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LES AUTEURS

  • MATHILDE BEAUSSAULT : DONT ACTE.

    IMG_3980.jpegOn ne sait plus trop bien par quoi commencer pour commenter l’actualité de celle que l’on peut déjà considérer comme l’une des grandes figures montantes de la littérature noire  avec deux romans aux connotations sociales qui se distinguent véritablement au sein de l’ensemble des publications de ces deux dernières années. Il faudra tout d’abord mentionner Les Saules (Seuil/Cadre Noir 2025) premier roman de Mathilde Beaussault qui est désormais disponible en format poche, ce qui vous permettra d’appréhender, pour les inconscients qui ne l’auraient pas encore fait, ce polar aux accents ruraux, prenant pour cadre cette terre de Bretagne dépouillée de tous les clichés qu’elle peut véhiculer. Pour cette enseignante qui ne se prédestinait pas  forcément à se lancer dans l'écriture de polar, on relèvera cette propension à bousculer quelque peu des codes propre au genre pour faire en sorte de véhiculer, avec beaucoup de retenue, une noirceur certaine se conjuguant à la fragilité de ses personnages évoluant dans cet environnement rural qu’elle connaît bien. Mais l’autre actualité de Mathilde Beaussault, c’est la parution de La Colline, son second roman, pour lequel elle était très attendue, avec cette pensée carnassière de savoir si elle était en mesure de réitérer le succès qui a entouré son premier ouvrage. Conjuguant, une nouvelle fois cette campagne magnifiée à un environnement beaucoup plus urbain de la banlieue de Rennes, en se penchant sur le destin d’une jeune fille mutique, on admettra sans réserve que Mathilde Beaussault parvient encore une fois  jà nous saisir au gré d’une intrigue prenante qui se décline au rythme d’un roman choral à l’écriture singulière qui caractérise désormais son style. 

     

    mathilde beaussault,la colline,editions seuil polar,blog mon roman noir et bien serré,blog littéraire,chronique littéraire,actualité littéraire,roman noir,roman policier,parution 2026,lecture 2026Lorsque l’on jette ses ordures, un matin d’hiver, dans un container de la banlieue de Rennes, on peut faire des découvertes déconcertantes à l’instar de ce bébé dont les pleurs vont alerter ce vieil homme s’apprêtant à se débarrasser de son sac poubelle. Et tandis que pompiers, secouristes et policiers s’emploient à sauver le nouveau-né et à découvrir les circonstances qui l’ont conduit à se retrouver dans cet endroit insalubre, Monroe, un jeune fille de 17 ans, se vide de son sang sous le regard impavide de sa mère qui l’a enfermée dans sa chambre. Oscillant d’une lucidité incertaine à un état semi-comateux, l’adolescente se remémore ces quelques mois passés sur La Colline, où vit sa grand-mère Madeleine qui l’a recueillie alors qu’elle était enceinte. Ce sont des instants de bonheur dans cet environnement âpre où la vieille femme transmet la somme de ses connaissances de guérisseuse à sa petite fille qui se reconstruit peu à peu jusqu’à ce que tout bascule. Et tandis que Monroe agonise sur ce matelas crasseux, les policiers investiguent dans cette cité désolée, tandis que les soignants s’activent autour de cet enfant afin de le tirer d’affaire sous le regard des pompiers qui l’ont secouru et qui s’interrogent sur la tournure de cet événement tragique. Quelle en sera la finalité ?

     

