parcours de jeunesse chaotique de ce policier tourmenté dont on découvre, par petites touches, certains aspects à mesure que l’on progresse dans le cours des investigations destinées à identifier qui sont les professionnels qui ont pu s’en prendre à ce couple Ardell très respecté au sein d’une communaute soudée et marquée par ce terrible événement. En dépit de son caractère individualiste et renfermé, Melchor Marìn parvient à s’intégrer dans cette région rurale et plus particulièrement avec ses collègues qui vont former une véritable équipe afin de confondre les auteurs de ce crime odieux. On est donc bien loin de cette image de l’enquêteur solitaire qui parviendrait à dénouer les fils d’une enquête envers et contre tous, pour davantage osciller vers une intrigue réaliste qui s’appuie sur les procédures policières que Javier Cercas fait en sorte de respecter ce qui lui permet de mettre en scène quelques personnages secondaires savoureux à l’instar du sergent Blai, indépendantiste catalan convaincu, mais sachant respecter le cadre légal auquel il est astreint en tant que policier. C’est ainsi qu’émerge en filigrane les thèmes chers à l’auteur que ce soit ce courant indépendantisme qui anime la province ainsi que les contours historiques de cette bataille de l’Ebre qui planent encore sur cette région reculée de l’Espagne que Javier Cercas dépeint notamment au travers du regard d’Olga, l’épouse de Melchor, qui dirige la bibliothèque municipale de la localité où ils vivent des jours heureux avec leur fille Causette. Une fois posés tous ces éléments qui apparaissent dans le cours d’une intrigue plutôt classique, on appréciera le fait que Javier Cercas s’emploie à déconstruire le schéma narratif de l’enquête policière, ceci plus particulièrement dans la seconde partie du roman qui se révèle beaucoup plus singulière qu’il n’y parait, en puisant dans la mémoire d’un passé historique de la région se révélant tout aussi tourmenté que ce jeune policier auquel, l’air de rien, le lecteur s’est immanquablement attaché et que l’on se réjouit déjà de retrouver dans les deux opus d’une trilogie qui promet d’être extrêmement dense.
Dans ce milieu précaire de la littérature, il faut bien admettre que l'on est beaucoup plus prompt à détourner le regard lorsqu'il s'agit de saisir une opportunité pour être publié et ce n'est pas l'actualité toute récente qui a bousculé ce petit univers du livre qui me donnera tord, même s'il existe des hommes et des femmes qui ne dérogeront pas avec leurs convictions. Sans qu'elle ne le porte en étendard, Fanny Taillandier fait partie de ces personnes engagées s'employant à dépeindre son environnement, cet espace périurbain, sorte de frontière entre le monde rural et l'univers des villes dans ce qui apparaît comme une oeuvre sociale où les essais côtoient les romans quand ils ne se mélangent pas les uns aux autres comme le souligne Eric Chevillard à évoquant Les États Et Empires Du Lotissement Grand Siècle (P.U.F. 2016) : "Publié dans la collection « Perspectives critiques » des PUF comme pour tromper son monde, le deuxième livre de Fanny Taillandier, Les États et Empires du Lotissement Grand Siècle n’est pas un essai d’urbanisme ou de sociologie ni une réflexion sur la ville nouvelle, mais un récit inventif en diable, d’un genre inédit, qui emprunte au conte, à la satire, et se réinvente sans cesse en variant les styles et les approches." On ne saurait mieux dire pour définir les textes de cette romancière qui tant sur le thème de l’urbanisme qui traverse ses écrits que dans les différents domaines littéraires dans lesquelles elle s’inscrit, s’émancipe de ces limites dans lesquelles on tendrait à rester enfermer, comme un territoire conquis dont il est difficile de s’extraire puisque intrinsèquement lié à sa condition sociale. Née à Alfortville, à la périphérie de Paris lui apparaissant comme un tout autre monde, Fanny Taillandier suit des études de lettre à Marseille avant de se consacrer durant dix ans à l’enseignement dans plusieurs lycées de Créteil tout en collaborant pour des revues comme Mouvement et Livre Hebdo. Et puis c’est Les Confessions D’Un Monstre (Flammarion 20213) abordant de manière inhabituelle le thème du tueur en série, qui marque ses débuts en tant que romancière où Fanny Taillandier dresse le portrait d’un individu qui va confesser ses crimes au gré d’un récit qui se dépare résolument de tous les clichés galvaudés propre à ce type de personnages qui encombrent la littérature noire. Cette absence de cliché, c’est même un engagement qui anime Fanny Taillandier lorsqu’elle rédige Sicario Bébé où l’on observe notamment la trajectoire d’un jeune garçon qui va exécuter un contrat pour le compte d’un trafiquant de drogue, afin de subvenir aux besoins de la petite famille qu’il va fonder avec sa compagne, enceinte de lui.
