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LES AUTEURS PAR PAYS

  • LEONARDO PADURA : OURAGANS TROPICAUX. LES REPROUVES.

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    Il est souvent question d’exil dans ses romans, alors qu’il a fait le choix de rester à Cuba, ce qui fait de lui l’un des grands romanciers de La Havane dont l’œuvre, critique à l’égard d’un régime autoritaire, a été traduite dans plus d’une trentaine de langues, lui conférant ainsi le statut de star de la littérature hispanique. Mais malgré l’obtention de la nationalité espagnole, il ne saurait être question pour Leonardo Padura de quitter son quartier populaire de Mantilla, où il a vu le jour et où il vit toujours, tout comme son double de papier, Mario Conde, un lieutenant de police qui apparaît au début des années 90, tout d’abord dans le cycle des quatre saisons de La Havane, avant d’évoluer au gré de ses enquêtes à travers les décennies.
    On observera ainsi un parcours professionnel changeant car après avoir démissionné de la police, cet amateur de cigares, de rhum et de bonne chère deviendra bouquiniste, spécialiste de livres précieux, tout en endossant la fonction de détective privé amateur, presque à son corps défendant, alors qu’il aspire à se lancer dans l’écriture. Et ce qui émerge des dix enquêtes de Mario Conde, c’est une écriture à la fois érudite et poétique, imprégnée de nostalgie, où l’histoire du pays se conjugue à une intrigue subtile permettant d’aborder des thèmes sensibles, voire  tabous, qui sont le reflet de la société cubaine que Leonardo Padura dépeint avec la sagacité qui le caractérise.
    C’est sans doute pour cette raison que ce romancier adulé demeure en retrait des mondanités cubaines. Les autorités font en sorte de ne lui accorder que très peu d’attention, ce qui fait qu’il n’apparaît quasiment pas dans les médias du pays, sans pour autant avoir subi l’ostracisme que les artistes ont vécu durant la période des années 70. Et c’est justement de cette marginalisation durant cette époque trouble dont il est question dans Ouragans Tropicaux, dixième enquête de Mario Conde qui va également se pencher sur la trajectoire d’Alberto Yarini y Ponce de León, une personnalité historique cubaine qui s’est fait connaître en tant que dandy et proxénète extrêmement populaire, et qui envisageait de se lancer en politique pour devenir président de la toute jeune république de Cuba, au début du XXe siècle.

     
    leonardo padura,ouragans tropicaux,éditions métailié,blog mon roman noir et bien serré,blog littéraire,roman noir,roman policier,littérature cubaine,chronique littéraire,lecture 2026,retour de lecture,littérature noireEn 2016, c’est l’effervescence qui anime La Havane avec l’arrivée prochaine du président Barack Obama, suivie d’un concert des Rolling Stones, d’un défilé Chanel et de toute une cohorte de touristes qui ont déjà pris possession de la capitale cubaine. Mais pour Mario Conde, éternel pessimiste, cet enthousiasme s’apparente plutôt à un de ces ouragans tropicaux qui secouent l’île sans que rien ne change véritablement. Quoi qu’il en soit, ses anciens collègues policiers, débordés par les préparatifs d’un tel événement, vont faire appel à lui pour les aider à résoudre une affaire de meurtre dont la victime n’est autre qu’un haut fonctionnaire de la culture, véritable censeur du comité révolutionnaire. Autant dire que l’affaire est sensible et que ce ne sont pas les mobiles qui manquent, eu égard à tous les artistes qu’il a tourmentés et qui deviennent ainsi des coupables potentiels, dont Mario se sent davantage proche que du défunt dont il distingue les agissements odieux.
    Et tandis qu’il progresse dans ses investigations, un texte prend forme sur sa machine à écrire. En 1910, alors que la comète de Halley menace de s’abattre sur la Terre, c’est un tout autre ouragan tropical qui anime les quartiers populaires de la capitale : il s’incarne autour du conflit entre proxénètes français et cubains avec, à la tête de ces derniers, Alberto Yarini. Ce jeune et digne notable, tenancier de bordels huppés, semble prêt à se présenter comme candidat à l’élection présidentielle de la République de Cuba qui vient de voir le jour. Se peut-il que l'on trouve des liens entre ce passé sulfureux et ce présent trouble qui gangrène la société cubaine ?
     
