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LES AUTEURS PAR PAYS

  • Hervé Le Telliez : L’anomalie. Dissolution.

    IMG_4597.jpegIl y a parfois des lectures où vous jubilez tellement, où vous éprouvez un tel plaisir que vous vous demandez, en milieu de parcours, s’il n’y aura pas une petite faiblesse, une faille, quelques temps morts où même une déception une fois arrivé au terme de l’intrigue. Sans rien dévoiler de ce récit prenant, on peut admettre sans coup férir que L’anomalie d’Hervé Le Tellier fait partie de ces romans captivants de bout en bout qui s’inscrivent dans ce qui apparait comme la conjugaison parfaite de la créativité, du style et de la narration qui semble avoir convaincu tant les jurés du Goncourt 2020 que les nombreux lecteurs qui ont fait l’acquisition de ce roman singulier qui se serait vendu à plus d’un million d’exemplaires. Alors bien sûr qu’il y aura quelques esprits chagrins pour vous expliquer qu’ils n’ont rien capté à ce texte dont ils ne saisissent pas l’engouement qu’il a pu susciter au sein d’une masse forcément aveuglée par le succès relayé par la kyrielle de médias qui ont encensé L’Anomalie. On trouvera pourtant quelques explications en s’attardant sur le parcours d’Hervé Le Tellier, de sa formation de mathématicien, puis de journaliste jusqu’à ce qu’il obtienne un doctorat en linguistique en se spécialisant dans les littératures sous contrainte qui l’amèneront au sein de l’OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle) dont il assure la présidence en 2019 pour ce groupe littéraire fondé en 1952 par le mathématicien François Le Lionnais et l’écrivain, poète Raymond Quenaud. Et c’est en s’articulant autour de cette interrogation sur la littérature sous contrainte que vont apparaître quelques oeuvres emblématiques à l’instar de Cent Mille Milliards De Poèmes de Raymond Queneau permettant au lecteur de composer ses poèmes dont je vous laisse deviner le nombre de possibilités, de La Disparition de Georges Perec où la lettre e ne figure sur aucune des trois cent pages du texte et de La Vie Mode D’Emploi, du même auteur, où l’on suit la vie des habitants évoluant dans l’environnement d’un immeuble parisien en adoptant dans leurs déplacements  le mouvement du cavalier d’un jeu d’échec. C’est donc toute cette culture oulipienne que l’on va retrouver dans L’anomalie qui se décline autour de la personnalité de onze passagers d’un avion, représentatifs d’autant de genre littéraire que ce soit le thriller, et le roman policier, la science fiction et l’anticipation, le roman psychologique et intimiste, l’espionnage et l’intrigue géopolitique, l’hommage à la littérature blanche et au récit introspectif, ainsi qu’au roman philosophique s’interrogeant ni plus ni moins quant à la nature de notre existence.

     

    IMG_4559.jpegA bord de ce vol Air France Paris New-York AF006, on s’attardera sur quelques individus parmi le 243 passagers qui ont embarqué dans cet avion qui se trouve soudainement pris dans une gigantesque turbulence aux dimensions colossales que l’on ne peut contourner. Il y a Blake, le tueur à gage, Victor Miesel écrivain reconnu mais sans succès, Lucie Boagert une monteuse pour le cinéma qui accompagne André Vannier, un architecte de renom, Joanna Wood, une avocate afro-américaine qui a intégré un grand cabinet juridique, Slimboy un chanteur nigérian contraint de vivre dans le mensonge pour dissimuler son homosexualité, Sophia Kleffman une fillette de six ans qui doit composer avec les traumas d’un père vétéran de la guerre d’Irak et d’Afghanistan et David Markle, pilote de ligne qui tente de s’extraire du piège dans lequel il s’est engouffré avec l’avion dont il est le commandant de bord. Mais une fois qu’ils ont atterri, l’ensemble des occupants de l’avion vont être confronté à un événement qui les dépassent. Et pour répondre aux questions que le monde entier ne manquera pas de se poser, les autorités américaines vont faire appel à Meredith Harper et Adrian Miller, deux scientifiques qui ont rédigé les bases du protocole 42 désormais chapeauté par l’armée et le FBI et qui ont remisé le Boeing 787 et ses occupant dans un hangar. Qu’elle est cette anomalie qui va bouleverser toutes nos certitudes ?