Blaise a dix-sept ans tout comme Djen dont il est fou amoureux et qui attend un enfant de lui. S’il considère cet amour réciproque comme un miracle, le jeune garçon ne doit pas occulter la réalité et prendre conscience qu’ils n’ont pas les moyens d’élever ce bébé à venir. Mais Bobby, son meilleur pote, lui propose la meilleure combine pour acquérir rapidement pas moins de cinquante mille euros en liquidant l’adversaire d’un narcotrafiquant local qui sévit au sein d’une cité amenée à être démolie très prochainement. Pour exécuter ce contrat, Blaise, Djen et Bobby vont donc entamer tout un périple qui vont les conduire d’un foyer pour travailleur à une ZAD enfouie dans un bois en passant par une zone portuaire devenant le théâtre de tous les trafics qui inondent le pays.
Roman noir ? Roman d’amour ? Roman social ? Ne cherchez pas,
Lu dans le cadre du festival LIBRI MONDI broie du noir à Luri en Corse (30 mai 2026).
il mènera des enquêtes en lien avec les grands sujets sensibles du pays que ce soit les injustices sociales dans Riches A En Mourir (Albin Michel 2014), la conditions des amérindiens dans Bad Land (Albin Michel 2016) et l'exploitation du gaz de schiste dans L'Histoire De La Reine Des Putes (Albin Michel 2020). Mais en 2025, Frédéric Andrei change de décor et d'éditeur puisqu'il intègre La Manufacture de livres en publiant L'Homme Assis Au Carrefour De Chabottes, une intrigue aussi singulière que géniale se déroulant dans la région montagneuse de Grenoble où l'on découvre, par le biais d'un long interrogatoire, les activités d'un « sleuther" qui vient d'être hospitalisé à la suite d'une blessure par balle.
En tant que gendarme adjoint volontaire, Chloé Gutman est chargée de consigner la déposition de Loïc Payan qui a été admis à l'hôpital pour une blessure par balle qui a failli lui coûter la vie. C'est le commandant du peloton de gendarmerie qui est chargé de l'interrogatoire sur les circonstances d'une affaire dont elle ignore tous les tenants et aboutissants. Bien vite, elle comprend qu'on la laisse volontairement dans le flou, tandis que d'autres enquêteurs, dont elle ne connaît ni la fonction ni le service auquel ils sont rattachés, vont intervenir au cours d'un interrogatoire qui va révéler quelques éléments troubles d'une affaire en lien avec le meurtre d'une randonneuse que l'on a retrouvée à proximité d'une station de ski de la région. Quel rapport Loïc Rayan a-t-il avec ce fait divers ? Et qu’est devenue sa femme qu'il réclame sans cesse ? Et se peut-il qu'un tueur en série sévisse dans les environs sans que les autorités ne se soient aperçues de quelque chose ?
Dans le paysage de la littérature noire, il y a toujours eu ce personnage de l’enquêteur amateur ridiculisant les forces de police