Mise au point 2026
Dans le monde du livre, on aura noté pour l’année 2026 un nombre assez impressionnant de blogueurs qui ont fermé leur site même si certain se sont finalement ravisés en traduisant ainsi le désarroi qui règne dans le milieu où la performance n’a jamais été aussi prégnante avec cette propension à vouloir susciter l’attention à tout prix et que l’on perçoit également sur des réseau sociaux comme Tik Tok ou Instagram où là également on peut observer un certain découragement qui se traduit par la fermeture de compte avec des personnes qui semblent parfois au bout du rouleau. Dans cette ambiance pesante où le livre devient davantage un produit qu’une démarche artistique, il n’est donc question que de chiffres, de monétisations, de followers, de SP, de partenariats et de « collabs rémunérées » dans une espèce d’excès que l’on perçoit notamment par le prisme de ces piles de livre que l’on exhibe face caméra tout en vous interpellant à la manière de ces camelots névrosés haranguant la foule pour évoquer des ouvrages que l’on n’a évidemment pas lu, dans ce qui apparaît comme une véritable frénésie de "bookhaul" outranciers. Tour cela se décline dans une quête de l’attention immédiate dictée par l’algorithme vous poussant à adopter les formats et les comportements susceptibles de séduire et entretenir à tout prix une communauté potentielle à laquelle on devient véritablement asservi en vous poussant parfois à quelques dérives consternantes à l’instar de cette jeune femme arborant un string sur sa tête pour expliquer combien le livre qu’elle évoquait l’avait bouleversée ou de ces individus qui sourient ou qui grimacent en fonction de leur adhésion à l’ouvrage qu’ils exhibent sans autre commentaire. Dans ce contexte où la machine dicte ses règles et où les grands groupes éditoriaux soudoient l'influenceur en quête de monétisation, il importe donc de souligner l’existence d’une multitude de personnes qui poursuivent leurs activités en faisant preuve d’autant de créativité et d'altruisme que de talent pour mettre en valeur les livres qu’ils lisent avec la passion qui les caractérisent et que l’on peut découvrir au gré de leurs retours réguliers avec cette valeur essentielle que de vouloir transmettre leur enthousiasme ou parfois leur déception afin de susciter le débat.
A partir de ce constat on dit que le blog est désuet et que la chronique n’a plus aucun intérêt ce qui me pousse à poursuivre cette activité avec davantage d’enthousiasme se traduisant par une augmentation notable de recensions pour cette année 2025 et qui perdurera pour les années à venir. Hormis le fait que le blog Mon Roman ? Noir et Bien Serré ! entame sa quinzième année d’existence, je vous épargnerai, une fois encore, les bilans comptables abscons ainsi que les classements stériles pour passer en revue l’ensemble des ouvrages qui ont jalonné cette période propice aux belles découvertes littéraires. Débutant sous les meilleurs auspices, on retrouvait en janvier, Séverine Chevalier nous proposant avec La Théorie De La Disparition un texte sublime qui fait d’elle une romancière absolument hors pair qui demeure pourtant encore trop méconnue en dépit des nombreux retours enthousiastes de celles et ceux qui ont la chance de découvrir son oeuvre. Avec Le Premier Renne d’Olivier Truc et Kalmann Et La Montagne Endormie de Joachim B. Schmidt ce sont un français et un suisse qui nous entrainent sur ces terres nordiques fascinantes et si dépaysantes. Et puis l’on entamait avec Le Jour De La Chouette de Leonardo Sciascia cette démarche d’exhumer 12 livres de sa bibliothèque qu’il s’agit de lire durant le courant de l’année et initiée par @steph_bookin dans le cadre de #12pour 2025, avec un ouvrage emblématique sur le fonctionnement de la Mafia que le romancier n'a cessé de dénoncer. Ce sont des séries qui ont marqué ce début d'année avec celle se déroulant durant le Front populaire des années trente initiée par Alexandre Courban qui en décortique chaque année avec Rue De L'Espérance, 1935 tandis que Frédéric Paulin se penchait sur la guerre du Liban avec Rares Ceux Qui Echappèrent A La Guerre et Que S'Obscurcissent Le Soleil Et La Lumière clôturant cette trilogie d'une rare intensité tout comme celle de Benjamin Dierstein débutant avec Bleus, Blancs, Rouges et se poursuivant avec L'Etendard Sanglant Est Levé où l'on observe au travers d'une enquête policière de haute volée la France du début des années 