     

    Quelle que soit la multitude de genres qu’il pastiche et auxquels il rend hommage avec un plaisir évident, L’anomalie, véritable page-turner aussi dense que passionnant, s’inscrit finalement comme une expérience de pensée où le lecteur s’interrogera forcément sur ce triptyque existentiel de savoir qui nous sommes, d’où nous venons et où nous allons et auquel Hervé Le Tellier va apporter une réponse singulière, s’inspirant de la théorie du philosophe suédois Nick Bostrom dont je vous laisserai découvrir le postulat, une fois le livre terminé. Et puis il y a cette multitude de mises en abime jalonnant ce texte aussi singulier que redoutable de maîtrise, à l’instar de cet épigraphe de Victør Miesel, protagoniste de l’intrigue, qui a publié en 2021 un roman devenu best-seller, intitulé L’Anomalie, soit un an après la publication du présent ouvrage. On y trouve également toute un multitude de clin d’oeil aux oeuvres de Raymond Quenaud dont les titres des trois parties composant le livre sont extraits de ses poèmes tandis que d’autres font allusion à l’oeuvre de Georges Perec, notamment au terme de ce calligramme mystérieux, chargé de symboles, qui met un terme à cette intrigue s’achevant de manière tout simplement magistrale.  Et bien que foisonnant et protéiforme en abordant toute une multitude de sujets qu’il serait vain d’énumérer, il faut saluer la grande tenue de cette histoire qui se lira quasiment d’une traite au gré d’une mise en scène littéraire extrêmement imagée qui donne cette sensation de s’immerger dans une série audiovisuelle chargée de tension. Au travers de personnages bien charpentés, on plonge donc avec fébrilité dans ce récit choral d’où émane parfois quelques tonalités ironiques à l’exemple de cette conversation lunaire entre un président des Etats-Unis et son homologue français se révélant guère éloigné de ce qui nous est rapporté dans l’actualité du moment.  Il y a finalement quelque chose de véritablement vertigineux à lire L’anomalie qu’il faudra faire ressurgir de votre bibliothèque pour les inconscients comme moi qui aurait relégué l’ouvrage dans les fins fond des rayonnages ou pour celles et ceux qui voudraient capter quelques références aussi amusantes que mystérieuses qui rejaillit de la trajectoire fabuleuse de ces protagonistes qui vont faire face à eux-mêmes au gré de circonstances déroutantes qui vous laisseront sans voix. A lire ou à relire avec le même enthousiasme qui vous fait dire que la littérature a décidément de beaux jours devant elle, n’en déplaise à celles et ceux qui se penchent sur son cadavre.

     

    Hervé Le Tellier : L’anomalie. Editions Gallimard 2020.

    A lire en écoutant : Decks Dark de Radiohead. Album : A Moon Shaped Pool. XL Recording 2016.

  • JAVIER CERCAS : TERRA ALTA. L’ESPAGNOLARD.

    javier cercas,terra alta,actes sud,roman policier,blog mon roman noir et bien serré,chronique littéraire,littérature noire,littérature espagnole,blog littéraire,lecture 2026Il fait partie des grandes figures de la littérature espagnole contemporaine avec cette particularité de se mettre en scène dans le cours de l'intrigue pour ce qui apparaît davantage comme une mise en abîme qu'une autofiction nombriliste, destinée à alimenter les thèmes qu'il aborde et qui s’articulent très fréquemment autour du dilemme lui permettant d'apporter un éclairage à la  fois pertinent et nuancé sur les zones d'ombre de l'histoire espagnole à l'instar de la guerre civile et du franquisme ou du séparatisme catalan. Egalement chroniqueur pour El Pais tout en enseignant la littérature à l'université de Gérone, c’est à l’âge de quinze ans que Javier Cercas découvre l'oeuvre de Jorge Luis Borges qui sera l’une des grandes sources d’inspiration avec cette propension à mélanger les genres, procédé qu’il adoptera lui-même dès l’écriture de ses premiers romans. Et même s’il est doté d’une assise certaine au sein du milieu des lettres, ce romancier traduit dans plus d’une trentaine de langues et auréolé de prix prestigieux, s’inscrit dans une démarche de renouvellement lorsqu’il se lance dans une trilogie de romans policiers où il met en scène Melchor Marín, policier tourmenté (encore un), dont la personnalité oscille entre un Llyod Hopkins de James Ellroy, un Philippe Marlowe de Raymond Chandler et une pincée de Maigret de Georges Simenon que Javier Cercas cite parmi les auteurs majeurs et évidents de la littérature noire tout en  faisant également allusion à Leonardo Sciascia et Dashiell Hammett ainsi qu’à son compatriote Manuel Vázquez Montalbán. Mais dans Terra Alta, premier roman de la trilogie éponyme faisant référence à cette cormaque reculée de la Catalogne, c’est la figure tutélaire de Javert qui apparaît afin d’aborder le thème de cette soif de justice inextinguible et du dilemme qui en découle,  planant sur l’ensemble d’un texte d’envergure où l’on distingue ce mouvement indépendantiste qui imprègne cette région proche de l’Ebre, théâtre d’une longue bataille marquante de la guerre civile espagnole, avant le retrait des troupes républicaines et dont les souvenirs affleurent encore dans l’esprit des anciens.

