JIM NISBET : TRAVERSEE VENT DEBOUT. LA VERITE VRAIE.
Paru en 2012, il s’agit de son dernier ouvrage publié de son vivant chez Rivages/Thriller, dans la version grand format sans qu’il n’intègre par la suite la collection Rivages/Noir qui n’aurait rien eu à envier aux pavés de James Ellroy qui saluait d’ailleurs le talent de ce romancier qui n’a jamais véritablement émerger tant son œuvre se révèle d’une singularité extrême sans pour autant être dénuée d’un humour incisif et troublant. Assurément Jim Nisbet s’inscrit dans le registre du roman noir, même s’il en a détourné les codes avec ce sentiment de liberté qui imprègne ses textes lui qui expliquait n’écrire ni pour une maison d’éditions ni pour les lecteurs qu’il n’a de cesse de bousculer tout comme ses personnages d’ailleurs. C’est pourquoi il n’est guère aisé d’aborder l’œuvre de cet écrivain avec Traversée Vent Debout, un récit dense, oscillant entre le roman d’aventure maritime et la fiction d’anticipation aux connotations obscures et qui assimile ainsi tout le parcours de vie d’un auteur ayant également exercé les métiers d’ébéniste, de charpentier et de marin et qui, natif de l’état de New York et après avoir grandi en Caroline du Nord, a toujours vécu dans la région de San Francisco qui devient le décor omniprésent de l’ensemble de son œuvre où l’on croise une myriade de marginaux et de paumés devenant les héros d’intrigues incroyables. Auteur érudit, féru de littérature française, Jim Nisbet parie donc sur l’intelligence du lecteur pour appréhender des textes d’une impressionnante profondeur à l’instar de Traversée Vent Debout désormais épuisé ce qui ne saurait constituer une excuse pour passer à côté de ce sublime et exigeant roman convoquant des références telles que Dans La Mer De Cortez (Actes sud 2009) de John Steinbeck pour son aspect maritime et Le Scarabée D’Or (Folio classique 2023) d’Edgar Allan Poe pour son côté chasse au trésor, tandis que l’on distingue en toile de fond une certaine étrangeté émergeant de cet environnement d’anticipation, de « présent visionnaire » à la James Graham Ballard. Et si vous ne parvenez pas à vous procurer l’ouvrage, vous pourrez vous rabattre sur Le Codex De Syracuse (Rivages/Noir 2025) figurant désormais parmi les 16 ouvrages iconiques que François Guérif, emblématique directeur de la maison d'éditions, a sélectionné au sein des 1152 romans que compte la collection mythique et qui a toujours défendu les romans de Jim Nisbet qu’il s’est employé à mettre en avant dans le milieu de la littérature noire francophone.
Ce n’est jamais bon de percuter, avec son voilier le « Vellela Vellela », un container à la dérive sur la mer agitée des Caraïbes, surtout lorsque l’on transporte un kilo de cocaïne. Effectuant ce convoyage pour le compte de Red Mean, Charley Powell ne peut donc pas lancer de message de détresse avec le risque d’être incarcéré un nouvelle fois par les autorités lui portant secours. Il faut dire que ce marin accompli, au tempérament intrépide, a une soif de liberté dont il s’imprègne lors de ces escapades maritimes, mais également au gré de ses lectures et surtout dans son travail d’écriture. Et tandis que le bateau sombre dans des flots infestés de requin, il tente de sauver ce qui peut l'être, son journal de bord auquel il manque une dizaine de pages ainsi que le manuscrit d’un roman inachevé. A San Francisco, Red Mean va voir Tipsy, la sœur de Charley afin de l’informer des circonstances étranges qui entourent la disparition de son frère et lui remettre les documents qu’il a retrouvé sur les lieux du naufrage. Débute alors une étrange enquête où plus que de la cocaïne, il est question de l’ADN d’un ancien président des Etats-Unis qu’une mystérieuse organisation souhaite récupérer dans ce qui apparaît comme un complot international visant à renverser l’ordre établi.