     
    C'est toujours un immense plaisir de retrouver Mario Conde, sexagénaire désabusé mais au tempérament généreux, comme en témoignent ses trop rares et solides repas qu’il partage avec ses amis. Il est le véritable passeur de cet univers cubain que Leonardo Padura décrit avec une immense somme de connaissances de l’histoire du pays, et plus particulièrement de La Havane. Il décline son récit entre le passé et le présent afin de mettre subtilement en exergue les dérives sociales qui laminent cette île où la misère se conjugue avec l’espoir.
    C’est cette double trame narrative que l’on retrouve dans Ouragans Tropicaux, avec une mise en abyme vertigineuse. On y découvre le texte de Mario Conde qui s’est enfin lancé dans l’écriture, et dont l’intrigue s’articule autour d’un lieutenant de police enquêtant sur le meurtre de deux prostituées. Cela va l’amener à côtoyer Alberto Yarini, figure historique et quelque peu sulfureuse régnant sur le monde de la prostitution durant la première décennie du siècle passé.
    Mais l’écriture ainsi que le commerce de livres précieux ne rapportant pas grand-chose, Mario Conde va devoir gérer la sécurité d’un établissement sélect de la ville, tout en enquêtant sur la mort de ce haut fonctionnaire de la culture qui s’est acharné sur les artistes ne rentrant pas dans le rang de l’idéologie révolutionnaire. C’est d’un autre exil dont il est question à mesure que l’on progresse dans les investigations devenant le prétexte pour le romancier d’évoquer le parcours de ces créateurs, notamment peintres ou poètes, qui subissent l’avanie d’un gouvernement autoritaire les empêchant d’exercer leur art, ce qui équivaut à une exécution sociale. Mais il s’agit d’une époque révolue  pour bon nombre de citoyens qui voient, avec l’arrivée d’un président américain sur le sol cubain, un espoir d’ouverture auquel Mario Conde ne croit guère et qui mesure chaque soir, en fréquentant le restaurant de luxe qui l’emploie, le fossé séparant l’élite privilégiée du citoyen lambda qui lutte en permanence pour joindre les deux bouts. Autant dire que l’on apprécie la richesse d’un texte généreux, imprégné de nostalgie et de doute, émanant de cet homme vieillissant qui s’inquiète du départ de sa compagne devant se rendre en Italie pour visiter sa famille et qu’il ne peut accompagner, faute de moyens.
    Il y a donc cette vulnérabilité qui émerge de l’ensemble d’une intrigue au souffle exalté où l’on accompagne Mario Conde et son entourage, dont certains disparaissent à mesure que le temps passe, véritable fil conducteur de ce roman poignant qui nous immerge dans l’atmosphère chaleureuse et mélancolique de cette île de Cuba chargée d’histoires, que Leonardo Padura retranscrit avec le style incomparable et la virtuosité qui le caractérisent.
     

    Leonardo Padura : Ouragans Tropicaux (Personas Decentes). Editions Métailié 2023. Traduit de l'espagnol (Cuba) par René Solis.

    A lire en écoutant Like A Hurricane de Neil Youg & Crazy Horse. Album : Weld (Live). 1991 Reprise Records.

  • Chris Offutt : La Loi Des Collines / Shérif Malgré Lui. Dettes de sang.

    IMG_4660.jpegIl est l'une des grandes figures littéraires de cette Amérique rurale, de ces contrées de la marge qu'il n'a eu de cesse de mettre en avant dans l'ensemble de son oeuvre qui prend pour cadre ce Kentucky rugueux des Appalaches où il a grandi, notamment à Haldeman, au sein d'une communauté ouvrière, nichée au pied de ces contreforts montagneux et isolés que l'on désigne sous l'appellation des collines. Et comme de très nombreux écrivains de ce calibre, Chris Offutt a vécu une période de baroudeur en arpentant les Etats-Unis en stop tout en exerçant une multitude de boulots variés, que ce soit éboueur ou vendeur ainsi qu'employé dans un abattoir ou pour un cirque puis d'embarquer pour la France où il va séjourner durant six mois en vivant sur ses maigres économies qui, une fois épuisées, le contraignent à retourner au pays, où il se lancera dans l’écriture tout comme son père auteur d’une multitude de romans de sciences fiction et de fantaisy ainsi que d’un nombre considérable de textes à caractère pornographique qu’il rédigea sous le couvert de divers pseudonymes. De cette vie tumultueuse, Chris Offutt en tirera trois romans autobiographiques avant de publier un recueil de nouvelles, Kentucky Straight (Gallmeister 2018) traduit par l’incontournable Philippe Garnier pour la collection La Noire chez Gallimard et repris par la suite par les éditions Gallmeister qui vont publier l’ensemble de ses textes et contribuer ainsi à une certaine renommée notamment avec Nuits Appalaches (Gallmeister 2019) qui obtient en 2020 le prix Mystère de la critique. Outre ce profil de baroudeur, le romancier partage avec d’autres écrivains de son acabit, cette particularité  de s’être éloigné des lieux où il a grandi et sur lesquels se concentre ses intrigues, à l’instar de James Ellroy ayant quitté Los Angeles pour vivre à Denver, James Lee Burke désertant la Louisiane pour s’établir à Missoula ou William Boyle qui s’est éloigné de Brooklyn pour s’installer à Oxford dans le Mississippi en devenant le voisin de Chris Offut qui ne compte pas retourner dans son Kentucky natal, hormis par l’entremise de sa série d’ouvrages mettant en scène Mick Hardin ancien Marines et enquêteur pour la police militaire qui revient à Rocksalt, une bourgade des Appalaches où il a vu le jour et au sein de laquelle sa soeur Linda endosse la fonction de shérif. 

