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  • Victor Del Árbol : Le Temps Des Bêtes Féroces. Partie de chasse.

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    Chez Actes Sud, le marketing a ses raisons que la raison ignore, ce qui fait qu'Aux Animaux La Guerre (Babel 2026), premier roman de Nicolas Mathieu, a désormais intégré la collection blanche de Babel en se débarrassant ainsi de l'infâme label noir qui ornait sa couverture faisant d'ailleurs l'objet d'une nouvelle illustration afin de célébrer ce transfert salutaire. On rétorquera que le récit se situait à la lisière des genres avec une connotation sociale extrêmement dense qui semble donc avoir supplanté les codes du roman noir. Et il est vrai que plusieurs auteurs de la collection Babel Noir se placent à la frontière de ces fameux codes de la littérature noire à l'instar de Victor Del Arbol que l'on découvrait, il y a de cela 15 ans avec La Tristesse Du Samouraï (Babel noir 2013) qui s'inscrivait davantage dans un registre de roman noir aux accents mélancoliques que de pur polar, un paradoxe pour celui qui a exercé la profession de policier durant une vingtaine d'année en tant que patrouilleur auprès de la police autonome catalane avant d'intégrer la brigade des mineurs puis d'officier au sein du service de protection des hautes personnalités. Un parcours d'autant plus atypique pour celui qui fut, dans sa jeunesse, séminariste durant cinq ans avant de bifurquer vers un cursus universitaire où il obtint une licence en histoire auprès de l'université de Barcelone. Et c'est probablement cette trajectoire peu commune qui imprègne l'oeuvre singulière de celui que l'on peut considérer comme un romancier d'envergure, tant en France qu'en Espagne et dont certains ouvrages furent récompensés de quelques prix prestigieux comme le Grand Prix de la Littérature Policière célébrant Toutes Les Vagues De L’Océan (Babel noir 2017), tandis que le prix Nadal, équivalent du prix Goncourt en Espagne, rendait hommage à La Veille De Presque Tout (Babel noir 2019), autre roman majeur de Victor Del Árbol qui puise son inspiration dans les aspects sombres de l'histoire contemporaine rejaillissant immanquablement dans le passif de personnages à la fois complexes et nuancés. Et alors que ses huit premiers livres étaient des récits indépendants, son dernier ouvrage, Le Temps Des Bêtes Féroces, marque un tournant en rassemblant les personnages de son livre précédent, Personne Sur Cette Terre (Actes Noir 2025), qui met notamment en scène un sicario à la fois nihiliste et  mystérieux, donnant son titre à ce qui s'annonce comme la trilogie du tueur à gage sans nom.

     

    victor del arbol,le temps des bêtes féroces,actes sud,actes noirs,blog littéraire,blog mon roman noir et bien serré,parution 2026,littérature espagnole,roman noir,roman policier,littérature noire,chronique littéraire,festival libri mondiEn cette belle soirée printanière, alors qu’elle vient de terminer son service au sein de l’hôtel où elle travaille, la jeune femme fait un détour pour rentrer chez elle à vélo en empruntant la route escarpée qui longe la côte de Lanzarote. Mais l’escapade tourne court lorsqu’une voiture la percute violemment en la laissant pour morte, avant de prendre la fuite. Fraichement muté sur l’île alors qu’il est proche de la retraite, c’est au sous-inspecteur Soria qu’échoit l’enquêtede délit routier qui prend une toute autre envergure lorsqu’il s’aperçoit que la victime s’est enfuie sans demander son reste. Il faut dire que l’enquête déclenche aux quatre coins du monde toute une série d’événements apparement sans lien qui vont pourtant trouver leur origine, 15 ans plus tôt, dans cette tragédie qui a frappé ce couple, accompagné de leurs deux enfants, qui parcourait la crête des montagnes Volujak marquant la frontière entre le Montenegro et la Bosnie-Herzégovine en proie à une guerre ethnique qu’ils cherchent à fuir. 

