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roman

  • Dominic Nolan : White City. Béhémoth.

    Capture d’écran 2026-03-24 à 13.37.40.pngAprès quarante ans d'existence et plus d'un millier de titres intégrant cette collection iconique, chacun pourra se faire un résumé de son parcours au sein de Rivages Noir célébrant donc son quarantième anniversaire. Dans cet abrégé d'une suite logique s'étendant sur quatre décennies, je mentionnerais James Ellroy, David Peace et Dominic Nolan incarnant la relève générationnelle de cette audace caractérisant la ligne éditoriale de François Guérif, éditeur fondateur tout aussi légendaire que les auteurs qu'il a publié avant de céder la place à Jeanne Guyon et Valentin Baillehache poursuivant cette aventure dont on souhaite qu'elle perdure dans le temps. Avec James Ellroy, on découvrait une autre facette de la rutilante ville de Los Angeles tandis qu'avec David Peace on s'aventurait sur les terres méconnues du Yorkshire et de Tokyo, au gré d'intrigues tout aussi prenantes que tortueuses, à l'image des rues de cette ville de Londres dont Dominic Nolan s'est emparé avec Vine Street (Rivages/Noir 2024), premier roman exceptionnel, prenant pour cadre les bas-fonds de cette cité, et plus particulièrement le quartier de Soho, durant la période du Blitz en suivant le parcours d'un inspecteur des Moeurs s'associant à un enquêteur de la Brigade Volante afin de traquer, sur plusieurs décennies, un tueur insaisissable. Mais avec White City, on prend encore davantage d'envergure autour de ce braquage du 21 mai 1952 où sept individus interceptent un fourgon postal contenant près de 250'000 livres sterling ce qui constitue l'un des plus gros butins de l'histoire britannique qui ne fut jamais retrouvé. C'est également l'occasion d'arpenter ce quartier méconnu de l'ouest de Londres dont le nom fait référence au stuc blanc qui recouvrait les bâtiments érigés à l'occasion de l'exposition franco-britannique de 1908 mais qui, après la seconde guerre mondiale, n'était plus constitué que de taudis abritant une importante communauté jamaïcaine dont on explore durant six années les aléas sociaux qui vont nous conduire jusqu'aux aux émeutes raciales de Notting Hills de 1958 où l'on scandait des slogans racistes comme "Keep Britain White".

     

    IMG_3757.jpegEn 1952, il n'y a plus beaucoup de bâtiments qui tiennent encore debout dans les quartiers ouest de Londres dont les ruines de la seconde guerre mondiale ne laissent place qu'à des terrains vagues et des immeubles branlants qui menacent de s'effondrer. Sous la coupe de caïds qui ont pris possession de la cité, c'est le braquage d'un fourgon postal qui défraye la chronique puisque les truands se sont emparés d'un magot exceptionnel suscitant l'attention de tous les journaux. Mais pour Addie Rowe, il importe davantage de savoir ce qu'il est advenu de son père dont elle est sans nouvelle depuis, et qui doit donc s'occuper de sa petite soeur ainsi que de sa mère rongée par la boisson et qui comate dans leur appartement délabré. Il en va de même pour Claire Martin se souciant du devenir de son fils Ray, depuis que son mari a mystérieusement disparu. Il faut dire que le jeune homme côtoie Teddy "Mother" Nunn, un gangster sociopathe sans pitié, à la solde de Billy Hill, grand ponte du crime organisé, qui peut également s'appuyer sur Dave Lander, un homme de main aux comportement aussi énigmatique qu'inquiétant. 

     

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    Dominic Nolan : White City (White City). Editions Rivages/Noir 2025. Traduit de l'anglais (Grande Bretagne) par David Fauquemberg.

    A lire en écoutant : To The Etablishment de Lou Bond. Album : Lou Bond. 2014 Light In The Attic. 

  • Sidney Lumet, l'incarnation d'un cinéma engagé !