    mathilde beaussault,la colline,editions seuil polar,blog mon roman noir et bien serré,blog littéraire,chronique littéraire,actualité littéraire,roman noir,roman policier,parution 2026,lecture 2026Inspiré du fait divers d’un bébé retrouvé dans une poubelle de la ville de Rennes dont sa soeur, sage-femme, lui a rapporté certains aspects, Mathilde Beaussault rend également hommage à sa grand-mère par le biais de ce magnifique portrait de Madeleine qui s’inscrit dans le thème de la transmission nourrissant une grande partie de cette intrigue noire, auréolée de la lumière de ses souvenirs d’enfance  transparaissant dans cet environnement de La Colline que parcourt Monroe, une jeune fille en déshérence, qui retrouve un certain équilibre au contact de cette matriarche  dont l’affection toute en retenue devient le véritable moteur de sa vie chaotique. D’entrée de jeu, on appréciera la construction narrative taillée au cordeau que la romancière décline sur le registre de la chorale de points de vue qui régissent l’intrigue menée tambour battant autour de la personnalité des différents individus qui vont interférer dans le cadre de la découverte de ce nouveau-né qui va bousculer chacune de leur existence. Que ce soit les secouristes, les policiers et les soignants, mais aussi toute une multitude de personnes plus ou moins proche de Monroe l’ensemble de ces points de vue  se déclinent sur le mode de la première personne, ce qui permet d’absorber une certaine dose d’émotion qui sera toute contenue lorsque l’on se penche sur le parcours de Monroe en adoptant une narration à la troisième personne ce qui nous permet d’éviter l’écueil du registre larmoyant qui ne transparait jamais dans cette intrigue d’une dureté éprouvante qui vous secoue en permanence avec, en arrière plan, toute la dimension tragique des violences à l’égard des femmes qui transparait notamment par l’entremise de personnages touchants à l’image de ce duo improbable que forme Samantha, femme de la rue que la vie n’a pas épargné et de Lazuli, bourgeoise nantie dont l’attitude guindée dissimule une détresse certaine. Et puis le véritable coup de génie, réside dans la lecture des procès-verbaux des interrogatoires de la police dont la froideur administrative nous donne le vertige en mettant en perspective toute la tragédie sordide qui entoure la famille de Monroe dont on va saisir toute la mesure en prenant soin de rester dans un réalisme social captivant. Ainsi, La Colline apparait comme le cri du coeur de Monroe, cette jeune femme meurtrie, ayant trouvé refuge dans le silence, mais dont les contours de sa détresse vont émerger d’une manière ou d’une autre en devenant l’un des  enjeux d’une intrigue aussi habile que prenante, suscitant toute une gamme de sentiments en passant de l’indignation à l’espoir qui rejaillit dans la luminosité de personnages pétris d’humanité. Et pour clôturer l’actualité de Mathilde Beaussaut, on relèvera sa présence aux Quais du Polar à Lyon où elle dédicacera ses deux livres. 

     

    Mathilde Beaussault : La Colline. Editions Seuil / Cadre Noir 2026.

     

    A lire en écoutant ; Summertime interprété par Big Brother & The Holding Compagnie & Janis Joplin. Album : Cheap Thrills. 1968 Sony Music Entertainment.

  • Olivier Truc : La Baleine Et Le Berger. Récits d'objets.

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    Service de presse.

     

    Lorsqu'il débarque aux Quais du Polar en 2013, il remporte le prix des lecteurs avec son premier roman policier; Le Dernier Lapon {Métailié 2012), qui fait sensation en raflant pas moins d'une vingtaine de prix récompensant le premier opus de la série de la Police des Rennes qui dépeint cette environnement du Grand Nord dont il est désormais familier puisqu'il officie également comme correspondant auprès de nombreux médias pour les pays nordiques et baltes pour lesquels il a également consacré plusieurs documentaires en tant que réalisateur. Olivier Truc est également l'auteur de plusieurs récits dont L’Affaire Nobel, Une Autre Histoire De La Suède (Grasset 2019) retraçant le scandale qui a entaché l'institution, ainsi que, sous une forme plus romancée, l'affaire des sous-marins de Karachi dont il dessine les contours avec Les Sentiers Obscurs De Karachi {Métailié 2022) tandis qu'il dénonce les affres de la colonisation et de l'évangélisation de la Scandinavie qui transparaissent dans Le Cartographe Des Indes Boréales {Métailié 2019), récit d'aventure dense autour du parcours d'Izko qui devient le témoin des bouleversements ravageant la région au XVIIe siècle. Régulièrement présent aux Quais Du Polar, Olivier Truc a également participé au partenariat littéraire du festival, "Deux auteurs, deux pays, un seule enquête", en publiant L'Inconnue Du Port (Point 2023), brève intrigue énergique se déroulant entre Barcelone et Lyon qu'il a coécrit avec la romancière espagnole Rosa Montero. Mais c'est d'une toute autre démarche dont il s'agit avec La Baleine Et Le Berger puisqu'Olivier Truc s'inscrit dans le cadre de la collection Récits d'Objets du fabuleux musée des Confluences de Lyon consistant, pour chaque écrivain invité, à s'approprier d'un des objets du muséum pour en décliner une intrigue où l'imaginaire est au service de la science. Et ce n'est pas moins du gigantesque squelette du rorqual commun boréal, traversant les différents niveaux du bâtiment à l'architecture audacieuse, dont il s'est emparé pour en relater la découverte sur les côtes corses en 1877. 