    victor del arbol,le temps des bêtes féroces,actes sud,actes noirs,blog littéraire,blog mon roman noir et bien serré,parution 2026,littérature espagnole,roman noir,roman policier,littérature noire,chronique littéraire,festival libri mondiIl importe de souligner qu’il est impératif de lire Personne Sur Cette Terre avant d’entamer Le Temps Des Bêtes Féroces où l’on retrouve donc l’ensemble des protagonistes, quelques années plus tard, et dont il s’agit  d’assimiler les trajectoires afin de saisir les motivations qui le poussent à agir d’une certaine manière en fonction des événements qui surviennent dans le cadre d’un récit extrêmement dense qui nécessitera une certaine concentration afin de ne pas se perdre dans la multitude de personnages qui alimentent une intrigue en forme de puzzle, se révélant parfois un peu confuse. Et pour celles et ceux qui ont lu l’ouvrage précédent, il y a de cela presqu’une année, il ne sera pas superflu de le parcourir rapidement pour s’imprégner à nouveau du contexte général, à savoir la mondialisation du crime organisé s’agrégeant à l’univers entrepreneurial à l’échelle internationale en plein essor. A partir de là, il faut prendre conscience que que Le Temps Des Bêtes Féroces va nous entraîner d’un pays à l’autre que ce soit l’Espagne bien sûr, mais également le Mexique, les Etats-Unis ainsi que l’Italie qui vont donner corps à cette mondialisation criminelle. Mais l’intrigue se focalise également sur les territoires de l’ex-Yougoslavie, devenant le théâtre, durant la guerre qui a déchiré  le pays, d’exactions abjectes faisant d’ailleurs l’objet d’enquêtes récentes défrayant l’actualité et que l’on ne révélera pas afin de ne pas gâcher la lecture du roman. Comme à l’accoutumée, ce sont les réminiscence du passé qui vont animer la galerie d'individus que l’on a plaisir à retrouver, à l’instar de ce mystérieux tueur à gage mexicain dont certains aspects de sa personnalité vont nous être dévoilés. On en saura également davantage sur le sous-inspecteur Soria qui va conduire cette enquête complexe où il côtoiera son ancienne partenaire, Virginia Ortiz, travaillant désormais pour son père, à la tête d’un gros consortium d’entreprises qu’il dirige d’une main de fer. C’est autour de la personnalité de cette femme ambivalente que Victor Del Árbol va aborder le thème de l’éthique professionnelle se heurtant à la loyauté vis à vis de la famille dans ce qui va apparaître comme un conflit intérieur par rapport à l’image que cette cheffe d'entreprise veut donner à l’extérieur et plus particulièrement auprès de sa fille avec laquelle elle va tenter de se rapprocher tout en préservant ses acquis. Si l’on s’égare parfois dans les méandres d’une intrigue touffue, le romancier fait en sorte de cadrer ce récit en dépit de petites confusions dans les prénoms durant des échanges entre les protagonistes (page 333) qui sont vraiment trop nombreux ce qui fait que certains d’entre eux perdent de leur substance à l’exemple de Julián Leal qui apparaît comme un fantôme impavide. Il n’en demeure pas moins que les mécanismes du récit fonctionnent parfaitement afin de mettre en lumière l’ensemble de ces prédateurs cruels asservissant leurs entourages respectifs qui vont s’agréger les uns aux autres  pour former cette caste redoutable d’ultra riches, véritables bêtes féroces, régnant  sans partage sur le monde qui nous entoure et dont le temps ne semble pas compté. On aura la réponse avec le troisième volume qui a déjà paru en Espagne au mois de janvier 2026 sous le titre Las Buenas Intenciones auprès de la maison d’éditions Destino et dont on attend bien évidemment la traduction en français avec une fébrile impatience. En attendant, vous pouvez vous  rendre au festival Libri Mondi broie du noir qui se tiendra le samedi 30 mai 2026 à Luri en Corse, où vous aurez l’occasion de rencontrer avec Victor Del Árbol qui se livrera sur son travail d'écriture, ceci dès 14h00.

     

    Victor Del Árbol : Le Temps Des Bêtes Féroces (El Tiempo de las Fieras). Editions Actes Sud/Collection Actes Noirs 2026. Traduit de l'espagnol par Alexandra Carrasco.

    A lire en écoutant : If I Should Fall Behind de Bruce Springsteen. Album : Lucky Town. 1992 Bruce Springsteen.

  • Yvan Robin : Bagarre / Lionel Destremau : Voir Venise… Nuits d’enfer.

    IMG_3567.jpegIl y a indéniablement l’amour des beaux textes qui réunit ces deux romanciers de la littérature noire et probablement toute une multitude d’autres points communs que l’on pourrait évoquer dans leurs parcours d’écriture à l’instar de leurs dernières publications respectives s’inscrivant toutes deux dans un format court pour décliner le thème de la soirée qui va mal tourner. On connaît Yvan Robin pour sa passion du mauvais genre qu’il  met en avant par le biais de ses romans dont Après Nous Le Déluge (J’ai Lu 2023), intrigue apocalyptique aux relents de fin du monde, à la fois âpre et poétique, mais aussi d’autres publications comme cette passionnante rétrospective de l’oeuvre d’Hervé Le Corre, dont on prend la mesure au gré d’un entretien fleuve incisif que l’on retrouvera dans Hervé Le Corre, Mélancolie Révolutionnaire (Playlist Society 2024). Critique littéraire, poète, éditeur et directeur du festival Livre en poche qui se tient chaque année à Gradignan, Lionel Destremau est notamment l’auteur de Gueules D’Ombre (La Manufacture de livres 2022) et de Jusqu’à La Corde (La Manufacture de livres 2023), deux romans prenant pour cadre la ville fictive de Carena, tandis qu'Un Crime Dans La Peau (La Manufacture de livres 2025) s’affiche comme le récit romancé d’un fait divers se déroulant dans le Lyon des années trente, en s’attachant au parcours de deux marginaux cherchant à s’extraire de leur condition.  C’est d’ailleurs autour d’un récit également romancé que prend forme Bagarre, nouveau roman d’Yvan Robin relatant par le menu détail l’affrontement dantesque qui s’est déroulé dans un établissement de Jonzac, en Charente-Maritime, qui a été littéralement mis à sac tandis qu’avec Voir Venise… de Lionel Destremau, c’est dans un palais de la Sérénissime que l’on va assister aux libations de nantis qui va virer au jeu de massacre en heurtant de plein fouet une modeste famille de touristes.

