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Auteurs G - Page 6

  • VICTOR GISCHLER : COYOTE CROSSING. AU MILIEU DE NULLE PART.

    victor gischler, coyote crossing, jim thompson, 1275 âmes, Cormac McCarthyUne ville paumée au beau milieu d’un état poussiéreux, un adjoint du shérif dépassé sont les archétypes de nombreux romans qui débarquent dernièrement sur les étales des librairies depuis le succès de Cormac McCarthy, « Non ce pays n’est pas pour le vieil homme ! », chef-d’œuvre du roman noir américain, commenté ici.

     

    Coyote Crossing de Victor Gishlerse situerait dans la veine d’un film de Quentin Tarantino selon le commentaire de l’éditeur et il faut bien avouer qu’au niveau de la syntaxe et de la dramaturgie on a plutôt la sensation de lire une espèce de scénario mal ficelé qui nous livre parfois au détour des pages quelques scènes assez originales.

     

    Ancien musicien paumé, Toby Sawyer est retourné dans son trou natal pour endosser à mi-temps l’uniforme de shérif adjoint. Pour sa mission d’un soir, il est contraint de surveiller un cadavre truffé de plomb. La tâche ne s’avérant guère excitante, Toby part rejoindre sa maîtresse. Au retour de son escapade romantique, Toby s’aperçoit que le cadavre a pris la poudre d’escampette. Toute une nuit pour retrouver le corps perdu va l’amener à faire des rencontres aussi denses que sanglantes. Flics corrompus, gangs hispaniques, rednecks déchainés, Toby survivra-t-il à cet enchaînement de hordes sauvages tout en préservant son bébé que sa femme vient d’abandonner.

     

    victor gischler, coyote crossing, jim thompson, 1275 âmes, Cormac McCarthyLe roman sec et nerveux est bourré d’actions. On peut le dire, on n’a guère le temps de souffler au détour de cet amoncellement de personnages stéréotypés qui s’entrecroisent sans que l’auteur daigne s’y attarder. Une volée de plomb et on passe à autre chose. Un peu simpliste comme système qui n’amène pas grand chose à une histoire incohérente où l'on s'entretuerait à tout va, sans que le moindre habitant n'intervienne durant la nuit. Et puis le personnage central n’est guère crédible alors qu’on le présente comme un paumé romantique qui se révèle au gré du roman comme un flic débrouillard et sanguinaire qui n’aurait pas peur de dégommer une tripotée de truands sauvages. Quelques scènes originales, comme la destruction d’un motel abritant une nuée de gangsters et le combat dans le poste de police, sauvent le roman d’un naufrage insipide. 

     

    victor gischler, coyote crossing, jim thompson, 1275 âmes, Cormac McCarthyOn dira de Coyote Crossing qu’il s’agit d’un roman sans prétention et parfois distrayant qui se lit rapidement, ce qui est salutaire pour le lecteur, et après avoir tourné la dernière page, on ne pourra pas s’empêcher de penser à Nick Corey, shérif emblématique du roman de Jim Thompson dans 1275 âmes pour se dépêcher de lire ou relire ce polar d’envergure qui a inspiré avec plus ou moins de succès de nombreux auteurs !

     

     

    Victor Gischler : Coyote Crossing. Editions Denoël 2013. Traduit de l’anglais (USA) par Frédéric Brument.

    A lire en écoutant : Los Lobos : Border Town Girl. Album : Wolf Track, Best of Los Lobos. Rhino 2006.

  • Jean-Christophe Grangé : Kaïken. Le seppuku d’un auteur consumé.

    grangé,kaïken,japonRien de plus affligeant que la rentrée littéraire. Outre l’écho médiatique outrancier, c’est cette marée d’ouvrages que les éditeurs nous balancent à une période donnée qui rend l’événement insupportable. Un dictat désolant qui fleure bon le marketing avec sa flopée de prix littéraires à venir. L’ennui dans tout cela, c’est que ces contraintes éditoriales imposent aux auteurs de rendre leur copie à une échéance précise s’ils souhaitent faire du chiffre. Car dans tout ce cirque, c’est bien souvent le nombre d’exemplaires vendus qui prime au détriment de la qualité.

