VALERIO VARESI : LA PEUR DANS L'ÂME. LE BAFFARDELLO.
Parce qu'il est étroitement associé à la destinée et au succès de cette maison d'éditions indépendante célébrant ses dix ans d'existence, il n'était pas question de célébrer l'événement sans lui. En 2016, c'était donc avec Le Fleuve Des Brumes de Valério Varesi que l'on découvrait un auteur italien ainsi qu'un éditeur français illustrant au cours de cette décennie passée des notions de fidélité et d'amitié qui ne se sont jamais démenties pour devenir l'ADN de l'entreprise qui s'illustrera avec des publications notoires que Nadège Agullo et Sebastien Wespiser ont relayé sans relâche en se tenant aux côtés de leurs auteurs que ce soit lors des festivals ou à l'occasion de rencontres en librairie. Ainsi, hormis la parution en hiver du premier opus, c'est au printemps que l'on a pris l'habitude de retrouver le commissaire Soneri, devenu l'un des personnages emblématiques de la littérature noire au gré d'une série d'enquêtes prenant pour cadre la ville de Parme dont l'atmosphère brumeuse, parfois fiévreuse, déborde sur les étendues de la plaine du Pô, jusqu'aux contreforts du massif des Apennins pour s'aventurer jusque sur les bords de la mer de Ligurie. Présenté bien souvent comme le Maigret italien, le commissaire Franco Soneri partage avec son homologue français une certaine appétence pour la bonne chère que Valerio Varesi met en scène avec un certaine délicatesse qui ne manquera pas de vous faire saliver à l’évocation de ses escapades gourmandes chez son ami Alceste, aubergiste talentueux, mettant en avant les beaux produits de cette région de l’Emilie-Romagne, véritable berceau de la gastronomie italienne. Mais on ne saurait définir la personnalité de Soneri à ces instants culinaires chaleureux alors que cet enquêteur chevronné s’affirme dans la complexité de ses interrogations quant à l’environnement social et politique qui l’entoure en se déclinant bien souvent sur le registre de conversations aux connotations philosophiques en fonction des interlocuteurs qu’ils côtoient au fil d’enquêtes incertaines dont la finalité s’inscrit parfois dans une espèce désarroi latent qui malmène l’ensemble de ses convictions. Ainsi, au fil de ces dix enquêtes, Valério Varesi dresse un portrait lucide et sans fard de son pays où il est souvent question de ces réminiscences du facisme, plus que d'actualité, pour celui qui a officié comme journaliste au sein de La Repubblica après l'obtention d'un diplôme en philosophie à l'université de Bologne. Mais la singularité des enquêtes que conduit cet enquêteur mélancolique, réside dans le fait que la résolution du crime n'a rien d'une finalité utopique où tout rentrerait dans l'ordre, bien au contraire, puisqu'il demeure toujours une part d'incertitude comme en témoigne La Peur Dans L'Âme, nouvel opus de la série, où Valerio Varesi s'ingénie à décortiquer les mécanismes du sentiment d'insécurité qui prévaut dans cet environnement alpin des Apennins, cadre de villégiature estival du commissaire Soneri et de sa compagne Angela, qui vont se confronter aux craintes les plus irrationnelles des habitants du village où ils séjournent, jusqu'à la disparition d'un jeune homme qui va susciter bien des émois.
Afin de fuir les chaleurs estivales étouffant la ville de Parme, le commissaire Soneri a pris quelques jours de vacances en louant une maison à Montepiano dans les hauteurs des Apennins où il aspire à trouver un peu de calme et de fraîcheur en compagnie d’Angela, sa compagne qui n’apprécie guère le chant des grillons. Mais bien vite se sont des cris qui vont résonner dans cette contrée montagneuse où l’on retrouve un villageois blessé à la jambe et qui se trouve dans l’incapacité de s’exprimer pour livrer quelques explications quant à la nature de cette plaie par balle. Et puis ce sont les carabiniers qui débarquent dans la région afin de traquer Vladimir, un criminel serbe extrêmement dangereux qui semble avoir trouvé refuge dans les forêts environnantes. Ainsi, tandis que les loups hurlent dans la nuit, les habitants se terrent dans leur maison en proie aux pires craintes qui affectent leur raison et aiguisent leurs soupçons en altérant leurs rapports avec les autres. C’est donc une peur grandissante qui plane sur l’ensemble de la communauté tandis que le bandit serbe devient une espèce de monstre bien commode, coupable idéal des délits qui se produisent dans les environs. Même si cela n’est pas dans ces prérogatives, Soneri va offrir son aide aux autorités du village dépassées par des événements qui prennent de plus en plus d’ampleur en mettant à jour la vulnérabilité d’habitants cherchant à dissimuler leurs petits secrets bien gardés dans une conjugaison de mensonges et de mesquineries qui vont générer bien des tensions. Et pour ne rirn arranger, il y a cette disparition d’un jeune du village qui suscite les plus vives inquiétudes.