80 et de ses soubassements politiques. Hugues Pagan poursuit son exploration de Schneider, ce flic emblématique que l'on retrouve dans L'Ombre Portée alors que Michèle Pedinielli nous livre une nouvelle enquête de sa détective privée cinquantenaire avec Un Seul Oeil, précédés de La Patience De L'Immortelle et de Sans Collier autres enquêtes de Ghjulia Boccanera qu'il convenait de lire afin de mettre à jour cette superbe série niçoise. Tim Dorsey fait également partie de ces bouquins exhumés pour le mois de février avec la découverte de l'hilarant Florida Roadkill nous permettant d'appréhender l'univers déjanté de Serge Storm, tueur sociopathe dont on salue l'inventivité en matière d'exécution. S'ensuit une série qui s'achève, celle de Simone Bucholz mettant un terme avec River Clyde aux enquêtes de la procureure Chastity Riley au gré d'une échappée en Ecosse aux entournure oniriques de toute beauté. On s'attardera quelque peu sur la littérature industrielle qui semble avoir le vent en poupe avec tout l'arsenal médiatique qui en découle pour mettre en avant des textes de plus en plus ineptes dont il convient de mettre parfois en exergue toute l'indigence notable à l'instar de La Très Catastrophique Visite Du Zoo de Joël Dicker, d'Ultimatum de Nicolas Feux s'associant à Marc Voltenauer et de cet auteur anonyme, et on le comprend, qui nous a livré Le Roman De Marceau Miller avec cette orientation très marquée de faire un coup littéraire qui n'a pas véritablement fonctionné, comme quoi le verni markéting ne saurait toujours masquer la vacuité de ces textes formatés alimentant cette littérature formatée qui n'a rien à voir avec les ouvrages populaires de qualité.
Au printemps ce sont les retrouvailles avec le commissaire Soneri, dont Valério Varesi décline la dixième enquête dans L'Autre Loi et dont on appréhende, avec toujours autant de plaisir, le regard social sur cette région du nord de l'Italie. Sandrine Cohen revient également avec une seconde investigation de cette personnalité peu ordinaire de Clelia Rivoire qui va enquêter sur l'entourage d'Antoine, Un Fils Aimant en décortiquant un fait divers peu banal. Dans les classiques de la Série Noire on aura apprécié Un Linceul N'a Pas De Poche d'Horace McCoy et La Cinquième Femme de Maria Fagyas prenant pour cadre la ville de Budapest durant l'insurrection de 1956. C'est sur une note plus contemporaine que l'on plongera dans le Texas dépeint par Attica Locke dans Au Paradis Je Demeure et qu'Il Est Long Le Chemin Du Retour en mettant en exergue les dissensions sociales et raciales qui ravagent le pays. En Surface de Luca Brunoni confirme le talent du romancier suisse tout comme Balanegra de l'écrivain espagnol Marto Pariente. Le Cherokee de Richard Morigène fait partie de ces romans marquants qui a également été extirpé de la bibliothèque tout comme Janvier Noir d'Alan Parks dont on se réjouis de lire les cinq autres opus de la série. A la Manufacture de livres, un nouvelle collection voit le jour, inaugurée avec La Petite Fasciste de Jérôme Leroy dont on observe également les dérives politiques et sociales dans La Petite Gauloise avec cette acuité qui le caractérise. Dans cette même collection on appréciera Night Boys de Gilles Sebhan tandis que Lionel Destremau revient avec Un Crime Dans La Peau qui figure dans le catalogue classique de la maison d'éditions. Chez Gallmeister on aura apprécié Gasping River d'Alex Taylor et L'Epicerie Du Paradis Sur Terre de James McBride ainsi que Stella de Piergiorgio Pulixi dont on découvrait également sa nouvelle série mettant en scène un libraire irascible officiant au sein de La Librairie Des Chats Noirs et que l'on retrouve dans Si Les Chats Pouvaient Parler avec ce qui apparaît comme un cosy mystery aux intonations chargée d'un humour féroce. Avec les éditions Agullo, on aura été marqué par Près Du Mur Nord de Petra Klabouchová relatant les affres des femmes internée dans la prison de Pankrác durant les purges en Tchécoslovaquie durant l'ère communiste. Et puis il y a ce roman court de Michalis Makropoulos nous immergeant avec L’Arbre De Judas dans les confins montagneux d'une Grèce méconnue. Du côté du fantastique on se penchera sur l'oeuvre étrange de Brian Everson avec La Confrérie Des Mutilés un roman culte qui sera suivi de Membre Fantôme, titres évocateurs s'il en est, nous entrainant dans l'univers singulier d'individus dont les mutilations deviennent des marqueurs sociaux.