     


    javier cercas,terra alta,actes sud,roman policier,blog mon roman noir et bien serré,chronique littéraire,littérature noire,littérature espagnole,blog littéraire,lecture 2026En accord avec sa hiérarchie l’enquêteur Melchor Marìn a choisi d’être muté à Terra Alta afin de se mettre au vert à la suite de son acte héroïque qui lui a permis de contrer les attentats qui ont secoué les villes de Barcelone et de Cambrils. Désireux d’échapper à la notoriété grandissante dont il fait l’objet, le jeune policier aspire donc à d’avantage de quiétude au sein de cette commune reculée de la Catalogne qui porte encore
      les stigmates de la bataille de l’Ebre. Mais à la suite de la découverte du couple Ardell sauvagement assassiné au sein de leur propriété, Melchor Marìn se rend bien compte que l’enquête s’enlise en dépit des moyens déployés afin d’identifier les auteurs ce crime abject. Qui pouvait en vouloir à ce couple de nonagénaire régnant sur l’entièreté de la région avec leur entreprise florissante de cartonnage employant la majeure partie de la communauté de Terra Alta ? Difficile de répondre à cette interrogation lancinante  même si Melchor Marìn s’acharne à examiner les éléments de l’enquête, lui qui aspire à ce que justice soit faite à l’image de Javert, ce personnage de Victor Hugo qui le fascine et auprès duquel il s’identifie tout comme celui de Jean Valjean dans les traces duquel il a pu cheminer au cours d’une jeunesse tourmentée dont les stigmates demeurent encore très présents.

     

    javier cercas,terra alta,actes sud,roman policier,blog mon roman noir et bien serré,chronique littéraire,littérature noire,littérature espagnole,blog littéraire,lecture 2026« La justice absolue peut être la plus absolue des injustices ». C’est autour de cette phrase lancée par un de ses supérieurs hiérarchiques que se définit la personnalité complexe de Melchor Marìn, policier en quête de vérité afin de faire notamment la lumière sur la tragédie qui a frappé sa mère et dont il cherche à retracer les circonstances qui entourent cette affaire trouble désormais classée mais qu’il a la volonté de déterrer. Javier Cercas façonne donc son récit autour du parcours de Melchor dont on adopte le point de vue en permanence au gré d’une enquête sur la mort abominable d’un notable de la région de Terra Alta et de son épouse alors qu’il est d’astreinte au sein du commissariat où il a été transféré, bien loin de la ville de Barcelone où il a toujours vécu. C’est de cette manière que l’on prend la mesure du parcours de jeunesse chaotique de ce policier tourmenté dont on découvre, par petites touches, certains aspects à mesure que l’on progresse dans le cours des investigations destinées à identifier qui sont les professionnels qui ont pu s’en prendre à ce couple Ardell très respecté au sein d’une communaute soudée et marquée par ce terrible événement. En dépit de son caractère individualiste et renfermé, Melchor Marìn parvient à s’intégrer dans cette région rurale et plus particulièrement avec ses collègues qui vont former une véritable équipe afin de confondre les auteurs de ce crime odieux. On est donc bien loin de cette image de l’enquêteur solitaire qui parviendrait à dénouer les fils d’une enquête envers et contre tous, pour davantage osciller vers une intrigue réaliste qui s’appuie sur les procédures policières que Javier Cercas fait en sorte de respecter ce qui lui permet de mettre en scène quelques personnages secondaires savoureux à l’instar du sergent Blai, indépendantiste catalan convaincu, mais sachant respecter le cadre légal auquel il est astreint en tant que policier. C’est ainsi qu’émerge en filigrane les thèmes chers à l’auteur que ce soit ce courant indépendantisme qui anime la province ainsi que les contours historiques de cette bataille de l’Ebre qui planent encore sur cette région reculée de l’Espagne que Javier Cercas dépeint notamment au travers du regard d’Olga, l’épouse de Melchor, qui dirige la bibliothèque municipale de la localité où ils vivent des jours heureux avec leur fille Causette. Une fois posés tous ces éléments qui apparaissent dans le cours d’une intrigue plutôt classique, on appréciera le fait que Javier Cercas s’emploie à déconstruire le schéma narratif de l’enquête policière, ceci plus particulièrement dans la seconde partie du roman qui se révèle beaucoup plus singulière qu’il n’y parait, en puisant dans la mémoire d’un passé historique de la région se révélant tout aussi tourmenté que ce jeune policier auquel, l’air de rien, le lecteur s’est immanquablement attaché et que l’on se réjouit déjà de retrouver dans les deux opus d’une trilogie qui promet d’être extrêmement dense.