D’entrée de jeu, il y a cet avertissement du transcripteur tel que se définit Jim Nisbet, mentionnant le fait que la lecture ne sera pas de tout repos, chose confirmée avec ce prologue aux connotations futuristes dont on ignore s’il s’agit véritablement d’une extraction des synapses neuronales d’un individu projeté au cœur d’une assemblée contemplant une transmutation confuse nous donnant l’impression d’intégrer un songe dont on peine à saisir le sens. Mais dès le premier chapitre, le récit prend une tout autre tournure avec ce naufrage de Charley Powell dont on perçoit le moindre détail, caractéristique du style d’un auteur s’employant à dépeindre chacune des manœuvres de ce marin aguerri dans ce qui apparaît comme une véritable aventure maritime dantesque imprégnée d’un vocabulaire technique en matière de navigation qui nous donne une véritable sensation d’immersion qui peut tout de même décontenancer le lecteur. C’est ce qui émerge d’ailleurs de l’ensemble du texte, où l’auteur se soucie très peu du confort de ce lecteur, sans pour autant l’abandonner dans les méandres de cette intrigue prenant également la forme d’une espèce de complot où l’enjeu du trafic de drogue s’efface au profit de cet ADN mystérieux qui va mobiliser toutes les parties prenantes cherchant à savoir ce qu’il est advenu de Charly Powell et de son étrange cargaison, à commencer par sa sœur Teresa que tout le monde surnomme Tipsy, femme séduisante quelque peu portée sur la boisson qu’elle consomme dans son bar fétiche de San Francisco en compagnie de son ami Quentin dont la relation avec son compagnon instable s’étiole, tandis qu’il lutte contre l’infection HIV qui affaiblit son organisme. Traversée Vent Debout, c’est également une mise en abime du travail d’écriture, des doutes et parfois du découragement telle qu’on le distingue au gré du parcours de Charley Powell qui a intitulé ainsi le roman qu’il n’aura pas été en mesure d'achever. Il s’agit également d’une forme d’hommage aux romanciers que Jim Nisbet affectionne que ce soit Faulkner qui devient le nom de famille de Skip, le barman où Tipsy a ses habitudes quand elle ne lit pas une quantité impressionnante d’auteurs tels que Georges Simenon, Ross McDonald, Homère également, Raymond Chandler, Dashiell Hammet, Jean-Patrick Manchette ainsi que Françoise Sagan et Georges Stendhal pour compéter ce catalogue disparate. C’est d’ailleurs ce sentiment de disparité qui émerge de ce texte exigeant, nécessitant une concentration soutenue ainsi qu’une attention au moindre pas de côté de cette intrigue échevelée nous entrainant parfois dans de longues disgressions conférant davantage d’épaisseur à l’ensemble des personnages qui traversent ce roman chaotique et détonnant. Ne respectant aucune des normes désormais en vigueur dans le monde actuel de la littérature où la moindre longueur est conspuée, Traversée Vent Debout est un roman noir audacieux comme on n’en fait plus, qui pourra certainement décourager de nombreux lecteurs mais qui récompensera les plus acharnés d’entre eux qui ne manqueront pas de ressentir le souffle de la liberté qui balaie l’intégralité d’un texte à la beauté saisissante et singulière qui vous embarque dans la "vérité vraie".
Jim Nisbet : Traversée Vent Debout (Winward Passage). Editions Rivages/Thriller 2012. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Catherine Richard & Eric Chedaille.
A lire en écoutant : Mysterons de Portishead. Album : Dummy. 1994 Go ! Discs Ltd.
Pour en savoir plus, vous vous intéresserez à la chronique que Philippe Garnier a publié en 2018 dans Libération à l'occasion de la publication de l'ouvrage en français, car qui de mieux que le traducteur, nous ayant permis de découvrir Joe Fante et Charles Bukowski, pouvait parler de ce roman hors norme à l'image de son auteur ? On s'étonne d'ailleurs qu'il n'ait pas traduit Un Jardin De Sable d'Earl Thompson qui s'inscrit dans le même courant que Demande A La Poussière et Journal D'Un Vieux Dégueulasse, avec cette tonalité âpre et cette crudité qui imprègne le texte. Quoiqu'il en soit, c'est donc Jean-Charle Khalifa qui s'est attelé à la traduction de l'ouvrage, tout comme celle de Tattoo (Monsieur Toussaint Louverture 2019) et de Comprendre Sa Douleur (Monsieur Toussaint Louverture 2023), publié à titre posthume, dans lesquels figurent également Jack Andersen qui n’est, ni plus ni moins, que l'alter égo d'Earl Thompson ayant vu le jour dans une ferme du Kansas en 1931 et qui, après avoir menti sur son âge, servira dans l'armée durant la Seconde guerre mondiale puis lors du conflit avec la Corée, avant de bourlinguer à travers le monde tout en exerçant mille et un métiers pour retourner au pays où il rendra l'âme prématurément du côté de Sausalito, en 1978 à l'âge de 47 ans alors qu'il connaissait une certaine notoriété dans le milieu littéraire américain. Publié en 1974, Un Jardin De Sable, véritable pavé (au propre comme au figuré) dans la mare d'une misère éclaboussant le lecteur, présente la particularité de mettre en scène des individus dont il n'est guère question habituellement à savoir un peuple d'indigents se débattant dans un quotidien morne, sans perspective où l'adversité entraîne ces hommes et ces femmes de peu dans une spirale infernale de brutalité, d'alcool et de sexe qu'Earl Thompson expose avec la crudité et la violence caractérisant son style. Et même si l'époque était davantage propice à ces ouvrages licencieux, on s'étonnera qu'Un Jardin De Sable ait fini parmi les finalistes du National Book Award alors que le récit graveleux au possible renvoie un ouvrage comme Last Exit to Brooklyn de Hubert Selby Junior au rang de roman pour midinette. D’ailleurs, au vu des scènes explicites, il n'est pas surprenant de retrouver l'ouvrage en main d'adolescents en quête de sensations comme l'évoque Donald Ray Pollock dans la préface qu'il a rédigée pour exprimer tout le bien qu'il pensait de ce bouquin rempli de sexe, de salauds, de crasse, d'alcool et d'une profonde pauvreté figurant parmi les premiers romans à lui avoir donné envie d'écrire et qui a inspiré de près ou de loin toute une multitude d'écrivains de la littérature noire citant régulièrement Earl Thompson comme l'une de leur référence. Cela n'a pas empêché que le romancier tombe dans l'oubli avant de resurgir, plus de trente ans après sa mort, sur les étals des librairies francophones pour découvrir cet univers rugueux du Kansas de la fin des années trente, entre Grande Dépression et Dust Bowl ravageant une région où sévit la prohibition et la contrebande qui en découle dans ce qui apparaît finalement comme une version trash des Raisins De La Colère, imprégnée de foutre et de sang pour reprendre le titre de l'article de Philippe Garnier plein d'à propos.
C'est un an avant l'élection de Roosevelt que John Andersen, que tout le monde appelle Jacky, voit le jour à Wichita dans le Kansas au sein d'un environnement précaire. Il faut dire que le gamin ne part pas avec tous les atouts, puisque son père Odd Andersen préfère abandonner femme et enfant pour s'acoquiner avec miss Wichita avant de trouver la mort dans un accident de voiture, tandis que sa mère Wilma est plus encline à picoler et à séduire les gars dans les bars avant de prendre le large, elle aussi, en laissant son fils au bon soin des grands-parents qui ont perdu leur ferme. Qu'à cela ne tienne, Jacky grandira dans le Quartier Nègre, situé non loin du Coffee Cup, un rade assez glauque que son grand-père a repris et dans lequel sa grand-mère sert une honnête tambouille pour les travailleurs du coin. C'est dans les bas-fonds de cet environnement de misère où le sexe, la brutalité et autres turpitudes affleurent à chaque coin de rue, que le garçon va trouver sa place dans ce qui apparaît comme un combat quotidien où la vie ne vous fait pas le moindre cadeau. Et puis avec le retour de sa mère qui s'est remariée, l'espoir renaît lorsqu'elle l'emmène à Pascagoula dans le Mississippi où elle va l'élever dans une belle maison que son beau-père Bill est sur le point d'acquérir. Mais en attendant, Jacky se retrouve une nouvelle fois dans un foyer précaire où il côtoie truands minables, macs vicieux et vagabonds pervers tout en composant avec un beau-père à la main leste, davantage porté sur la boisson et la gaudriole que sur le travail qu'il perd avec un indéniable constance.