On rattrape quelque peu son retard durant la période estivale pour savourer Bastion de Jacky Schwartzamnn ainsi que Dios Et Florida d'Îvy Pochada deux récits qui sortent résolument de l'ordinaire en s'illustrant dans des registres diamétralement opposés mais dont le talent demeure sans faille. C'est aussi l'occasion de découvrir Tourbillon, magnifique roman de Shelby Foote et Plus Bas Dans La Vallée de Ron Rash qui demeure une valeur sûre. Malgré le soin apporté au choix des ouvrages, il y a parfois des déceptions à l'instar de Toutes Les Nuances De La Nuit de Chris Whitaker qui surjoue avec les émotions et les rebondissements en dépit de toute vraisemblance. Toujours en été, on aura lu La Nuit Ravagée de Jean-Baptiste Del Amo superbe roman fantastique se déroulant durant les années 90 dans un lotissement la périphérie de Toulouse. Egalement exhumé de la bibliothèque, il y a cette belle publication des éditions Chandeigne nous entraînant dans la région méconnue de Lisbonne dont Pedro Garcia Rosado dépeint le revers du décors avec Le Club De Macao. Puis cap sur les Marquises avec Henua de Marin Ledun qui nous livre un polar aussi solide que dépaysant. Avant d'entamer la rentrée on aura beaucoup apprécié le regard acide de Dimitri Kantcheloff nous proposant avec Tout Le Monde Garde Son Calme un roman noir caustique autour d'une série de braquages nous permettant de nous immerger dans l'atmosphère âpre de la France des séventies.
La rentrée aura été définitivement marquée par Le Monde Est Fatigué de Joseph Incardona ainsi que par l'oeuvre de Laurent Mauvignier dont Histoires De La Nuit avant dernier ouvrage d'un romancier d'envergure. Dans un autre registre, il fallait mettre en exergue l'œuvre de Jim Thompson que ce soit avec A Hell OF A Woman, illustré par Thomas Ott, tandis que la nouvelle couverture de Pottsville, 1280 Habitants est signée par Miles Hyman pour les éditions Rivages qui réédite l'ensemble des romans de cet écrivain mythique. Du côté de la Suisse, il faut souligner Charloose de Nina Pellegrino et La Fin Du Week-End de Michaël Perruchoud, deux oeuvres originales hautement recommandables. Il faudra également faire mention des éditions du Sonneur dont je découvre le catalogue avec deux superbes ouvrages que sont La Sorcière A La Jambe D'Os de Zelimir Peris et Trois Fois La Colère de Laurine Roux qui vous coupent le souffle littéralement. Et puis il y a Victor Del Arbol qui nous éblouit, une fois encore, avec Personne Sur Cette Terre revenant, une fois encore sur les entrelacs de la guerre civile en Espagne et de la résurgence dans le présent. On aura également exhumé La Terre Demeure de George R. Stewart, Mygale de Thierry Jonquet et Dites-leur Que Je Suis Un Homme d'Ernest J. Gaines, trois romans d'une belle intensité et de haute volée tout comme La Place Du Mort de Pascal Garnier dont on appréciera la noirceur imprégnée d'un humour sardonique.
Avec Contrebandier on saluera la collaboration entre Valério Varesi et Michèle Pedinielle nous proposant un récit se déroulant dans cette région des Alpes marquant la frontière entre la France et l'Italie. Belle surprise que Les Saules de Mathilde Beaussault, une primo romancière nous proposant une intrigue policière aux connotations rurales d'une belle singularité. Dans un genre totalement différent, il faudra absolument découvrir Bataclan Mémoires d'Olivier Roller donnant la voix avec 21 membres de Life For Paris rescapés du Bataclan livrant leurs témoignages avec pudeur et émotion. Pour en revenir aux ouvrages de la rentrée littéraire il faudra souligner des romans tels que Baignades d'Andrée A. Michaud et Le Lotissement de Claire Vesin confirmant tout le bien que l'on pense de ces romancières au talent exceptionnel. Et pour achever l'année en beauté, il convient d'évoquer Un Roi Sans Divertissement sublime roman de Jean Giono ainsi qu'Un Jardin De Sable d'Earl Thompson, une fresque âpre du Kansas de la grande dépression des années 30, d'une noirceur incandescente qui marque les esprits.