     

    le-prince-de-new-york.jpgPendant bien des jours, je me suis creusé la tête afin de rendre hommage à un réalisateur récemment décédé : Sidney Lumet. Pour le second billet d'un blog littéraire, il ne fallait tout de même pas trop digresser du sujet initial, mais je tenais à évoquer le souvenir de ce cinéaste talentueux. Il méritait mieux que les hommages sybillins que j’ai pu lire dans la presse. Les chaînes hertziennes n’ont même pas pris la peine de bousculer leur programme pour passer un de ses fims (dernière nouvelle : TCM diffusera tout de même 11 de ses films durant tout le mois de juin).

    Pour faire le lien avec la littérature policière je peux évoquer la somptueuse adaptation d'un des plus grands romans d'Agatha Christie, "Le Crime de l'Orient-Express", pour lequel Ingrid Bergman se vit attribuer l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle. Une distribution éblouissante avec Albert Finney qui restera l'acteur ayant le mieux incarné le personnage d'Hercule Poirot. Cette adaptation plus que réussie dans laquelle 12 personnes décident d'exécuter l'auteur d'un crime odieux, fait écho à son premier film, "12 Hommes en Colère", où un juré fait face aux 11 autres jurés pour les convaincre de l'innocence d'un homme que tout accuse. C'est le thème principal de bon nombre des films de Lumet : Un homme seul peut-il se dresser face à l'ordre, - ou au désordre - établi  ? La réponse est souvent amère comme dans "Un Après-midi de Chien" ou dans « Verdict ».

    Elle est encore plus désespérante dans sa trilogie de polars urbains avec tout d'abord « Serpico », qui pose le point de vue sans nuance du flic intègre faisant face à tous ses collègues corrompus. Qui ne se souvient pas d'Al Pacino, campant un flic barbu aux allures christiques prêt à l'ultime sacrifice pour dénoncer la corruption au sein des forces de police. Même thème, plus nuancé tout de même, et constat encore plus accablant dans « Le Prince de New-York » adaptation du livre éponyme de Robert Daley. Dans ce film hallucinant, Sidney Lumet réussit l'exploit de surpasser l'intrigue du roman (exploit que récidivera Michael Cimino en adaptant du même auteur "L'Année du Dragon") avec plus de deux heures de tension sans qu'il n'y ait pratiquement aucun coup de feu. L'enjeu étant de savoir si Daniel Ciello, brillament interprété par Treat Williams, membre corrompu de la brigade des stupéfiants, va devoir finalement trahir ses camarades, qu'il considère comme sa famille ou ses frères d'arme lors d'une croisade anti-corruption. L’image deTreat Williams de dos, assis sur un banc de Central Park, les épaules voutées, écrasé par le poids du remord et de la ville qui lui fait face ne laisse planer aucun doute sur le devenir de cet homme brisé. Sidney Lumet reviendra une dernière fois sur ce thème de la compromission policière tout en mettant en relief l’hypocrisie d’une justice à la solde du monde politique avec le méconnu mais non moins formidable « Contre-Enquête », offrant à Nick Nolte un de ses meilleurs rôle en incarnant l’un des flics le plus odieux et le plus pourri de l’histoire du cinéma. Il fait face à un jeune substitut ambitieux joué par Timothy Hutton qui va aller de désillusion en désillusion,sans aucun espoir de rédemption.

    En toile de fond, commune à tous ces films que je viens de citer, il y a cette ville de New York aussi belle qu’impitoyable, poisseuse et flamboyante tout à la fois. Sidney Lumet en a fait un personnage à part entière qui accentuait la dramaturgie de ses réalisations en les rendant encore plus oppressantes. On peut d’ailleurs le constater dans son dernier opus, « 7h58 ce samedi-là », où cette cité suffoquante sera le témoin indifférent de la désintégration d’une famille ordinaire dont plusieurs des membres iront jusqu’au parricide.

