JOSEPH INCARDONA : ALLER SIMPLE POUR NOMAD ISLAND. LE GRAND VOYAGE.

Service de presse.
Après 220 Volts, Joseph Incardona continue son exploration dans la veine littéraire du thriller avec son dernier ouvrage Aller Simple Pour Nomad Island qui vient de paraître aux éditions du Seuil. Il s’agit d’une obstination courageuse car l’on sait pertinemment que le genre est, depuis de nombreuses années, complètement dévoyé par des auteurs en mal de surenchères qui confinent parfois à l’absurde et au ridicule.
Quoi de mieux pour ressouder un couple qui bat de l’aile que de se ressourcer en vacances sur une île paradisiaque. C’est sur cette impulsion qu’Iris, épouse de banquier suisse et mère de deux enfants décide d’emmener toute sa petite famille sur l’île de Nomad Island. Pourtant, dès leur arrivée à l’aérodrome, les Jensen sont confrontés à toutes sortes de dysfonctionnements inquiétants. Des indigènes aux résidents du resort en passant par le personnel, tous adoptent un comportement étrange qui ne fait qu’accentuer le sentiment de paranoïa gagnant certains membres de la famille qui tentent désespérément de conserver un brin de lucidité. Mais en séjournant sur une île qui n’est répertiorée sur aucune carte est-il encore possible de rester lucide.
Une intrigue simple et un style concis, voici les deux éléments que Joseph Incardona maîtrise parfaitement, permettant ainsi aux lecteurs exigeants de se réconcilier avec le thriller. Cette simplicité et cette concision sont les principes tout à la fois subversifs et salutaires débarquant à point nommé au cœur d’un courant littéraire où les auteurs s’obstinent à prendre les lecteurs pour des imbéciles en leur faisant croire que leurs élucubrations aussi complexes que grotesques sont extraites de faits historiques réels, de faits scientifiques avérés ou de procédures policières réalistes.
Aller Simple Pour Nomad Island peut se lire sur deux registres car, tout en adoptant une cadence soutenue propre aux codes narratifs du thriller, l’auteur dépeint, sur fond de satyre social, les affres du carcan d’une famille en déliquescence qui peine à communiquer et à trouver un sens à leur vie commune. C’est donc par petites touches subtiles que Joseph Incardona aborde certaines grandes carences de notre société sans pour autant tomber dans les travers d'un ton moralisateur. Bien évidemment, les personnages qui composent la famille Jensen sont totalement stéréotypés permettant à l’auteur de mettre rapidement en exergue les problèmes de communication des principaux protagonistes du roman. De cette manière l’auteur privilégie une intrigue serrée qui ne manque pas de rythme et de suspense.
L'île sur laquelle séjourne la famille devient au fil du récit une entité mystérieuse et monstrueuse qui n'est pas sans rappeler la série L'Ile Fantastique où les deux personnages principaux, bien que pleins de bienveillances n'en demeuraient pas moins inquiétants à l'instar des habitants de Nomad Island.
Avec un épilogue abrupt qui ne donne pas toutes les réponses, Joseph Incardona fait le choix de laisser aux lecteurs une liberté d’interprétation qui pourra dérouter certains d’entre eux mais qui séduira le plus grand nombre en offrant la possibilité d’une seconde lecture avec de nouvelles perspectives au niveau de la trame narrative.
Il faut saluer Joseph Incardona qui devient avec Aller Simple Pour Nomad Island une des nouvelles références incontournables du thriller.
Joseph Incardona : Aller Simple Pour Nomad Island. Editions du Seuil 2014.
A lire en écoutant : Est-Ce Ainsi Que Les Hommes Vivent (Aragon/Ferré) interprété par Bernard Lavillier. Album : O Gringo. Barclay 1980.

Mais finalement il faut bien avouer que Shibumi n’est qu’une facette d’un lustre qui met en lumière le monde machiste dans lequel baignent bien trop couramment le polar et le roman noir. Certes ce qui était considéré comme une exception, devient de plus en plus courant avec des personnages féminins qui occupent le devant de la scène de manière intelligente. Enquêtrices hors pair ou psychopathes furieuses et sanguinaires, les femmes prennent d’avantage de terrain sans toutefois l’occuper complètement à l’instar des écrivaines de polar qui restent encore minoritaires dans un domaine trusté par la gent masculine. Mais c’est peut-être au travers de séries éblouissantes comme Broadchurch, The Fall et surtout Top of the Lake de Jane Campion que l’héroïne de polar connaîtra une évolution encore plus radical si cela est encore possible.


S’il ne pensait pas à Ramuz, Joseph Incardona avait probablement en tête l’œuvre d’un autre romancier lorsqu’il a écrit ce thriller. Un écrivain en panne d’inspiration, isolé dans la montagne avec femme et enfant, ça ne vous rappelle rien ? Si vous ne trouvez pas, vous découvrirez la réponse dans Lonely Betty, autre roman de Joseph Incardona qui se déroule dans le Maine le soir de Noël et qui narre le dernier jour de Betty, une institutrice retraitée et centenaire. Soixante ans après la disparition de trois enfants, Betty s’apprête à faire des révélations surprenantes qui concernent un de ses anciens élèves devenu célèbre. Un magnifique hommage qui se lit d’une traite.
Rien de plus affligeant que la rentrée littéraire. Outre l’écho médiatique outrancier, c’est cette marée d’ouvrages que les éditeurs nous balancent à une période donnée qui rend l’événement insupportable. Un dictat désolant qui fleure bon le marketing avec sa flopée de prix littéraires à venir. L’ennui dans tout cela, c’est que ces contraintes éditoriales imposent aux auteurs de rendre leur copie à une échéance précise s’ils souhaitent faire du chiffre. Car dans tout ce cirque, c’est bien souvent le nombre d’exemplaires vendus qui prime au détriment de la qualité.