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03. Roman policier - Page 36

  • IAN RANKIN : DEBOUT DANS LA TOMBE D’UN AUTRE. LE RETOUR DE L’INSPECTEUR JOHN REBUS.

    Capture d’écran 2015-01-14 à 00.07.40.pngAvec dix-huit aventures au compteur, on peut dire que John Rebus a fait pas mal de chemin dans le paysage de la littérature policière et semble être devenu un personnage bien trop encombrant pour son auteur qui ne sait plus trop bien comment il pourrait s’en débarrasser. Tout comme la série Dave Robichaux de James Lee Burke, le personnage fétiche de Ian Rankin a vu le jour en 1987 et outre cette particularité commune, les deux personnages affichent un certain vague à l’âme qui frise l’état dépressionnaire.

     

    Bien qu’encensée, adulée et récompensée, la série a souffert d’un certain manque de constance au niveau de la qualité des intrigues. Mais L’Ombre du Tueur et Fleshmarket Close peuvent être considérés comme les deux excellents romans qui doivent orner les rayons de votre bibliothèque. Et puis il faut également admettre que la série Rebus ne se concentre pas uniquement sur l’aspect de la dramaturgie de l’histoire puisque son auteur s’intéresse également aux caractéristiques sociologiques et folkloriques de la ville d’Édimbourg qui dégage un climat singulier et envoutant. En dehors de ses aventures rien n’est plus prenant que de suivre John Rebus parcourant les rues de la ville lors de ses pérégrinations nocturnes où il rencontre, dans ses bars et pubs favoris, toute une série de camarades de boisson atypiques, puis de le retrouver seul dans son appartement en distillant un mélange de réflexions teintées mélancolie et enrobées d’une bande sonore issue de son extraordinaire collection de vinyls.

     

    Debout Dans la Tombe d’un Autremarque donc le retour de John Rebus qui a quitté les forces de police pour prendre une retraite, certes méritée, mais qu’il ne souhaitait pas. Loin de renoncer à ce qui l’anime depuis toujours, Rebus est  désormais affecté à un service civil qui examine les enquêtes classées non élucidées. L’une d’entre elles attire son attention lorsqu’une mère de famille tente de persuader le service de retrouver sa fille disparue. C’est ainsi que Rebus renoue avec ses collègues de la brigade criminelle lorsqu’il met à jour toute une série de disparitions ayant pour point commun de se situer à proximité de la portion d’autoroute A9 reliant Perth à Inverness. Ses habiles intuitions pourraient permettre à Rebus de réintégrer la police, mais sa nonchalance et son aversion pour toute forme d’autorité lui valent les foudres de sa hiérarchie et la suspicion de Malcom Fox, des affaires internes, qui apprécie peu le fait que l’inspecteur Rebus ait noué des liens étroits avec son adversaire d’autrefois, Morris Gérald « Big Ger » Cafferty.

     

    Il faut reconnaître que malgré un sentiment de répétition on ne peut s’empêcher de se réjouir du retour de l’insolent inspecteur Rebus et de son humour mordant qui lui confère un charme si particulier. Dans Debout Dans la Tombe d’un Autre, Ian Rankin conjugue l’univers de Rebus avec celui de Fox dans une confrontation qui ne rendra guère hommage à ce dernier. Outre cet aspect, l’auteur nous embarque dans une affaire de disparitions en série et évoque un cas de pédophilie que Rebus parvient à mettre en évidence dans une suite de déductions plus que hasardeuses.  La manière dont l’inspecteur résout une partie de l’affaire s’avère également plus que douteuse voir même peu convaincante en matière de procédures policières, même si l’une des scènes finales donne son titre au roman.

     

    Debout Dans la Tombe d’un Autre ne figurera donc pas parmi les ouvrages indispensables de la série Rebus même s’il s’en dégage une atmosphère assez particulière qui envouteront les lecteurs. Car Ian Rankin connaît les ficelles du métier lui permettant de séduire son lectorat afin de l’entraîner dans le sillage de cet inspecteur atypique. Outre le fait de désigner une des scènes du roman, le titre du dernier opus de l’auteur rend hommage au chanteur écossais Jackie Leven qui a composé et interprété une chanson intitulée, Standing in Another Man’s Rain. Car c’est aussi l’un des talents de l’auteur que de parvenir à nous glisser subtilement, au fil des pages, une bande sonore toujours extrêmement soignée qui anime de manière dynamique les enquêtes de l’inspecteur Rebus.

