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Victor Del Árbol : Le Temps Des Bêtes Féroces. Partie de chasse.

victor del arbol,le temps des bêtes féroces,actes sud,actes noirs,blog littéraire,blog mon roman noir et bien serré,parution 2026,littérature espagnole,roman noir,roman policier,littérature noire,chronique littéraire,festival libri mondiChez Actes Sud, le marketing a ses raisons que la raison ignore, ce qui fait qu'Aux Animaux La Guerre (Babel 2026), premier roman de Nicolas Mathieu, a désormais intégré la collection blanche de Babel en se débarrassant ainsi de l'infâme label noir qui ornait sa couverture faisant d'ailleurs l'objet d'une nouvelle illustration afin de célébrer ce transfert salutaire. On rétorquera que le récit se situait à la lisière des genres avec une connotation sociale extrêmement dense qui semble donc avoir supplanter des codes du roman noir. Et il est vrai que plusieurs auteurs de la collection Babel Noir se placent à la frontière de ces fameux codes de la littérature noire à l'instar de Victor Del Arbol que l'on découvrait, il y a de cela 15 ans avec La Tristesse Du Samouraï (Babel noir 2013) qui s'inscrivait davantage dans un registre de roman noir aux accents mélancoliques que de pur polar, un paradoxe pour celui qui a été policier durant une vingtaine d'année en exerçant tout d'abord comme patrouilleur auprès de la police autonome catalane avant d'intégrer la brigade des mineurs puis d'officier au sein du service de protection des hautes personnalités. Un parcours d'autant plus atypique pour celui qui fut, dans sa jeunesse, séminariste durant cinq ans avant de bifurquer vers un cursus universitaire où il obtint une licence en histoire auprès de l'université de Barcelone. Et c'est probablement cette trajectoire peu commune qui imprègne l'oeuvre singulière de celui que l'on peut considérer comme un romancier d'envergure, tant en France qu'en Espagne et dont certains ouvrages furent récompensés de quelques prix prestigieux comme le Grand Prix de la Littérature Policière célébrant Toutes Les Vagues De L’Océan (Babel noir 2017), tandis que le prix Nadal, équivalent du prix Goncourt en Espagne, rendait hommage à La Veille De Presque Tout (Babel noir 2019), autre roman majeur de Victor Del Árbol qui puise son inspiration dans les aspects sombres de l'histoire contemporaine rejaillissant immanquablement dans le passif de personnages à la fois complexes et nuancés. Et alors que ses huit premiers livres étaient des récits indépendants, son dernier ouvrage, Le Temps Des Bêtes Féroces, marque un tournant en rassemblant les personnages de son livre précédent, Personne Sur Cette Terre (Actes Noir 2025), qui met notamment en scène un sicario à la fois nihiliste et  mystérieux, donnant son titre à ce qui s'annonce comme la trilogie du tueur à gage sans nom.

 

victor del arbol,le temps des bêtes féroces,actes sud,actes noirs,blog littéraire,blog mon roman noir et bien serré,parution 2026,littérature espagnole,roman noir,roman policier,littérature noire,chronique littéraire,festival libri mondiEn cette belle soirée printanière, alors qu’elle vient de terminer son service au sein de l’hôtel où elle travaille, la jeune femme fait un détour pour rentrer chez elle à vélo en empruntant la route escarpée qui longe la côte de Lanzarote.    Mais l’escapade tourne court lorsqu’une voiture la percute violemment en la laissant pour morte, avant de prendre la fuite. Fraichement muté sur l’île alors qu’il est proche de la retraite, c’est au sous-inspecteur Soria qu’échoit l’enquête de délit routier qui prend une toute autre envergure lorsqu’il s’aperçoit que la victime s’est enfuie sans demander son reste. Il faut dire que l’enquête déclenche aux quatre coins du monde toute une série d’événements apparement sans lien qui vont pourtant trouver leur origine, 15 ans plus tôt, dans cette tragédie qui a frappé ce couple, accompagné de leurs deux enfants, qui parcourait la crête des montagnes Volujak marquant la frontière entre le Montenegro et la Bosnie-Herzégovine en proie à une guerre ethnique qu’ils cherchent à fuir. 