     

    olivier truc,la baleine et le berger,musée des confluences,editions cambourakis,blog mon roman noir et bien serré,blog littéraire,chronique littéraire,parution 2026,avis de lecture,lecture 2026,quais du polarEn Corse, Uliveriu, jeune berger de 15 ans, prend garde de ne jamais franchir le col de San Bastiano et arpente le maquis avec le troupeau de chèvres que son oncle irascible lui confie chaque jour. Mais un jour, lorsqu’il s’aperçoit que deux bêtes sont manquantes, il franchit la crête montagneuse masquant la mer et découvre la silhouette massive d’une baleine échouée sur une plage déserte où nul ne s’aventure. Et tandis qu’une nuée d’oiseaux survolent la carcasse du mammifère marin, le garçon distingue le corps sans vie d’un jeune marin partiellement dissimulé sous le flanc de l’animal. Quel événement tragique à lié à tout jamais l'homme et le cétacé ? A plus d'un titre, Iliveriu est tiraillé par la singularité de cette découverte qu'il doit dissimuler à son oncle qui prendrait mal son incartade au détriment du troupeau dont il a la charge. Mais en se confiant à un ancien du village, il perçoit la somme d'argent importante qu'il pourrait obtenir en recueillant les fanons de la baleine, matière très convoitée en cette fin du XIXe siècle. Peut-être obtiendra-t-il des réponses auprès du maître d'école qui vient dispenser ses leçons une fois par semaine et qui dispose de certains ouvrages animaliers mais également des journaux dont il fait la lecture pour l’ensemble des habitants de la localité.  
     

    olivier truc,la baleine et le berger,musée des confluences,editions cambourakis,blog mon roman noir et bien serré,blog littéraire,chronique littéraire,parution 2026,avis de lecture,lecture 2026,quais du polarEn introduction de ce bref roman, vous trouverez quelques caractéristiques de ce squelette de baleine ornant désormais le hall du musée des Confluences de Lyon ainsi que certains aspects sur les péripéties de son acquisition, de la restauration de certaines vertèbres endommagées, de l'absence des fanons, de son exposition au musée Guimet de Lyon jusqu'à sa fermeture, de son sommeil dans une caisse durant plus d'une décennie avant de retrouver la lumière. Et c'est à partir de ces éléments qu'Olivier Truc a façonné cette intrigue prenant l'allure d'une aventure et d'un fait divers s'articulant autour de la personnalité d'Ulivieru Romanetti, un jeune berger corse s'écartant du maquis pour découvrir cette baleine échouée sur une plage déserte ainsi que le corps sans vie d'un marin tout aussi jeune que lui. C'est peu dire que l'on se retrouve totalement immergé dans cette ambiance de nature sauvage où le cri des oiseaux se mêle au murmure des vagues se désagrégeant cette côte désolée tandis que résonne au loin le bêlement des chèvres d'un berger intimidé par cette trouvaille dont il ne sait que faire. A partir de là, l'intrigue prend également l'allure d'une émancipation sociale qui se traduit par le biais de la connaissance, incarnée par ce maître d'école parcourant la région afin de dispenser ses leçons aux enfants des villages olivier truc,la baleine et le berger,musée des confluences,editions cambourakis,blog mon roman noir et bien serré,blog littéraire,chronique littéraire,parution 2026,avis de lecture,lecture 2026,quais du polarenvironnants. De cette soif de connaissance imprégnant ce jeune homme du XIXe siècle, on ne peut s'empêcher de faire le parallèle avec le musée des Confluences abritant plus de deux millions d'objets avec pour ambition de narrer l'histoire de l'humanité par le prisme des sciences naturelles et des sciences humaines se conjuguant pour alimenter notre imaginaire et notre propre soif de connaissance. S'inscrivant ainsi dans un registre très réaliste, on en est à se demander qu'elles sont la parts de récit et de fiction régissant cette intrigue sobre qui n'est pas dénuée d'une certaine émotion que l'on relèvera au fil des révélations mettant à jour les circonstances de cet événement peu commun qu'Olivier Truc décline avec une belle sensibilité animant l'ensemble de l'entourage de ce berger également en quête de justice qui, outre cette baleine échouée, découvre tout un monde qui s'offre à lui. C'est ainsi que La Baleine Et Le Berger vous inciteront à vous rendre au musée pour contempler ce  sublime squelette de baleine admirablement bien conservé, terrain fertile d'un imaginaire que le romancier est parvenu à exploiter avec une habilité saisissante. Et pour celles et ceux qui se rendront aux Quais du Polar, vous pourrez aller à la rencontre d'Olivier Truc qui évoquera le sujet en compagnie d'Olivier Adam, bioacousticien, spécialiste des baleines, tous deux réunis en partenariat avec le musée des Confluences et un festival de littérature noire ouvert sur les richesses que recèlent la ville de Lyon.

