TREVANIAN : THE MAIN. FLIC DE RUE.
The Main de Trevanian, c’est l’ouvrage par excellence que le jeune flic devrait lire et que le vieux flic qu’il deviendra devrait relire pour contempler tout le chemin qu’il a parcouru durant sa carrière en arpentant les rues de son quartier. Un parcours de vie peu commun et épuisant.
Car la rue possède sa logique, ses codes, sa propre morale qu’aucune loi ou règlement ne parviendra à cadrer ou à réguler. La rue demeure un mystère insondable. Son éthique est aussi fluctuante que les flots de passants qui déambulent sur ses trottoirs. La rue est un être protéiforme qui vous emporte et qui vous broie, qui vous supporte et qui vous brise, qui vous recueille et qui vous chasse. La rue vous aime et vous déteste. La rue c’est propre et c’est dégueulasse tout à la fois. La rue c’est un ensemble mystérieux au milieu duquel gravite le flic de quartier qui tente de démêler cet écheveau géant dont les fils restent constamment entremêlés.
La rue c’est parfois quelques blocs, un quartier ou une ville toute entière. La rue c’est les Pâquis à Genève, Pigalle à Paris, Soho à Londres, Saint-Denis dans son ensemble. La rue ça peut être également The Main à Montréal où Trevanian a planté le décor de l’ouvrage qu’il publia en 1976.
The Main, c’est le surnom du boulevard Saint-Laurent à Montréal où évolue la silhouette solitaire du lieutenant LaPointe qui veille sur un petit peuple de commerçants, d’escrocs, de tenanciers de bar, de clochards et de prostituées auxquels se mêle une population de migrants en quête d’un monde meilleur. Flic vieillissant LaPointe applique ses principes peu orthodoxes au grand dam d’un jeune policier stagiaire qui l’accompagne durant quelques jours et qui peine à comprendre le sens d’une logique de rue qui est à l’antipode de ses valeurs et des codes éthiques d’une institution policière en pleine mutation. Et ce n’est pas le cadavre d’un inconnu, poignardé au fond d’une ruelle qui va faciliter les relations entre deux générations de flic qui peinent à se comprendre. Une affaire banale qui amènera LaPointe à revisiter un passé qu’il croyait enfoui à tout jamais dans les méandres de l’oubli.
Même si elle n’est pas dénuée d’intérêt l’intrigue policière reste en marge du récit qui se concentre sur l’atmosphère d’un quartier que l’auteur parvient à restituer à la perfection par l’entremise de personnages secondaires dotés de parcours de vie peu commun. Par petites touches, au travers d’anecdotes on découvre l’âme de ce secteur que ce vieux flic parcours inlassablement à pied afin de mieux entretenir les relations qu’il a noué, au fil des années, avec tous les acteurs qui composent le tissu social du quartier.
Avant même qu’elle ne soit définie sur papier et intégrée dans les structures policières modernes, The Main vous donne une bonne définition de ce qu’est la police de proximité avec ce flic qui effectue quotidiennement des patrouilles pédestres dans un quartier qu’il connaît parfaitement, en contact permanent avec les citoyens qui y travaillent et qui y vivent.
L’autre qualité de ce roman c’est qu’il transgresse en permanence les codes des intrigues policières en se focalisant sur ce flic atypique qui ne parvient à nouer aucune relation sérieuse avec qui que ce soit. Amis, femmes et collègues restent en marge de son existence qui reste entièrement vouée à cette entité urbaine qui lui donne l’illusion de vivre pleinement sa vie.
Les éditions Gallmeister ont eu la bonne idée de remettre au goût du jour la série des best-sellers que publia Trevanian durant les années septante. Derrière ce pseudo se cachait un homme mystérieux dont on ne sait finalement pas grand chose hormis le fait qu’il possédait un grand talent narratif et un sens de l’intrigue qui font que ses textes, aujourd’hui encore, possède un superbe pouvoir de séduction. Et finalement c’est tout ce qui compte.
Trevanian : The Main. Editions Gallmeister 2013. Traduit de l’anglais (USA) par Robert Bré.
A lire en écoutant : Becomes the Color (From «Stocker ») de Emily Wells. Album : Bande originale du film Stocker. 2013 Twentieth Century Fox Film Corporation.



Finalement on peut s’accorder à dire qu’Extorsion n’est qu’une espèce de mise en bouche pour nous faire patienter en attendant le premier opus de la seconde tétralogie de Los Angeles. On en aura un avant-goût en découvrant à la suite d’Extorsion, deux chapitres de Perfidia où l’on retrouvera le diabolique Dudley Smith et l’inquiétant Lee Blanchard, deux noms maléfiques qui ont hanté les pages de l’œuvre de James Ellroy. Et c’est avec ces deux extraits sanglants que l’on retrouvera toute la quintessence de l’écriture d’un écrivain majeur de la littérature contemporaine. Car Ellroy n’a pas fini de nous faire cauchemarder dans cette Cité des Anges en pleine période troublée de la seconde guerre mondiale.
Avec Donnybrook, ne cherchez pas de messages sous-jacent ou universels sur le bien ou le mal. Il n’y a que noirceur et violence au travers de scènes dantesques qui transporteront le lecteur d’un bout à l’autre d’une histoire dépourvue de la moindre lueur d’espoir. Le récit est âpre et brûlant sans aucune pause que ce soit durant les parcours de chaque protagoniste ou durant le combat qui clôturera l’intrigue dans une suite de confrontations qui paraissent sans fin.

Le roman sec et nerveux est bourré d’actions. On peut le dire, on n’a guère le temps de souffler au détour de cet amoncellement de personnages stéréotypés qui s’entrecroisent sans que l’auteur daigne s’y attarder. Une volée de plomb et on passe à autre chose. Un peu simpliste comme système qui n’amène pas grand chose à une histoire incohérente où l'on s'entretuerait à tout va, sans que le moindre habitant n'intervienne durant la nuit. Et puis le personnage central n’est guère crédible alors qu’on le présente comme un paumé romantique qui se révèle au gré du roman comme un flic débrouillard et sanguinaire qui n’aurait pas peur de dégommer une tripotée de truands sauvages. Quelques scènes originales, comme la destruction d’un motel abritant une nuée de gangsters et le combat dans le poste de police, sauvent le roman d’un naufrage insipide.
On dira de Coyote Crossing qu’il s’agit d’un roman sans prétention et parfois distrayant qui se lit rapidement, ce qui est salutaire pour le lecteur, et après avoir tourné la dernière page, on ne pourra pas s’empêcher de penser à Nick Corey, shérif emblématique du roman de Jim Thompson dans 1275 âmes pour se dépêcher de lire ou relire ce polar d’envergure qui a inspiré avec plus ou moins de succès de nombreux auteurs !