Il importe de souligner qu’il est impératif de lire Personne Sur Cette Terre avant d’entamer Le Temps Des Bêtes Féroces où l’on retrouve donc l’ensemble des protagonistes, quelques années plus tard, dont il s’agit  d’assimiler les trajectoires afin de saisir les motivations qui le poussent à agir d’une certaine manière en fonction des événements qui surviennent dans le cadre d’un récit extrêmement dense qui nécessitera une certaine concentration afin de ne pas se perdre dans la multitude de personnages qui alimentent une intrigue se révélant parfois un peu confuse.  Et pour celles et ceux qui ont lu l’ouvrage précédent, il y a de cela presqu’une année, il ne sera pas superflu de le parcourir rapidement pour s’imprégner à nouveau du contexte général, à savoir la mondialisation du crime organisé s’agrégeant à l’univers entrepreneurial à l’échelle internationale en plein essor. A partir de là, il faut prendre conscience que que Le Temps Des Bêtes Féroces va nous entraîner d’un pays à l’autre que ce soit l’Espagne bien sûr, mais également le Mexique, les Etats-Unis ainsi que l’Italie qui vont donner corps à cette mondialisation criminelle. Mais l’intrigue se focalise également sur les territoires de l’ex-Yougoslavie, devenant le théâtre, durant la guerre qui a déchiré  le pays, d’exactions abjectes faisant d’ailleurs l’objet d’enquêtes récentes défrayant l’actualité et que l’on ne révélera pas afin de ne pas gâcher l’intrigue. Comme à l’accoutumée ce sont les réminiscence du passé qui vont animer la galerie de personnages que l’on a plaisir à retrouver, à l’instar de ce mystérieux tueur à gage mexicain dont certains aspects de sa personnalité vont nous être dévoilés. On en saura également davantage sur le sous-inspecteur Soria qui va conduire cette enquête complexe où il côtoiera son ancienne partenaire, Virginia Ortiz, travaillant désormais pour son père, à la tête d’un gros consortium d’entreprises qu’il dirige d’une main de fer. C’est autour de la personnalité de cette femme ambivalente que Victor Del Árbol va aborder le thème de l’éthique professionnelle se heurtant à la loyauté vis à vis de la famille dans ce qui va apparaître comme un conflit intérieur par rapport à l’image qu’elle veut donner à l’extérieur et plus particulièrement auprès de sa fille avec laquelle elle va tenter de se rapprocher tout en préservant ses acquis. Si l’on s’égare parfois dans les méandres d’une intrigue touffue, le romancier fait en sorte de cadrer ce récit en dépit de petites confusions dans les prénoms durant des échanges entre les protagonistes (page 333) qui sont vraiment trop nombreux ce qui fait que certains d’entre eux perdent de leur substance à l’exemple de Julián Leal qui apparaît comme un fantôme impavide. Il n’en demeure pas moins que les mécanismes du récits fonctionnent parfaitement afin de mettre en lumière l’ensemble de ces prédateurs cruels asservissant leurs entourages respectifs qui vont s’agréger les uns aux autres  pour former cette caste redoutable d’ultra riches, véritables bêtes féroces, régnant  sans partage sur le monde qui nous entoure et dont le temps ne semble pas compté. Et si vous vous rendez au festival Libri Mondi broie du noir qui se tiendra le samedi 30 mai 2026 à Luri en Corse, vous aurez l’occasion d’en parler avec Victor Del Árbol qui aura l’occasion de se livrer sur son oeuvre dès 14h00.

 

Victor Del Árbol : Le Temps Des Bêtes Féroces (El Tiempo de las Fieras). Editions Actes Sud/Collection Actes Noirs 2026. Traduit de l'espagnol par Alexandra Carrasco.

A lire en écoutant : If I Should Fall Behind de Bruce Springsteen. Album : Lucky Town. 1992 Bruce Springsteen.

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