C’est un ouvrage dense d’une dureté improbable se déclinant sur plus de 800 pages nous immergeant au sein de l’atmosphère rugueuse de l’Amérique de la Grande Dépression dans laquelle grandit un garçon amené à évoluer dans un environnement de violence et de stupre qu’Earl Thompson dépeint avec une grande précision sans nous épargner le moindre détail, aussi sordide soit-il. En guise de préambule, pareil à la beauté bien ordonnée d’un jardin de sable auquel il compare le Kansas et donnant son titre au roman, l’auteur se lance sur quelques pages dans l'époustouflant survol de cet état sans relief dont il énumère les aspects géographiques, sociaux et historiques dans un condensé d’une portée redoutable qui nous laisse déjà entrevoir la dureté et la brutalité de cette région de la grande plaine où l’on s’égare dans l’immensité de cet océan de blé, sur les interminables prairies à bisons dans lesquels sont enfouis désormais les missiles intercontinentaux. Ainsi, sur l’espace de quelques paragraphes plein de panache, Earl Thompson passe donc en revue, avec une impressionnante acuité, tout ce qui a façonné le Kansas, de la préhistoire à nos jours, et où se succèdent les silhouettes fantomatiques des indiens disparus, les personnalités du far west comme Will Bill Hickok ainsi que les truands notoires des années trente comme Pretty Boy Floyd qui ont traversé cette région imprégnée de courants religieux rigoristes où l’on réclame déjà des lois destinées à bannir toute littérature jugée obscène. Un fois le cadre posé, c'est donc autour de la jeunesse de Jack Andersen que se décline un récit composé d'une succession de scène du quotidien de son entourage composé notamment d'une famille dysfonctionnelle l'amenant à côtoyer le monde interlope de ces quartiers populaires où la misère affleure à chaque coin de rue alors que le pays sombre dans le chaos économique de la Grande Dépression dont on perçoit les conséquences à chaque instant notamment avec la perte de la ferme de ses grands-parents victimes d'une réforme agraire sans concession. S'articulant sur deux volets où l'auteur passe tout d'abord en revue les hommes et les femmes composant la famille de Jack dont ce grand-père fustigeant le gouvernement de Roosevelt à chaque instant mais affichant tout de même une certaine affection pour son petit-fil Jack, tout comme son épouse, une femme touchante, qui s'échine à la cuisine d'un rade minable en permettant ainsi de joindre les deux bouts d'une existence précaire. Dans le second volet, on découvrira la personnalité de Wilma, la mère de Jack, qui va l'emmener dans le Mississippi auprès de son nouvel époux prénommé Bill et davantage porté sur la boisson et les combines foireuses que sur le travail à proprement parler. C'est donc dans un environnement cruel et sordide, où l'on court après le moindre cent, qu'évolue ce gamin frayant avec une communauté d'indigents trouvant dans la violence et le sexe une forme d'exutoire de la misère qui leur colle littéralement à la peau et qui rejaillit sur cet enfant malmené, victime de sévices insoutenables et parfois dérangeants comme cet amour qu'il porte à sa mère virant à l'inceste dont Earl Thompson nous livre le moindre détail. Mais bien plus que de vouloir choquer, c'est une démarche de véracité qui émerge de ce récit outrancier, où l'auteur dépeint avec une rare minutie le moindre aspect de ce qui compose l'atmosphère glauque mais parfois grandiose de cette communauté esquintée par la crise économique avant de déboucher sur une guerre promesse d'emplois et de chaos encore plus grands vers lesquels Jack va s'acheminer. Ouvrage éminemment social, d'une noirceur froide et incandescente à la fois, Un Jardin De Sable est l'incarnation de ces romans coups de poing qui ne vous épargne à aucun moment afin de nous confronter aux affres d'une désolation existentielle où l'espoir se niche dans la trajectoire d'un car dont la destination demeure incertaine, à l'image de la vie elle-même qui rejaillit dans le foisonnement de ce texte hors norme.
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Dans la Louisiane des années quarante, Jefferson, un jeune noir indigent et quasiment illettré se retrouve au mauvais endroit, au mauvais moment en compagnie des mauvaises personnes ce qui fait qu’il est le seul survivant du braquage d’une épicerie, dont une des victimes n’est autre que le propriétaire blanc du négoce. Accusé à tord d’être l’un des responsables de cette tragédie, le jeune homme est condamné à mort au terme d’un procès expéditif où son avocat commis d’office fait valoir sa condition de « porc » lors d’une plaidoirie soulignant toute son incompétence. Témoin de la scène, il est hors de question pour sa marraine que l’on considère son filleul comme un animal et supplie Grant Wiggins, l’instituteur du village, de faire en sorte que Jefferson recouvre sa dignité en prenant en charge son éducation au sein de la prison où il attend l’exécution de sa sentence. Dérouté par une telle demande, s’ensuit une confrontation entre deux hommes aux opinions et aux certitudes divergentes tandis que l'échéance fatidique approche.
