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chronique

  • Chronique roman noir : Pierric Bailly : Rouges-Truites. Tapi dans l'ombre.

    rouges-truites-pierric-bailly-couverture.pngRetour de lecture sur Rouges-Truite, un roman noir aux échos de thriller de Pierric Bailly qui explore la figure du monstre au sein d'une famille disloquée (Éditions P. O. L.).

     

    Introduction :

    Camus, L'Etranger (Gallimard 1942) et le roman noir sont au coeur d'une multitude d'articles et d'ouvrages (1) évoquant notamment le lien fort avec la littérature noire dont l'illustre romancier fait d'ailleurs mention avec Le Facteur Sonne Toujours Deux Fois (Gallimard 1936) de James M. Cain, source d'inspiration de cette narration froide et détachée qui émane de ce roman emblématique.

    Et il faut bien admettre que l'on ne compte plus les incursions d'autrices et d'écrivains de la littérature blanche qui flirtent avec le mauvais genre à l'instar de Laurent Mauvignier et de son thriller Histoire De La Nuit (Minuit 202)  ou de Maylis de Kerangal qui effleure le roman noir avec Jour De Ressac (Verticales 2024), sans parler du Nom De La Rose (Grasset 1982) d'Umberto Eco ou tout récemment de L'Inconnue Du Quai De Javel (Gallimard 2026) de Philippe Jaenada tout récemment auréolé du prix Goncourt.

    Dans ce contexte, on peut reconnaître sans réserve que Pierric Bailly s'est très souvent aventuré aux lisières du roman noir avec ces notions de fait divers et de tragédie mortelle émergeant de plusieurs de ses textes ancrés dans cet environnement du Jura qu'il affectionne et dont il est originaire.

    Ainsi, outre l'attachement à la nature, on retrouve dans son oeuvre la figure tutélaire du père qui transparait une nouvelle fois dans Rouges-Truites dont le titre à la fois mystérieux et inquiétant fait référence à un lac de montagne, situé non loin de la commune de Clairveaux-les-lacs où l'auteur séjourne quand il n'est pas à Lyon.

    Autour de la mort brutal d'un père de famille et de la disparition de ses deux enfants, c'est peu dire qu'il y avait une véritable attente auprès de ce qui s'apparente effectivement à un roman noir chargé de tension qui tourne pourtant à la pantalonnade, c'est peu de le dire.  

     

    pierrick bailly,éditions p. o. l.,rouges-truites,critique,chronique,thriller,roman noir,rentrée littéraireRésumé :

    À la fin des années 80, Cédric et sa sœur Delphine, deux enfants du hameau des Bruyères dans le Vercors, voient débarquer Pascal qui emménage dans la maison voisine avec ses enfants, Léo et Paloma, qui ont perdu leur mère.

    Si Cédric ne peut pas encadrer Léo, qu'il considère comme un fouteur de merde, Delphine va s'attacher à Paloma, avec laquelle elle tisse des liens très forts à mesure qu'elles grandissent, partageant au fil des années bien plus que des moments d'amitié.

    Mais la nuit du 10 avril 1998, tout bascule lorsqu'un coup de feu résonne dans les rues tranquilles de la localité. Bien rapidement, on apprend que Pascal a été retrouvé mort à son domicile avec une balle dans la tête, sans que l'on sache s'il s'agit d'un suicide ou d'un meurtre.

    Il faut dire qu'il n'y a aucune trace de l'arme et que l'on a aperçu Léo qui brandissait un pistolet non loin de la maison avant de se volatiliser avec Paloma, encore mineure, ceci au grand désarroi de Delphine qui souffre de cette disparition.

    25 ans plus tard, les questions quant au devenir de Léo et de Paloma demeurent sans réponse, ce qui a permis à Cédric de se rapprocher de sa soeur, notamment en effectuant chaque année un voyage ensemble. Et à l'occasion de leur nouvelle escapade, Delphine a choisi de se rendre dans le Jura, du côté du lac des Rouges-Truites, qui va raviver quelques résurgences du drame d'autrefois.