     

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    Cette fois-ci, ce n'est pas une blessure ou un divorce douloureux qui poussent Mike Hardin à revenir dans les collines de son Kentucky natal. Bénéficiant d'une retraite bien méritée, après 14 ans d'activité comme enquêteur du CID de l'armée américaine, il compte simplement se rendre à Rocksalt afin de saluer sa soeur Linda qui vient d'être réélue comme shérif, avant de s'envoler pour la France. Mais Linda et son adjoint Johnny sont sur une grosse affaire en lien avec le meurtre d'un mécanicien bien connu de la région ce qui contraint Mick à intervenir, à son corps défendant, sur une affaire mineur qui débouche sur des rumeurs de combats de coq clandestins et surtout sur la découverte d'un second cadavre. Et bien qu'il ne souhaite pas s'investir dans cette affaire, les événements vont le contraindre à poursuivre ses investigations qui vont le conduire du côté de Detroit en côtoyant les membres peu commodes de la pègre locale. Mais que ce soit dans les bois des collines ou dans les méandres d’une ville tentaculaires, Mick Hardin sait s’adapter à son environnement pour arriver à ses fins. Il ne reste plus qu’à espérer que son audace ne lui coûte pas la vie.

     

    Troisième opus de la série, après Les Gens Des Collines  (Gallmeister 2022) et Les Fils de Shifty (Gallmeister 2024), on retrouve avec un plaisir certain, dans La Loi Des Collines, l’ensemble des protagonistes d’une série qui prend une tournure plutôt inattendue à l’exemple de cette évocation de la France et plus particulièrement de la Corse qui ne sort pas de nulle part puisque certains admirateurs francophones viennent rendre visite à Chris Offutt dans son antre reculé du Mississippi à l’instar du romancier Nicolas Mathieu ou du journaliste Sébastien Bonifay, directeur de Libri Mondi, un festival littéraire d’envergure  se déroulant à Bastia. Il semble que cette dernière rencontre ait marqué les deux hommes puisque Sébastien Bonifay en évoque les contours dans son ouvrage (Not) Born In The USA (Marchialy 2026), retraçant son road trip aux Etats-Unis pour s’entretenir avec les écrivains qu’il admire tandis que Chris Offutt fait mention d’un mystérieux Sébastien installé en Corse qui apparait dans le cours de ce nouveau volet des aventures de Mick Hardin et que l’on retrouvera dans Shérif Malgré Lui, tenez-le vous pour dit. Hormis la Corse, on relèvera que Chris Offutt va s’opposer la ruralité abrasive du Kentucky à l’urbanisme tout aussi rugueux d’une ville de Détroit dans laquelle une part non négligeable de l’intrigue va se dérouler et où va apparaître Charley Flowers un individu charismatique tout aussi inquiétant que le décor urbain dans lequel il évolue et dont les échanges savoureux avec Mick Hardin laisse entrevoir une redoutable intelligence au service des trafics sur lesquels il règne sans partage. Mais c'est également autour de la personnalité de Linda Hardin que l'histoire se développe en mettant en avant cette femme shérif au caractère fort, à l'image de ce comté dont on se plait toujours à découvrir certains aspects du quotidien qui se déclinent autour de ses interventions et des rapports qu'elle entretien avec la communauté qui semble l'apprécier. Tout cela s'articule autour du thème des paris clandestins qui prennent une toute autre envergure dans cet environnement précaire où chaque dollar compte ce qui va déclencher toute une succession d'événements tragiques que Mick Hardin va donc devoir gérer en endossant une nouvelle fois le rôle de shérif adjoint ce qui lui permettra d'interpréter la loi à sa manière bien particulière. Et c'est ce que l'on apprécie avec cet homme aux traits de caractère complexes que Chris Offutt met en place avec un sens aiguisé de la narration afin de faire en sorte que l'arche narrative de l'ensemble de la série prenne davantage d'envergure dans ce cadre âpre du Kentucky qu'il restitue de manière admirable sans jamais tomber dans la caricature. On en redemande.

     

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    C'est officiel, Mike Hardin endosse désormais la fonction de shérif au sein de la petite ville de Rocksalt dans le Kentucky, ceci jusqu'à ce que sa soeur Linda, victime d'une blessure par balle, se soit rétablie. Le voilà qui parcoure donc les collines en gérant du mieux qu'il le peut les événements qui se présentent à lui à l’instar. Et autant dire qu'il n'est pas à l'aise dans ce rôle, ce d'autant plus que son ex femme Peggy le sollicite afin d'en savoir plus sur les circonstances qui font que Zack, son nouveau mari, vient d'être inculpé pour un meurtre qui s'est déroulé à la lisère du comté. Et comme si cela ne suffisait pas, voilà que des individus en provenance de Détroit viennent squatter la cabane de son grand-père qu'il vient de retaper, afin d'échapper à la menace de truands biélorusses prêts à en découdre. Autant dire qu'arpenter les forêts qui recouvrent les collines de la région ne va pas être de tout repos.