Toutes les occasions sont bonnes pour parler de ce roman noir légendaire, ce d’autant plus lorsque le romancier Jean-Jacques Busino vous offre l’ouvrage dans sa version originale, publié en 1964 et affichant un prix de vente de l’époque s’élevant à 40 cents. Pop. 1280 de Jim Thompson figurera dans la mythique Série Noire en 1966, en endossant le prestigieux numéro 1000 de la collection, avec une traduction quelque peu tronquée du directeur de la maison d’éditions, Marcel Duhamel himself, ainsi qu’une soustraction de cinq habitants puisque l’on passe à 1275 Âmes (Série Noire 1969). On s’écharpera sans doute à définir qu’elle est le meilleurs roman de l’oeuvre magistrale de ce romancier iconique dont les textes figurent, aujourd’hui encore, au Panthéon de la littérature noire, avec cette saisissante capacité à capter les sombres tréfonds de l’âme humaine dont il nous dévoile les tourments obscurs et abjects avec des personnages emblématiques telles que le shérif Nick Corey, incarnation du nihilisme extrême. Le paradoxe de ce talent fou, c’est que Jim Thompson n’a jamais véritablement connu la consécration de son vivant et qu’il a effectué une kyrielle de jobs alimentaires afin de subvenir à ses besoins, en passant de groom dans un hôtel où il fournit la clientèle en drogue et en alcool, pour ensuite travailler avec son père dans les champs de pétrole du Texas, puis rédiger des articles pour de la presse à scandale ainsi que des textes pour les pulps avant de se lancer finalement dans l’écriture de romans suscitant l’intérêt de Stanley Kubrick avec qui il collaborera en tant que scénariste sur L’Ultime Razzia et Les Sentiers De La Gloire, même si sa carrière au sein de l’industrie hollywoodienne se révélera peu fructueuse. C’est donc tout le chaos de ce parcours de vie que l’on retrouve dans l’oeuvre de Jim Thompson suscitant un regain d’intérêt, avec la publication de l’ensemble de ses textes dans une autre collection prestigieuse, Rivages/Noir sous la houlette de
François Guérif qui fait en sorte de retraduire ses romans dans leurs versions intégrales. Dès lors, on bénéficiera en 2016 d’une excellente traduction de Jean-Paul Gratias restituant l’intégralité de l’atmosphère âpre de Pop. 1280 dont le titre en français retrouve ses cinq habitants disparus avec Pottsville, 1280 Habitants (Rivages/Noir 2016) où figure sur la couverture granuleuse de l'ouvrage, la silhouette de cet homme endormi 
En 1917, Nick Corey officie comme shérif du comté de Pottsville, petite bourgade du Texas, comptant à peine 1280 administrés qu’il fait en sorte de laisser tranquille au grand dam de certains d’entre eux qui envisagent de voter pour le candidat rival qui semble beaucoup plus impliqué que celui qu’ils jugent comme un véritable fainéant, peu impliqué dans son travail. Il faut dire qu’il apparait plutôt placide, un brin stupide ce d’autant plus qu’il se fait humilier par deux souteneurs qui tiennent le bordel de l’agglomération ainsi que son homologue de la ville voisine qui n’hésite pas à lui botter le cul. Et pour couronner le tout, Nick Corey doit composer avec sa femme Myra qui lui mène la vie dure et son beau-frère Lennie, véritable voyeur, qui entretient une relation trouble avec sa « soeur » au vu et au su de toute la communauté qui se moque de ce mari cocu. Mais plus malin qu’il ne laisse paraître, Nick Corey est bien décidé à faire le ménage dans sa vie. Et tant pis s’il y a de la casse avec une succession de morts qui s’accumulent.
Si Nick Corey est la figure emblématique de la noirceur humaine, il incarne sans nul doute certains aspects de la figure tutélaire paternelle, puisque le père de Jim Thompson officia comme shérif à la même époque où se déroule l’intrigue. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’auteur emprunte cette double personnalité du sociopathe
Dans le cadre de la préparation de sa thèse, Isherwood Williams, que tout monde surnomme Ish, s’est isolé dans les hauteurs des montagnes californiennes. Mais après avoir été mordu par un serpent, il est contraint de retourner dans la cabane qu’il a louée afin d’extraire le venin de sa main déjà enflée. Désormais alité, en proie à un accès de fièvre, il reste donc cloîtré plusieurs jours avant de retourner vers la civilisation. Mais bien vite, Ish s’aperçoit qu’une maladie mystérieuse semble avoir décimé toute la population. Afin de s’en assurer, il entame une expédition en traversant l’entièreté du pays avec ce constat amer que tout s’est effondré et qu’il ne reste que quelques survivants comme lui. Avec cet effroyable constat, il retourne en Californie où il a toujours vécu, non loin du du Golden Gate Bridge qui apparaît désormais comme un monument du passé. C’est là qu’il parviendra à fonder une famille à laquelle s’agrège quelques femmes et hommes qui formeront une petite communauté qui tente de survivre tant bien que mal sur le reliquat d’un monde où il désormais nécessaire de se réinventer au rythme des aléas auxquels il faut faire face