     

    pierrick bailly,éditions p. o. l.,rouges-truites,critique,chronique,thriller,roman noir,rentrée littéraireRetour de lecture :

    D’entrée de jeu, on peine à intégrer pleinement le récit du fait de cette narration autodiégétique où Cédric, le narrateur principal, va nous rapporter les éléments qu'il a rassemblés quant aux circonstances du drame qui s’est déroulé au sein de ce hameau du Vercors, dont on ne capte ni l’ambiance ni l’atmosphère avec cette sensation de survoler l'enchaînement des liens entre les différents protagonistes de l'intrigue que sont Delphine, sa sœur, ainsi que Paloma et Léo, les enfants de Pascal, leur voisin.

    Quant au drame lui-même, impliquant un père de famille mort d’une balle dans la tête, on hausse les sourcils face aux conclusions des autorités décrétant, sur la base d'un rapport médico-légal, qu’il s’agit d’un suicide, ceci en dépit de l’absence de l’arme tandis qu’un témoin certifie avoir vu le fils de la victime brandissant une arme de poing, quelques heures après le drame.

    À partir de là, on s'étonne du peu de cas qui est fait de la disparition de Léo et même de Paloma, une jeune fille mineure, ce qui paraît être coutumier puisque l'on apprend également, dans cette première partie du roman, qu'un professeur d'éducation physique apprécié des élèves a également disparu dans des circonstances troubles sans que l'on entreprenne trop de recherches.

    Et puisqu'il s'agit de ce qui s'apparente à un roman noir, Pierric Bailly s'est cru obligé d'insérer quelques annonces lourdingues afin d'amplifier la tension, à l'instar du fameux "si j'avais su" digne des meilleurs romans de Joël Dicker.

    L'enjeu dans Rouges-Truites est donc de savoir ce qu'il est advenu de Paloma et de Léo, ce que Pierric Bailly va nous dévoiler peu à peu au gré d'un texte s'avérant laborieux, voire ennuyeux, donnant l'impression de partir dans tous les sens à mesure que l'on nous présente des trajectoires très riches, mais que l'on survole une nouvelle fois, avec un sentiment de frustration à l'instar de ce parcours en Afrique sur lequel on aurait aimé s'attarder.

    Néanmoins, on relèvera ces moments descriptifs particulièrement réussis où l'on arpente cette région du lac de Rouges-Truites ainsi que l'apparition de cette chaumière qui va devenir le théâtre d'une confrontation quelque peu alambiquée, frisant parfois le grotesque, tout comme cet enterrement étrange et ce démantèlement de ladite chaumière qui tire en longueur, tout en se demandant si l'auteur n'a pas voulu s'aventurer dans le registre d'une dimension surréaliste.

    Tout cela se décline dans la plus grande confusion à mesure que l'on progresse dans les méandres d'une intrigue bancale qui apparaît comme extrêmement décevante jusqu'à cette révélation finale concernant Pascal, ce père mystérieux sur lequel on aurait souhaité que Pierric Bailly s'attarde davantage tant l'esquisse du personnage paraissait prometteuse. Grosse déception de la rentrée.

     

    Pierric Bailly : Rouge-Truite. Editions P. O. L. 2026.

     

    A lire en écoutant : Carrion de Fiona Apple. Album : Tidal. 1996 Epic Records.

  • Chronique récit journalistique : Sébastien Bonifay : (Not) Born In The USA. Sur la route.

    not-born-in-the-usa-sebastien-bonifay-couverture.pngRetour de lecture sur (Not) Born In The USA, un récit journalistique de Sébastien Bonifay partant à la rencontre d'auteurs américain de littérature noire (Éditions Marchialy).