     

    D’emblée, il conviendra de lire tout d’abord La Loi Des Collines afin de saisir toute la portée des différentes intrigues qui alimentent Shérif Malgré Lui où l’on retrouve donc Mike Hardin ainsi que sa soeur Linda qui évoluent dans cet univers rural du Kentucky que Chris Offutt met en avant avec le talent qu’on lui connaît tant sur le plan des paysages qu’il dépeint avec cette verve à la fois sobre et poétique et qui devient bien plus qu’un simple décor, que sur le plan d’une narration, certes complexe, qui donne l’impression de partir dans tous les sens mais que le romancier finit par ramener à bon port en abordant notamment le thème des magouilles immobilières qui semblent déborder dans le comté d’Eldridge où les gens du coin vont s’opposer à quelques promoteurs véreux tandis que Mike Hardin va une nouvelle fois interpréter les lois à sa manière. Et pour parachever le tout, on relèvera cette confrontation finale imprégnée de tension, prenant pour cadre cette fameuse forêt des collines devenant le théâtre d’événements tragiques aux allures de règlement de comptes à O.K. Corral mettant un terme à quelques intrigues secondaires alors que d’autres vont prendre naissance en relançant l’histoire dont on attend d’ores et déjà une suite. Mais la singularité du roman réside dans le parcours de Johnny Boy Tolliver, personnage secondaire qui gagne en maturité en trouvant refuge au sein du maquis corse et en se plaçant sous la protection de ce mystérieux Sebastien qui a partagé quelques faits d’arme avec Mick Hardin dont il semble être redevable. Et il faut bien admettre que Chris Offutt se révèle plutôt à l’aise pour mettre en scène cet environnement insulaire méditerranéen dont il a saisi les particularités sans trop tomber dans les clichés, ce qui fait que le récit prend une tournure inattendue qui lui évite donc de s’enliser dans les méandres d’un épilogue trop convenu. Et puis il y a toujours ces échanges vifs et savoureux mettant en exergue la mentalité à la fois rêche et généreuse de ces gens des collines du Kentucky auxquels on finit définitivement par s’attacher. C’est peut-être là que réside toute la magie de l’écriture de Chris Offutt.

     

    Chris Offutt : La Loi Des Collines (Code Of The Hills). Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anatole Pons-Reumaux.

    Chris Offutt : Shérif Malgré Lui (The Reluctant Sheriff). Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Sophie Aslanides.

     

    A lire en écoutant : Heaven Sent de The SteelDrivers. Album : The SteelDrivers. 2008 Rounder Records.

     

  • YAN LESPOUX : LES AMATEURS. COKE EN MEDOC.

    yan lespoux,agullo,les amateurs,blog mon roman noir et bien serré,chronique littéraire,retour de lecture,blog littéraire,lecture 2026,roman noir,littérature noireIl ne vous aura pas échappé que la rentrée littéraire vient de débarquer avec son avalanche de livres que l’on ne  lira pas, pour la plupart, ce qui en soi n’est pas forcément une mauvaise nouvelle au regard de la ligne des grands groupes éditoriaux s’employant à truster les places des étals de librairies avec cette sempiternelle quête de la visibilité se conjuguant à une affligeante homogénéité qui rejaillit dans la sélection des grands prix littéraires de cette saison vous donnant l’impression de vivre un jour sans fin. L’un des échappatoires indispensables à ce marasme éditorial consistera à vous tourner vers les éditeurs indépendants à l’instar d’Agullo nous proposant avec Les Amateurs de Yan Lespoux, rien de moins que le plus hilarant des livres de cette rentrée littéraire, qui s’inscrit dans une tonalité de roman noir nous rappelant, à certains égards, l’oeuvre déjantée de Tim Dorsey que personne ne connaît en dépit de l’insistance obsessionnelle de l’auteur à vouloir le mettre en avant du temps où il animait le blog Encore du noir, véritable pilier du mauvais genre. Mais si l’on veut une référence plus parlante, on évoquera le style des frères Cohen qui auraient planté leur caméra dans cette région côtière du Médoc que Yan Lespoux mettait déjà en avant dans Presqu’îles (Agullo 2021), un recueil de nouvelles à la fois drôle et féroce (dont on retrouvera quelques éléments dans Les Amateurs, pour les lecteurs qui y prêteront attention) d’où émerge toute l’affection qu’il porte pour cette contrée qui l’a vu grandir. Et puis ce Médoc aussi sauvage que grandiose, on le retrouvait dans Pour Mourir, Le Monde (Agullo 2023), récit historique et roman d’aventure s’articulant autour du naufrage d’une armada espagnole au large du golfe de Cascogne, en 1627. Mais c’est d’un tout autre naufrage dont il est question dans Les Amateurs, puisque Yan Lespoux s’inspire de cette marée blanche de 2019 sur les plages du littoral Atlantique où échoua durant plusieurs semaines, une quantité non négligeable de paquets étanches de cocaïne, pour un total de 1600 kilos recensés par les autorités. Ce type de chargement se déclinant généralement à la tonne, on peut se demander ce qu’il est advenu des 400 kilos manquants. Et c’est justement en répondant à cette question que Yan Lespoux va bâtir son  intrigue autour d’une bande de bras cassés découvrant quelques pains de cocaïne qui, en dépit de la manne financière providentielle qu’ils peuvent représenter, vont s’avérer bien plus encombrants qu’il n’y parait.