     

    IMG_4179.pngRésumé de Bagarre:

    Du côté de Jonzac, Sauveur fait partie de la communauté de gitans implantés depuis des lustres dans la région. Après avoir reçu une magistrale mandale  qui lui a démonté la mâchoire, c’est peu dire qu’il entretient une certaine rancoeur à l’égard de Virgile, le videur du Canotier, un établissement de la ville prisé pour ses karaokés endiablés du samedi soir, qui avait refusé de le laisser rentrer.  Mais les semaines ont passé et pour célébrer la fin des vendanges avec ses cousins, Sauveur est de retour en comptant bien profiter de la soirée. Pourtant, malgré la patience du patron, les gestes et comportements déplacés s’enchaînent au grand dam de Virgile qui va devoir recruter ses potes de toujours, avides de bagarre, pour faire en sorte de virer manu militari toute la clique imbibée d’alcool et de coke. Autant dire que la tâche ne va pas être facile alors que le pugilat tourne à la bataille rangée s’égrenant tout au long d’une nuit qui promet d’être longue.

     

    En publiant un texte chez In8, Yvan Robin intègre donc la collection Polaroïd, un format court, dont le directeur n’est autre que Marc Villard, grand façonnier de la nouvelle noire, qui a rassemblé toute une multitude d’auteurs qui se sont éprouvés à ce format bref, pour capter l’instantané du fait divers à l’instar de Nicolas Mathieu, de Jean-Bernard Pouy, de Marion Brunet, de Laurence Biberfeld, de Jérémy Bouquin, de Marcus Malte et encore bien d’autres qui comptent au sein de ce que l’on sait faire de beau dans la littérature noire. S’inspirant d’un fait divers datant de 1999 qui a marqué le bourg de Jonzac où il a vécu, Yvan Robin passe par le menu détail tous les aléas d’une bagarre dantesque débutant au Canotier, un bar karaoké de la ville, pour déborder, durant la nuit, dans les quatre coins de la localité. Ayant rassemblé, 25 ans plus tard, les points de vue des protagonistes de l’événement, il déclinera, sous une forme romancée bien tendue, tous les enchainements de ce conflit nocturne qui ne semble pas vouloir prendre fin et qui s’inscrit dans une dimension sociale où l’on passe en revue tout ce petit monde de la nuit qui se côtoie, mais où l’on perçoit quelques ressentiments sous-jacent notamment vis à vis de la communauté de gitans qui se sont implantés dans la région. On assiste à un bal dantesque de gueules et de membres fracassés, de plaies et de fractures qui s’enchainent au rythme de l’échange de coups de poing ornés de bagouses en acier et de coups de pied qui déboitent les rotules, dans ce qui apparait comme une véritable bataille rangée entre videurs avides d’en découdre et gitans complètement défoncés. Mais à mesure que le pugilat s’enfonce dans une spirale de violence de plus en plus incontrôlable, on capte également l'affolement de la clientèle prise à partie ainsi que le désarroi des gendarmes quelque peu dépassés par l’ampleur de la fureur des belligérants. Tout cela se met en place dans une atmosphère chargée de testostérone qu’Yvan Robin a su restituer avec une belle justesse de ton, tout en capturant à la perfection l’ambiance de cette époque de la fin des années 90 qui imprègne ce texte solide qui va raviver bien des souvenirs lointains, de ces soirées un peu dingues prenant pour cadre ces régions rurales pas si tranquilles que ça.

     

    Capture d’écran 2026-04-19 à 19.09.18.pngRésumé de Voir Venise... :

    A Venise, des invités triés sur le volet s’agglutinent aux portes du Palazzo Erizzo où se tient un fête somptueuse, véritable bacchanale déjantée, qui tournent au jeu de massacre à mesure que les participants consomment une drogue synthétique qui libèrent en eux des pulsions meurtrières. Séjournant dans l’appartement voisin avec sa petite famille, c’est Paul Fichard qui découvre l’ampleur du désastre. Des vacances qui risque donc de tourner court. Mais plutôt que d’aviser la police, il s’empare de l’argent et d’une partie de la drogue restante pour planquer le tout dans une consigne. Tout cela à l’insu de sa femme et de ses deux petites filles. C’est le début des ennuis qui vont s’enchaîner de manière tumultueuse.