     

    On aura beau dire qu'il faut se concentrer sur l'œuvre de l'auteur ou de la romancière plutôt que sur sa personnalité, il y a parfois une fascination certaine émergeant des textes qui vous pousse à explorer leur univers jusqu'à entamer un voyage pour aller à leur rencontre, comme ce jeune lecteur que j'étais qui s'est rendu en Louisiane, du côté de New Iberia, en espérant croiser James Lee Burke sans savoir qu'il séjournait une grande partie de son temps dans le Montana.
    Il aura fallu se contenter d'un repas chez Clémentine, où Dave Robicheaux, personnage emblématique de ses romans, avait ses habitudes, afin de digérer ce rendez-vous manqué digne d'un amateur.
     
    Ancien gérant d’une librairie à Bastia, abreuvé de littérature noire américaine, désormais journaliste auprès de France 3 Corse, Sébastien Bonifay a fait preuve de davantage d’audace et d’un peu moins d’amateurisme lorsqu’il s’est lancé sur les routes des États-Unis pour aller converser avec les auteurs pour lesquels il voue une indéniable admiration.
     
    Il faut dire que celui qui est également président fondateur du festival Libri Mondi et Libri Mondi broie du noir ne manque effectivement pas de bravoure, puisqu’il est parvenu à dompter l’irascible James Ellroy, tombé sous le charme de la Corse en 2015 lorsqu’il s’est rendu à Bastia pour présenter Perfidia (Rivages/Noir 2015), premier volume de la seconde tétralogie de Los Angeles.
     
    Est-ce cette visite ou son engouement pour les romans de Donald Ray Pollock qui ont poussé Sébastien Bonifay à entamer en 2016 ce périple sur les highways américaines, démarche qu’il renouvellera deux années consécutives et dont il nous livrera finalement les péripéties dix ans plus tard dans (Not) Born In The USA, un superbe ouvrage publié aux éditions Marchialy dont on connaît la réputation d’exigence tant pour le texte que pour le soin apporté à ses livres, à nul autre pareil ?
     
    La réponse se trouve sans doute dans les lignes de cette somme de fascinants voyages qui nous entraînent bien loin des circuits touristiques, au cœur de ces États méconnus de l’Ohio, du Mississippi, du Missouri, du Colorado, du Kansas, du Nebraska et de l’Oregon, en passant par l’Iowa, le Minnesota et le Dakota du Sud. Et puis, lorsqu’il se rend dans les grandes métropoles de Chicago ou de New York, c’est pour arpenter leurs banlieues décaties, que ce soit Pilsen, quartier au sud de la grande ville de l’Illinois, en compagnie de Stuart Dybek, ou le secteur de Red Hook à Brooklyn avec James McBride.
     
    sebastien bonifay,not born in the usa,editions marchialy,chronique,critique,récit journalistique,littérature américaineOn embarque donc avec Sébastien Bonifay qui arpente le pays dans sa voiture de location, de motel en motel, dans ce qui s'apparente à un périple incertain à l'instar de cette rencontre manquée avec Daniel Woodrell que l'on ne peut que déplorer tout comme lui, ainsi que l'absence de romancières, comme il le relève lui-même en regrettant notamment de n'avoir pu rencontrer Laura Kasischke pour des raisons d'agenda.
     
    Qu'à cela ne tienne, ce ne sont pas moins de huit écrivains que Sébastien Bonifay va rejoindre dans leur tanière respective, comme pour mieux disséquer la composition du terreau alimentant leur texte, et qui vont se dévoiler ainsi au gré de conversations informelles à l'occasion de balades à pied ou en voiture, ou de repas dans ces fameux diners, et pourquoi pas dans un stade à l'instar de sa rencontre avec Eddie Chuculate du côté de Manhattan au Kansas, cela ne s'invente pas.
     
    Et si vous vous demandez qui est Eddie Chuculate, il faudra bien admettre mon ignorance d'autant plus que ses deux romans ne sont pas traduits en français, ce qui n'empêche pas Sébastien Bonifay d'exprimer tout l'intérêt qu'il porte à son égard, au gré de cette rencontre qui se révèle aussi singulière que désopilante.
     