     

    yan lespoux,agullo,les amateurs,blog mon roman noir et bien serré,chronique littéraire,retour de lecture,blog littéraire,lecture 2026,roman noir,littérature noireHélène, tout le monde l’appelle Sue Ellen, parce qu’elle tient le bar de cette petite station balnéaire du Médoc qui a la particularité de rester ouvert en basse saison pour y accueillir toute la petite communauté locale, composée d’individus hauts en couleur qui n’aiment rien tant que deviser sur les ragots et autres considérations régionales. Autant dire qu’Helène est au courant de tout ce qu’il se passe et qu’elle fait donc partie des premières personnes apprenant la découverte de ces pains de cocaïne estampillés du visage suggestif d’Al Pacino, dans son rôle de Tony Montana, qui viennent d’échouer sur la plage, non loin de son estaminet. Et lorsque la nouvelle se répand, voilà que débarque, dans la torpeur hivernale, toute une kyrielle d’individus venus des quatre coins de la France afin de saisir cette stupéfiante opportunité et qui tentent de déjouer la vigilance des gendarmes qui ont bouclé le secteur, Mais la plupart d’entre eux vont revenir bredouille. Et pour cause, Helène peut observer depuis son comptoir, l’attitude de certains de ses habitués qui ont changé de comportement et qui discutent âprement avec l’Américain dont on dit qu’il a quelques compétences dans le domaine de la vente de produits illicites. Mais dans le business du narco-trafic, les amateurs n’ont pas vraiment leur place et vont rapidement l’apprendre à leurs dépens. 

     

    Si l’on parle beaucoup du réalisme magique pour nourrir la fiction, Yan Lespoux met en avant un style littéraire bien à lui et peu commun de réalisme comique qui va alimenter une intrigue aussi solide que déjantée, réglée au cordeau et digne des plus fines mécaniques de précision  s’articulant autour de faits divers que l’on retrouve notamment dans les pages des journaux régionaux du Médoc bien évidemment, mais que l’on peut aisément transposer dans n’importe quel endroit de France, ce qui fait que Les Amateurs s’inscrivent résolument dans une portée universelle d’histoires de comptoir à l’atmosphère âpre que l’on distinguait dans les premiers films de Guillaume Nicloux pour citer une autre référence cinématographique. Mais au delà de l’aspect à la fois drôle et irrévérencieux qui rejaillit en permanence du texte, jusqu’à vous faire parfois rire aux éclats, les ressorts comiques parfaitement agencés sont au service d’un récit tout en acuité féroce sans pour autant vouloir sombrer dans une méchanceté gratuite. On dira même qu’en arpentant cette station balnéaire du Médoc, baignant dans une sorte de léthargie hivernale, on y décèle une langueur mélancolique chargée de tendresse, entrecoupée de scènes hilarantes pleines de vitalité dans ce qui apparaît comme un équilibre parfait où les multiples pas de côté tous aussi cocasses et inoubliables les uns que les autres vont alimenter le cours d’un récit tournant autour d’une transaction de drogue qui va se révéler aussi laborieuse que bancale. Et puis il faut également souligner le fait que ces traits humour vachard donnent de la consistance à cette galerie de personnages atypiques tant dans l’origine des surnoms dont ils sont affublés que dans les situations cocasses dans lesquels ils s’embourbent, parfois à leur corps défendants, mais plus fréquemment mû par une logique où la bêtise se conjugue à une consommation excessive de boissons alcoolisées à toute heure du jour et de la nuit. A partir de là, on ne peut s’empêcher de s’attacher à ces amateurs qui donnent leur titre à ce roman dont la narration se décline autour du point de vue d’Hélène, cette tenancière de bistrot au regard omniscient qu’elle porte sur l’ensemble de sa clientèle qui transite dans son bistrot, avec cette faculté de reconstituer les événements qu’elle va interpréter à sa manière au gré des confidences, des ragots et des échanges cinglants qu’elle recueille durant ces longues journées d’hiver tandis que le juke-box résonne dans ce brouhaha chaleureux, régenté par l'Américain, autre personnage attachant, plus complexe qu’il n’y paraît, qui semble vouer une passion sans commune mesure pour certains tubes de Johnny Halliday que l’on n’écoutera plus jamais de la même manière, tout comme les Gipsy Kings d'ailleurs. Et autour d’eux gravitent toute une galerie de seconds couteaux plus maladroits les uns que les autres. en évoluant dans ce contexte sociale des petites gens qui se débrouillent du mieux qu’ils le peuvent, parfois pour le meilleur, souvent pour le pire et que Yan Lespoux met en scène d’une manière magistrale afin de faire en sorte que Les Amateurs fassent partie de ces romans qui marquent les esprits en nous faisant pleurer de rire à l’instar de cette scène de la Grande Librairie accueillant Sylvain Tesson pour la sixième fois afin de présenter son ouvrage consacré aux gorilles argentés. Du grand art.

