Chronique polar : Abir Mukherjee - Les Bûchers De Calcutta. Sous les feux des projecteurs.

Avec la publication de deux thrillers se déroulant à notre époque, on craignait qu'il ne délaisse la série de romans policiers qu'il avait entamée en 2017, prenant pour cadre cette Inde d'autrefois sous domination du Raj britannique, et plus particulièrement la ville de Calcutta dont ses parents sont originaires.
Résumé :Toujours affecté au sein de la police coloniale britannique du côté de Calcutta, le capitaine Wyndham est sur la touche depuis qu'il a aidé le sergent Banerjee à quitter le pays alors que ce dernier était faussement accusé de trahison.
Retour de lecture :
Comme à l'accoutumée, il est vivement recommandé de lire la série dans l'ordre chronologique afin d'apprécier pleinement l'évolution de l'amitié qui unit Sam Wyndham et Satyendra Banerjee, dont le rôle devient de plus en plus consistant ; le lecteur suit désormais leurs points de vue respectifs dans une alternance de chapitres extrêmement bien agencés, ce qui permet de mieux saisir la progression de leurs investigations.
De fait, on perçoit chez Satyendra Banerjee cette volonté de s'émanciper tant de son alter égo anglais que de sa famille et, bien évidemment, du joug colonial qui pèse sur le pays, ce qui va alimenter l'histoire et lui donner davantage d'épaisseur, tandis que Sam Wyndham commence à s'interroger sur la légitimité de sa présence en Inde tout en se languissant de son épouse défunte, encore bien trop présente dans ses souvenirs pour qu'il puisse entretenir une nouvelle relation durable avec la femme qu'il aime.
Et c'est à partir de ces tergiversations sentimentales qu'Abir Mukherjee construit une intrigue policière assez classique s'articulant autour de la mort d'un financier indien, nous permettant de découvrir l'envers du décor de la communauté autochtone, de son système de castes et de ses traditions, dont les transgressions s'apparentent à une sorte de lutte des classes s'inscrivant aussi bien dans le cercle familial que dans l'ensemble de la société, comme on peut le constater avec le couple que forme Jatindra Mohan Sengupta, un Indien devenu maire de Calcutta et marié à Edith Ellen Gray, une Britannique qu'il a épousée lors de son séjour en Angleterre, deux figures majeures de l'histoire de l'indépendance de l'Inde qui intègrent le roman.
Mais le récit se déploie également autour de la personnalité d'Estelle Morgan, une étoile montante du cinéma britannique repérée par Hollywood qui tourne un film dans les environs de Calcutta. S'inspirant du parcours de l'actrice Merle Oberon, Abir Mukherjee met en avant les prémisses de l'industrie cinématographique en Inde, désignée sous le sobriquet de Bollywood, tout en évoquant les abus vis-à-vis des femmes ainsi que la discrimination sévissant aux États-Unis, laquelle rejaillit au cœur d'une intrigue se révélant plus surprenante qu'elle ne le laisse paraître.
Tout cela se décline dans l'effervescence de la capitale du Bengale en 1926, aux contours à la fois chatoyants et inquiétants, dont les effluves odorants imprègnent le texte d'où transparaît l'amour immodéré de l'auteur pour cette ville qu'il dépeint avec une multitude de détails passionnants, s'agrégeant à l'ingéniosité d'un récit à la fois solide et chargé de nuances.
Abir Mukherjee : Les Bûchers De Calcutta /The Burning Grounds). Editions Liana Levi 2026. Traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Emanuelle et Philippe Aronson.
A lire en écoutant : You're My Thrills interprété par Diana Krall. Album : Quiet Nights. 2011 The verve Music Group.
Même si l'on n'apprécie pas forcément les Beach Boys, il n'en demeure pas moins que l'on n'écoutera plus jamais Wouldn't It Be Nice de la même manière, au terme de ce roman intense. Et plus que le cadre magique de ces plages californiennes, nos pensées dériveront désormais, à l'écoute de cette chanson iconique, davantage vers le ponton de ce bord du lac perdu au milieu d'une forêt canadienne, environnement tragique que la romancière s'est approprié avec le talent qu'on lui connaît. Et c'est sans doute dans ce registre de force évocatrice qu'Andrée A. Michaud excelle en faisant en sorte de s'approprier le moindre détail qui nourrit son intrigue pour en extraire une espèce de quintessence de l'inquiétude, parfois même de l'angoisse qui imprègne ses récits. On parle ici d'une chanson des Beach Boys, dans ce nouveau roman Baignades, mais il va de soi que l'on ne peut manquer d'évoquer la forêt qui devient le fil rouge d'une majeure partie de son oeuvre. Et là également, on appréciera que ce cadre forestier prenne, à chaque reprise, une toute autre allure que ce soit avec
Le grand moment de l’année pour Laurence et Max, c’est de partir en vacances en camping car avec leur petite fille Charlie qui, une fois arrivée sur le berges du Lac aux sables, se précipite dans les flots afin de profiter de la fraîcheur de l’eau tout en s’en donnant à coeur joie. Mais les festivités vont s’interrompre brutalement avec le propriétaire du camping qui prend les parents à partie parce qu’ils ont ont osé laisser la fillette se baigner toute nue. Et c’est une enchaînement de mauvaises décisions qui vont entraîner Laurence et Max sur cette route forestière étroite tandis que les nuages s’amoncellent annonciateur d’un violent orage et d’une succession de dérapages qui vont foudroyer leur existence à tout jamais.