     

    Javier Cercas : Terra Alta. Editions Actes Sud. Collection Lettres hispaniques 2021. Traduit de l'espagnol par Alexandre Grujičić et Karine Louesdon.

    A lire en écoutant : Blue American de Placebo. Album : Black Market Music. 2000 Elevator Lady Ltd.

     

  • Fanny Taillandier : Sicario Bébé. L’Iliade et L’Odyssée.

    Capture d’écran 2026-05-29 à 13.28.48.pngDans ce milieu précaire de la littérature, il faut bien admettre que l'on est beaucoup plus prompt à détourner le regard lorsqu'il s'agit de saisir une opportunité pour être publié et ce n'est pas l'actualité toute récente qui a bousculé ce petit univers du livre qui me donnera tord, même s'il existe  des hommes et des femmes qui ne dérogeront pas avec leurs convictions. Sans qu'elle ne le porte en étendard, Fanny Taillandier fait partie de ces personnes engagées s'employant à dépeindre son environnement, cet espace périurbain, sorte de frontière entre le monde rural et l'univers des villes dans ce qui apparaît comme une oeuvre sociale où les essais côtoient les romans quand ils ne se mélangent pas les uns aux autres comme le souligne Eric Chevillard à évoquant Les États Et Empires Du Lotissement Grand Siècle  (P.U.F. 2016) : "Publié dans la collection « Perspectives critiques » des PUF comme pour tromper son monde, le deuxième livre de Fanny Taillandier, Les États et Empires du Lotissement Grand Siècle n’est pas un essai d’urbanisme ou de sociologie ni une réflexion sur la ville nouvelle, mais un récit inventif en diable, d’un genre inédit, qui emprunte au conte, à la satire, et se réinvente sans cesse en variant les styles et les approches." On ne saurait mieux dire pour définir les textes de cette romancière qui tant sur le thème de l’urbanisme qui traverse ses écrits que dans les différents domaines littéraires dans lesquelles elle s’inscrit, s’émancipe de ces limites dans lesquelles on tendrait à rester enfermer, comme un territoire conquis dont il est difficile de s’extraire puisque intrinsèquement lié à sa condition sociale. Née à Alfortville, à la périphérie de Paris lui apparaissant comme un tout autre monde, Fanny Taillandier suit des études de lettre à Marseille avant de se consacrer durant dix ans à l’enseignement dans plusieurs lycées de Créteil tout en collaborant pour des revues comme Mouvement et Livre Hebdo. Et puis c’est Les Confessions D’Un Monstre (Flammarion 20213) abordant de manière inhabituelle le thème du tueur en série, qui marque ses débuts en tant que romancière où Fanny Taillandier dresse le portrait d’un individu qui va confesser ses crimes au gré d’un récit qui se dépare résolument de tous les clichés galvaudés propre à ce type de personnages qui encombrent la littérature noire. Cette absence de cliché, c’est même un engagement qui anime Fanny Taillandier lorsqu’elle rédige Sicario Bébé où l’on observe notamment la trajectoire d’un jeune garçon qui va exécuter un contrat pour le compte d’un trafiquant de drogue, afin de subvenir aux besoins de la petite famille qu’il va fonder avec sa compagne, enceinte de lui. 

    fanny taillandier,sicario bébé,éditions rivages,blog mon roman noir et bien serré,blog littéraire,retour de lecture,chronique littéraire,parution 2026,lecture 2026,roman noir,littérature noireBlaise a dix-sept ans tout comme Djen dont il est fou amoureux et qui attend un enfant de lui. S’il considère cet amour réciproque comme un miracle, le jeune garçon ne doit pas occulter la réalité et prendre conscience qu’ils n’ont pas les moyens d’élever ce bébé à venir. Mais Bobby, son meilleur pote, lui propose la meilleure combine pour acquérir rapidement pas moins de cinquante mille euros en liquidant l’adversaire d’un narcotrafiquant local qui sévit au sein d’une cité amenée à être démolie très prochainement. Pour exécuter ce contrat, Blaise, Djen et Bobby vont donc entamer tout un périple qui vont les conduire d’un foyer pour travailleur à une ZAD enfouie dans un bois en passant par une zone portuaire devenant le théâtre de tous les trafics qui inondent le pays. Et au delà de l’amour et de l’amitié qui lient ces trois jeunes gens, finiront-ils par exécuter ce sinistre contrat ? Il faut dire que leurs commanditaires ne sont pas des enfants de coeur et qu’il n’est pas possible de renoncer à un tel engagement sous peine des pires représailles. Une voie sans issue dont il est impossible de s’extraire.

