Chronique thriller : Dominic Nolan - J'Étais Abigail Boone. Mémoire courte.

Service de presse.
Retour de lecture sur J’Étais Abigail Boone, premier thriller et roman noir de Dominic Nolan (Editions Rivages/Noir).
Portrait :
Pour notre plus grand bonheur, sa carrière de cinéaste est restée au stade de projet avec des courts-métrages merdiques, comme il les juge lui-même, qui ne seront jamais projetés.
Et bien que le cinéma soit sa première passion, Dominic Nolan s’est donc lancé dans l’écriture en explorant les tréfonds de Londres dans une dimension historique se conjuguant avec la noirceur d’une intrigue policière extrêmement âpre qui va marquer les esprits tout d’abord avec Vine Street (Rivages/Noir 2024), suivi de White City (Rivages/Noir 2025), deux romans encensés, à juste titre, par la critique et les lecteurs qui se sont aventurés dans les circonvolutions audacieuses de ces deux fresques vertigineuses.
Mais avant de rencontrer le succès, ce natif du nord de Londres a exercé une multitude de jobs alimentaires tout en écrivant une dizaine de romans qui ne seront jamais publiés jusqu’à ce que Past Life, un thriller très sombre, trouve sa voie auprès des maisons d'édition.
À la mention d’un thriller, qui plus est un premier roman, en sachant qu’il s’agit du genre littéraire le plus galvaudé avec la romance, on ne peut que formuler des réticences à ce que Rivages/Noir exploite le filon jusqu’à la lie avec un risque de déception qui peut résulter de cette trame contemporaine, assez classique, s’articulant autour d’Abigail Boone, une enquêtrice de la police qui disparaît durant quatre jours et que l’on retrouve meurtrie et amnésique.
On froncera d’autant plus les sourcils avec ce titre en français, J’étais Abigail Boone faisant forcément référence au monument de la littérature noire de Robin Cook, paraissant quelque peu écrasante avec, là aussi, les aléas d’un certain désappointement qui peut en découler.
Résumé :Avant qu’on ne l’enlève, Abigail Boone enquêtait sur la disparition de Sarah Still, une jeune femme de la région dont on est sans nouvelles depuis environ trois ans.
Sans doute sur une piste, la policière se retrouve séquestrée dans un appartement sordide durant quatre jours avant qu’elle ne puisse échapper à ses ravisseurs dans un déchaînement de violence.
Après s’être remise de ses blessures, Abigail va retrouver son mari et son fils dont elle n’a plus aucun souvenir puisqu’elle souffre d’une perte de mémoire rétrograde due au choc qu’elle a subi.
Sans plus aucun repère, perdue dans le cours d’une vie qui ne lui appartient plus, l’ex-policière démise de ses fonctions va tout de même reprendre les recherches pour retrouver Sarah en dépit des réticences de ses proches et de ses anciens collègues.
C’est ainsi qu’elle va replonger dans un environnement mortel et cruel où elle risque de perdre pied à tout moment dans ce qui apparaît comme une quête obsessionnelle sans issue.
Retour de lecture :
On ne va pas tergiverser, Dominic Nolan n’a pas à rougir de ce premier roman qui oscille entre le thriller nerveux et le roman noir aux éclats brutaux qui vous coupent le souffle, à l’instar de cette première scène d’une spectaculaire violence où Abigail Boone tente d’échapper à ses ravisseurs.
Dans J’étais Abigail Boone, Dominic Nolan s’accroche donc à cette enquêtrice meurtrie en faisant en sorte de contourner tous les pièges du cliché foireux entourant la narration ultra-convenue de ces individus frappés d’amnésie que l’on a eu à subir dans cette catégorie de thrillers qui traitaient le sujet.
On échappera ainsi à ces flashbacks aussi brumeux que douteux ou à ces fameux éclats fulgurants où la personne recouvre subitement la mémoire.
L’enjeu pour Abigail Boone est de savoir comment surmonter le manque d’affect qu’elle éprouve vis-à-vis des membres de sa famille qu'elle a retrouvés mais dont elle ne garde aucun souvenir, faisant d'elle une étrangère.
Et il faut bien admettre que le romancier s’y entend pour mettre en exergue cette distance et ce délitement qui s’exercent au sein d’un cadre familial forcément bancal dont on ressent le malaise.
À partir de là, il apparaît logique que cette femme abîmée se tourne vers l’unique ancrage de son existence, à savoir reprendre le cours de cette enquête qu’elle menait pour retrouver les ravisseurs de cette jeune femme disparue qui s’en sont pris finalement à elle.
Et si les investigations apparaissent maladroites et incertaines à l'image de cette femme désemparée, on apprécie une mise en scène adroite qui s'inscrit dans une cohérence salutaire, ce qui fait que la progression se révèle aussi dynamique que structurée tout en étant ponctuée de quelques scènes spectaculaires demeurant ancrées dans un réalisme aux accents sordides qui vous colle à la peau.
On évolue ainsi dans les environs de Londres et d’une ville fictive du bord de la Manche, dans une atmosphère lourde et poisseuse avec en toile de fond ce site minier désaffecté dont l’auteur va exploiter l’ambiance inquiétante qui s’agrège à une intrigue pesante s’articulant autour d’un odieux trafic d’êtres humains dont certains aspects nous ramènent à cette fureur âpre émergeant des romans de Robin Cook.
Tout cela s'articule autour de la personnalité profondément fouillée d'Abigail Boone, figure aussi attachante que la galerie de femmes dont elle croise le destin, que ce soit Tess, fille de truand qu’elle a tirée d'un mauvais pas, Roo, jeune Bulgare victime de ce réseau de traite humaine, ainsi que Barb, son ancienne collègue dans la police, qui vont lui permettre de progresser tant bien que mal dans ses investigations.
Pour autant, la quête va se révéler chaotique et incertaine, ce qui permet à Dominic Nolan de s’extraire des schémas propres au genre du thriller, plus particulièrement en ce qui concerne les aspects menaçants de ce réseau pédophile bien implanté qui apparaît peu à peu dans la lumière de cette enquête tumultueuse aux fragments sanglants qui vont laisser bien des stigmates.
Dominic Nolan : J'Étais Abigail Boone. Editions Rivages/Noir 2026. Traduit de l'anglais (royaume-Uni) par Isabelle Maillet.
A lire en écoutant : Sticks & Stones de Carmel. Album : The Falling. 2021 The London Records Ltd.