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SERIE GUERRE CIVILE DU LIBAN (BEYROUTH)

  • Frédéric Paulin : Que S'Obscurcissent Le Soleil Et La Lumière. Samedi soir à Beyrouth.

    frédéric paulin,que s’obscurcissent les soleil et la terre,éditions agullo

    Service de presse.

    On ne sait plus trop quoi dire à son sujet, tant l'on a décliné de superlatifs élogieux pour encenser cette seconde trilogie trouvant sa conclusion dans la fusion des couvertures des deux précédents ouvrages où la sublime mosaïque orientale se décline désormais sur la palette des trois couleurs du drapeau du Liban tandis que le silhouette emblématique du cèdre s'imprègne d'une teinte sanguinolente lourde de sens. Avec Que S'Obscurcissent Le Soleil Et La Lumière, Frédéric Paulin achève donc de manière magistrale, cette fresque de la guerre civile du Liban qu'il entamait il y a de cela une année avec Nul Autre Ennemi Que Mon Frère (Agullo 2024) s'articulant autour des origines de ce conflit fratricide tandis que l'on en découvrait toute son ampleur dans Rares Ceux Qui Echappèrent A La Guerre (Agullo 2025) où les attentats et les prises d'otage se succèdent en prenant une dimension internationale. Pour les frileux qui n'oseraient aborder cet ensemble de textes magistrales, tant pour des raison pécuniaires que pour des motifs plus abscons de thèmes obscurs et peu compréhensibles, on signalera tout d'abord que le premier volume est désormais disponible en version poche chez Folio policier et que loin d'être ardue, Frédéric Paulin déploie une intrigue solide où les faits historiques s'entremêlent à une fiction dynamique qui nous éclaire d'une manière à la fois sobre et convaincante sur les entournures d'un conflit aux ramifications complexes. Ainsi, au terme de Que S'Obscurcissent Le Soleil Et La Lumière, on prendra la mesure des différents enjeux qui animent l'ensemble de cette région du Moyen-Orient et des conflits qui perdurent en s'inscrivant désormais dans la terrible actualité d'une autre guerre qui déciment les populations. Autant dire que la trilogie libanaise de Frédéric Paulin a valeur de document dans ce qui apparaît comme une guerre civile où seule l'amertume subsiste en résonnant comme une tragique défaite s'inscrivant dans le parcours de chacun des personnages d'un récit éblouissant.

     

    frédéric paulin,que s’obscurcissent les soleil et la terre,éditions agulloA la fin de l'année 1986, ce sont les attentats ravageant Paris qui rythment la vie du commissaire Nicolas Caillaux et de sa femme la juge d'instruction Sandra Gagliaco qui découvrent peu à peu que s'il faut retrouver rapidement les coupables pour calmer l'opinion publique, c'est désormais la raison d'état qui prévaudra sur la vérité en privilégiant l'improbable piste Abdallah afin de ménager les susceptibilités du gouvernement iranien se livrant désormais à une guerre ouverte des ambassades à laquelle la France ne compte pas céder. De son côté, le député Michel Nada ä fort à faire dans les négociations obscures pour la libération des otages français détenus depuis plusieurs années au Liban alors que Chirac et Mitterand se livrent à une course cynique pour s'en attribuer le mérite en vue des élections présidentielles de 1988. A Beyrouth, l'ancien attaché d'ambassade Philippe Kellermann constate avec amertume que la guerre reprend de plus belle avec des luttes fratricides au sein des milices chrétiennes mais également au sein des factions chiites conduisant à la formation de deux gouvernements que tout oppose. De toute manière pour Kellerman, seul compte le devenir de Zia, cette femme Chiite affiliée au Hezbollah, qui l'ensorcelle. Il n'y a donc plus d'avenir dans ce pays à feu et à sang où Dixneuf, ancien agent des service secrets, va régler ses comptes en comptant sur l'appui d'un allié inattendu. Il n’est d’ailleurs pas le seul à vouloir en finir avec toute cette folie dans une ultime déflagration de violence destructrice.