Avec Valerio Varesi, il y a toujours une remise en question du schéma narratif et des thèmes abordés afin de faire en sorte que le lecteur n’éprouve pas de lassitude et qu’il n’ait pas cette sensation de déjà lu, ce qui n’a rien d’une évidence lorsque l’on côtoie ces personnages depuis dix ans que l’on retrouve pourtant toujours avec autant de plaisir. A la lecture de ce onzième opus, La Peur Dans L’Âme, on s’éloigne donc des rues sinueuses de la ville de Parme, pour prendre possession de ce village de Montepiano, sur les hauteurs des Apennins, où Soneri séjourne durant ses vacances estivales en compagnie d’Angela dans ce qui va apparaître comme un huis-clos montagnard chargé de tension. C’est l’occasion pour le lecteur de découvrir davantage d’aspects de l’intimité de Soneri qui ne pourra donc compter sur l’appui de son équipe d’enquêteurs qui n’apparaissent que de manière sporadique, par l’entremise de quelques conversations téléphoniques. N’étant pas dans sa juridiction, le commissaire va donc côtoyer les Carabiniri chargés de deux enquêtes que sont la disparition d’un jeune du village et la traque d’un criminel étranger ayant trouvé refuge dans les forêts des environs ce qui nous donne l’occasion de découvrir deux personnages aux caractères foncièrement dissemblables, ce qui ne manquera pas de pimenter une intrigue particulièrement réussie. Avec des lumières étranges apparaissant dans les hauteurs ponctuées de cris humains et de hurlements de loups, Valerio Varesi instille un climat de peur qui plane sur cette petite communauté villageoise, ce qui lui permet de dresser quelques portraits particulièrement aboutis à l’instar de Tilò ce muletier bourru, quelque peu porté sur la boisson, parcourant les forêts, en quête de bois qu’il livre pour les trattoria de la région et qui ne manque pas d’un certain panache. Mais bien plus que d’instaurer cette atmosphère pesante, Valerio Varesi va explorer et décortiquer les mécanismes de ce sentiment d’insécurité vecteur de peur bien évidemment, mais également de rejet qui va s’incarner avec ce criminel serbe allégorie de cette crainte de l’étranger forcément source de tous les maux de ces villageois rongés d’angoisse. Et c’est de cette angoisse que va se mettre en place une tragédie extrêmement bien menée qui s’inscrit dans une atmosphère délétère qu’un romancier comme Ramuz n’aurait pas renié, ce d’autant plus qu’apparaissent aux cours du récit quelques figures inquiétantes du folklore local, alimentées par les anciens du village. Tout cela s’articule donc au détour de deux enquêtes dont on se gardera d’en dire trop afin de ne pas dévoiler certains aspects d’une intrigue dont la résolution demeure toujours incertaine jusqu’aux dernières lignes d’un récit où le commissaire Soneri apparait comme résigné à ne pas toujours pouvoir saisir les motivations qui animent les auteurs des crimes qu’il doit résoudre avec ce sentiment d’inachevé qui l’habite. Ainsi, La Peur Dans L’Âme se décline dans les fondements de la personnalité d’un commissaire Soneri toujours aussi tourmenté que mélancolique dans ce qui apparaît dans conteste comme l’une des meilleures intrigues de la série.
Valerio Varesi : La Peur Dans L'Âme (La Paura Nell'Anima). Editions Agullo 2026. Traduit de l'italien par Gérard Lecas.
A lire en écoutant : Anybody Gonna Move de William Z. Villain. Album : William Z. Villain. 2017 DesTours.
Service de presse.
à l’instar de 13 Tzameti du réalisateur géorgien Gela Banluani et de Intacto de l’espagnol Juan Carlos Fresnadillo traitant le thème de la chance dans un registre terrifiant tout comme The Manchurian
Candidate (Un Crime Dans la Tête) de John Frankenheimer tout droit inspiré du programme MK Ultra que la CIA a mis en place en 1953 dans l’intention d’identifier les méthodes visant à contrôler et manipuler le comportement et l’esprit humain et que Damien Igor Delhomme mentionne dans son roman où il imagine son corollaire version soviétique qu’il met en scène avec une réalisme effarant dans ce qui apparaît comme un complot d’état. D’ailleurs, à la lecture de La Chance Rouge, on ne peut manquer de mentionner toute la maîtrise narrative rappelant furieusement l’admirable Partie De Chasse, bande dessinée
emblématique d’Enki Bilal et de Pierre Christin abordant également cette période trouble de l’ère Brejnev. Infusant ainsi toute une myriade
de références au gré d’une intrigue passionnante, il sera possible d’évoquer certaines d’entres elles
En 1969, à la lecture d’un article mentionnant les progrès des américains dans le domaine du contrôle mental, Leonid Brejnev, secrétaire général du parti communiste de l’Union
A Belgrade en 2020, Le Sceptique c’était le nom de la rubrique qu’il rédigeait pour le quotidien de son beau-père avant qu’il n’entame une carrière de détective privé en conservant le surnom qui a fait sa réputation. Et c’est Ales, un ancien camarade de l’armée qui va le solliciter afin de savoir ce qu’il est advenu de son épouse Marijana, dont il est sans nouvelle depuis près de dix ans et que sa fille n’a de cesse de retrouver. Le Sceptique entame donc des investigations qui vont l’entrainer du côté de Rovinj en Croatie où il met en évidence une autre disparition de plus de trente ans, celle de Bisera qui n’est autre que la mère de Marijana. Et comme tout bon sceptique qu’il est, le détective ne croit guère aux coïncidences et déterre peu à peu les secrets entourant un petit groupe de nantis dont les jeux de pouvoir sont devenus de plus en plus délétères en levant ainsi le voile sur des zones d’ombre peu reluisantes de l’ex-Yougoslavie. Et comme si cela ne suffisait pas, Le Sceptique va croiser une bande de braqueurs bien déjantés, pourtant des masques de soudeur, qui se sont mis en tête de le dessouder.