Comme à l'accoutumée, il conviendra de saluer les chroniqueurs et chroniqueuses que l'on croise tout au long de l'année que ce soit à l'occasion de rencontres lors des festivals ou d'échanges sur les réseaux ou sur les blogs nous permettant de puiser sans relâche dans le vivier inépuisable de la littérature noire qui déborde parfois sur d'autres genres au gré d'une diversité salutaire. Il en sera de même pour les auteurs et les éditeurs persistant, en dépit d'une conjecture morose, à nous livrer des récits captivants qui peinent pourtant à émerger dans ce flux destructeur de publications aux standards douteux. Plus que jamais, il convient donc de défendre cette littérature que l'on aime afin qu'elle perdure et rencontre son public, ce qui n'a rien d'une évidence. Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une belle année 2026 riche en belles lectures, tout en vous remerciant pour le temps que vous prenez à parcourir ce blog ainsi que pour vos retours qui m'encouragent à poursuivre cette démarche passionnante.
Bonnes lectures.
A lire en écoutant : Me and the Devil interprété par Soap&Skin. Single : Sugarbread. 2013 Solfo.
Que n'écrit-on pas sur le festival
On y croise des auteurs comme
La Suisse était bien représentée avec J
Durant ces trois jours, il est difficile de faire la liste de toutes les personnes que l'on a rencontré, mais il y a le noyau dur, les amis que l'on retrouve avec un certain plaisir comme
Il va de soi que j'en oublie bien d'autres, mais que voulez-vous à mon âge la mémoire devient défaillante, même si je me souviendrai longtemps de ces magnifiques moments de la 21ème édition des Quais du Polar où l'on célébrait également les 80 ans de la
Joël Dicker : La Très Catastrophique Visite Du Zoo.
sensibilisation #11marsjelis où il diffuse notamment sur Instagram, un clip promotionnel mettant en scène une multitude de personnalités s'associant à cette démarche de lecture, ceci en collaboration avec sa maison d'éditions Rosie & Wolfe ce qui en dit long sur le redoutable sens du marketing de l'entrepreneur Joël Dicker à qui l'on ne saurait reprocher de marteler cette injonction de se plonger dans les livres, surtout les siens qu'il imprime à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires. Tout juste admettra-t-on une pointe d'agacement lorsqu'il se fait donneur de leçon en expliquant "avec modestie et humilité" que l'industrie du livre a raté quelque chose qui est de fédérer les gens avec une explication assez simpliste qui caractérise d'ailleurs ses textes. Ce côté donneur de leçon on le retrouve également dans la postface de La Très Catastrophique Visite Du Zoo où Joël Dicker s'émeut de la fermeture des librairies qu'il met sur le compte de l'érosion du lectorat sans évoquer l'augmentation des charges et bien évidemment sans mentionner la concurrence des plateformes numériques et des grandes surfaces où ses ouvrages sont abondamment mis en avant par l'entremise d'Interforum, filiale d'Editis qui diffuse et distribue sa maison d'éditons. Joël Dicker semble d'ailleurs s'être résigné quant au côté immuable de la fermeture des librairies puisque sur le site de son entreprise figure désormais un lien de la grande plateforme numérique américaine nous dirigeant vers la vente en ligne de son nouveau roman, démarche qu'il se gardait bien d'effectuer auparavant. Mais on sent bien qu'avec la parution de La Très Catastrophique Visite Du Zoo, Joël Dicker est passé sur un autre registre beaucoup plus intense du marketing, ce qu'on ne saurait lui reprocher d'ailleurs. Il faut bien vendre et tant pis pour ce qui est de l'abandon des idéaux se diluant dans des injonctions paradoxales dont il n'a pas l'apanage dans le milieu de la littérature. Et tout le monde est sur le pont, en rang serré, pour mettre en exergue la démarche entrepreneuriale de l'auteur que des lecteurs et des journalistes enthousiastes défendent avec une certaine véhémence. Ainsi, pour les détracteurs qui se pencheraient sur le contenu des textes comme ça été le cas pour La Vérité Sur L'Affaire Harry Québert, Le