     

    Yan Lespoux : Les Amateurs. Editions Agullo 2026.

    A lire en écoutant : Quiero Saber des Gipsy Kings. Album : Love Song. 1996 P.E.M.

     

  • Séverine Chevalier : De Guerre Ou D'Ailleurs. Le zoo.

    séverine chevalier,de guerre ou d’ailleurs,la manufacture de livres,roman rentrée littéraire,roman noir,blog mon roman noir et bien serré,blog littéraire,littérature noire,lecture 2026,chronique littéraire,retour de lectureJe ne sais plus trop quoi vous dire à propos de Séverine Chevalier parce que, contrairement à elle, les mots finissent par me manquer pour évoquer le talent hors-norme de cette romancière à la notoriété confidentielle, ce qui tend à prouver dans le milieu littéraire, que la corrélation entre ces deux aspects n'a rien d'une évidence. Son dernier ouvrage venant de paraitre, je pourrais bien vous dire, sans trop prendre de risque, que De Guerre Ou D’Ailleurs est le meilleur roman de cette rentrée littéraire, même si je n’ai pas lu l’intégralité des 461 livres annoncés à l’occasion de cette période effrénée où chacun s’emploie à agiter frénétiquement l’ouvrage qu’il ne faut pas manquer. Il semble toutefois certain que les premiers retours font l’éloge d’un récit qui donne foi en la littérature, rien de moins, ce qui n’a en soi rien d’étonnant puisque celles et ceux qui vont à la rencontre des textes de Séverine Chevalier en ressortent éblouis avec ce sentiment d’être bousculé en permanence tout en se demandant pourquoi son oeuvre, constituée de sept romans aussi différents les uns des autres, peine à rencontrer son public. Et dès la parution de ses deux premiers romans, Recluses et Clouer L’Ouest, dans la défunte collection Ecorce où elle côtoyait des auteurs débutant comme Frank Bouysse et Antonin Varenne, Séverine Chevalier suscitait cet engouement discret et cet enthousiasme affirmé au gré de textes concis où chaque mot compte à l’image d’une délicate pièce d’orfèvrerie, fascinante de beauté, jusque dans ses moindres détails. Mais au-delà de la beauté de l’écriture, c’est toujours dans cette force de la narration que l’on ressort ébranlé avec cette colère qui sourde en nous, ces instants d’émotions qui rejaillissent par le prisme de ces personnages à part qui vous saisissent avec cette perspective commune où la marginalité de l’individu nous renvoie aux dysfonctionnements d’une société qui s’illustre dans la cruauté de son indifférence vis à vis de celles et ceux qui ne répondent pas aux attentes d’un système qui tente de les broyer. Ainsi, c’est dans l’intériorité subtile des protagonistes que Séverine Chevalier excelle en diffusant cette petite musique tragique et cet amoncellement de déchirures terribles qu’elle capte avec la précision d’une langue sobre qui n’en demeure pas moins explosive. Et c’est un peu tout cela que l’on va retrouver dans De Guerre Ou D’ailleurs dont l’intrigue s’articule autour de la personnalité de Lolita B. autrefois star de la première émission de téléréalité et désormais sur le déclin.

     

     

    IMG_5311.jpegElle a 49 ans et est de retour dans la maison maternelle où l’on a enterré les sales petits secrets de famille. Ceux qu’il faudrait oublier parce qu’ils dérangent, parce que le silence c’est mieux. Elle, c’est Lolita B. parce que lorsque l’on intègre l’Émission on ne peut pas s’appeler Minerve Chabot, surtout lorsque l’on en ressort célébrée et méprisée. Et trente ans plus tard, il est question de refaire l’Émission ce qui arrangerait bien ses affaires depuis qu’elle est fauchée et qu’elle est tombée dans l’oubli. Elle pourrait aussi renouer avec son fils Remi, qu’elle connait à peine, parce que là aussi on a préféré enterrer les sales petits secrets sous un couvercle de mensonge. Mais au-delà de ces non-dits, de ces silences, il y a toutes ces questions essentielles que l’on se pose au sujet de Lolita B. Des questions essentielles et bien sordides, il faut bien le dire. Mais que voulez-vous, le public veut savoir. Alors qui est Lolita B. ?