     

    Avec Voir Venise… c’est l’occasion de découvrir Melmac éditions et sa collection Esprit Noir dont de nombreux textes sont dédiés à Marseille et ses environs. Fondée par Patrick Coulomb, Journaliste, romancier, lui même natif de la cité phocéenne, la maison nous offre tout un panel de textes s’insérant dans des genres différents  que ce soit la SF ou la vibration urbaine se déclinant dans une dimension éditoriale imprégnée de liberté, ce qui n’a pas de prix de nos jours où la concentration des médias aux mains de milliardaires devient un véritable piège.  Ce souffle de liberté, on le retrouve dans ce nouveau roman de Lionel Destremau qui s’empare du décor de la Sérénissime pour le faire véritablement voler en éclat. Exit donc cette atmosphère romantique et mystérieuse qui plane habituellement sur la lagune pour plonger dans le rythme infernal d’une fête huppée se déroulant dans l’un de ces fameux palazzos somptueux qui va basculer vers une espèce de folie meurtrière avec des convives sous l’emprise d’une redoutable drogue de synthèse libérant leurs pires instincts tandis que les organisateurs, tentant de contenir les débordements, prennent le parti de s’entretuer afin limiter les dégâts. Ainsi, dans cette première partie, Lionel Destremau passe en revue la montée crescendo de ce qui apparait comme une véritable orgie de sexe, de drogue et de sang au gré de scènes dantesques qui basculent dans un registre burlesque, littéralement jubilatoire. Dans la seconde partie, le romancier s’attarde sur le parcours de Paul Fichard, ce père de famille qui veut s’extraire de sa condition morne et sans fard, dépeinte avec ce cynisme digne des meilleurs textes de Manchette et qui bascule dans une tragédie tempétueuse, c’est le moins que l’on puisse dire. Il faut dire qu’en dépit d’un contexte hors norme, basé sur la réalité de ses drogues de synthèse et de leurs effets destructeurs, Lionel Destremau s’emploie à faire en sorte de mettre en scène une intrigue solide qui tient toute ses promesses jusqu’à la dernière ligne d’un épilogue nous offrant encore quelques perspectives sombres quant au devenir de certains protagonistes de ce récit qui ne manquera pas de vous secouer. Bref et percutant, Voir Venise… est donc un pur bonheur de lecture pour les amateurs de romans noirs cyniques et déjantés.

     

    Lionel Destremau : Voir Venise... Editions Melmac/Esprit Noir 2026.

    Yvan Robin : Bagarre. Editons In8 / Collection Polaroïd 2025.

    A lire en écoutant : Baston de Renaud. Album : Marche à L’Ombre. 1984 Polydor.

     

     

  • Damien Igor Delhomme : La Chance Rouge. Le phare.

    Capture d’écran 2026-03-11 à 11.25.18.pngService de presse.

    S'il officie en tant que cadre pour le journal Libération, on trouve sa signature pour quelques chroniques que l’on découvrira dans la rubrique Jeudi Polar du quotidien où il évoque les oeuvres conventionnelles (trop convenues ?) de Camilla Läckberg, de Franck Thilliez et de Jean-Christophe Grangé mais également celles qui font davantage autorité à l'instar de Stephen King et de Colson Whitehead ce qui nous permet d'entrevoir le large spectre d'inspiration dans lequel il a pu puiser pour se lancer dans l'écriture de son premier roman, La Chance Rouge publié auprès des éditions Agullo dont on connait le degré d'exigence en matière de textes de qualité. Mais c’est peut-être aussi la magie dont il est amateur, qui a conduit Damien Igor Delhomme à aborder ce sujet de l’étude scientifique de la manipulation mentale et plus particulièrement du facteur chance en prenant pour décor une ville reculée de la Sibérie aux mains de militaires et de scientifiques oeuvrant pour les autorités politiques de l’URSS en pleine guerre froide. Et si l’on se penche sur la filmographie que le romancier évoque sur les réseaux, il faudra mentionner quelques films cultes Capture d’écran 2026-03-11 à 11.27.09.pngà l’instar de 13 Tzameti du réalisateur géorgien Gela Banluani et de Intacto de l’espagnol Juan Carlos Fresnadillo traitant le thème de la chance dans un registre terrifiant tout comme The ManchurianCapture d’écran 2026-03-11 à 11.29.35.png Candidate (Un Crime Dans la Tête) de John Frankenheimer tout droit inspiré du programme MK Ultra que la CIA a mis en place en 1953 dans l’intention d’identifier les méthodes visant à contrôler et manipuler le comportement et l’esprit humain et que Damien Igor Delhomme mentionne dans son roman où il imagine son corollaire version soviétique qu’il met en scène avec une réalisme effarant dans ce qui apparaît comme un complot d’état. D’ailleurs, à la lecture de La Chance Rouge, on ne peut manquer de mentionner toute la maîtrise narrative rappelant furieusement l’admirable Partie De Chasse, bande dessinée Capture d’écran 2026-03-11 à 11.31.22.pngemblématique d’Enki Bilal et de Pierre Christin abordant également cette période trouble de l’ère Brejnev. Infusant ainsi toute une myriadeCapture d’écran 2026-03-11 à 11.32.25.png de références au gré d’une intrigue passionnante, il sera possible d’évoquer certaines d’entres elles  en allant à la rencontre de Damien Igor Delhomme présent notamment aux Quais Du Polar à Lyon, ce qui est plutôt de bon augure pour un primo romancier  qui a eu l’heur de séduire le comité de sélection du prestigieux festival.