     

    fanny taillandier,sicario bébé,éditions rivages,blog mon roman noir et bien serré,blog littéraire,retour de lecture,chronique littéraire,parution 2026,lecture 2026,roman noir,littérature noireRoman noir ? Roman d’amour ? Roman social ? Ne cherchez pas, Sicario Bébé se décline sur les trois  registres dans ce qui apparaît comme un texte chargé de nuance ce qui fait que Fanny Taillandier s’affranchi des écueils propre à chacun des genres qui s’agrègent les uns aux autres. Ainsi, il n’y aura pas de mièvrerie dans les rapports amoureux de Djen et de Blaise auxquels on s’attache immanquablement en suivant leurs points de vue respectifs qui s’enchainent dans une alternance qui donne du rythme à ce récit imprégné d’une noirceur toute relative s’inscrivant davantage sur le registre de la tension avec cet enjeu sous-jacent de savoir s’ils vont commettre ce crime pour lequel ils vont être rémunéré, faisant écho à ces adolescents, voire même des enfants qui ont défrayé l’actualité des faits divers en tant que tueur à gage pour le compte de narcotrafiquants sans scrupule. Néanmoins, à mesure que se dévoile les personnalités du trio qu’ils forment avec Bobby, on doit bien admettre que le suspense est de courte durée car en s’inscrivant dans un réalisme social dans laquelle on la sent véritablement à l’aise et qu’un Pierre Jolivet ou un Ken Loach ne renieraient pas, Fanny Taillandier s’installe dans une chronique sociale passant en revue tout un environnement précaire que l’on distingue aussi bien dans cet ensemble d’immeubles voués à la destruction, dans les ZAD ainsi que dans les foyers sociaux, mais qui  se dilue l’air de rien sur l’ensemble de cette ville sans nom, de seconde zone. Et en dépit de la détresse et des aléas qui jalonnent les parcours de ces trois jeunes gens, on ne peut s’empêcher de voir émerger quelques lueurs d’espoir qui jalonnent cette intrigue où l’on tente de s’extirper du marasme par tous les moyens possibles, au gré de rencontres qui tendent à briser ce déterminisme social dans lequel on voudrait les enfermer à l’instar de ces formations pour lesquelles Blaise serait prédestiné. A partir de là, on apprécie véritablement ces individus qui apparaissent dans l’existence de Blaise et de Djen. Il y a évidemment Bobby, ce gars cool, cet ami fidèle qui aspire à devenir magicien ou cette aïeule s’installant dans une ZAD afin d’éviter de finir son existence dans un EPAHD, ou Sanoune s’employant à venir en aide aux travailleurs précaires, tous représentatifs de cette communauté aux limites de la marge dont l’humanité se révèle dans ces instants de solidarité et de générosité qui émaillent le texte. Peut-être aurait-on aimé que Julien et Malabar, les deux trafiquants de drogue qui sévissent dans cette cité en décomposition, soient un peu plus incarnés et se déploient davantage dans cette intrigue où ils se contentent tous deux d’alimenter la tragédie qui va prendre de l’ampleur au terme d’une confrontation attendue mais dont la finalité se révèle tout aussi brève que singulière.  Il n’empêche que Sicario Bébé ne verse jamais dans l’excès et le sensationnalisme par rapport à ce thème d’enfant tueur que Fanny Taillandier traite avec une rigueur formelle imprégnée d’une émotion salutaire qui anime ce jeune couple bien éloigné des idées reçues, comme en témoigne leur rapport à la culture et à la littérature avec notamment ces références à Homère et à René Char qui parsèment ce récit sombre certes, mais d’où émergent également quelques superbes instants de tendresse, véritables odes à la vie et à la liberté qui deviennent finalement les sujets centraux de ce singulier roman sortant, l’air de rien et de manière habile, des normes convenues. Une belle découverte ce qui fait que l’on se réjouira de rencontrer Fanny Taillandier à l’occasion du festival Libri Mondi broie du noir qui se déroulera à Luri, en Corse, ce samedi 30 mai 2026.