Livre Des Baltimore ou La Disparition De Stéphanie Mailer, la cohorte de fans de Joël Dicker vous ramènera immanquablement vers un amalgame abscons où émerge des notions comme le mépris tant de l'auteur que des lecteurs, ou comme l'élitisme qui font que l'on exècre forcément tout ce qui a trait au succès en lien avec la littérature populaire qu'il ne faudrait pas lire. Joël Dicker se lâchait d'ailleurs sur le sujet en 2012 à l'occasion d'un entretien sur la RTS, en expliquant qu'avec le succès de La Vérité Sur L'Affaire Harry Québert, il intègre "le grand club de la Suisse qui gagne" tandis que ceux qui le critiquent font bien évidemment partie "du petit club de ceux qui aiment perdre.…" On appréciera. Mais à titre de contre-exemple, on citera Zep, un autre suisse qui plus est genevois, qui a su concilier succès et popularité tout en conservant cette dimension artistique imprégnée d'audace et d'originalité tout comme Manu Larcenet et Pierre Lemaître qui ne se sont pas asséchés sous la lumière artificielle du marketing. Et puis si l'on reprend l’image des brocolis chers à Joël Dicker, on pourra expliquer que si l'on n’aime pas ce légume, il ne s'agit pas d'un manque de respect à l'égard du producteur et encore moins vis à vis de celles et ceux qui en consomment et qui le dégustent avec plaisir. Chacun mange ce qu’il veut et ce qu’il lui convient. Et pour en revenir à la littérature, il faudra souligner le fait que les personnes qui jettent comme moi, un regard critique sur l'oeuvre de Joël Dicker et tout ce qui entoure ses démarches de marketing, ne sont pas forcément toutes issues d'un pseudo sérail littéraire élitiste qui conspuerait le moindre succès qui n'a d'ailleurs absolument rien à voir avec la qualité du texte. Cela se saurait.
Nicolas Feuz & Marc Voltenauer : Ultimatum.
Le Roman De Marceau Miller
Et voilà que l'on s'achemine déjà vers les quatorze ans d'existence de ce site dédié principalement à la littérature noire, même si j'ai pu parfois m'écarter du mauvais genre pour m'aventurer vers d'autres univers littéraires comme le western, le fantastique et l'anticipation. Ainsi, au terme de cette année où les chroniques ont été plus nombreuses qu'à l'accoutumée, il convient de se remémorer l'ensemble des ouvrages que j'ai pu lire durant cette période en évitant les sempiternelles classements des meilleurs romans de l'année qui n'ont pas beaucoup de sens en ce qui me concerne. Je vous ferai grâce également des bilans comptables portant sur le nombre de livres que l’on peut lire durant l'année ainsi que sur le total des pages parcourues. Il en va de même pour les statistiques du blog dont je me moque éperdument. Néanmoins, dans un souci de confort pour vos recherches, outre les classements par genre et par pays, ainsi qu'un florilège des séries emblématiques de la littérature policière, vous trouverez désormais un index plus élaboré par auteur où figurent les liens des ouvrages que j’ai eu l’occasion d'évoquer.
C'est devenu une tradition que de débuter l'année avec une publication de Rivages/Noir nous proposant
Pour cette année 2024 on a pu apprécier les retour de Marion Brunet avec
Parmi les séries policières on a retrouvé avec plaisir le capitaine Wyndham et le sergent Banerjee dans
Pour revenir en France, on a apprécié également le retour d'auteurs emblématiques du mauvais genre tels que Sébastien Gendron qui exprime, avec cette tonalité caustique qui le caractérise, tout le bien qu'il pense de la chasse avec
En mettant de côté la course aux nouveautés, je ne peux que vous recommander de lire l'oeuvre de Leonardo Sciascia dont j'ai évoqué l'intelligence rare avec
Avec Léman Noir, recueil rassemblant des nouvelles d'auteurs romands confirmés, Marius Daniel Popescu est sans doute l'un des acteurs qui a contribué à l'essor de la littérature noire en Suisse Romande. Ecrivain et poète, il est également le fondateur en 2004 du journal littéraire Le Persil, lui permettant de diffuser ses textes, mais qui devient rapidement la tribune libre des auteur novices et confirmés de la Suisse romande.
