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les dames de guerre

  • Chronique polar : Laurent Guillaume - China White. French Connection & Blue Magic.

    laurent guillaume,china white,les dames de guerre,roman noir,robert laffont,roman d'aventure,mon roman noir et bien serre,blog littéraireRetour de lecture sur  China White, troisième et dernier volume de la saga historique Les Dames De Guerre de Laurent Guillaume  (Éditions Robert Laffont/ La Bête Noire).

     

    Portrait :

    Durant une grande partie de sa carrière de policier, il a officié dans la lutte contre les stupéfiants, un engagement qui l'a notamment conduit à devenir conseiller au Mali et à s'intéresser à la dimension géopolitique des trafics ce qui lui permettra, après son départ de l'institution, de travailler comme consultant indépendant auprès de l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime.

    D'autre part, quand Laurent Guillaume se lance dans l'écriture et devient un auteur reconnu grâce à des fictions comme la série Mako, centrée sur un policier de la Brigade Anti-Criminalité où il a également été affecté, ou des ouvrages tels que Là Où Vivent Les Loups (Denoël 2018) et Un Coin De Ciel Brûlait (Michel Lafon 2021), il travaille parallèlement en tant que scénariste pour des séries télévisées telles que Section Zéro et Les Espions De La Terreur.

    Et c'est sans doute de cette conjonction entre son expertise sur terrain des stupéfiants et son activité de dramaturge que naquirent Les Dames De Guerre, une saga en trois volumes s'articulant autour du destin d'Elizabeth Cole, une reporter pour le magazine Life, s'inspirant du parcours de la photographe Lee Miller, qui pourrait être adaptée par le producteur du Bureau Des Légendes.

    Mais au-delà de l'itinéraire glamour de cette journaliste baroudeuse, c'est toute l'histoire géopolitique du commerce d'opium et d'héroïne que l'auteur va mettre en exergue dans les différents opus de cette trilogie débutant avec Saïgon (La Bête Noire 2024) où l'on découvre les contours de l'opération X, vaste réseau de contrebande du pavot servant à financer la guerre d'Indochine. Celle-ci se poursuit avec Opium Lady (La Bête Noire 2025) s'intéressant à la vie d'Olive Yang, une trafiquante notoire à la tête d'une milice armée opérant dans le fameux secteur du Triangle d'or, plus particulièrement dans le Kokang que Joseph Kessel a évoqué dans La Vallée Des Rubis (Folio 1994) et qui apparaît d'ailleurs fugacement au cours de l'intrigue.

    Enfin, c'est le déferlement de la drogue sur la ville de New York à la fin des années cinquante dont il va être question dans China White, dernier volet de la trilogie qui s'avère bien plus sombre que les deux volumes précédents avec l'emprise omniprésente de la mafia affiliée à la célèbre French Connection.

     

    laurent guillaume,china white,les dames de guerre,roman noir,robert laffont,roman d'aventure,mon roman noir et bien serre,blog littéraireRésumé :

    En 1958, lorsqu’elle revient à New York, Elizabeth Cole va tenter de renouer avec Lee, sa fille âgée de cinq ans qui est élevée par ses beaux-parents. Il faut dire que son ex-mari, assistant du procureur, est passablement occupé par le phénomène de la drogue qui gangrène les quartiers de la ville.

    Pour y faire face, il a monté une task force dirigée par Devine Malone, un flic chevronné au caractère revêche. Au fil des investigations, ils mettent au jour une filière transitant par l’île de Cuba qu’ils vont tenter d’éradiquer avec l’aide d’Elizabeth, sous le couvert d’un reportage sur un certain Meyer Lansky, directeur de l’hôtel Riviera abritant le plus grand casino d’Amérique. Mais l’opération tourne au désastre, ce qui pousse la reporter-photographe à parcourir les quatre coins du monde afin de s’étourdir dans le travail.

    Et dix ans plus tard, la situation à New York a empiré avec l’apparition de la China White, un opiacé d’une rare pureté qui fait des ravages dans la population et qui risque bien de toucher les proches auxquels elle tient le plus.



    Retour de lecture :

    Comme pour les opus précédents, le lecteur croise dans China White une multitude de personnalités historiques ayant exercé une influence sur ce déferlement d’héroïne, mais s'étant aussi illustrées dans la lutte qui en découle au sein de la Grosse Pomme, laquelle apparaît plutôt flétrie à mesure que les quartiers défavorisés sont gangrénés par ce mal insidieux.

    Mais ce sont également des hommages à la fiction que l’on va retrouver dans ce roman avec des individus tels qu’Ed Cercueil ou Eddie « Popeye » Egan, qui surgissent au cours d’une intrigue saluant La Reine Des Pommes de Chester Himes pour l’un, et French Connection de Robin Moore pour le second, dont l’adaptation au cinéma par William Friedkin est devenue l’incarnation mythique d’une ville à l’atmosphère glauque, froide et pesante que Laurent Guillaume parvient à reconstituer avec ce mélange subtil d’imaginaire s’agrégeant à la réalité de l’époque.