C’est au détour de cette intrigue parallèle que l’on va découvrir certains aspects méconnus de la ville de Belgrade, dont les « blocks », ces bâtiments issus de l’architecture brutaliste composant le quartier de la Nouvelle Belgrade qui va devenir le théâtre d’une confrontation intense avec des malfrats déterminés que le Sceptique va affronter à son corps défendant. Il faut bien dire que le personnage n’a rien d’un héros intrépide et s’inscrit davantage dans une logique de réflexions et de contacts qui ne l’empêcheront pas de se confronter aux dangers que le romancier met en scène avec un certain sens du réalisme qui n’enlève rien à la tension émergeant d’un texte tout en intelligence et en habilité. Ainsi, on ne peut qu’espérer que Le Champ Des Méduses ne soit que le début d’une série à venir mettant en valeur une Serbie méconnue, ne s’inscrivant aucunement dans une démarche de guide touristique ou de récit régionaliste, pour mettre en lumière les travers d’un pays énigmatique que l'on se réjouit de découvrir par l’entremise du Sceptique, personnage au charme indéniable et à la personnalité complexe dont il nous tarde d’en savoir plus. A noter qu’Oto Oltvanji sera présent en France à l’occasion notamment du festival Quais du Polar à Lyon.
A la fin de l'année 1986, ce sont les attentats ravageant Paris qui rythment la vie du commissaire Nicolas Caillaux et de sa femme la juge d'instruction Sandra Gagliaco qui découvrent peu à peu que s'il faut retrouver rapidement les coupables pour calmer l'opinion publique, c'est désormais la raison d'état qui prévaudra sur la vérité en privilégiant l'improbable piste Abdallah afin de ménager les susceptibilités du gouvernement iranien se livrant désormais à une guerre ouverte des ambassades à laquelle la France ne compte pas céder. De son côté, le député Michel Nada ä fort à faire dans les négociations obscures pour la libération des otages français détenus depuis plusieurs années au Liban alors que Chirac et Mitterand se livrent à une course cynique pour s'en attribuer le mérite en vue des élections présidentielles de 1988. A Beyrouth, l'ancien attaché d'ambassade Philippe Kellermann constate avec amertume que la guerre reprend de plus belle avec des luttes fratricides au sein des milices chrétiennes mais également au sein des factions chiites conduisant à la formation de deux gouvernements que tout oppose. De toute manière pour Kellerman, seul compte le devenir de Zia, cette femme Chiite affiliée au Hezbollah, qui l'ensorcelle. Il n'y a donc plus d'avenir dans ce pays à feu et à sang où Dixneuf, ancien agent des service secrets, va régler ses comptes en comptant sur l'appui d'un allié inattendu. Il n’est d’ailleurs pas le seul à vouloir en finir avec toute cette folie dans une ultime déflagration de violence destructrice.
Sa femme l'ayant trompé avec son associé, Ilias a tout perdu à Athènes que ce soit son affaire mais également sa place au sein du foyer familial. Et lorsque l'on a cinquante-trois ans, il n'est pas facile de refaire sa vie en Grèce, ce qui le contraint à retourner dans son village natal de Delvinaki qui se situe à proximité de la frontière avec l'Albanie. Démuni, il loge donc chez sa mère, une femme âgée qui peine à joindre les deux bouts et qui se soucie de son fils qui peine à rebondir en s'éloignant même de ses deux filles avec qui il n'a plus que des contacts téléphonique et épistolaires. Ilias promène donc son lot de désillusions au gré de ses promenades solitaires en parcourant cette contrée montagneuse de l'Epire où l'on retrouve le corps sans vie d'une jeune femme sauvagement mutilée que l'on a abandonné non loin de la route au bord de laquelle il a aperçu deux hommes du village qu'il connaît bien et dont l'un semblait sous le coup de l'émotion. Se peut-il qu'il s'agisse des meurtriers ? Ilias va bien tenter de faire la lumière sur cette affaire. Mais il va devoir faire face à l'hostilité de certains villageois et composer avec l'amitié qui se conjugue parfois avec la trahison.