    C'est peut-être bien là que l'on décèle la passion qui anime le journaliste corse qui va donc converser avec des figures de la littérature américaine que sont Donald Ray Pollock, Chris Offutt, James Ellroy, Benjamin Whitmer et James McBride, bien présents dans les pages de ce blog, mais également avec des écrivains à la notoriété plus confidentielle à l'instar de Stuart Dybek et Willy Vlautin dont on aspire déjà à découvrir l'œuvre à la suite de leurs échanges inspirants, là aussi ponctués de quelques instants savoureux, comme ce repas pimenté au Cinco Rabanitos. Il faut dire que les lieux improbables où il va débarquer ne manquent pas, que ce soit cette boîte de strip-tease, décor digne des Soprano, cette église funky où James McBride enseigne la musique, ainsi que le Elway's, un steakhouse où James Ellroy a ses habitudes.
     
    Tout cela se décline au gré d'anecdotes piquantes, avec ce décalage salutaire qui va nourrir ces discussions qui n'ont finalement rien de journalistique, comme pour mieux percevoir l'intimité de chaque auteur, sans pour autant se révéler intrusif, parce que l'on perçoit, derrière cette démarche insensée, toute l'admiration que Sébastien Bonifay porte à chacun d'entre eux. L’anti-guide touristique par excellence d’un pays fascinant.
     

    Sébastien Bonifay : (Not) Born In The USA. Editions Marchialy 2026.

    A lire en écoutant : Blue Highway de Georges Thorogood. Album : Bad To The Bone. 2012 Capitol Records, LLC.

  • Chronique thriller : Dominic Nolan - J'Étais Abigail Boone. Mémoire courte.

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    Service de presse.

    Retour de lecture sur J’Étais Abigail Boone, premier thriller et roman noir de Dominic Nolan (Editions Rivages/Noir).

     

    Portrait :


    Pour notre plus grand bonheur, sa carrière de cinéaste est restée au stade de projet avec des courts-métrages merdiques, comme il les juge lui-même, qui ne seront jamais projetés.
    Et bien que le cinéma soit sa première passion, Dominic Nolan s’est donc lancé dans l’écriture en explorant les tréfonds de Londres dans une dimension historique se conjuguant avec la noirceur d’une intrigue policière extrêmement âpre qui va marquer les esprits tout d’abord avec Vine Street (Rivages/Noir 2024), suivi de White City (Rivages/Noir 2025), deux romans encensés, à juste titre, par la critique et les lecteurs qui se sont aventurés dans les circonvolutions audacieuses de ces deux fresques vertigineuses.
    Mais avant de rencontrer le succès, ce natif du nord de Londres a exercé une multitude de jobs alimentaires tout en écrivant une dizaine de romans qui ne seront jamais publiés jusqu’à ce que Past Life, un thriller très sombre, trouve sa voie auprès des maisons d'édition.
    À la mention d’un thriller, qui plus est un premier roman, en sachant qu’il s’agit du genre littéraire le plus galvaudé avec la romance, on ne peut que formuler des réticences à ce que Rivages/Noir exploite le filon jusqu’à la lie avec un risque de déception qui peut résulter de cette trame contemporaine, assez classique, s’articulant autour d’Abigail Boone, une enquêtrice de la police qui disparaît durant quatre jours et que l’on retrouve meurtrie et amnésique.
    On froncera d’autant plus les sourcils avec ce titre en français, J’étais Abigail Boone faisant forcément référence au monument de la littérature noire de Robin Cook, paraissant quelque peu écrasante avec, là aussi, les aléas d’un certain désappointement qui peut en découler.
     
     
    dominic nolan,j'étais abigail boone,rivages noir,polar,thriller psychologique,amnésie,premier roman,chronique,critique,polar britanniqueRésumé :