     


    Olivier Truc : La Baleine Et Le Berger. Editions Cambourakis & Musée des Confluences 2026.

    A lire en écoutant : Trio en la mineur : Modéré de Maurice Ravel. Album : Trio Ravel. Debussy : Trio en sol majeur pour piano, violon et violoncelle - Ravel : Trio en la mineur pour piano, violon et violoncelle. 1986 Arion.

  • OLIVIER CIECHELSKI : LE LIVRE DES PRODIGES. L'ESPRIT DU FLEUVE.

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    I'm transforming, I'm vibrating, I'm glowing, I'm flying, look at me now !

    Nick Cave, Jubilee Street

     

    Romancier sur le tard, il a évolué dans le milieu de la réalisation de courts-métrages et de documentaires ainsi que dans celui du scénario en tant que consultant pour développer des projets en difficulté tout en enseignant dans le domaine auprès de l'école supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) de Paris avec cet art consommé de raconter des histoires qui le taraude. En prenant en considération ce parcours professionnel, il n'est pas étonnant qu'Olivier Ciechelski se lance finalement dans l'écriture d'un roman, travail plus solitaire s'il en est, et qu'il suscite l'intérêt de Nathalie Démoulin, directrice des collections de littérature des éditions Rouergue en quête de textes déroutants. C'est ainsi qu'apparaît Feu Dans La Plaine (Rouergue/Noir 2023) se distinguant avec des ressorts narratifs singuliers entraînant le lecteur vers une toute autre dimension que celle à laquelle il peut s'attendre en accompagnant cet ancien soldat de l'armée française, en quête de solitude, mais devant se confronter à un voisinage de montagnards hostiles, nous rappelant un certain John Rambo, pour basculer dans un registre d'errance et d'introspection au travers d'une nature hostile et sublimée. Avec Le Livre Des Prodiges, son nouveau roman, Olivier Ciechelski change de décor pour prendre possession de l'espace périurbain de Gennevilliers abritant le premier port fluvial de France autour duquel évolue Nora, une jeune  policière en uniforme  devant composer avec des collègues raillant ses convictions chrétiennes dictant toute une partie de sa vie et qui se retrouve à enquêter sur un réseau de prostitution clandestin en provenance d’Afrique, sur fond d’épisodes aux connotation surnaturelles interrogeant sa foi. 