     

    damien igor delhomme,la chance rouge,éditions agullo,parution 2026,littérature noire,thriller fantastique,blog littéraire,blog mon roman noir et bien serré,actualité littéraire 2026En 1969, à la lecture d’un article mentionnant les progrès des américains dans le domaine du contrôle mental, Leonid Brejnev, secrétaire général du parti communiste de l’Union  Soviétique, s’est mis en tête de se lancer dans la course. C’est ainsi qu’apparait, 2 ans plus tard, aux confins de la Sibérie, Mayak Severa, véritable ville laboratoire ne figurant sur aucune carte. A la tête de ces expérimentations, il y a le Dr Viktor Petrov, scientifique nouvellement réhabilité par le régime, qui est persuadé que l’on peut maîtriser la chance. Il constitue ainsi une équipe de savants qui vont l’appuyer dans ses démarches tandis que les autorités militaires vont se charger de déplacer par la force le peuple autochtone des evenks qui vont s’intégrer à la communauté des colons pour former ainsi un terreau fertile visant à étudier tout un panel de manipulations visant à contrôler l’esprit de l’ensemble de la population. Parmi tous ces cobayes humains à disposition, il y a les enfants dont le sujet 27, une fillette evenks prénommée Saskia qui semble se distinguer singulièrement en matière de chance en déjouant tous les pronostics. Mais au-delà, de l’aspect révolutionnaire de ces recherches, les militaires se tiennent en embuscade, prêts à prendre le relais afin de faire en sorte que ces projets scientifiques basculent vers une dimension plus belliqueuse dans ce contexte de tension de la guerre froide où la maitrise de la pensée et du comportement devient l’enjeu crucial pour assoir son autorité idéologique. Devenant la proie de ces enjeux ambitieux et révolutionnaires, comment Saskia survivra-t-elle au sein de cet environnement délétère où les ambitions les plus folles semblent dénaturer toute raison gardée ?

     

    On saluera d’emblée l’approche narrative singulière prenant la forme d’un dossier que l’on aurait constitué en puisant dans les archives de ce projet scientifique dont on va découvrir les origines, la mise en oeuvre, ainsi que son apogée et son déclin au fil de circonstances dantesques. On consulte ainsi une multitude de journaux intimes, de rapports, de retranscriptions d’enregistrements issus d’écoutes, de pv de séances qui nous permettent de prendre la mesure des enjeux qui se trament au sein de  Mayak Severa, cette ville laboratoire sibérienne fabriquée de toute pièce et dont l’existence est tenue secrète afin de se livrer en toute quiétude à des expérimentations hors norme. Ainsi Damien Igor Delhomme retranscrit avec une grande habilité les ambitions parfois contradictoires de chacun de protagonistes d’où émerge en permanence cette crainte de déplaire à une chaîne hiérarchique impitoyable des autorités soviétiques. A partir de là, on ressent une tension permanente qui anime ce récit très rythmé et sans aucun temps mort tandis qu’apparaissent les exactions de chacun des personnages ne s’embarrassant d’aucun scrupule pour arriver à leurs fins. Et il faut bien admettre que l’on ne trouvera guère de héros au sein de cette communauté disparate, composée de scientifiques, de militaires, de colons et d’autochtones dont on découvrira l’évolution des interactions sociales au gré des différentes expérimentations parfois terrifiantes qui touchent l’ensemble de la population de cette ville. Dans cette foire cruelle aux expériences scientifiques dévoyées, se dessine peu à peu, les contours d’une dimension surnaturelle inquiétante que le peuple des Evenks semble inclure dans un cadre spirituelle qu’il tente de dissimuler au mieux des oppresseurs russes déterminer à étudier cette chance peu commune dont sont dotés certains individus parmi lesquels figure Saskia, une fillette aux pouvoirs divinatoires hors du commun qui fascine la communauté scientifique persuadée de pouvoir mettre à jour le facteur chance. Tout cela se décline sur un registre extrêmement réaliste, sans jamais abuser de ces pouvoirs paranormaux  qui demeurent extrêmement contenus, en faisant en sorte d’exercer ainsi davantage d’étrangeté dans ce qui apparaît comme une intrigue passionnante s’agrégeant parfaitement au contexte géopolitique de cette époque soviétique de la guerre froide que Damien Igor Delhomme est parvenu à reconstituer avec une redoutable maîtrise tout en développant une galerie de personnages ambivalents qui se révèlent finalement peu recommandables au sein d’un environnement délétère où l’ambition côtoie la terreur. Un roman magistral.

     

    Damien Igor Delhomme : La Chance Rouge. Editions Agullo 2026.