toujours pour l'auteur de
Dans ce même numéro, on appréciera Le Cortège d'Olivier Beetschen, fulgurante nouvelle évoquant l'enterrement du Général Guisan où l'événement rassemblant tout un peuple oscille subtilement entre faits historiques, souvenirs d'enfance et critique sociale d'un pays où l'on est amené, l'air de rien, à courber l'échine. Auteur d'une trilogie policière aux accents surnaturels se déclinant avec La Dame Rousse (L'âge d'Homme 2017),
Nouvelle venue au sein du journal Le Persil, on découvre également Le Chien, un récit d'Emmanuelle Robert, l'une des révélation de la littérature noire helvétique avec Malatraix (Editions Slatkine 2021) et Dormez En Peilz (Editions Slatkine 2023). La nouvelle s'articule autour d'une jeune fille composant avec la garde partagée de ses parents divorcés et qui intègre un nouveau quartier tout en soupçonnant ses voisins de maltraitance animale. A noter qu'Emmanuelle Robert sera l'une des invitées du 27ème Festival International du Roman Noir à Frontignan plus communément désigné sous l'appellation emblématique de FIRN désignant l'un des grands événements du polar en France.
Et puisque l'on parle du FIRN, vous y croiserez peut-être la silhouette massive d'Yves Ours Koskas en quête d'auteurs et de romancières à ramener dans le giron de sa maisonnette d'éditions Ours Editions qui publie des textes courts sous forme de livres fait maison, cousu-main, avec une impression en reprographie et dont les cahiers sont pliés et repliés soigneusement à la main. L'autre particularité d'Ours Editions est de privilégier les écrivains qui conservent la propriété de leur texte dès la publication, tout en obtenant la moitié du montant de la vente de leur ouvrage. Dernier point important, et non des moindres, les récits qu'Ours publie sont tous formidables et vous pouvez les découvrir sur son site
Au sein de la maison d'éditions vous trouverez Les Fatals En Concert, le récit Tête-Bêche de Stéphanie Glassey, romancière du remarquable
Avec En Campagne, sublime récit surréaliste de Séverine Chevalier, la romancière nous donne la sensation de survoler cette fameuse "ruralité" que l'on semble affectionner mais qui disparaît peu à peu, par vague, tandis que dans les rayons d'un supermarché Marie-Line et ses amies remplacent les produits des rayons par des pierres incarnant peut-être le poids de cette absurdité qui régit le monde, notre monde qui s'efface. Il y a toujours cette musique harmonieuse chez Séverine Chevalier ponctuée de ces grincements perturbant des intrigues d'une rare intensité telles que
Il baigne dans le polar depuis toujours avec des récits âpres se déroulant, pour la plupart, dans un environnement rural et qu'il publie auprès de petites maison d'éditions indépendantes comme in8, Caïrn et Caïmans pour son dernier roman Bad Run. A la lecture, de Tu M'As Bien Vu ! texte court, aussi rude que cinglant qui vous percute dès la première ligne et vous achève sur une dernière phrase à l'impact mortel, il y a cette interrogation qui flotte dans l'air : Qu'est-ce que j'attends pour lire les autres romans noirs de Jérémy Bouquin ?
Il vaut mieux en rire qu'en pleurer, ou peut-être faire les deux lorsque l'on lit les romans de Sébastien Gendron où le côté déjanté de ses intrigues ne fait que mettre en exergue l'absurdité de notre société à l'instar de Fin De Siècle (Série Noire 2022) dystopie sanglante et cruelle, de Camping Paradis (Série Noire 2022) aux allures de western rural ou de son dernier roman
Si cela ne suffit pas, vous trouverez également chez Ours Editions un texte de Michèle Pedinielli revisitant brillamment Kafka d'une manière singulière avec A L'Envers où un cafard se rend compte de bon matin, à son grand désarroi, qu'il a intégré le corps de Gregor Samsa, propriétaire de la chambre. Critique sociale par excellence, le récit vire au fait divers sanguinolent avec un ultime clin d'oeil à un autre ouvrage du romancier austro-hongrois. Comme toujours, il y a cette tonalité mordante que l'on retrouve dans l'ensemble des romans de Michèle Pedinielli, se déclinant autour des enquêtes de l'emblématique détective privée niçoise, Ghjulia Boccanera avec laquelle on fait connaissance dans