     

    Première de sa promotion au concours d'officier de police judiciaire, Nora demeure toujours affectée, après une année de service, à la fonction de patrouilleuse au sein d'un commissariat où bon nombre de policiers voient d'un mauvais oeil son attitude qu'ils jugent à la fois hostile et défiante, ce d'autant plus qu'elle affiche également sa ferveur chrétienne qu'elle met au service des réprouvés qu'elle côtoie dans le cadre de son travail. A l'occasion d'un ronde avec deux collègues, dont Djabri, vieux briscard qui a toujours vécu dans ce secteur de la presqu'île de Gennevilliers, ainsi que William, jeune flic en tenue qui vient de débarquer de sa province, Nora va se rendre dans la zone portuaire où s’est échoué un container à semi-immergée dans lequel l'équipage découvre les corps sans vie de jeunes femmes et d'un enfant qui ont fait le voyage depuis les côtes africaines dans des conditions atroces. S'agit-il d'un accident ou d'un crime, c'est ce que l'enquête devra déterminer au grand désarroi de la jeune policière que le commissaire Janowski écarte de l'affaire en dépit de ses compétences. Mais convaincue que cet événement tragique n'a rien de fortuit, Nora défie sa hiérarchie et entame des investigations en marge de la procédure officielle avec une volonté impérieuse qui la dépasse complètement.

     

    olivier ciechelski,le livre des prodiges,éditions du rouergue,roman policier,roman fantastique,littérature noire,blog mon roman noir et bien serré,blog littéraire,chronique littéraire,lecture 2026,parution 2025,avis de lectureUne fois encore, Olivier Ciechelski nous entraîne sur un tout autre registre que celui auquel on peut s'attendre avec Le Livre Des Prodiges qui va s'écarter du thème classique de l'enquête parallèle sur des réseaux de prostitution abondamment traité dans le domaine de la littérature noire. Comme le titre le laisse présager, il sera également question d'événements surnaturels qui vont interférer dans le cours des investigations de Nora, policière au profil atypique, dont le romancier joue avec certains aspects de sa personnalité sur laquelle il laisse planer un certain doute comme il l'avait fait d'ailleurs dans son précédent ouvrage avec certaines caractéristiques de Stanislas Kosinski, individu autour duquel on s'est laissé surprendre comme cela sera le cas avec Nora. Que l'on ne s'y trompe pas, le thème du prodige, comme il est abordé, se décline sur un registre extrêmement sobre sans qu'il ne soit question de théories fumeuses ou d'explications vaines, nous interrogeant davantage sur la question de la foi au gré de conversations entre Nora et le prêtre de l'église de sa congrégation, ainsi que sur les légendes urbaines qui résonnent dans cet environnement habilement mis en perspective et qui s'agrége parfaitement à l'atmosphère de cette intrigue aux connotations singulières qui vont nous dérouter avec cette collision entre nos croyances occidentales et celles plus lointaines du continent africain. olivier ciechelski,le livre des prodiges,éditions du rouergue,roman policier,roman fantastique,littérature noire,blog mon roman noir et bien serré,blog littéraire,chronique littéraire,lecture 2026,parution 2025,avis de lectureAinsi, la ville de Gennevilliers prend véritablement corps dans Le Livre Des Prodiges avec quelques scènes dantesques à l'instar de cette tempête ravageant la ville, qui prend une dimension quasi biblique avec cette symbolique du déluge de la Genèse balayant la corruption et la violence des hommes dont il est également question au fil de ce roman surprenant à plus d'un titre. Tout cela s'imbrique donc autour du parcours de Nora confrontée à un passé qui va ressurgir au gré d'une enquête chaotique où sa maladresse de jeune novice livrée à elle-même sera donc contrebalancée par quelques incidents étranges qui s'inscriront dans une cohérence certaine que le romancier décline avec une redoutable habilité, ce qui fait que l'on s'inscrit dans une ambiance de légende urbaine somme toute assez réaliste ce qui constitue un paradoxe en soi assez surprenant. Tout juste regrettera-t-on que la personnalité de Nora prenne beaucoup de place au détriment de personnages secondaires comme Djabri ce flic expérimenté dont on aurait aimé qu'il soit plus présent alors que les policiers comme Conrad, Brice et Jaworski sont cantonnés dans un rôle d'adversaires légèrement stéréotypés. Il n'en demeure pas moins que Le Livre Des Prodiges se distingue furieusement dans un parfait équilibre entre le polar et le fantastique prenant parfois quelques tonalités poétiques virant au sublime à l'image de cette scène finale qui vous laisse sans voix. A noter que vous pourrez rencontrer Olivier Ciechelski à l'occasion du festival des Quais du Polar qui se tiendra à Lyon du 3 au 5 avril 2026.