     

    Ian Rankin : Debout Dans la Tombe d’un Autre. Editions du Masque 2014. Traduit de l’anglais (Ecosse) par Freddy Michalski.

    A lire en écoutant : Standing in Another Man’s Rain de Jackie Leven. Album : Oh What a Blow That Phantom Dealt Me. Cooking Vinyl 2006.

  • Mary Anna Barbey : Swiss Trafic. Les gentianes de Rilke.

    Capture d’écran 2014-08-31 à 22.39.35.pngLa journaliste ou romancière qui met à jour les pires turpitudes en supplantant les services de police à l’image d’une Erica Falck a fait des ravages dans les rayonnages des librairies à un point tel que cela en devient indigeste. Lorsque je découvre ce type de personnage en résumé sur les quatrièmes de couverture, je ne peux m’empêcher de frisonner en adoptant une attitude des plus méfiantes. Si, comme moi, vous avez ce type d’a priori, il faudra vous en défaire pour découvrir l’excellent roman de Mary Anna Barbey intitulé Swiss Trafic.

     

    En découvrant un cadavre dans la piscine de l’hôtel d’une station thermale des Alpes où elle séjourne, Delphine pensait avoit encaissé sa dose d’émotions fortes. Pourtant c’est en reprenant son travail de responsable de la rubrique du courrier du cœur d’un grand magazine national qu’elle va débuter une mystérieuse correspondance avec l’auteur d’une lettre anonyme qui lui lance un appel au secours codé dénonçant les auteurs d’un odieux trafic d’être humain. Les menaces, intimidations et cadavres vont jalonner les investigations de cette journalite atypique.

     

    Avec Swiss Trafic, Mary Anna Barbey nous entraîne au cœur de la problématique des réfugiés en Suisse et particulièrement sur la condition tragique des femmes qui subissent les pires outrages afin d’alimenter les « clubs » et « dancing » que l’on retrouve dans les grandes villes du pays mais également dans des localités plus modestes. Même si le destin de ses personnages est poignant, l’auteur ne verse pas dans le pathos et se contente de rester dans le sillage du réalisme en expliquant avec une très grande maîtrise les mécanismes qui poussent ces femmes à entrer dans la clandestinité, devenant ainsi encore plus vulnérables.

     

    En mettant beaucoup d’elle-même dans le portrait de Delphine, Mary Anna Barbey est parvenue à créer un personnage extrèmement attachant et intéressant qui nous amuse parfois avec son petit côté décalé. On apprécie le côté frondeur de cette femme qui reste pourtant très fragile et très sensible en amenant au travers de ses introspections une épaisseur d’âme qui tranche avec les héroïnes formatées que l’on trouve dans la plupart des romans policiers. Vaudoise, née aux Etats-Unis, Delphine est une quinquagénaire, veuve qui, par le biais de la rubrique du courrier du cœur s’intéresse particulièrement au domaine de la santé sexuelle tout comme son auteure.

     

    L’autre intérêt du roman, réside dans l’atmosphère parfois sombre d’une Suisse qui sort de l’ordinaire et qui n’est pas sans rappeler l’œuvre fameuse de Mary Shelley, particulièrement lorsque son héroïne se rend à Rarogne pour découvrir la tombe du célèbre poète autrichien Rainer Maria Rilke. Ce sont ces instants délicieux qui donnent une belle tonalité à ce roman qui sort des sentiers battus. Il faut l’avouer, les scènes se déroulant dans le canton du Valais sont vraiment très réussies.

     

    Hitchcock l’avait dit : « Meilleur est le méchant, meilleur est le film » et il faut admettre que c’est peut-être le point faible du roman avec cet homme d’extrême-droite qui manque d’envergure et qui arrive un peu trop tardivement dans le fil de l’intrigue pour pouvoir être développé de manière correcte. Un peu trop manichéen, le personnage manque de substance au regard des autres protagonistes du roman.

     

    De très beaux portraits de femmes, une intrigue bien maîtrisée pleine de suspense, avec Swiss Trafic, Mary Anna Barbey va vous entraîner dans la sombre enquête d’une lumineuse et pétillante Delphine que l’on espère retrouver très prochaînement dans de nouvelles aventures qui nous permettront de découvrir les aspects peu reluisants d’une Suisse des plus surprenante.