     

    Immanquablement, au terme de cette série de trois romans aux titres évocateurs, se pose la question de savoir sur quel sujet Frédéric Paulin va-t-il se pencher et sur sa capacité à faire aussi bien, si ce n'est mieux que la trilogie Benlazar et cette trilogie libanaise s'achevant dans ce qui apparaît comme un récit magistral qui vous coupe le souffle. Il faut dire que l'on a accompagné durant une année cette galerie de personnages déchirés par les événements tragiques de ce conflit qui marquent leurs vies respectives et auxquels l'on s'est attaché en dépit de cette vertigineuse perte de repère les entraînant, pour la plupart d'entre eux, dans une spirale de violence incontrôlable. Avec Que S'Obscurcissent Le Soleil Et La Lumière, on découvre donc les enjeux politiques autour des otages français détenus au Liban ainsi que les soubassements de  cette guerre des ambassades entre la France et l'Iran en lien avec l'affaire Wahid Gordji mettant en perspective les entrelacs d'un pouvoir judiciaire malmené par la raison d'état qui s'invite au sein d'une procédure complexe visant ä faire la lumière sur les véritables commanditaires de la série d'attentats à Paris, dont celui de la rue de Rennes, durant la période entre 1985 et 1986. Et c'est autour de chacun de ses personnages fictifs, qu'il soit juge, policier, diplomate ou membre des milices libanaises, que Frédéric Paulin projette ce contexte historique dans ce qui apparaît comme un agrégat vertigineux de réalité et de fiction nous permettant de saisir toute la complexité des enjeux géopolitique de cette guerre du Liban dont il nous livre toutes les bassesses en compromissions au terme d'une intrigue extrêmement sombre, chargée d'amertume. Mais l'autre enjeu de Que S'Obscurcissent Le Soleil Et La Lumière, consiste bien évidemment à connaitre le devenir de ces individus marquants et tourmentés que sont la juge Sandra Gagliaco et son compagnon le commissaire Nicolas Caillaux, l'attaché d'ambassade Phillipe Kellermann, le commandant Dixneuf, la milicienne chiite Zia al-Faqîh et son chef Abdul Rasool al-Amine ainsi que le député Michel Nada dont les destinées se fracassent dans un entrelacs de confrontations saisissantes. Tout cela se décline au gré d'un texte à la fois sobre et rythmé permettant de digérer la chaos de cette guerre du Liban que Frédéric Paulin restitue à la hauteur de ces femmes et de ces hommes qui nous marqueront à tout jamais. Un roman prodigieux.

     

    Frédéric Paulin : Que S'Obscurcissent Le Soleil Et La Lumière. Editions Agullo 2025.

    A lire en écoutant : Samedi soir à Beyrouth de Bernard Lavillier. Album : Samedi soir à Beyrouth. 2008 Barclay.

  • Frédéric Paulin : Rares Ceux Qui Echappèrent A La Guerre. Prise d'otage.

    frédéric paulin,rares ceux qui échappèrent à la guerre,éditions agulloService de presse.
     