     

     

    Fanny Taillandier : Sicario Bébé. Editions Rivages 2026.

    A lire en écoutant : Babacar de France Gall. Album : Babacar. 1987, 2004 Warner Music France.

  • Frédéric Andrei : L'Homme Assis Au Carrefour de Chabottes. C'est moi le boss.

    frédéric andrei,l’homme assis au carrefour de chamottes,la manufacture de livres,roman policier,thriller,sleuther,lecture 2026,parution 2025,blog mon roman noir et bien serré,littérature noire,libri mondi,blog littéraire,retour de lecture,chronique littéraireLu dans le cadre du festival LIBRI MONDI broie du noir à Luri en Corse (30 mai 2026).

     

    Pas bien certain que l’on se rappelle de son premier grand rôle dans Diva de Jean-Jacques Beinex où il interprétait un facteur subjugué par une cantatrice incarnée par la sublime Wilhelmenia Wiggins Fernandez, guère moins connue que Barbara Hendricks à qui le réalisateur souhaitait confier le rôle dans un premier temps. Frédéric Andrei apparaissait donc dans ce film marquant à l’improbable esthétisme léché des eighties, en entamant ainsi une carrière sporadique d’acteur aussi bien pour le cinéma que pour la télévision où il travaille également comme documentariste pour un grand nombre d’émissions emblématiques comme Faut pas Rêver ou Envoyé Spécial. A cela s’ajoute des activités de producteur et de réalisateur ainsi que dans le domaine du théâtre, ce qui fait qu’il entamera sa carrière de romancier dans la cinquantaine en publiant chez Albin Michel trois romans policiers mettant en scène Nicholas Dennac, un ancien journaliste d’investigation devenu charpentier et prenant pour cadre le vaste territoire des Etats-Unis où frédéric andrei,l’homme assis au carrefour de chamottes,la manufacture de livres,roman policier,thriller,sleuther,lecture 2026,parution 2025,blog mon roman noir et bien serré,littérature noire,libri mondi,blog littéraire,retour de lecture,chronique littéraireil mènera des enquêtes en lien avec les grands sujets sensibles du pays que ce soit les injustices sociales dans Riches A En Mourir (Albin Michel 2014), la conditions des amérindiens dans Bad Land (Albin Michel 2016) et l'exploitation du gaz de schiste dans L'Histoire De La Reine Des Putes  (Albin Michel 2020). Mais en 2025, Frédéric Andrei change de décor et d'éditeur puisqu'il intègre La Manufacture de livres en publiant L'Homme Assis Au Carrefour De Chabottes, une intrigue aussi singulière que géniale se déroulant dans la région montagneuse de Grenoble où l'on découvre, par le biais d'un long interrogatoire, les activités d'un « sleuther" qui vient d'être hospitalisé à la suite d'une blessure par balle.

     

    frédéric andrei,l’homme assis au carrefour de chamottes,la manufacture de livres,roman policier,thriller,sleuther,lecture 2026,parution 2025,blog mon roman noir et bien serré,littérature noire,libri mondi,blog littéraire,retour de lecture,chronique littéraireEn tant que gendarme adjoint volontaire, Chloé Gutman est chargée de consigner la déposition de Loïc Payan qui a été admis à l'hôpital pour une blessure par balle qui a failli lui coûter la vie. C'est le commandant du peloton de gendarmerie qui est chargé de l'interrogatoire sur les circonstances d'une affaire dont elle ignore tous les tenants et aboutissants. Bien vite, elle comprend qu'on la laisse volontairement dans le flou, tandis que d'autres enquêteurs, dont elle ne connaît ni la fonction ni le service auquel ils sont rattachés, vont intervenir au cours d'un interrogatoire qui va révéler quelques éléments troubles d'une affaire en lien avec le meurtre d'une randonneuse que l'on a retrouvée à proximité d'une station de ski de la région. Quel rapport Loïc Rayan a-t-il avec ce fait divers ? Et qu’est devenue sa femme qu'il réclame sans cesse ? Et se peut-il qu'un tueur en série sévisse dans les environs sans que les autorités ne se soient aperçues de quelque chose ? 