     

    Olivier Ciechelski : Le Livre Des Prodiges. Editions Rouergue/Noir 2025.

    A lire en écoutant : Jubilee Street de Nick Cave. Album : Push The Sky Away. 2013 Bad Seed Ltd.

  • Dominic Nolan : White City. Béhémoth.

    Capture d’écran 2026-03-24 à 13.37.40.pngAprès quarante ans d'existence et plus d'un millier de titres intégrant cette collection iconique, chacun pourra se faire un résumé de son parcours au sein de Rivages Noir célébrant donc son quarantième anniversaire. Dans cet abrégé d'une suite logique s'étendant sur quatre décennies, je mentionnerais James Ellroy, David Peace et Dominic Nolan incarnant la relève générationnelle de cette audace caractérisant la ligne éditoriale de François Guérif, éditeur fondateur tout aussi légendaire que les auteurs qu'il a publié avant de céder la place à Jeanne Guyon et Valentin Baillehache poursuivant cette aventure dont on souhaite qu'elle perdure dans le temps. Avec James Ellroy, on découvrait une autre facette de la rutilante ville de Los Angeles tandis qu'avec David Peace on s'aventurait sur les terres méconnues du Yorkshire et de Tokyo, au gré d'intrigues tout aussi prenantes que tortueuses, à l'image des rues de cette ville de Londres dont Dominic Nolan s'est emparé avec Vine Street (Rivages/Noir 2024), premier roman exceptionnel, prenant pour cadre les bas-fonds de cette cité, et plus particulièrement le quartier de Soho, durant la période du Blitz en suivant le parcours d'un inspecteur des Moeurs s'associant à un enquêteur de la Brigade Volante afin de traquer, sur plusieurs décennies, un tueur insaisissable. Mais avec White City, on prend encore davantage d'envergure autour de ce braquage du 21 mai 1952 où sept individus interceptent un fourgon postal contenant près de 250'000 livres sterling ce qui constitue l'un des plus gros butins de l'histoire britannique qui ne fut jamais retrouvé. C'est également l'occasion d'arpenter ce quartier méconnu de l'ouest de Londres dont le nom fait référence au stuc blanc qui recouvrait les bâtiments érigés à l'occasion de l'exposition franco-britannique de 1908 mais qui, après la seconde guerre mondiale, n'était plus constitué que de taudis abritant une importante communauté jamaïcaine dont on explore durant six années les aléas sociaux qui vont nous conduire jusqu'aux aux émeutes raciales de Notting Hills de 1958 où l'on scandait des slogans racistes comme "Keep Britain White".

     

    IMG_3757.jpegEn 1952, il n'y a plus beaucoup de bâtiments qui tiennent encore debout dans les quartiers ouest de Londres dont les ruines de la seconde guerre mondiale ne laissent place qu'à des terrains vagues et des immeubles branlants qui menacent de s'effondrer. Sous la coupe de caïds qui ont pris possession de la cité, c'est le braquage d'un fourgon postal qui défraye la chronique puisque les truands se sont emparés d'un magot exceptionnel suscitant l'attention de tous les journaux. Mais pour Addie Rowe, il importe davantage de savoir ce qu'il est advenu de son père dont elle est sans nouvelle depuis, et qui doit donc s'occuper de sa petite soeur ainsi que de sa mère rongée par la boisson et qui comate dans leur appartement délabré. Il en va de même pour Claire Martin se souciant du devenir de son fils Ray, depuis que son mari a mystérieusement disparu. Il faut dire que le jeune homme côtoie Teddy "Mother" Nunn, un gangster sociopathe sans pitié, à la solde de Billy Hill, grand ponte du crime organisé, qui peut également s'appuyer sur Dave Lander, un homme de main aux comportement aussi énigmatique qu'inquiétant. 

