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  • Chronique récit journalistique : Sébastien Bonifay : (Not) Born In The USA. Sur la route.

    not-born-in-the-usa-sebastien-bonifay-couverture.pngRetour de lecture sur (Not) Born In The USA, un récit journalistique de Sébastien Bonifay partant à la rencontre d'auteurs américain de littérature noire (Éditions Marchialy).

     

    On aura beau dire qu'il faut se concentrer sur l'œuvre de l'auteur ou de la romancière plutôt que sur sa personnalité, il y a parfois une fascination certaine émergeant des textes qui vous pousse à explorer leur univers jusqu'à entamer un voyage pour aller à leur rencontre, comme ce jeune lecteur que j'étais qui s'est rendu en Louisiane, du côté de New Iberia, en espérant croiser James Lee Burke sans savoir qu'il séjournait une grande partie de son temps dans le Montana.
    Il aura fallu se contenter d'un repas chez Clémentine, où Dave Robicheaux, personnage emblématique de ses romans, avait ses habitudes, afin de digérer ce rendez-vous manqué digne d'un amateur.
     
    Ancien gérant d’une librairie à Bastia, abreuvé de littérature noire américaine, désormais journaliste auprès de France 3 Corse, Sébastien Bonifay a fait preuve de davantage d’audace et d’un peu moins d’amateurisme lorsqu’il s’est lancé sur les routes des États-Unis pour aller converser avec les auteurs pour lesquels il voue une indéniable admiration.
     
    Il faut dire que celui qui est également président fondateur du festival Libri Mondi et Libri Mondi broie du noir ne manque effectivement pas de bravoure, puisqu’il est parvenu à dompter l’irascible James Ellroy, tombé sous le charme de la Corse en 2015 lorsqu’il s’est rendu à Bastia pour présenter Perfidia, premier volume de la seconde tétralogie de Los Angeles.
     
    Est-ce cette visite ou son engouement pour les romans de Donald Ray Pollock qui ont poussé Sébastien Bonifay à entamer en 2016 ce périple sur les highways américaines, démarche qu’il renouvellera deux années consécutives et dont il nous livrera finalement les péripéties dix ans plus tard dans (Not) Born In The USA, un superbe ouvrage des éditions Marchialy dont on connaît la réputation tant pour le texte que pour le soin apporté à ses livres, à nul autre pareil ?
     
    La réponse se trouve sans doute dans les lignes de cette somme de fascinants voyages qui nous entraînent bien loin des circuits touristiques, au cœur de ces États méconnus de l’Ohio, du Mississippi, du Missouri, du Colorado, du Kansas, du Nebraska et de l’Oregon, en passant par l’Iowa, le Minnesota et le Dakota du Sud. Et puis, lorsqu’il se rend dans les grandes métropoles de Chicago ou de New York, c’est pour arpenter leurs banlieues décaties, que ce soit Pilsen, quartier au sud de la grande ville de l’Illinois, en compagnie de Stuart Dybek, ou le secteur de Red Hook à Brooklyn avec James McBride.
     
    sebastien bonifay,not born in the usa,editions marchialy,chronique,critique,récit journalistique,littérature américaineOn embarque donc avec Sébastien Bonifay qui arpente le pays dans sa voiture de location, de motel en motel, dans ce qui s'apparente à un périple incertain à l'instar de cette rencontre manquée avec Daniel Woodrell que l'on ne peut que déplorer tout comme lui, tout comme l'absence de romancières, comme il le relève lui-même en regrettant notamment de n'avoir pu rencontrer Laura Kasischke pour des raisons d'agenda.
     
    Qu'à cela ne tienne, ce ne sont pas moins de huit écrivains que Sébastien Bonifay va rejoindre dans leur tanière respective, comme pour mieux disséquer la composition du terreau alimentant leur texte, et qui vont se dévoiler ainsi au gré de conversations informelles à l'occasion de balades à pied ou en voiture, ou de repas dans ces fameux diners, et pourquoi pas dans un stade à l'instar de sa rencontre avec Eddie Chuculate du côté de Manhattan au Kansas, cela ne s'invente pas.
     
    Et si vous vous demandez qui est Eddie Chuculate, il faudra bien admettre mon ignorance d'autant plus que ses deux romans ne sont pas traduits en français, ce qui n'empêche pas Sébastien Bonifay d'exprimer tout l'intérêt qu'il porte à son égard, au gré de cette rencontre qui se révèle aussi singulière que désopilante.
     
    C'est peut-être bien là que l'on décèle la passion qui anime le journaliste corse qui va donc converser avec des figures de la littérature américaine que sont Donald Ray Pollock, Chris Offutt, James Ellroy, Benjamin Whitmer et James McBride, bien présents dans les pages de ce blog, mais également avec des écrivains à la notoriété plus confidentielle à l'instar de Stuart Dybek et Willy Vlautin dont on aspire déjà à découvrir l'œuvre à la suite de leurs échanges inspirants, là aussi ponctués de quelques instants savoureux, comme ce repas pimenté au Cinco Rabanitos. Il faut dire que les lieux improbables où il va débarquer ne manquent pas, que ce soit cette boîte de strip-tease, décor digne des Soprano, cette église funky où James McBride enseigne la musique, ainsi que le Elway's, un steakhouse où James Ellroy a ses habitudes.
     
    Tout cela se décline au gré d'anecdotes piquantes, avec ce décalage salutaire qui va nourrir ces discussions qui n'ont finalement rien de journalistique, comme pour mieux percevoir l'intimité de chaque auteur, sans pour autant se révéler intrusif, parce que l'on perçoit, derrière cette démarche insensée, toute l'admiration que Sébastien Bonifay porte à chacun d'entre eux. L’anti-guide touristique par excellence d’un pays fascinant.
     

    Sébastien Bonifay : (Not) Born In The USA. Editions Marchialy 2026.

    A lire en écoutant : Blue Highway de Georges Thorogood. Album : Bad To The Bone. 2012 Capitol Records, LLC.