     

    frédéric andrei,l’homme assis au carrefour de chamottes,la manufacture de livres,roman policier,thriller,sleuther,lecture 2026,parution 2025,blog mon roman noir et bien serré,littérature noire,libri mondi,blog littéraire,retour de lecture,chronique littéraireDans le paysage de la littérature noire, il y a toujours eu ce personnage de l’enquêteur amateur ridiculisant les forces de police  avec son esprit de déduction, souvent hors norme, sa ténacité et parfois son audace à toute épreuve lui promettant de  venir à bout des énigmes les plus insolubles. On a donc croisé le détective privé bien évidemment, mais également le journaliste et même la vieille dame espiègle résolvant des affaires sur lesquelles la police s’était cassée les dents du fait d’un mélange de stupidité, d’incompétence et de négligence. Et avec l’avènement d’Internet, on ne s’étonnera pas que ce genre des personnages aient suscité quelques vocations d’individus désireux de démontrer leur supériorité en se lançant dans la résolutions de cold case dans ce qui apparaît comme un loisir qu’ils partagent avec d’autres sur les forums des réseaux sociaux et que l’on désigne désormais sous l’appellation de sleuther désignant ces cyber-enquêteurs amateurs. Avec L’Homme Assis Au Carrefour De Chabottes, Frédéric Andrei s’empare donc de ce phénomène au gré d’une intrigue tendue, s’articulant autour de la personnalité de Loïc Payan, banal électricien, qui s’adonne donc à ce cyber loisir d’enquêtes criminelles prenant de plus en plus d’ampleur à mesure qu’il réalise qu’il peut s’émanciper d’une épouse et de sa belle-famille écrasantes qui ont toujours eux l’ascendant sur lui. L’enjeu est donc de savoir si cet enquêteur en herbe est un véritable génie dans ce qui apparait comme une véritable traque au serial killer sévissant dans cette région montagneuse des Alpes françaises que Frédéric Andrei met véritablement en valeur au gré d’un récit saisissant qui prend parfois quelques petites tonalités poétiques à l’instar du superbe titre de ce singulier roman prenant l’allure d’un thriller. L’autre enjeu de l’intrigue se focalise autour de Chloé Gutman, cette jeune gendarme adjointe volontaire cherchant à comprendre les circonstances d’une affaire criminelle dont elle n’a jamais eu connaissance alors qu’elle est chargée de rédiger le procès-verbal de l’interrogatoire  de Loïc Payan qu’elle ne connaît pas du tout. Ainsi le récit prend forme autour de cet interrogatoire mené par plusieurs enquêteurs issus de services qui ne font que renforcer la part de mystère emanant de ce texte d’une redoutable habilité qui s’inscrit dans une dimension de réalisme à toute épreuve, bien éloigné de ces thrillers grotesques et outranciers. Ainsi, au gré de la progression de cet interrogatoire mystérieux, le lecteur sera balloté de certitudes en retournements de situation semant à nouveau le doute que Frédéric Andrei met en scène avec un immense talent pour faire en sorte de nous immerger au sein de cet univers étrange des sleuthers, véritable incarnation d’égocentrisme et de vanité que l’auteur a su retranscrire à la perfection dans L’Homme Assis Au Carrefour De Chabottes qui se lit quasiment d’une traite. Un sans faute pour ce romancier qui sera présent à l’occasion du festival Libri Mondi broie du noir qui se tiendra le samedi 30 mai 2026 à Luri en Corse. 

     

     

    Frédéric Andrei : L'Homme Assis Au Carrefour de Chabottes. Editions La Manufacture de livres 2025.

    A lire en écoutant : The Magnificent Seven de The Clash. Album : From Here to Eternity. 

  • DONALD RAY POLLOCK : KNOCKEMSTIFF, OHIO. ETENDS-LE, RAIDE !

    IMG_4343.jpegLu dans le cadre du festival Libri Mondi broie du noir (30 mai 2026).

     