     

    « Qu’on revienne de guerre ou d’ailleurs

    quand c’est un ailleurs

    aux autres inimaginable

    c’est difficile de revenir »

     

    Mesure de nos jours

    Charlotte Delbo


    Jamais la citation de Charlote Delbo qui figure en épigraphe ne prendra plus de sens que Dans De Guerre Ou D’Ailleurs, où le champ de bataille se situe dans la cuisine de cette maison d’enfance, plus précisément autour de cette table en Formica à laquelle Lolita B., femme proche de la cinquantaine, ancienne star d’une émission de télé-réalité, est attablée, tandis que sa mère dort à l’étage. On n’en dira pas plus, quant à la nature de cette dévastation qui ronge de l’intérieur cette femme abimée nous rappelant la personnalité de Loana au travers d’un texte rédigé quelques mois avant son décès. Si Séverine Chevalier s’est inspirée de ce parcours de vie tragique, celui-ci rejaillit principalement  par le prisme de ces onze questions que l’on s’est sans doute posées au sujet de Loana et qui font office de titre pour chacun des chapitres du roman. Et ces interrogations transposées autour de la personnalité de Lolita B. nous interpelle forcément en nous ramenant vers notre propre mesquinerie quant à notre rapport à la notoriété, plus particulièrement dans le contexte de ces formats télévisuels. Il va de soi que Séverine Chevalier ne répondra pas à ces questions sordides mais qu’elle nous entrainera dans ce cheminement intérieur d’une impressionnante profondeur d’où vont rejaillir quelques souvenirs marquants qui vont façonner, de manière tragique, la trajectoire de Lolita B. Et c’est autour de cette errance dans la bourgade de son enfance que l’on prend la mesure de l’ampleur de cette guerre intérieure que la romancière restitue avec une impressionnante justesse et qui nous interpelle en permanence. Et comme pour faire écho à cette trajectoire chaotique, incarnation de la colère qui ne manquera pas de gronder en nous, il y a Rémi, le fils de Lolita B., que l’on va suivre dans ses pérégrinations tourmentées l’entrainant dans l’environnement de celles et ceux qui ont façonnés la fameuse Emission dont il ne sera jamais question, hormis ce parallèle avec ce zoo abandonné où rode un chevreuil à trois pattes, ou ces expositions d’autrefois où l’on exhibait des êtres humains en provenance des ces contrées lointaines de l’empire colonial. Et tandis que l’intrigue progresse, c’est tout ce questionnement qui apparait avec cette force tellurique qui nous bouscule dans nos certitudes bien campées quant aux participants de ces émissions de télé-réalité. Tout cela prend forme au gré d’un récit d’une intensité impressionnante qui s’achève sur un texte en prose qui oscille entre puissance et délicatesse, marque de fabrique d’une romancière dont le talent singulier nous interpelle avec une belle constance.

     

     

    Séverine Chevalier : De Guerre Ou D'Ailleurs. La Manufacture de livres 2026.

    A lire en écoutant : Ami Ou Ennemi de Maurane. Album : Ami Ou Ennemi. 1991 Polydor.

  • JEONG YOU-JEONG : UN BOHNEUR PARFAIT. LA SOUSTRACTION.

    IMG_5294.jpegExclusivement dédiée à la littérature en provenance de l’extrême-orient, la maison d’éditions Picquier a constitué, depuis 40 ans, un catalogue où tous les genres se confondent que ce soit des classiques ou des romans contemporains, des essais ou des ouvrages pour les enfants ainsi que de la littérature noire allant du thriller au policier classique en passant  par le roman noir. Ce qui importe dans le choix des textes, c’est cette sensation d’effectuer une véritable immersion par le biais d’intrigues du cru habilement traduites nous permettant de saisir les particularismes du pays, tant au niveau géographique bien évidemment, mais surtout dans la dimension culturelle et sociale qui émergent de récits ancrés dans le terroir. Dès lors, avec une ligne éditoriale de ce calibre, on comprendra que les thrillers qui intègrent la collection ne répondent pas forcement aux codes occidentaux propre au genre, ce qui permet à Un Bonheur Parfait de la sud-coréenne Jeong You-jeong d’apparaitre comme un récit dense et chargé de tensions certes, mais qui se dispensera de rebondissements absurdes pour se concentrer sur le fil d’une intrigue captivante qui s’articule autour des points de vue de l’entourage d’une sociopathe inquiétante et qui s’inspire d’un fait divers réel qui a marqué le pays. Il faut dire que la romancière, infirmière de formation, n’est pas une débutante avec pas moins de huit romans qui s’inscrivent tous dans une veine sombre et dont plusieurs d’entre eux ont fait l’objet d’une adaptation au cinéma tandis que d’autres sont traduits en français à l’instar de Généalogie Du Mal (Picquier 2018), un thriller psychologique qui se penchait déjà sur le portrait d’un jeune homme tourmenté se réveillant avec le cadavre de sa mère gisant en bas des escaliers du duplex où ils vivent. Ainisi, au-delà de la noirceur de ses romans, lJeong You-jeong s’emploie à nous offrir un tableau vif de la société sud-coréenne qu’elle restitue par l’entremise de personnages à la fois nuancés et extrêmement fouillés dont les interactions nous donnent un aperçu des rapports qui les régentent au sein de leur environnement très codifié.