    Outre l'énormité du travail d’écriture de l'auteur, c'est également autour du processus de la publication qu'il faut saluer l'activité de la maisons d'éditions Agullo qui nous a permis d'absorber en l'espace d'une année et demi, la trilogie Tedj Benlazar, du nom de cet agent actif (et fictif) de la DGSE que l'on suit, sur l'espace de plus de deux décennies, dans sa lutte contre le terrorisme dont Frédéric Paulin a dressé le panorama entre les années 90 marquées par la guerre civile en Algérie, dont le conflit s'exporte sur le territoire français, pour se poursuivre avec les attentats du 11 septembre 2001 avant de s'achever sur les événements qui ont frappé Paris le 15 novembre 2015. Dès lors, le défi consistait  à effectuer le découpage à la fois cohérent et équilibré d’un texte d’une intensité considérable où la fiction s’agrège à la réalité des faits historiques qui ont jalonné cette époque tout en permettant aux lecteurs d’assimiler l’ensemble du champ narratif extrêmement complexe dont il faut se remémorer les différents aspects sur l’espace de périodes plus ou moins longues ponctuant les différentes publications. Après avoir abordé le terrorisme islamiste avec une telle pertinence qui a marqué tous les esprits, il faut bien avouer qu'il y avait de quoi s'enthousiasmer lorsque l'on a appris que Frédéric Paulin allait se concentrer sur cette période sombre de la guerre civile au Liban dont on a tous quelques souvenirs épars et parfois marquants sans pour autant avoir saisi toute la nature des enjeux qui ont entouré ce conflit chaotique où des termes étranges émergeaient parfois des dépêches. On pense aux milices du Hezbollah, aux phalanges chrétiennes, à Tsahal, au poste Drakkar, tout en se remémorant certains lieux comme Beyrouth bien sûr et plus particulièrement certains quartiers ou camps de réfugiés comme Sabra et Chatila, sans parler des attentats sur le sol libanais mais également en France ainsi que ces otages dont les portraits apparaissaient quotidiennement en préambule du journal télévisé. On retrouve bien évidemment tout cela, et bien plus encore, dans le premier opus intitulé Nul Autre Ennemi Que Mon Frère (Agullo 2024) en faisant figure d'événement littéraire lors cette rentrée de l'automne 2024 tant la réputation de Frédéric Paulin n'est pas usurpée quant à sa capacité à faire coïncider, de manière parfaite, ses personnages de fiction dans la réalité des événements qui ont jalonné l'époque qu’il dépeint et que l'on assimile avec une aisance désarmante tant l'écriture est précise et rigoureuse. A partir de là, c’est peu dire que l’on attendait, avec une certaine fébrilité, le second volume de cette trilogie annoncée, intitulé Rares Ceux Qui Echappèrent A La Guerre, titre évocateur s’il en est, de la dégradation d’un conflit prenant de plus en plus d’ampleur en dépassant les frontières du Liban et dont le romancier va mettre en évidence les contours complexes ainsi que les enjeux sous-jacents et sinueux qui vont avoir un impact jusqu’au plus haut niveau des instances du gouvernement français.
    Emporté par l’intensité de cette fresque sombre, on notera avec satisfaction que la maison d’éditions Agullo a opté pour un rythme de parution encore plus soutenu, avec un intervalle de six mois entre les volumes formant la trilogie que Frédéric Paulin a rédigé d’une traite, en nous permettant ainsi de soulager quelque peu la fébrilité de l’attente et de garder en mémoire les différents éléments de l’intrigue, tout en sachant que le roman final, intitulé  Que S’Obscurcissent Le Ciel Et La Terre, paraîtra à l’occasion de la rentrée littéraire de l’automne 2025.

     

    23 octobre 1983. Le moins que l'on puisse dire c'est que le commandant Dixneuf, rattaché à l'ambassade française de Beyrouth, est sur la sellette en tant qu'agent de la DGSE qui doit rendre des comptes quant aux manquements des services du renseignement qui n'ont pas été en mesure d'éviter l'attentat du poste Drakkar faisant près de soixante victimes au sein du contingent de soldats français déployés dans la ville. Ainsi, la France devient partie prenante de la guerre civile qui ravage le Liban et ce n'est pas Phillipe Kellermann, officiant comme conseiller après du président Mitterand sur les sujets du Moyen-Orient, qui dira le contraire en apprenant que son fils fait partie des disparus. Mais du côté du Hezbollah, on change déjà de tactique en confiant à Abdul Rassal al-Amine la mission de  prendre en otage tout d'abord un ressortissant américain avant de cibler des citoyens français qui vont alimenter l'espace médiatique durant plusieurs années ainsi qu'un certain clivage politique quant à la façon de mener à bien cette résolution d'un conflit qui s'enlise dans la violence. Mais l'enjeu de la libération des otages, c'est également une opportunité pour l'opposition de s'emparer du pouvoir que Michel Nada désormais candidat aux législatives et proche de Charles Pasqua, va saisir en s'éloignant ainsi définitivement des membres de sa famille restés à Beyrouth pour défendre la cause chrétienne. Et tandis que l'on s'entredéchire sur le sujet, c'est désormais une vague d'attentats et d'exécutions, portant la signature d'Action Directe et du Comité de solidarité avec les prisonniers politiques arabes et du Proche-Orient, qui frappe Paris et la province. 