    C’est encore une fois Philippe Garnier, journaliste, traducteur et immense chantre de la littérature américaine qui nous balançait à la gueule, comme ça, presque l’air de rien, une trouvaille de son cru, à savoir ce légendaire recueil de nouvelles, au titre imprononçable d’un bled perdu de l’Ohio, qui amorçait les débuts tardifs de la carrière de ce romancier hors norme. Donald Ray Pollock débarquait donc ainsi en France, en 2008 avec Knockemstiff publié initialement aux éditions Buchet Chastel avant de paraître en version poche dans la collection Libretto pour faire tout dernièrement l’objet d’une réédition chez Albin Michel en intégrant la collection  Terres d’Amérique  dirigée par Francis Geffard qui a contribué à sa notoriété en publiant son roman emblématique, Le Diable Tout Le Temps ainsi qu’Une Mort Qui En Vaut La Peine, malheureusement un peu plus confidentiel en dépit du fait qu’il m’apparaît comme beaucoup plus abouti. Hormis la préface qu’il a rédigée en 2018, pour  Un Jardin De Sable (Monsieur Toussaint Louverture 2018) d'Earl Thompson dont il est un grand admirateur et qui l’a grandement inspiré, tout comme Flannery O’Connor qu’il cite régulièrement lors des rares entretiens qu’il accorde aux médias, on était un peu sans nouvelle de ce romancier qui se fait bien trop rare et dont on désespère de lire un prochain roman qui se fait désirer. Quoi qu’il en soit, Donald Ray Pollock entame une tournée en France à l’occasion des célébrations du 30ème anniversaire de la collection Terres d’Amérique dont il est devenu l’un des auteurs phares ce qui lui donnera l’occasion de présenter Knockemstiff, Ohio dans sa traduction révisée par Philippe Garnier himself tout en bénéficiant d’une nouvelle inédite, tandis que Le Diable Tout Le Temps est désormais agrémenté d’une préface de Marie Vingtras proclamant sa fascination pour ce texte qui l’a ébranlée. Il faut dire que la fascinante petite musique de Donald Ray Pollock sonne extrêmement juste pour ce qui est de restituer les affres de cette population des USA à la marge qu’il a côtoyée toute sa vie et plus particulièrement lorsqu’il a travaillé durant plus de trois décennies en tant qu’ouvrier dans la puanteur de l’usine de papier de Chillicothe, dans le sud de l'État de l'Ohio, unique vecteur d’emploi de cette région qu’il affectionne toujours autant en dépit  des galères qui ont marqué sa vie que ce soit l’alcool, les divorces et la drogue. Cette fameuse petite musique, vous pouvez en avoir un bel aperçu dans l’adaptation au cinéma de son ouvrage Le Diable Tout Le Temps, où il endosse la fonction de narrateur dans la bande-son en VO avec cette voix légèrement rauque s’agrégeant parfaitement à l’âpreté du texte. Et c'est donc tout cet univers de douleur et de violence que l'on retrouve dans ce sublime recueil rassemblant 19 nouvelles où l’on explore cette région désolée de Knockemstiff, Ohio, avec la certitude qu’il ne sortira rien de bon de ce bled paumé, aujourd’hui complètement abandonné tous, telle une des nombreuses localités fantômes qui jalonnent le pays.

     

    IMG_4347.jpegDu côté de l’Ohio, si vous débarquez du côté de Knockemstiff, comme ce couple californien, on se dira que vous vous êtes sans doute égarés dans cette combe désolée qui vous contraindra à faire demi-tour. Mais pour ne pas perdre votre temps, vous frair comme eux et et prendre quelques photos des pancartes figées par le temps qui ornent le magasin de Maude, unique commerce de ce patelin perdu. Hormis l'employé qui y travaille plus de dix heures par jour, vous croiserez peut-être Jack Lowry, un gars un peu bizarre qui traine également du côté de Dynamite Hole, un endroit infesté de vipères cuivrées, qu'il a attrapées durant tout le cours de l'été. Au Torch Drive In, il ne vaut mieux pas se frotter à Vernon, un brin agressif lorsqu'on le contrarie devant son gamin, tandis que sa femme cuve sur le siège passager de la voiture. Pour boire un verre, il y a le Hap's qui ne sert pas à manger. Wanda, la barmaid, pourra vous fournir quelques gélules d'amphétamine sous le regard de Bobby Lowe et de son pote Frankie Johnson, deux habitués des lieux quand ils ne sont pas trop défoncés. Ils arpentent parfois la région à bord d'une Super Bee, modèle 69 jaune canari et à ce moment-là, il est préférable de vous ranger sur le bord de la route. Les poules des environs ont eu de mauvaises expériences avec ses deux lascars. Et puis lorsque vous quitterez Knockemstiff, vous passerez à nouveau sur le Schott's bridge et apercevrez Todd qui s'est hissé sur la rambarde du pont et qui regarde fixement les flots en attendant je ne sais quoi. Ils sont vraiment cinglés ces gens-là.

     

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    Et à l’occasion de sa tournée en France, vous pourrez rencontrer Donald Ray Pollock au festival Libri Mondi broie du noir qui se tiendra le samedi 30 mai 2026 à Luri en Corse. Un rendez-vous à ne pas manquer.

     

    Donald Ray Pollock : Knockemstiff, Ohio (Knockemstiff). Editions Albin Michel. Collection Terres d'Amérique 2025. Traduction de Philippe Garnier, révisée en 2025 pour la présente édition.

    A lire en écoutant : Last Train to Clarksville de The Monkees. Album : The a's, The B's & The Monkeys. 2026 Rhino Entertainment Company.