Ce qui est amusant avec ces auteurs et ces romancières qui s’aventurent dans les lisières du mauvais genre, ce sont les gesticulations de certains intellectuels du microcosme de la littérature blanche parisienne et des autres régions d’ailleurs, qui vont vous expliquer que celle ou celui qu’ils adulent s’inscrit dans la « grande tradition romanesque » en soulignant le caractère social du texte qui va bien au-delà du "simple" roman policier ou encore pire, du "vulgaire" thriller. Laurent Mauvignier n’échappe pas à ces effets de manche quand bien même l’auteur assume pleinement le registre dans lequel il s’inscrit puisqu’à l’occasion de la sortie de son roman
Du côté de La Bassée, il y a le hameau "des trois filles seules" où vit depuis toujours Bergogne, un éleveur qui a repris le domaine familial tandis que sa femme Marion travaille au sein d'une imprimerie et qu'ils élèvent leur fille Ida fréquentant le lycée de la région. Dans la maison voisine, on trouve Christine, une artiste peinte vieillissante qui a quitté Paris il y a de cela des années pour fuir l'agitation citadine en privilégiant la quiétude que lui offre cette contrée rurale. Mais il y a ces lettres anonymes que l'on dépose désormais devant sa porte, ceci depuis plusieurs semaines et qui l'incite à se rendre à la gendarmerie, accompagnée de Bergogne qui, en bon voisin, lui sert de chauffeur, pour savoir ce qu'il convient de faire. Ce n'est pourtant pas ces événements qui assombriront cette journée davantage dédiée aux préparatifs de l'anniversaire de Marion qui fête ses quarante ans. Et tandis que chacun vaque à ses occupations, il y a ces inconnus qui rôdent autour du hameau. Que peuvent-ils bien vouloir ?
On pourra bien parler de la polarisation et des clivages entre les communautés, de la colère et de la haine qui en découlent et de cette violence qui imprègne le pays comme s'il s'agissait d'une espèce d'ADN immuable se nourrissant d'un passé historique où il n'est question que de fureur et de conquêtes sanglantes. Mais pour éclairer cette part sombre des Etats-Unis, il projette cette lumière d'espoir et d'amour alimentant l'ensemble d'une oeuvre où il est question de tolérance sans pour autant édulcorer les rancœurs de ces populations de la marge confinées dans ces ghettos où la solidarité est de mise. Romancier et scénariste, mais également compositeur de jazz et saxophoniste, James McBride intègre donc dans ses récits l’essence même d’une existence au croisement des cultures dont il évoque le contexte dans La Couleur De L’Eau (Gallmeister 2020), récit autobiographique au succès fracassant d’où émerge les racines juives et polonaises de sa mère ainsi que les origines chrétiennes et afro-américaines de son père et qui ont élevé une famille de douze enfants à Brooklyn dans le quartier défavorisé de Red Hook. Outre son autobiographie, c’est dans un roman comme
En 1972, à la veille de l'ouragan Agnès qui va balayer la côte Est des Etat-Unis,, des ouvriers découvrent les restes d'un corps au fond d'un puit de la ville de Pottstown, plus précisément à Chicken Hill où réside le vieux Malachi, l'un des derniers résidents de la communauté juive qui est devenu, par la force des choses, la mémoire et l'âme de ce quartier défavorisé. C'est donc vers lui que la police se tourne pour en savoir plus sur la découverte de ce cadavre auprès duquel on a retrouvé une mezouzah en argent. Pour le vieil homme, c'est l'occasion de se remémorer cette époque d'autrefois où juifs et noirs se côtoient dans une effervescence migratoire qui rassemblent les plus précarisés. de se souvenir de Moshe propriétaire d'une salle de spectacle, et de son épouse Chona qui tient la petite épicerie du Paradis Sur Terre. De cette position privilégiée, le couple observe tous les mouvements de cette vie foisonnante tout en étant à l'écoute de cette population bigarrée. Alors quand Chona apprend que Dodo, une jeune garçon sourd et muet, va être placé en institution, elle se met en tête de le soustraire aux autorités afin de le protéger. Dans sa tâche, elle pourra compter sur Nate le concierge de la salle de spectacle, qui officie également comme leader informel de la communauté afro-américaine et qui va l'appuyer dans cette démarche salvatrice. Mais peut-on véritablement lutter contre cette Amérique blanche et chrétienne qui dicte ses règles sur l'ensemble du pays ?
Sa femme l'ayant trompé avec son associé, Ilias a tout perdu à Athènes que ce soit son affaire mais également sa place au sein du foyer familial. Et lorsque l'on a cinquante-trois ans, il n'est pas facile de refaire sa vie en Grèce, ce qui le contraint à retourner dans son village natal de Delvinaki qui se situe à proximité de la frontière avec l'Albanie. Démuni, il loge donc chez sa mère, une femme âgée qui peine à joindre les deux bouts et qui se soucie de son fils qui peine à rebondir en s'éloignant même de ses deux filles avec qui il n'a plus que des contacts téléphonique et épistolaires. Ilias promène donc son lot de désillusions au gré de ses promenades solitaires en parcourant cette contrée montagneuse de l'Epire où l'on retrouve le corps sans vie d'une jeune femme sauvagement mutilée que l'on a abandonné non loin de la route au bord de laquelle il a aperçu deux hommes du village qu'il connaît bien et dont l'un semblait sous le coup de l'émotion. Se peut-il qu'il s'agisse des meurtriers ? Ilias va bien tenter de faire la lumière sur cette affaire. Mais il va devoir faire face à l'hostilité de certains villageois et composer avec l'amitié qui se conjugue parfois avec la trahison.