    Avant qu’on ne l’enlève, Abigail Boone enquêtait sur la disparition de Sarah Still, une jeune femme de la région dont on est sans nouvelles depuis environ trois ans.
    Sans doute sur une piste, la policière se retrouve séquestrée dans un appartement sordide durant quatre jours avant qu’elle ne puisse échapper à ses ravisseurs dans un déchaînement de violence.
    Après s’être remise de ses blessures, Abigail va retrouver son mari et son fils dont elle n’a plus aucun souvenir puisqu’elle souffre d’une perte de mémoire rétrograde due au choc qu’elle a subi.
    Sans plus aucun repère, perdue dans le cours d’une vie qui ne lui appartient plus, l’ex-policière démise de ses fonctions va tout de même reprendre les recherches pour retrouver Sarah en dépit des réticences de ses proches et de ses anciens collègues.
    C’est ainsi qu’elle va replonger dans un environnement mortel et cruel où elle risque de perdre pied à tout moment dans ce qui apparaît comme une quête obsessionnelle sans issue.
     
     
    Retour de lecture :

    On ne va pas tergiverser, Dominic Nolan n’a pas à rougir de ce premier roman qui oscille entre le thriller nerveux et le roman noir aux éclats brutaux qui vous coupent le souffle, à l’instar de cette première scène d’une spectaculaire violence où Abigail Boone tente d’échapper à ses ravisseurs.
    Dans J’étais Abigail Boone, Dominic Nolan s’accroche donc à cette enquêtrice meurtrie en faisant en sorte de contourner tous les pièges du cliché foireux entourant la narration ultra-convenue de ces individus frappés d’amnésie que l’on a eu à subir dans cette catégorie de thrillers qui traitaient le sujet.
    On échappera ainsi à ces flashbacks aussi brumeux que douteux ou à ces fameux éclats fulgurants où la personne recouvre subitement la mémoire.
    L’enjeu pour Abigail Boone est de savoir comment surmonter le manque d’affect qu’elle éprouve vis-à-vis des membres de sa famille qu'elle a retrouvés mais dont elle ne garde aucun souvenir, faisant d'elle une étrangère.
    Et il faut bien admettre que le romancier s’y entend pour mettre en exergue cette distance et ce délitement qui s’exercent au sein d’un cadre familial forcément bancal dont on ressent le malaise.
    À partir de là, il apparaît logique que cette femme abîmée se tourne vers l’unique ancrage de son existence, à savoir reprendre le cours de cette enquête qu’elle menait pour retrouver les ravisseurs de cette jeune femme disparue qui s’en sont pris finalement à elle.
    Et si les investigations apparaissent maladroites et incertaines à l'image de cette femme désemparée, on apprécie une mise en scène adroite qui s'inscrit dans une cohérence salutaire, ce qui fait que la progression se révèle aussi dynamique que structurée tout en étant ponctuée de quelques scènes spectaculaires demeurant ancrées dans un réalisme aux accents sordides qui vous colle à la peau.
    On évolue ainsi dans les environs de Londres et d’une ville fictive du bord de la Manche, dans une atmosphère lourde et poisseuse avec en toile de fond ce site minier désaffecté dont l’auteur va exploiter l’ambiance inquiétante qui s’agrège à une intrigue pesante s’articulant autour d’un odieux trafic d’êtres humains dont certains aspects nous ramènent à cette fureur âpre émergeant des romans de Robin Cook.
    Tout cela s'articule autour de la personnalité profondément fouillée d'Abigail Boone, figure aussi attachante que la galerie de femmes dont elle croise le destin, que ce soit Tess, fille de truand qu’elle a tirée d'un mauvais pas, Roo, jeune Bulgare victime de ce réseau de traite humaine, ainsi que Barb, son ancienne collègue dans la police, qui vont lui permettre de progresser tant bien que mal dans ses investigations.
    Pour autant, la quête va se révéler chaotique et incertaine, ce qui permet à Dominic Nolan de s’extraire des schémas propres au genre du thriller, plus particulièrement en ce qui concerne les aspects menaçants de ce réseau pédophile bien implanté qui apparaît peu à peu dans la lumière de cette enquête tumultueuse aux fragments sanglants qui vont laisser bien des stigmates.

     

    Dominic Nolan : J'Étais Abigail Boone. Editions Rivages/Noir 2026. Traduit de l'anglais (royaume-Uni) par Isabelle Maillet.