     

    IMG_5292.jpegA six ans Jiyu s’emploie à respecter du mieux qu’elle peut les règles que lui impose sa maman. Il faut dire que Yuna est exigeante et que son humeur s’assombrit lorsque l’on ne répond pas à ses attentes. Sa soeur en a fait les frais ainsi que le second mari de Yuna qui vient de perdre son fils, issu d’un premier mariage, dans des circonstances tragiques. Il faut dire que les tragédies s’enchaînent dans l’entourage de Yuna. On commence même à se demander ce qu’il est advenu de son premier mari qui semble avoir disparu de la circulation. Jiyu pourrait bien dire qu’elle a vu son papa et qu’elle s’est promenée avec lui au bord de l’étang aux canards avant qu’il ne parte définitivement après avoir mangé un bon repas concocté par sa maman. Mais celle-ci dit que c’est un secret. Et puis il y ces rêves terribles qui hantent les nuits de la fillette avec ces oiseaux qui semblent hurler de douleur. Qu’ont-ils pu avoir bien vu ?


    Contrairement à bon nombre de thrillers se focalisant sur des psychopathes, on n’adoptera jamais le point de vue de Yuna, cette femme narcissique dont le portrait s’esquisse par le prisme de son entourage que ce soit Jiyu sa fille, Eun-ho  son second mari et Jae-in sa grande soeur que Jeong You-jeong met en scène dans une alternance de trois chapitres qui constituent chacune des trois partie d’un roman à la mécanique aussi précise que redoutable. Dès lors, à  mesure que l’on progresse dans le cours de l’intrigue, s’additionne ainsi les regards parcellaires de chacun des proches de Yuna qui vont nous permettre de saisir l’ampleur de sa personnalité terrifiante tout en se demandant ce qu’il va advenir de chacun d’entre eux, ceci dans une atmosphère chargée de tension. Ce que l’on apprécie avec cette romancière sud-coréenne, c’est ce pouvoir de suggestion qui rejaillit d’un texte où l’horreur émerge dans une espèce d’incertitude qui ne font que renforcer les doutes du lecteur, sans pour autant abuser du procédé. De cette manière, l’enjeu du roman s’articule autour du devenir des trois membres de la famille de Yuna à mesure que l’on distingue les projets de cette personne inquiétante, en quête d’Un Bonheur Parfait qui se construit au gré d’une logique implacable qui fait froid dans le dos et que l’on retrouve sur le quatrième de couverture qu’il faudra s’abstenir de lire tant il dévoile certains aspects de l’intrigue, quand bien même si celle-ci ne se définit pas sur des ressorts surprenants mais davantage sur une construction machiavélique où Yuna apparaît peu à peu dans toute sa froide humanité imprégnée tout de même d’une certaine détresse qui ne la rend que plus crédible. Tout cela se construit sur un rythme lent qui correspond à cette langueur hivernale imprégnant un récit de plus de 500 pages où chaque détail compte en s’enchâssant parfaitement et en nous invitant à découvrir également les rapports qui régissent cette famille coréenne reflet d’une société où la pression qu’elle soit sociale ou familiale semble définir les codes d’une société fortement hiérarchisée. Et puis, au gré de quelques analepses chargée d’une certaine mélancolie, on s’aventurera du côté de Vladivostok, ville russe, guère éloignée de la Corée du Sud qui abrita d’ailleurs une importante communauté coréenne avant que Staline ne fasse raser le quartier, mais qui entretient aujourd'hui encore, des liens économiques, culturels et touristiques étroits avec ce pays. D’une richesse incroyable tant au niveau des personnages que de l’environnement dans lequel ils évoluent, Un Bonheur Parfait apparait comme un thriller prenant qui vous envoute à mesure que l’on progresse dans les rouages tortueux d’un texte dense à l'écriture ciselée qui dévoile les contours de la personnalité d’une femme aussi troublante que fascinante.


    Jeong You-jeong : Un Bonheur Parfait (Perfect Happiness - Wanjeonhan Haengbok). Editions Picquier 2024. Traduit du coréen par Lim Yeong-hee avec la collaboration de Suzy Borello.

    A lire en écoutant : Why  Should I Love You de Kate Bush. Album : The Red Shoes. 2011 Noble & Brite Ltd.