     

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    Dominic Nolan : White City (White City). Editions Rivages/Noir 2025. Traduit de l'anglais (Grande Bretagne) par David Fauquemberg.

    A lire en écoutant : To The Etablishment de Lou Bond. Album : Lou Bond. 2014 Light In The Attic. 

  • ELI CRANOR : A LA CHAINE. L’AILE OU LA CUISSE.

    eli cranor,a la chaîne,editions sonatine,blog min roman noir et bien serré,blog littéraire,parution 2026,roman noir,littérature noire,littérature américaineL’intrigue se déroule en Arkansas, terre d'origine de ce romancier qui fait donc partie de ce courant d'écrivains du Dixieland, ces états du sud des Etats-Unis, qui s'inscrivent dans la lignée de David Joy, de Ron Rash ou de Daniel Woodrell, dignes représentants de cette littérature noire célébrant ces régions rurales méconnues que ce soit du côté des Orzaks ou des Appalaches. Désireuses d'exploiter ce filon âpre, les maisons d'édition font en sorte de mettre en avant toute une multitude de nouveaux auteurs dont le souffle est peut-être un peu moins imposant que leurs illustres modèles à l'instar de Shawn A. Cosby ou tout dernièrement d'Eli Cranor qui publie A La Chaîne, son troisième ouvrage prenant pour cadre une usine de conditionnement de poulet où les travailleurs sont littéralement exploités. Si son premier roman, Don't Know Tough, notamment récompensé du prix Edgard Allan Poe 2023, n'a pas encore été traduit en français, Eli Cranor a bénéficié d'un certain intérêt dans nos contrées francophones avec Chiens Des Orzaks (Sonatine 2025) faisant l'objet d'un engouement tant auprès des critiques que des lecteurs saluant la mise en lumière de ces laissés pour compte qui hantent cette région désolée de l'Arkansas, même si l'on a pu lire quelques réserves quant à la crédibilité de certains aspects du récit. Pur produit de son environnement, cet ancien joueur-entraineur de football américain tant en Floride qu'en Suède, a également enseigné l'anglais pour des jeunes détenus ainsi que pour des enfants en difficulté sociale tout en s'imprégnant des aspérités de ces femmes et de ces hommes de la marge dont il restitue les affres au travers d'intrigues saillantes imprégnées de noirceur qui fleurent bon l'odeur cuivrée du sang mêlée à celle du bourbon frelaté de bas étage. Néanmoins ce sont plutôt des effluves peu ragoutante de poulets au chlore qui imprègnent A La Chaîne, où le romancier se focalise sur les conditions de travail des employés d’une usine de poulet, sur fond de lutte des classes et de discriminations au sein de l’industrie avicole, un acteur économique majeur de l’Etat qui font de Springdale la capitale mondiale de la volaille et dont on va distinguer certains aspects peu reluisants, terrain propice pour une intrigue chargée de noirceur.
     
    eli cranor,a la chaîne,editions sonatine,blog min roman noir et bien serré,blog littéraire,parution 2026,roman noir,littérature noire,littérature américaineParqués dans un immense camp de mobile home situé non loin de Springdale en Arkansas, Gabriela Menchaca et Edwin Saucedo travaillent depuis sept ans dans un chaîne de conditionnement de poulet en tolérant, tant bien que mal cet épouvantable labeur sous-payé. Il faut dire qu’en tant que ressortissant mexicain sans papier valable sur le territoire des Etats-Unis, on ne peut aspirer qu’à ce type d’emplois précaires leur permettant tout de même de mettre un peu d’argent de côté afin de prendre le large. Mais tout bascule lorsque Edwin est renvoyé sans ménagement par Luke Jackson, le directeur de l’usine, qui ne fait valoir aucun motif valable pour justifier ce licenciement brutal. Aux abois financièrement et ne comptant pas en rester là, le jeune ouvrier mexicain, va s’en prendre à son patron ainsi qu’à son épouse prénommée Mimi qui vient de donner naissance à un premier enfant qu’elle élève du mieux qu’elle peut, dans l’immense demeure familiale. Mais s’il compte obtenir justice ainsi qu’un dédommagement à la suite de son renvoi, Edwin va rapidement se rendre compte que les choses ne fonctionnent pas comme il l’avait prévu, jusqu’au moment où les événements vont lui échapper totalement. Dans un enchaînement infernal, les deux couples vont dériver dans une spirale de confrontations tragiques qui vont remettre en question leurs responsabilités ainsi que leur sens moral mis à rude épreuve.