    On accompagne tout d’abord Devine Malone, flic new-yorkais opiniâtre dirigeant une équipe d’enquêteurs chargée de mettre au jour les accointances entre la mafia et la French Connection qui inondent le pays avec leur marchandise sous l’égide de Santo Trafficante Junior, personnalité discrète, inquiétante et sans pitié à l’origine de ce réseau transitant par Cuba.

    C’est dans une seconde partie prenant pour cadre la région de La Havane qu’apparaît Elizabeth Cole, impliquée de manière indirecte dans les investigations diligentées par son ex-mari, nous permettant d’observer l’alliance entre la dictature de Batista et la famille Trafficante qui va prospérer grâce au jeu et à l’hôtellerie de luxe financés en grande partie par le commerce de stupéfiants lié à la pègre corse.

    Sur un registre à la lisière de l’enquête policière et du récit d’aventure, on distingue ainsi les passionnantes connotations géopolitiques de ce vaste marché international que Laurent Guillaume met en scène avec une force dramatique et une tension qui vont fragiliser cette reporter endurcie.

    Avec Blue Magic, troisième et dernière partie de l’intrigue, le titre fait allusion à la dénomination de cette fameuse héroïne China White que Frank Lucas, un gangster de Harlem, importa directement du Triangle d’or, sur fond de guerre du Vietnam et dont la trajectoire fut transposée à l'écran par le réalisateur Ridley Scott dans American Gangster.

    Dans une approche beaucoup plus réaliste, le récit suit Elizabeth Cole dans ses pérégrinations au Vietnam et en Thaïlande, où l’on distingue les contours d’une contrebande beaucoup plus âpre, bien éloignée du mythe hollywoodien avec lequel Laurent Guillaume prend ses distances sans pour autant sacrifier le suspense d’une trame qui peut se révéler parfois quelque peu décousue tant le sujet est vaste.

    Il n’empêche que l’on apprécie cette exploitation des faits réels de l’époque qui se mettent au service de la narration, à l’instar du fameux massacre de Mỹ Lai au Vietnam dont Elizabeth Cole va être la spectatrice, lui donnant l’occasion de se rendre à Bangkok où elle va dériver avant de revenir à New York en observant de manière indirecte la filière mise en place par Frank Lucas.

    Tout cela s'agence de manière habile, au gré d’une écriture sobre et efficace permettant de distiller une profusion d’événements prenants qui se succèdent à un rythme soutenu dont on ressort littéralement groggy.

     

     

    Laurent Guillaume : China White. Editions Robert Laffont/Collection La Bête Noire 2026.

    A lire en écoutant : People In Search Of A Life de Marc Dorsey. Album : Clockers (Original Motion Picture Soundtrack). 1995 On The Low.

  • LAURENT GUILLAUME : LES DAMES DE GUERRE / OPIUM LADY. LA VALLEE DE RUBIS.

    IMG_3472.jpegLa carrière était toute tracée en tant que capitaine au sein de la police nationale, affecté auprès des brigades de lutte contre la criminalité et les stupéfiants, où il était convenu qu’il n’était pas là pour enfiler des perles mais bien pour se frotter à la rue dont il a retranscrit certains aléas dans la trilogie Mako, une série de romans mettant en scène un policier de la BAC où il a officié. Mais même lorsqu’il s’investit définitivement dans l’écriture, Laurent Guillaume refuse de s’inscrire dans une routine à succès, préférant l’audace dans le changement avec des romans policiers aux allures de western comme Là Où Vivent Les Loups (Denoël 2018) mettant en scène un commandant de police à la fois irascible et attachant, muté dans une vallée perdue de la Haute-Savoie, ou un thriller oscillant sur le registre de l’aventure à l’instar d’Un Coin De Ciel Brulait (Michel Lafon 2021), prenant pour contexte la Sierra Leone et ses trafics de diamant mettant le pays à feu et à sang. Et puis il y a les essais abordant la criminalité en Afrique où il s’est rendu dans le cadre de coopérations policières avec plusieurs pays, ainsi que l’écriture de scénarios en collaborant notamment avec Olivier Marchal. Et c’est justement dans le domaine du scénario que s’inscrit Les Dames De Guerre dont les livres sont destinés à faire l’objet d’adaptations sous l’égide des producteurs du Bureau Des Légendes. Avec le premier volume intitulé Saïgon (La Bête Noire 2023) on découvrait la personnalité d’Elizabeth Cole, photographe new-yorkaise attachée à la page mondaine du magazine Life, qui va devenir reporter de guerre en couvrant le conflit de l’Indochine des année cinquante en pleine effervescence, au gré d’un récit, entre l’espionnage et l’aventure, que Graham Greene n’aurait pas renié. Avec Opium Lady, on retrouve donc Elizabeth Cole côtoyant Olive Yang, une princesse shan à la tête d’une milice armée œuvrant dans la légendaire région du Triangle d’Or où elle est considérée comme la reine de l’opium, objet de toutes les convoitises.