    A lire en écoutant : The Call of The Flow d'Asap Avidan. Album : Unfurl. 2025 Telmavar Records Ltd.

  • BENJAMIN DIERSTEIN : 14 JUILLET. LEGION DU ROY.

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    Service de presse.

     

    Il aurait pu rester accroché au comptoir d’un rade perdu de la Bretagne ou errer dans quelques landes de France et de Navarre au détour de raves sauvages et déjantées où il a officié en tant que producteur de musique techno du méchant label rennais Tripalium. Mais après plusieurs année festives, Benjamin Dierstein a eu la bonne idée de ressortir de ses tiroirs quelques textes aux allures de scénario qui n’ont pas abouti, faute de réseau adéquat dans l’industrie du cinéma. A partir de là, démarre ainsi la carrière d’un romancier hors norme qui s’inscrit dans le sillage de James Ellroy afin de décliner une fiction s’agrégeant aux événements qui ont marqué la France durant les année Sarkozy-Hollande des années 2010 et dont on saisit l’ampleur dans ce qui apparaît comme la première trilogie de l’auteur débutant avec La Sirène Qui Fume (Point/Policier 2019) pour se poursuivre avec La Défaite Des Idoles (Point/Policier 2021) avant de s’achever avec La Cour Des Mirages (Les Arènes 2022).C’est à Aurélien Masson, vibrionnant éditeur et véritable découvreur de talent, que l’on doit donc l’émergence de ce romancier qui a su transcender le style ellroyen pour se l’approprier dans ce qui se définit désormais comme une écriture aussi explosive qu’efficace qui fait que l’on peut aborder ses textes avec une aisance déconcertante en dépit de la multitude de personnages qui traversent les intrigues et des événements historiques qui s’enchainent à un rythme frénétique mais que l’on digère pourtant sans qu’il ne soit nécessaire d’avoir au préalable des compétences que ce soit en histoire ou en géopolitique. Il n’en va pas autrement avec la seconde trilogie s’achevant sur le 14 Juillet et prenant pour contexte de cette période chaotique des années 80 où Mitterrand succède à Giscard  tandis que barbouzeries et écoutes illégales deviennent monnaie courante tout comme les attentats se succédant à un rythme effarant. Plus qu’une trilogie, on parlera davantage d’un texte de plus de 2500 pages, rédigé quasiment d’une traite, que l’on a subdivisé en trois ouvrages afin de le rendre plus maniable et dont le premier opus, Bleus, Blancs, Rouges (Flammarion 2025), désormais disponible aux éditions Folio, figure dans la liste des 50 meilleures ventes du circuit des libraires (source édistat) tout en étant couronné du prix Landernau et du prix Polar en séries 2025 du festival Quais du Polar. Avec la parution de L’Etendard Sanglant Est Levé (Flammarion 2025) à l’occasion de la rentrée littéraire 2025, on aura lu l’ensemble des trois ouvrages sur l’espace d’une année à peine avec cette sensation de déflagration imprégnant une intrigue sensationnelle dont l’énergie toute maîtrisée explose soudainement dans un déferlement de désillusions imprégnant l’ensemble de personnages inoubliables à l’instar de la troublante Jacquie Lienard. 

     

    benjamin dierstein,14 juillet,éditions flammarion,sortie littéraire 2026,blog mon roman noir et bien serré,roman noir,roman policier,littérature noire,blog littéraire,chronique littéraireJuillet 1982. C’est la consécration pour Jacquie Lienard, inspectrice auprès des RG, qui intègre désormais la cellule antiterroriste de l’Elysée, sous l’égide des officiers du GIGN qui répondent aux ordres directs du président François Mitterrand et son chef de cabinet François de Grossouvre. C’est l’occasion pour la jeune femme de poursuivre sa traque de la mystérieuse Khadidja Ben Bouazza, cette ancienne militante du FLN qui alimente désormais en arme les groupuscules de l’OLP, d’Action Directe et du FLNC avec l’appui de l’ex-policier Jean-Louis Gourvennec qui opère sur le territoire français en convoyant des explosifs à destination de l’extrême gauche révolutionnaire. Elle n’est pas la seule sur le coup et doit damner le pion à Marco Paolini, inspecteur en disgrâce affecté à la DST ainsi qu’à Robert Vauthier qui fraye avec la DGSE en opérant désormais du côté du Liban en pleine ébullition. Ainsi, au rythme des affaires et scandales alimentant la chronique politico-judiciaire en servant les intérêts d’une extrême-droite en pleine ascension, les investigations de Lienard, Gourvennec, Paolini et Vauthier vont converger vers Beyrouth où s’est réfugiée celle qui détient les secrets inavouables d’une République qui n’en a plus que le nom. 