     

    Autant dire que l'on est dans la continuité de ce qui s'avère être l'une des lectures les plus passionnantes de ces dernières années, sans pour autant vouloir surenchérir, parce qu'il est évident que les qualificatifs visant à définir les textes de Frédéric Paulin perdent finalement de leur substance dans un amalgame de louanges trop outrancières qui n'ont plus beaucoup de sens. Plus parfait que la perfection ? Plus exceptionnel que le récit d'exception ? C'est à voir et à débattre, mais peut-être faudra-t-il s'arrêter sur la notion de chef-d'œuvre quitte à être audacieux pour qualifier avec un enthousiasme bien légitime les deux premiers opus de cette trilogie consacrée à la guerre civile du Liban durant les années 80 et dont on saisit avec une facilité assez déconcertante tout le panorama de l'époque. Portant sur la période de 1983 à 1986, Rares Ceux Qui Echappèrent A La Guerre se focalise sur l'aspect sombre des otages détenus au Liban et bien évidemment sur les enjeux qui en découlent, que ce soit les négociations entre le Liban et la France, mais également la lutte de pouvoir trouble entre le gouvernement socialiste de Mitterand à l'opposition conduite par Chirac et Pasqua en saisissant ainsi certains aspects peu reluisants des officines politiques, quel que soit leur bord. Dans ce contexte, on notera une présence plus marquée en France, puisque Frédéric Paulin évoque également toute la série d'attentats à l'explosif perpétrés dans les différents quartiers de Paris en faisant une multitude de blessés et de morts. A partir de là, il est évident que la tension narrative est permanente, ce d'autant plus que le romancier prend soin de décliner son récit sur un registre aussi sobre qu'efficace sans qu'il n'y ait d'ailleurs aucune notion de jugement, même si l'on peut ressentir parfois le désarroi de certains des personnages et plus particulièrement de la juge Sandra Caillaux et de son mari le commissaire Nicolas Caillaux qui tentent d'endiguer cette vague d'attentats tout en composant avec les instances politiques ainsi qu'avec les services de renseignement qui ne leur facilitent pas forcément la tâche. Et comme à l'accoutumée, on retrouve cette homogénéité de la fiction et de la réalité des événements en nous permettant de les percevoir au gré d'une dimension beaucoup plus humaine qui n'est pas dénuée d'émotions tout en nous donnant l'occasion de distinguer parfois certains revers des épisodes tragiques qui ont jalonné cette période extrêmement sombre et trouble. Mais ce qu'il émerge peut-être davantage dans le cours de cette nouvelle trilogie, c'est la densité des personnages fictifs dont on apprécie les failles et parfois même les doutes qui transparaissent parfois dans leurs rapports avec leurs proches que ce soit le commandant Dixneuf avec son père, Philippe Kellerman marqué par le deuil de son fils, mais surtout d'Abdul Rassal al-Amine chef d'un groupe de miliciens du Hezbollah au Liban qui n'est pas complètement dupe et qui entretien une relation trouble avec Zia, devenue à sa manière une combattante active au sein du mouvement. Ainsi, l'ensemble de cette galerie de personnages fictifs devient le fil conducteur des multiples intrigues qui s'entrecroisent sur un registre certes complexe, mais qui demeure pourtant extrêmement limpide tant Frédéric Paulin maîtrise l'ensemble de son sujet dont on saisit au final tous les éléments avec certaines révélations aussi édifiantes que saisissantes qui vont marquer les lecteurs. De cette manière, Rares Ceux Qui Echappèrent A La Guerre s'inscrit, comme le volume précédent, parmi les romans essentiels qu'il faut lire afin d'intégrer certains aspects du monde qui nous entoure tout en s'immergeant dans le coeur d'une intrigue absolument fascinante.

     

     

     


    Frédéric Paulin : Rares Ceux Qui Echappèrent A La Guerre. Agullo 2025.

    A lire en écoutant : Once In A Lifetime de Talking Head. Album : Stop Making Sense. 1984 Emi Records Ltd. 

  • Frédéric Paulin : Nul Ennemi Comme Un Frère. La guerre du Liban.

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    Service presse.

     