    Le titre original de ce dernier chef-d’oeuvre fait référence à une expression irlandaise : May you be in heaven half an hour... before the devil knows you're dead (Puisses-tu atteindre le paradis une demi-heure avant que le diable n'apprenne ta mort). Paradis, Enfer, je suis certain que, où qu’il soit, Sidney Lumet, comme le cinéaste engagé qu’il toujours été, doit brandir sa caméra comme un poing levé pour filmer et dénoncer les travers du monde céleste !

     

  • LES ORIGINES

    Book-Chase-ZincEnOr.jpgJe me souviens encore de cette muraille noire que formaient les dos de ces livres alignés sur un  rayonnage de la bibliothèque paternelle. Un carré jaune, entouré d'un carré blanc et la mention « carré noir » juste en dessous, renforçait l'aspect particulier de ces ouvrages. Sur certain d'entre eux des filles légèrement dénudées ornaient la couverture et, au dos, on y trouvait systématiquement une publicité pour des marques de cigarettes, de l'alcool ou du parfum pour homme. C'était l'habillage typique des romans de gare machistes à l'extrême.

    « Carré Noir » était une sélection de polars extraite de la prestigieuse collection Série Noire (nom inventé par Jacques Prévert) dirigée par Marcel Duhamel. A l'époque, mon père estimait que j'étais trop jeune pour  ce genre de littérature, raison pour laquelle je me suis empressé de désobéir.  C'est grâce -et avec !- cette transgression que j'ai découvert mes premiers auteurs de polar. Chandler, Hammett, Goodies, Chase, Manchette et les autres ont peuplé mes nuits d'adolescent. Depuis, cette passion pour le roman noir et le roman policier ne m'a plus quitté. Cet engouement m'a-t-il poussé à devenir flic ? Sans trop vraiment l'admettre, il est probable que cela a eu une influence indirecte sur le choix de  ma profession, même si les personnages de policier étaient pour la plupart du temps brocardés par leurs  auteurs. Pour Chandler et Hammett, les flics étaient soit corrompus, soit incompétents, voire même les deux ! C'était l'époque de la chasse aux sorcières sous la férule du sénateur McCarthy. Pour Manchette, les flics devenaient des espèces de barbouzes dénués de toute intégrité, référence au Service d'Action Civique (SAC) et autres magouilles étatiques qui fleurissaient dans les années 70. Deux époques différentes, mais toujours la même position critique de notre société. Car au delà de l'intrigue, ce qui me plaît dans le polar c'est qu'il est le reflet des travers de notre société dans laquelle les auteurs s'ingénient à plonger leurs personnages. Pour reprendre une phrase de Manchette, le polar est de son temps et aussi de son espace.

    Lors d'un tri, mon père m'a donné tous ses ouvrages de la collection Carré Noir. Je les ai placés sur un rayonnage à part.  Ainsi, soigneusement alignés, ils ont vraiment de la gueule ! De temps à autre j'en prends un au hasard pour le relire une énième fois. Tiens, voici la Dame du Lac de Raymond Chandler, traduit par Boris Vian. ! Et celui-ci ! La Reine des Pommes de Chester Himes !

    La collection « Carré Noir » n'existe plus, mais bien d'autres lui ont succédée. Certaines ont disparu à leur tour, mais bon nombre d'entre elles perdurent. Aujourd'hui, dans ma bibliothèque, le thriller côtoie le roman noir, le best seller côtoie des séries de polars peu connus et au travers de ce blog, je souhaite faire une espèce d'inventaire à la Prévert de toutes ces lectures qui m'ont captivé et dont certaines m'ont tenu éveillé des nuits entières.

    Ecrivains populaires ou quasiment inconnus ; romanciers anglais, américains, français ou polonais ; auteurs de romans noirs, de thrillers ou de polars, peu m'importe. Dans ce blog, point d'élitisme ou de sous-catégorie de la littérature policière. Juste le plaisir de partager avec vous des romans aux intrigues sombres et aux textes taillés au cordeau. Des romans noirs et bien serrés !