     

    Aucune baisse de régime pour cet ultime opus qui se décline dans la même intensité que les deux précédents volumes où l’on découvre les ultimes soubresauts  de ces quatre comparses que sont Jacquie Lienard, redoutable flic des RG possédant quelques prédispositions pour la manipulation dont son indic, le brigadier Gourvennec qui en fera les frais lors de sa mission d’infiltration au sein des cellules révolutionnaires armées de l’extrême-gauche pour finalement embrasser la cause en important armes et explosifs dans tout le pays dont la Corse où il a trouvé refuge. Mais traqué de toute part, le flic déchu devra affronter Robert Vauthier plus enclin à diriger ses affaires en lien avec le milieu du grand banditisme prenant son essor dans l’ambiance fiévreuse des boites de nuit parisiennes en frayant avec les stars du show-business tandis qu’une étrange maladie commence à décimer les rangs de sa clientèle. Mais alors que Vauthier rempile comme mercenaire pour plonger dans le bourbier libanais, on retrouvera également un Marco Paolini en plein désarroi qui va notamment enquêter du côté des syndicats d’extrême-droite de la police et des reliquats du Sac désormais dissous, en assistant à la montée en puissance d’un certain Jean-Marie Le Pen qui va bousculer l’échiquier politique en minant les ambitions des socialistes qui sont à la peine. Pour en avoir la pleine vision, que ce soit l’attentat de la rue des Rosiers, l’interpellation des irlandais de Vincennes, les attentats du FLNC qui secouent la Corse ou ceux qui plongent Beyrouth dans le chaos, Benjamin Dierstein s’emploie à décortiquer les grandes affaires qui ont entaché le règne présidentiel de François Mitterrand, grande figure historique de l’époque, que Jacquie Lienard va côtoyer de très près en nous entraînant dans les coulisses d’un pouvoir dévoyé. Ainsi, comme une immense déflagration, l’intrigue part dans tous les sens, sans pour autant nous perdre dans la multitude d’entrelacs sous-jacents que l’auteur rassemble d’une main de maître au gré de dialogues incisifs et de phases d’action que l’on suit quasiment en immersion totale en accompagnant chacun de ces personnages troubles auxquels on ne peut s’empêcher de s'attacher. Il faut dire que l’écriture est au service d'un texte dense qui se veut à la fois incisif et efficace en allant à l’essentiel afin de distiller l’atmosphère de l’époque par le biais des encarts de la presse, des notes confidentielles mais également des tubes et des programmes télévisuels résonnant avec pertinence afin de conférer davantage de rythme à ce récit fiévreux et intense qui s’achève dans une véritable apothéose de désillusions républicaines  nous ramenant immanquablement à notre époque actuelle. Véritable feu d’artifice narratif, 14 Juillet met donc le point final, de manière magistrale, à cette trilogie dantesque qui tient toutes ses promesses et qu’il faut lire toutes affaires cessantes. Du grand art.

     

    Benjamin Dierstein : 14 Juillet. Editions Flammarion 2026.

    A lire en écoutant : Electric Cité de Téléphone. Album : Best Of. 2000 Parlophone Music.

  • Benjamin Dierstein : L'Etendard Sanglant Est Levé. Faut qu'ça saigne.

    benjamin dierstein,l’étendard sanglant est levé,éditions flammarion

    Service de presse.

    Même si l'équipe marketing de la maison d'éditions hurlera de désespoir, il ne faut pas compter pouvoir entamer ce pavé de plus de 900 pages sans avoir digéré les 763 feuillets de l'ouvrage précédent, composant ce qui apparaît comme une trilogie à venir de cette fresque dantesque du déclin du règne de Giscard de la fin des années 70 à l'avènement de l'ère de Mitterand des années 80 et de l’ensemble des affaires troubles qui jalonnent cette période. Mais que l'on ne s'inquiète pas trop car avec Benjamin Dierstein, la lecture file à une allure proche de la vitesse de la lumière lorsque l'on se plonge dans Bleus, Blancs, Rouges (Flammarion 2025) paru au début de l'année 2025, en allant à la rencontre de Jackie Lienard et de Marco Paolini, deux flics novices que tout oppose, tout en croisant également la route du brigadier Jean-Louis Gouvernnec, infiltré dans les groupuscules gauchistes proches d'Action directe et du mercenaire Robert Vauthier qui fraye avec les officines de droite en montant des coups tant en Afrique que dans le milieu des nuits parisiennes. Et c'est autour de ces quatre destins que la fiction s'agrège à la succession d'événements historiques ponctuant cette époque chaotique dans un jeu habile de fiction et de réalité prenant l'allure d'une intrigue policière survoltée s'entremêlant à ce qui se révèle être une espèce de jeu de pouvoir politique cruelle où la raison d'état légitime les actions les plus infâmes. Avec une aisance assez déconcertante, le lecteur va donc retrouver tout cela dans L'Etendard Sanglant Est Levé qui, après une brève incursion en 1965, nous embarque dans ce moment de bascule entre 1980 et 1982, de la campagne présidentielle à la prise de pouvoir des socialistes en bousculant la destinée de ce quatuor de flics et de barbouze toujours en quête de ce trafiquant d'arme qui alimente tous les réseaux des groupuscules révolutionnaire qui sévissent tant en France que dans le reste du monde. 