     

    Mary Anna Barber : Swiss Trafic. Editions des Furieux Sauvages 2013.

    A lire en écoutant : Guggisberglied interprété par Stefan Eicher. Album : My Place. Barclay 1989.

     

     

  • Daniel Abimi : Le Cadeau de Noël. Les filles du boulevard Sévelin.

    Capture d’écran 2014-06-17 à 16.01.51.pngLe Cadeau de Noël s’inscrit dans la continuité du premier roman de Daniel Abimi, Le Dernier Echangeur, chroniqué ici. Certaines intrigues du premier roman trouveront leurs dénouements dans ce dernier opus, nécessitant donc une lecture dans l’ordre de parution de ces deux polars ayant pour cadre la ville de Lausanne. Si l’on trouve un certain enchaînement au niveau de la trame narrative, c’est dans l’atmosphère et le style que l’auteur a changé d’orientation en se plongeant résolument dans l’âme noire du polar pour délaisser les aspects saugrenus que l’on décelait parfois dans son premier roman.

     

    Une employée d’une station service est abattue d’une balle dans la tête sur son lieu de travail, dans les hauteurs de Lausanne. Pour l’inspecteur Mariani, il n’y a pas de doute, il s’agit d’une exécution. Il ne reste qu’à en découvrir le mobile ce qui va s’avérer extrêmement ardu, d’autant plus que la jeune fille démunie de papier travaillait sans autorisation au profit d’un patron peu scrupuleux.  Avec l’aide de son camarade, le journaliste Michel Rod, en disponibilité suite à ses problèmes de boisson, l’enquête va s’orienter dans le milieu nébuleux de la prostitution lausannoise. Une activité en plein essor car durant la période désenchantée des fêtes de fin d’année, tout le monde a besoin d’un peu d’affection.

     

    Un meurtre, un drame familial tragique, une prise d'otage et un Père Noël bourré, c’est dans ce contexte que l’on va découvrir ce processus d’éloignement d’un policier qui peine à retrouver ses marques, même au sein de sa famille qu’il perçoit désormais comme une espèce d’entité étrangère. C’est en cela que l’on appréciera le personnage de l’inspecteur Mariani qui prend le pas sur Michel Rod qui aura un rôle plus secondaire dans ce récit. L’alcoolisme, la dépression, les deux personnages se renvoient leurs détresses respectives au gré d’une histoire sordide que les festivités de Noël ne fait qu’accentuer.

     

    Dans ce récit brillant, vous allez également découvrir toutes les strates de la prostitution qui passe par les escorts-girls officiant dans les vénérables palaces de la ville sous l’œil bienveillant du personnel, les salons tenus par d’aimables managers ou tenanciers que l’on ne saurait qualifier de maquereaux pour finir dans les rues froides du boulevard Sévelin et de la rue de Genève où les prostituées sans papier s’exhibent pour le plus grand bonheur des milliers de conducteurs qui tournent toute la nuit dans le quartier. Et en toile de fond il y a toujours le charme discret d’une bourgeoisie dévoyée que l’auteur décrit avec un sarcasme qui frise la perfection.

     

    Des nuées de prostituées, un immeuble presque exclusivement dévolu au commerce du sexe, c’est dans ce contexte réaliste d’un quartier de la ville de Lausanne que l’auteur a planté son récit en l’humanisant par le biais de quelques personnages attachants comme cet ex banquier reconverti dans la vente de poulets grillés ainsi que la plantureuse Bianca, travestie lumineuse arpentant le bitume froid de la ville. Mais finalement, c’est peut-être la tante de Michel Rod qui séduira le lecteur, car la vénérable bourgeoise, au crépuscule de sa vie, promène son regard affuté et sans illusion sur cette famille qui l’entoure d’une affection de circonstance en cette période festive. Finalement l’intrigue du récit n’a que très peu d’importance et ne sert qu’à transporter le lecteur dans les différentes couches sociales d’une ville qui s’enveloppe d’un spleen provincial si caractéristique des agglomérations helvétiques.