     

    laurent guillaume,les dames de guerre,opium lady,chronique littéraire,blog littéraire,blog mon roman noir et bien serré,roman d’aventure,triangle d’or,guerre indochine,parution livre 2025Birmanie, mai 1954. Elizabeth Cole arpente une vallée reculée du Kokang en compagnie du capitaine Louis Bremond et du sergent Joseph Bonardi, chargés de convoyer une cargaison d’opium arrimée à dos de mules afin de franchir les pistes escarpées de cette région hostile du Triangle d’Or. C’est à cette occasion que la jeune reporter photographe va rencontrer la mystérieuse princesse shan Olive Yang qui, contre toute attente, va se confier en dévoilant une partie de son parcours de vie chaotique l’ayant conduite à la tête d’une véritable petite armée entièrement dévouée à sa cause. Elizabeth en prendra la pleine mesure à l’occasion de l’acheminement d’une immense cargaison de drogue à Bangkok qui aiguise les convoitises en précipitant les deux femmes dans un tourbillon d’aventures où les trahisons et les échauffourées sont fréquentes dans cet environnement instable en proie aux conflits entre les différentes factions nationalistes luttant contre l’implacable armée populaire de libération de Mao désireuse d’étendre son influence communiste. Autant dire que le voyage ne sera pas de tout repos et qu’émergera, au coeur de ce tumulte, une relation forte entre la reporter américaine et la princesse birmane qui bouleversera leurs destinées respectives.

     

    On retrouve donc dans ce second opus le personnage fictif d’Elizabeth Cole, inspiré de la mannequin, photographe-reporter Lee Miller, tant dans son attitude que dans son parcours de vie, dont Laurent Guillaume emprunte également son véritable prénom qu’il attribue à cette héroïne émancipée bien avant l’heure, véritable baroudeuse s’aventurant dans cette région méconnue de la Birmanie que Joseph Kessel a dépeint dans La Vallée De Rubis (Gallimard 1955) et qui apparaitra d’ailleurs dans le cours de cette intrigue lui rendant hommage. Mais avec Opium Lady, c’est la fascinante trajectoire improbable d’Olive Yang, personnalité historique, que le romancier met en avant par le menu détail au gré des différents entretiens que cette princesse shan accorde à la journaliste américaine, véritable prétexte pour s’immerger dans la jeunesse trouble et chaotique de cette jeune femme qui va s’extraire de sa condition sociale due à son rang qui lui est imposé pour devenir une véritable cheffe de guerre à la tête de près d’un millier d’hommes que l’on surnomme les Olive Boy’s et avec lesquels elle met en place un imposant trafic d’or et d’opium en sillonnant les routes du Triangle d’or et en s’associant avec les troupes nationalistes luttant contre la montée en puissance de l’armée populaire de Chine dirigée par Mao Zedong. C’est ainsi que la personnalité hors du commun d’Olive Yang prend l’ascendant sur celle d’Elizabeth Cole qui demeure quelque peu en retrait en observant les rivalités entre les différentes forces armées en quête de cet opium qui devient l’enjeu central de la région afin de financer la lutte armée avec le soutien de la CIA et de cette fameuse compagnie Air America qui apparaît dans le cours de l’intrigue et prendra son essor dans le contexte de la guerre du Viet Nam à venir. Sans que cela n’apparaisse comme un traité géopolitique de l’époque, Laurent Guillaume parvient à mettre en scène les antagonismes des multiples factions armées au fil de péripéties passionnantes où les trahisons se succèdent ainsi que les combats mettant en péril la vie des protagonistes auxquels on s’est attaché à l’instar du capitaine Bremond et de son acolyte le sergent Bonardi qui s’emploient à protéger Elizabeth Cole véritablement fascinée par la personnalité d’Olive Yang. Tout cela se décline au gré d’une écriture solide, sans fioriture qui va à l’essentiel en permettant au lecteur de saisir le contexte historique de l’époque tout en accompagnant ces aventuriers audacieux qui s’égarent dans cette région reculée de la Birmanie dont Laurent Guillaume restitue l’atmosphère  fiévreuse ainsi que les moeurs et coutumes de ces habitants farouches qu’il décline habilement au fil d’un récit tout en tension qui ne nous laisse guère de répit ce d’autant plus qu’il n’est pas dépourvu de rebondissements surprenants nous laissant parfois sans voix au terme d’une intrigue s’achevant de manière abrupte et dont on saisira tout son sens en lisant tout d’abord le premier volume d’une saga qui prend de plus en plus d’ampleur et dont on espère l’adaptation prochaine sous forme d’une série telle qu’annoncée en quatrième de couverture. Quoiqu’il en soit, il importe de se lancer sur les traces d’Elizabeth Cole, cette aventurière qui se frotte aux événements de cette Asie du Sud-Est des années que Laurent Guillaume met en place dans un redoutable mélange de fiction et de faits historiques aussi passionnants que singuliers dont il évoquera certains aspects à l’occasion du festival Quais du Polar où il sera présent.

     

    Laurent Guillaume : Opium Lady / Les Dames De Guerre. Robert Laffont/La Bête Noire 2025.

    A lire en écoutant : Taro de alt-J. Album : An Awesome Wave. 2012 Infectious Music Ltd.