     


    benjamin dierstein,l’étendard sanglant est levé,éditions flammarionEn janvier 1980, c'est le marasme en France qui s'enfonce dans la crise économique en disant adieu aux trente glorieuses tandis que tous les services de police sont focalisés sur la traque des membres des groupuscules révolutionnaires qui sévissent dans le pays. Désormais infiltré dans le noyau dure d'Action Directe, le brigadier Jean-Louis Gouvernnec tente d'approcher Geronimo, ce marchand d'arme formé par les libyens et qui alimente tous les réseaux terroristes d'extrême gauche. C'est Jacquie Lienard, son officier traitant au RG qui est à la manoeuvre tandis que Marco Paolini, jeune flic intrépide de la BRI, tente également de soustraire tous les renseignements possibles pour localiser et identifier le mystérieux trafiquant d'arme. Mais tandis que la campagne présidentiel bat son plein, les deux inspecteurs vont devoir également compter avec Robert Vauthier, mercenaire de son état reconverti dans le milieu de proxénétisme et qui enflamme le monde de la nuit parisienne et de la jet set avec son dancing ultra sélect servant de couverture pour ses trafics destinés à alimenter l'armée de barbouzes sévissant au Tchad afin de traquer Geronimo qui a ses entrées auprès de la dictature de Kadhafi en pleine ébullition. Mais les événements vont prendre une autre tournure lorsque le terroriste Carlos débarque en France bien décider à imposer sa loi par tous les moyens en entraînant Jacquie Lienard, Jean-Louis Gourvennec, Marco Paolini et Roger Vauthier dans un univers impitoyable de violence et de corruption qui sévit jusqu'au plus haute instance d'un état de droit qui n'en a plus que le nom. 

     

    On retourne donc au charbon avec ce quatuor d'individus écorchés vifs que l'on accompagne avec une certaine fébrilité dans cet amoncellement d'affaires troubles qui marquent cette période à la fois explosive et porteuse d'espoir, mais dont on connaît déjà l'immense déception qu'elle va engendrer par la suite avec l'avènement d'un président Mitterand à la personnalité complexe qui s'ingénie dans les manoeuvres machiavéliques accompagné en cela de son bras droit, François de Grossouvre qui apparaît tout au long de cette intrigue se révélant encore plus dantesque que la précédente. C'est dans cette atmosphère fiévreuse que Benjamin Dierstein nous entraîne au gré d'un récit d'une grande tenue qui transcende ce schéma narratif si cher à James Ellroy avec ces encarts de titres de la presse de l'époque, ces extraits d'écoutes téléphoniques et ces retranscriptions de procès-verbaux, prémisses des intrigues dans lesquelles il va mettre en scène les quatre personnages fictifs qui vont alimenter la perspective des événements historiques de cette époque foisonnante où l'on croise, outre les politiques et autres hauts fonctionnaires de police, toute une galerie de personnalité de la jet set que ce soit Alain Delon, Thierry Ardisson, Jean-Paul Belmondo, Mireille Dara, Serge Gainsbourg et Jane Birkin pour n'en citer que quelques unes. Mais avec la tuerie d'Auriol ou l'attentat de la rue Marbeuf, ce sont également des individus inquiétants qui apparaissent dans les dédales de cette fresque historique, tels que Carlos, Jean-Marc Rouillan et Nathalie Mérnigon, Pierre Debizet et Jacques Massié ainsi que la cohorte de d'individus de la pègre qui vont s'entredéchirer dans des règlements de compte explosifs donnant tout son sens à ce titre du roman, L'Etendard Sanglant Est Levé. Tout cela, Benjamin Dierstein le décline avec cette habilité qui le caractérise désormais, au rythme d'une écriture serrée d'où émerge toute cette tension permanente alimentant un texte de haute tenue que l'on s'accaparera littéralement avec une certaine fébrilité à mesure que l'on progresse dans cet ensemble d'intrigues parallèles toutes aussi passionnantes les unes que les autres tout en guettant ces instants explosifs où le récit va basculer dans un déchainement d'une violence sans égale. Et puis, il faut bien admettre que l'on demeure assez impressionné par cette capacité de l'auteur à digérer une documentation conséquente qu'il restitue avec cette aisance saisissante, dans le cours d'une fiction qui se conjugue parfaitement avec les événements historiques qui prennent un tout autre éclairage, ce d'autant plus avec l'actualité du présent où un ancien président de la République vient d'être condamné pour des faits d'association de malfaiteur en lien avec des financements libyens. Autant dire que L'Etendard Sanglant Est Levé tient donc toutes ses promesses amorcées avec le premier volume et que l'on attend avec une impatience fiévreuse, le troisième ouvrage, dont on sait déjà qu'il s'intitulera 14 Juillet et qu'il paraîtra au mois de janvier 2026. 

     

     

    Benjamin Dierstein : L'Etendard Sanglant Est Levé. Editions Flammarion 2025.

    A lire en écoutant : Traffic de Bernard Lavilliers. Album : Métamorphose. 2023 Barclay.