    Alors bien sûr, on annonce plus de 450 romans pour cette rentrée littéraire 2024, tandis que journalistes, chroniqueurs, blogueurs et autres influenceurs littéraires affutent leurs arguments éclairés pour vous livrer l’ouvrage indispensable qu’il vous faut acquérir en énumérant notamment quelques mastodontes de la littérature trustant cette faste période livresque. Alors bien sûr, il y a les classiques d’autrefois dans lesquels on trouve refuge et les romances d’aujourd’hui qui vous lavent la tête dans une logique toujours plus expansive de divertissement comme en témoigne les rayonnages toujours plus imposants de littérature « young adult » et de récits « feelgood ». Alors bien sûr, on aura l’air malin de dénigrer ces genres littéraires alors que le roman noir et le polar font l'objet d'un dédain, voire d'un mépris qui reste d'actualité. Tout juste nous accorderons-nous sur le fait que la plupart de ces ouvrages s’inscrivent dans une logique d’échappatoire du quotidien tandis que la littérature noire se décline autour d’une démarche totalement opposée dans laquelle figure, parmi tant d’autres, le romancier rennais Frédéric Paulin s’interrogeant en permanence sur le monde qui nous entoure. Diplômé de science politique, ayant exercé les professions de journaliste indépendant et de professeur d’histoire et géographie, il est désormais l’auteur de près d’une trentaine de romans et de nouvelles dont la fameuse trilogie Tedj Benlazar qui fait référence, au gré d’une fiction nous permettant d’appréhender, de manière saisissante, l’histoire du terrorisme djihadistes lors de son émergence en Algérie avec La Guerre Est Une Ruse (Agullo 2018), de son évolution nous entraînant vers les tragédies du 11 septembre 2001 aux USA avec Prémices De La Chute, pour nous conduire finalement, avec La Fabrique De La Terreur (Agullo 2020), jusqu’aux attentats du 15 novembre 2015 qui ont frappé Paris. Toujours animé de cette volonté de mettre en lumière, par le biais de la fiction, la part sombre de l’histoire contemporaine, Frédéric Paulin se penchait, avec La Nuit Tombée Sur Nos Âmes (Agullo 2021), sur les événements du G8 à Gênes et de l’escalade de violences débouchant sur des émeutes et des exactions policières sans précédent ainsi que sur la mort d’un manifestant abattu par un carabinieri. Difficile d’énumérer la liste des prix prestigieux qui ont encensé ces différents ouvrages en récompensant notamment cette surprenante assimilation d’une documentation impressionnante permettant de mettre en scène d’habiles fictions se conjuguant avec les méandres des faits historiques qu’il dépeint avec autant de rigueur que de recul. C’est dans ce même registre, mais en affichant une dimension encore plus ambitieuse, que l’on va découvrir une nouvelle trilogie époustouflante que Frédéric Paulin consacre à la guerre du Liban et dont on appréhende les premières années avec Nul Ennemi Comme Un Frère, titre évocateur d’une lutte aussi sanglante que fratricide. Alors bien sûr, à l’aune de cette période éditoriale surchargée où l’emploi des superlatifs en tout genre devient monnaie courante en suscitant tout juste un vague haussement d’épaule blasé, il conviendra simplement de mentionner que Nul Ennemi Comme Un Frère fait figure de roman incontournable, bien au-delà de cette simple rentrée littéraire, nous donnant l'occasion de mieux saisir notre époque et plus particulièrement certains aspects des événements actuels frappant cruellement le Proche-Orient qui s’embrase.

     

    Cela fait déjà quelques temps que les milices chrétiennes du Liban voient d'un mauvais œil l'implantation de camps de réfugiés palestiniens, source de toutes les tensions prenant soudainement une tournure dramatique le 13 avril 1975 lorsque leur leader Pierre Gemayel, qui inaugurait une église dans la banlieue est de Beyrouth, est blessé lors d'une fusillade où l'un de ses gardes du corps perd la vie. En guise de représailles, les miliciens mitraillent un bus transitant dans leur périmètre en abattant plus d'une vingtaine de militants palestiniens et chiites. Ainsi débute la guerre civile libanaise dont le diplomate Philippe Kellerman, attaché à l'ambassade de France, va être le témoin en observant l'embrasement d'un pays qui s'enfonce dans une violence aveugle et sans limite. Agent des services de renseignement français, attaché également auprès de l'ambassade, le capitaine Dixneuf se demande si le gouvernement de Giscard et celui de Mitterand qui lui succède sont en mesure d'endiguer cette spirale infernale de luttes fratricides où les alliances se font et défont en fonction des circonstances et des intérêts de chacun. C'est pour y répondre, en tentant de sensibiliser la droite française à la cause chrétienne que le jeune avocat Michel Nada s'installe à Paris tandis que ses frères poursuivent le combat dans les quartiers de Beyrouth. Dans un tel contexte délétère, le chiite Abdul Rassol al-Amine se doute bien que la situation va encore dégénérer tout en préparant déjà ses combattants à une lutte à mort où tous les coups sont permis jusqu'au sacrifice ultime.