    A lire en écoutant : Sticks & Stones de Carmel. Album : The Falling. 2021 The London Records Ltd.

  • Dominic Nolan : White City. Béhémoth.

    Capture d’écran 2026-03-24 à 13.37.40.pngAprès quarante ans d'existence et plus d'un millier de titres intégrant cette collection iconique, chacun pourra se faire un résumé de son parcours au sein de Rivages Noir célébrant donc son quarantième anniversaire. Dans cet abrégé d'une suite logique s'étendant sur quatre décennies, je mentionnerais James Ellroy, David Peace et Dominic Nolan incarnant la relève générationnelle de cette audace caractérisant la ligne éditoriale de François Guérif, éditeur fondateur tout aussi légendaire que les auteurs qu'il a publié avant de céder la place à Jeanne Guyon et Valentin Baillehache poursuivant cette aventure dont on souhaite qu'elle perdure dans le temps. Avec James Ellroy, on découvrait une autre facette de la rutilante ville de Los Angeles tandis qu'avec David Peace on s'aventurait sur les terres méconnues du Yorkshire et de Tokyo, au gré d'intrigues tout aussi prenantes que tortueuses, à l'image des rues de cette ville de Londres dont Dominic Nolan s'est emparé avec Vine Street (Rivages/Noir 2024), premier roman exceptionnel, prenant pour cadre les bas-fonds de cette cité, et plus particulièrement le quartier de Soho, durant la période du Blitz en suivant le parcours d'un inspecteur des Moeurs s'associant à un enquêteur de la Brigade Volante afin de traquer, sur plusieurs décennies, un tueur insaisissable. Mais avec White City, on prend encore davantage d'envergure autour de ce braquage du 21 mai 1952 où sept individus interceptent un fourgon postal contenant près de 250'000 livres sterling ce qui constitue l'un des plus gros butins de l'histoire britannique qui ne fut jamais retrouvé. C'est également l'occasion d'arpenter ce quartier méconnu de l'ouest de Londres dont le nom fait référence au stuc blanc qui recouvrait les bâtiments érigés à l'occasion de l'exposition franco-britannique de 1908 mais qui, après la seconde guerre mondiale, n'était plus constitué que de taudis abritant une importante communauté jamaïcaine dont on explore durant six années les aléas sociaux qui vont nous conduire jusqu'aux aux émeutes raciales de Notting Hills de 1958 où l'on scandait des slogans racistes comme "Keep Britain White".

     

    IMG_3757.jpegEn 1952, il n'y a plus beaucoup de bâtiments qui tiennent encore debout dans les quartiers ouest de Londres dont les ruines de la seconde guerre mondiale ne laissent place qu'à des terrains vagues et des immeubles branlants qui menacent de s'effondrer. Sous la coupe de caïds qui ont pris possession de la cité, c'est le braquage d'un fourgon postal qui défraye la chronique puisque les truands se sont emparés d'un magot exceptionnel suscitant l'attention de tous les journaux. Mais pour Addie Rowe, il importe davantage de savoir ce qu'il est advenu de son père dont elle est sans nouvelle depuis, et qui doit donc s'occuper de sa petite soeur ainsi que de sa mère rongée par la boisson et qui comate dans leur appartement délabré. Il en va de même pour Claire Martin se souciant du devenir de son fils Ray, depuis que son mari a mystérieusement disparu. Il faut dire que le jeune homme côtoie Teddy "Mother" Nunn, un gangster sociopathe sans pitié, à la solde de Billy Hill, grand ponte du crime organisé, qui peut également s'appuyer sur Dave Lander, un homme de main aux comportement aussi énigmatique qu'inquiétant. 

     

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    Dominic Nolan : White City (White City). Editions Rivages/Noir 2025. Traduit de l'anglais (Grande Bretagne) par David Fauquemberg.

    A lire en écoutant : To The Etablishment de Lou Bond. Album : Lou Bond. 2014 Light In The Attic.