     

    On relèvera tout d’abord la superbe couverture du livre, d’une composition assez similaire à celle ornant son précédent roman, ce qui fait qu’en seulement deux ouvrages, Eli Cranor possède déjà une identité visuelle marquante qui se distingue au milieu des autres publications.  L’autre point qu’il faut relever c’est la capacité du romancier à happer le lecteur au gré d’une intrigue prenante, sans pour autant utiliser les artifices propre à ce type de narration que ce soit les brefs chapitres ou les phrases courtes. Rien de tout cela dans A La Chaîne qui se lira aisément d’une traite tant l’on est absorbé par les enjeux d’un récit sec, dépourvu de fioriture, ce qui n’empêchera pas, une fois le livre posé, de s’interroger  sur certains aspects de l’histoire qui paraissent tout de même tirés par les cheveux à l’instar de l’attitude de Luke Wilson, directeur sociopathe certes, mais qui adopte un comportement étrange par rapport à la situation tragique à laquelle il doit faire face. Il en va de même pour ce qui a trait aux hasards bien trop circonstanciés qui l’amène à s’emparer de l’argent dont il a besoin. Quant à la confrontation finale, elle s’achèvera de manière abrupte afin de faire en sorte que l’on ne s’interroge pas trop longuement sur les aspects logistiques permettant aux protagonistes d’échapper aux éventuelles questions des autorités sur le déroulement des événements. eli cranor,a la chaîne,editions sonatine,blog min roman noir et bien serré,blog littéraire,parution 2026,roman noir,littérature noire,littérature américaineMais il faut bien admettre que dans A La Chaîne, le propos est ailleurs et qu’Eli Cranor distille savamment ce choc des civilisations s’articulant autour de ces deux couples que forment Gabriela et Edwin, deux migrants mexicains aspirant à une vie meilleure, tandis que Mimi et Luke se débattent justement dans ce monde idéal de privilégiés, comme enfermés dans un jeu de convenances hypocrites  et d’ambitions destructrices. A partir de là, le romancier dépeint, plus particulièrement par l’entremise de Gabriela, des conditions de travail effroyables extrêmement marquantes du fait d’un réalisme sans fard permettant de mieux saisir la nature de ce travail à la chaîne cruel et avilissant. Mais tandis que Luke et Edwin s’écharpent au détour de confrontations violentes, on se focalisera davantage sur la personnalité de Mimi, cette jeune mère de famille, évoluant dans un environnement à la Desperate Housewife, qui va s’extirper de ce cadre superficiel pour se confronter à une réalité qu’elle n’avait jamais perçue avant sa rencontre avec Gabriella. On observe ainsi une espèce d’union sacrée entre ces deux femmes, que tout oppose, qui se met en place sans grandiloquence et avec beaucoup de pudeur comme en témoigne un épilogue chargé d’une émotion contenue qui ne manquera pas de vous procurer quelques frissons. Sans qu’il n’en soit d’ailleurs question dans A La Chaîne, iI résulte de cet ensemble, un roman poignant qui résonne puissamment dans d’actualité secouant les Etats-Unis avec ce déploiement des unités ICE semant le trouble à travers tout le pays.

     

    Eli Cranor : A La Chaîne (Broiler). Editions Sonatine 2026. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Emmanuelle Heurtebize.

     

    A lire en écoutant : Ring Of Fire de Johnny Cash. Album : Songwriter. 2024 UMG Recording, Inc.