     

    Pour certains d'entre nous, il y a encore ces faits d'actualités d'autrefois qui résonnent à l'instar de ce décompte quotidien des jours de détentions des otages du Liban dont les portraits s'affichaient sur nos écrans en préambule du journal télévisé de 20 heures d'Antenne 2 ou de ces attentats et massacres qui ont marqué notre mémoire. On revoit encore ces carcasses des immeubles de Beyrouth ravagés par les explosions. Et puis on se souvient vaguement du nom de ces factions qui s'affrontent avec l'émergence du Hezbollah et des phalanges chrétiennes sans que l'on ne comprenne réellement les enjeux de cette guerre civile d'une cruauté sans limite faisant plus de 200'000 morts sur une période de 15 ans. Sans pour autant devenir un expert en géopolitique spécialisé dans les questions du Proche-Orient et dont les prérequis ne s'avèrent d'ailleurs pas nécessaire pour aborder Nul Ennemi Comme Un Frère, vous allez découvrir dans cette première partie d'une trilogie annoncée, l'enchainement des événements tragiques qui ont émaillé ce conflit armé ainsi que ses répercussions en France au gré d'un récit au rythme soutenu, dépourvu du moindre chapitre et que l'on absorbera d'un traite au bout d'une petite journée de 72 heures tant l'intrigue se révèle passionnante du début jusqu'à une fin provisoire qui nous fera trépigner d'impatience dans l'attente d'une suite qui s'annonce d'ores et déjà prodigieuse. Pariant sur l'intelligence du lecteur ainsi que sur sa concentration, aidé en cela par l'absence d'une cartographie inutile et d'un glossaire bien trop souvent abscons, Frédéric Paulin décline un texte d'une redoutable efficacité et d'une solide précision nous permettant de digérer aisément la multitude de personnages fictifs ainsi que l'ampleur d'une intrigue complexe où la fiction s'agrège habilement à l'actualité de l'époque que ce soit en France et au Liban tout en côtoyant les personnalités de l'Histoire qui ont joué un rôle dans le déroulement de ces événements. Outre les belligérants du Liban et des pays avoisinants, les diplomates désabusés et alcooliques, les dirigeants et responsables politiques aux positions ambivalentes, les agents secrets aux allures de barbouze frayant avec des policiers traquant des groupes terroristes comme Action Directe, on appréciera la personnalité trouble de Zia al-Faqîh, épousant la cause chiite au Liban jusqu'aux extrémités les plus abjectes ainsi que la force de caractère de la juge Sandra Gagliago qui s'investi peu à peu dans les affaires judiciaires en lien avec le terrorisme qui frappe la France. C'est donc autour de l'ensemble du parcours de ces protagonistes que l'on observe cet enchainement d'éclats de violence qui en entrainent d'autres en générant tout un flot de conséquences s'inscrivant dans une logique aussi factuelle qu'infernale que n'aurait pas renié un romancier comme Jean-Patrick Manchette, tandis que l'intensité du texte nous rappelle les récits de James Ellroy tout en étant parsemé de quelques instants lyriques que David Peace aurait sans doute écrit. Mais bien plus que ces références, on dira du style de Frédéric Paulin qu'il est à nul autre pareil avec cette volonté d'aller à l'essentiel au détour d'une écriture cinglante, dépourvue de la moindre fioriture nous permettant d'aborder sans difficulté la chronologie des événements qui ont marqué la guerre du Liban tout en découvrant quelques aspects méconnus de ce conflit à l'instar de ce trafic de stupéfiants de grande ampleur permettant de financer les milices chiites et les phalanges chrétiennes au gré d'une alliance de circonstance plus que surprenante ou de ce contentieux financier conséquent entre la France et l'Iran entrainant des répercussions d'une incroyable violence. Dès lors, on comprendra que Nul Ennemi Comme Un Frère apparaît comme un roman d'une envergure peu commune qui va vous foudroyer de la première à la dernière page et dont on attend les deux autres volumes avec une certaine fébrilité.  

     

    Frédéric Paulin : Nul Ennemi Comme Un Frère. Agullo noir 2024.

    À lire en écoutant : The Rythm Of The Heat de Peter Gabriel. Album : Peter Gabriel (4). 1982 Peter Gabriel Ltd.