     

    Avec ce deuxième roman, Daniel Abimi entre dans la petite liste de ces auteurs romands qui ont la bonne idée de nous raconter une histoire qui reflète les aspects peu reluisant d’une société dont on ne soupçonne pas toujours les travers. Des auteurs comme Daniel Abimi sont bien trop rares pour être passé sous silence. Il vous faut les découvrir sans tarder !

     

    Daniel Abimi : Le Cadeau de Noël. Bernard Campiche Editeur 2012.

    A lire en écoutant : Brother de Stuck in the Sound. Album : Poursuit. Discograph 2012.

  • DANIEL ABIMI : LE DERNIER ECHANGEUR. LAUSANNE BLUES.

    Capture d’écran 2014-06-09 à 22.51.11.pngS’emparer d’une ville pour en décrire ses noirs secrets est une des thématiques majeurs du polar mais elle prend d’avantage d’intérêt lorsqu’il s’agit d’une cité propre et lissée comme Lausanne qui nous apparaît si calme et si tranquille.

     

    Pourtant Daniel Abimi, natif de Lausanne et ayant travaillé des années durant comme journaliste pour un quotidien de la ville va bousculer les clichés de cette fameuse quiétude helvétique.

     

    Avec Le Dernier Echangeur, nous partageons les pérégrinations de Michel Rod, journaliste porté sur la boisson, qui enquête sur la mort d’un médecin dont le cadavre sauvagement massacré est retrouvé au cœur d’un parc en périphérie de la cité. Avec l’aide de son ami l’inspecteur Mariani, Michel Rod va tenter de débrouiller l’écheveau complexe d’une vengeance qui tourne vite au jeu de massacre et c’est dans l’univers sordide d’une bande de bourgeois aux mœurs dissolues qu’il trouvera peut-être la réponse.

     

    Même s’il joue parfois trop sur les expressions locales, il faut saluer la qualité d’écriture délicate de Daniel Abimi qui parvient à nous immerger dans les méandres d’une bourgeoisie qui tente de tromper son ennui au gré de partouzes sordides sans pour autant forcer le trait. Un peu à la manière de Claude Chabrol,  l’auteur nous décrit, sur un ton détaché et sardonique, ce petit monde lausannois où tout le monde se connaît et s’observe avec une morgue assassine. Il y a pourtant un certain déséquilibre dans ce récit où le nombre de meurtre (plus d’une dizaine), comme pour mieux relancer l’histoire, frise le grotesque et le guignolesque. Observation d’une société ou fresque burlesque, le lecteur peine à se situer dans ce récit oscillant parfois involontairement entre le premier et le second degré. C’est bien dommage.

     

    Ce déséquilibre on le retrouve également dans le portrait des personnages qui jalonnent le roman. On appréciera l’humanité de Michel Rod et de son ami Emile qui au travers de leurs failles affectives donnent une tonalité encore plus sombre à cette ville peuplée d’âmes solitaires en quête d’amour. L’auteur ne cède d’ailleurs pas aux mirages de la rédemption ou d’une quelconque qualité qui pourrait nous donner l’envie d’apprécier le personnage principal. Pétrit de défauts et de travers, Michel Rod promène sa grasse carcasse et son mal de vivre en enquêtant parfois de manière plus que maladroite sur la vie de son entourage sans pour autant s’en intéresser complètement. Détacher de tout, sans le moindre idéal, Michel Rod est l’anti-héro parfait. C’est le paradoxe de ces personnages fort bien élaborés qui mettent en exergue les autres protagonistes de ce récit qui virent à la caricature à l’instar de ce promotteur immobilier qui est pourtant l’une des pièces maitresses du roman, sans parler des truands qui semblent sortis d’un film de Tarantino.

     

    Présentée comme un guide touristique, la ville de Lausanne peine à touver ses marques dans ce récit. Il ne suffit pas de décliner une succesion d’établissements ou de rues pour faire de la cité une espèce de personnage qui donnerait du relief au roman. A quelques exceptions, comme la description des différentes diasporas qui la constitute, la ville reste en marge d’une histoire qui peine à convaincre.

     

    Parfois brouillon dans sa trame narrative, Le Dernier Echangeur souffre d’un manque de consistance de l’auteur qui peine à se prendre au sérieux. Entre Ken Bruan et James Ellroy il faut parfois choisir ou posséder suffisement de talent pour parvenir à concilier les deux.  Mais qu’à cela ne tienne, Le Dernier Echangeur servira d’introduction à l’excellent second roman de Daniel Abimi, intitulé, Le Cadeau de Noël qui fera l’objet d’une prochaine chronique.