     

    Cela peut s’illustrer avec les trois stars du thriller français que sont Jean-Christophe Grangé, Frank Thilliez et Maxime Chattam. Les trois auteurs présentent le même style d’écriture emprunté d’ailleurs à la littérature des thrillers anglo-saxon : Phrases aussi courtes que les chapitres. Descriptions détaillées et précises des scènes de crimes et des lieux où se déroulent les évènements. C’est d’ailleurs Grangé qui en a été le précurseur avec son fameux Le Vol des Cigognes édité en 1984. Maxime Chattam s’est fait connaître avec l’Ame du Mal, qui était le premier opus d’une trilogie consacrée aux tueurs en série. On a découvert Frank Thilliez avec la Chambre des Morts, bien qu’il ait précédemment écrit Train d’Enfer pour Ange Rouge, couronné du prix SNCF. Tous ces ouvrages ont eu comme point commun d’apporter une certaine fraicheur et une certaine originalité dans ce genre littéraire trusté par les auteurs anglo-saxon. Mais voilà à force de vouloir devenir le « Grand Maître du Thriller » et le n° 1 des ventes il semble que ces auteurs soient passés à une certaine démesure avec cette surenchère d’horreur qui frise le grand guignol et ces intrigues tarabiscotées qui peinent à tenir debout.

     

    C’est donc dans un contexte de déceptions successives que j’avais perdu de vue Jean-Christophe Grangé (particulièrement avec La ligne Noire) jusqu’à ce que je me heurte à la muraille de son dernier opus qui se trouvait au beau milieu d’une librairie incitant le pauvre consommateur compulsif que je suis à consulter la couverture qui d’ailleurs n’avait rien d’engageant. Mais avec une intrigue se déroulant au Japon, je me suis laissé tenté.

     

    Avec Kaïken nous suivons l’enquête d’Olivier Passant flic borderline (pour ne pas dire complètement cinglé) lancé à la poursuite d’un tueur sanguinaire qui s’est mis en tête d’éventrer des femmes enceintes avant de les brûler. Heureusement, il est secondé d’un flic punk et piercé de partout, grand consommateur de coke, héroïne et haschich qui ne crache pas dans son verre (rien que ça). Grand amateur du Japon, notre héros est marié à Naoko dont il a eu deux enfants. Un couple à la dérive en pleine procédure de divorce. Olivier Passant parviendra-t-il à appréhender ce meurtrier psychopathe tout en préservant le peu qu’il reste de sa vie de famille.

     

    Bien évidemment, le livre se lit rapidement ce qui est d’un côté assez salutaire pour le pauvre lecteur. Au risque de dévoiler l’histoire, je ne vais pas m’étendre sur les incohérences du récit avec ce flic prétendument intuitif et intelligent qui ne serait pas capable de percevoir ce qu’il se passe dans son entourage direct. Pour le reste vous découvrirez une série de clichés sur le Japon avec le code d’honneur du Bushido, l’art de positionner son lit, de composer un jardin et de sélectionner un thé. Vous découvrirez également toute une série d’information extraite de Wikipédia comme par exemple l’arme de service d’Olivier Passant, un Beretta PX4, qui a été celle utilisée par Leonardo Di Caprio dans Inception. Très peu de suspense dans ce récit puisque nous connaissons l’identité et les motivations du tueur dès les premiers chapitres et outre le fait que les deux tiers de l’histoire se déroulent dans la région parisienne, c’est la fin bâclée qui se situe au Japon qui plongeront le lecteur dans la plus grande des consternations. Un peu comme si Grangé, pressé par son éditeur avait été contraint de rendre sa copie sans avoir pu lui donner plus de maturité. Kaïken est donc une histoire froide à l’image de ce petit couteau japonais dont on aurait oublié d’aiguiser la lame devenue finalement aussi émoussée que l’intrigue.

     

    Jean-Christophe Grangé : Kaïken. Editions Albin Michel 2012.

    A lire en écoutant : Weather Storm de Massiv Attack. Album Protection. Circa/Virgin.