      

    Daniel Abimi : Le Dernier Echangeur. Edition Bernard Campiche 2009.

    A lire en écoutant : César Franck : Piano Quintet in F Minor, M. 7 : III. Idil Biret & London String Quartet. 2010 Idil Biret Archive.

  • ADRIAN MCKINTY : DANS LA RUE RUE J'ENTENDS LES SIRENES. RETOUR VERS LE FUTUR !

    Capture d’écran 2014-06-01 à 11.14.36.pngUne fois encore, un titre énigmatique, extrait d’une chanson de Tom Waits pour ce second opus initié avec Une Terre Si Froide (commenté ici). Un titre dont la force évoque avec une petite touche de lyrisme ce que pouvait être la ville de Belfast dans les années quatre-vingt, laminée par une guerre civile interminable.

     

    C’est dans ce contexte de terreur quotidienne, où l’on prend chaque matin l’habitude de vérifier si sa voiture n’a pas été piégée, qu’évolue le sergent Sean Duffy, flic de confession catholique qui travaille pour le RUC, une institution policière royaliste affrontant l’IRA.

     

    Un torse découvert dans une valise que l’on a balancée dans le container d’une usine désaffectée pourrait résonner comme le glas d’une enquête à peine amorcée. Mais pour Sean Duffy et son équipe, habitués à travailler avec des moyens dérisoires, il suffit parfois d’un maigre indice, comme un tatouage, pour que l’enquête se poursuive que ce soit dans les landes irlandaises ou au cœur des reliquats d’une industrie qui survit dans un pays économiquement exsangue.

     

    Avec Dans la Rue J’entends les Sirènes, l’auteur délaisse quelque peu les diverses factions armées qui occupaient les devants de la scène dans son premier roman. Il va  s’intéresser à la situation économique d’une nation qui, outre les rivalités armées,  est ravagée par le chômage, en évoquant, entre autre, les ennuis réels de l’usine automobile DeLoréane installée en Irlande du Nord. Cette entreprise créa, un unique modèle qui deviendra emblématique grâce à la trilogie des films Retour Vers le Futur où un professeur farfelu décrétait : « Quitte à voyager dans le temps au volant d'une voiture, autant en prendre une qui ait de la gueule ! ».

     

    Capture d’écran 2014-06-01 à 11.24.28.pngUne nouvelle fois, Adrian McKinty mêle habilement fiction et réalité en évoquant également la guerre des Malouines, la fermeté du gouvernement Tatcher et les chances de l’équipe d’Irlande du Nord lors de la coupe du Monde de 1982, le tout saupoudré d’une bande sonore détonante qui agrémente tous les chapitres du roman. Hormis la qualité narrative, c’est bien évidemment l’humour parfois corrosif du sergent Sean Duffy qui donne cette tonalité si particulière au récit. Un personnage attachant qui n’est pas sans rappeler le célèbre détective Philip Marlowe au regard de sa solitude, de sa loyauté tenace et de son penchant pour les boissons alcoolisées. Mais contrairement au personnage de Chandler, Adrian McKinty plonge son héro dans des situations si inextricables qu’elles ne peuvent pas être sans conséquence néfaste comme le démontrera l’ultime chapitre qui laisse peu d’espoir quant au devenir du sergent Sean Duffy. C’est avec ces dernières pages que l’on saisira tout le talent d’un auteur qui sait mettre en perspective la tragédie quotidienne d’habitants qui n’ont plus aucun espoir et la vaine action de policiers enchaînés dans une spirale de violence sans fin.

     

    Fermez les yeux. Ouvrez votre esprit. Ecoutez le vrombissement des pales des hélicos. Regardez la poussière qui tournoie comme un nuage maléfique. Sentez l’odeur de la fumée des incendies. Et dans le lointain vous distinguerez le chant des sirènes qui résonnent dans les rues de Belfast.

     

     

    Adrian McKinty : Dans la Rue J’entends les Sirènes. Edition Stock/Cosmopolite Noire 2013. Traduit de l’anglais (Irlande) par Eric Moureau.

    A lire en écoutant : Kickface de Little Foot Long Foot. Album : Oh, Hell. Little Foot Long Foot 2013.