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guerre indochine

  • LAURENT GUILLAUME : LES DAMES DE GUERRE / OPIUM LADY. LA VALLEE DE RUBIS.

    IMG_3472.jpegLa carrière était toute tracée en tant que capitaine au sein de la police nationale, affecté auprès des brigades de lutte contre la criminalité et les stupéfiants, où il était convenu qu’il n’était pas là pour enfiler des perles mais bien pour se frotter à la rue dont il a retranscrit certains aléas dans la trilogie Mako, une série de romans mettant en scène un policier de la BAC où il a officié. Mais même lorsqu’il s’investit définitivement dans l’écriture, Laurent Guillaume refuse de s’inscrire dans une routine à succès, préférant l’audace dans le changement avec des romans policiers aux allures de western comme Là Où Vivent Les Loups (Denoël 2018) mettant en scène un commandant de police à la fois irascible et attachant, muté dans une vallée perdue de la Haute-Savoie, ou un thriller oscillant sur le registre de l’aventure à l’instar d’Un Coin De Ciel Brulait (Michel Lafon 2021), prenant pour contexte la Sierra Leone et ses trafics de diamant mettant le pays à feu et à sang. Et puis il y a les essais abordant la criminalité en Afrique où il s’est rendu dans le cadre de coopérations policières avec plusieurs pays, ainsi que l’écriture de scénarios en collaborant notamment avec Olivier Marchal. Et c’est justement dans le domaine du scénario que s’inscrit Les Dames De Guerre dont les livres sont destinés à faire l’objet d’adaptations sous l’égide des producteurs du Bureau Des Légendes. Avec le premier volume intitulé Saïgon (La Bête Noire 2023) on découvrait la personnalité d’Elizabeth Cole, photographe new-yorkaise attachée à la page mondaine du magazine Life, qui va devenir reporter de guerre en couvrant le conflit de l’Indochine des année cinquante en pleine effervescence, au gré d’un récit, entre l’espionnage et l’aventure, que Graham Greene n’aurait pas renié. Avec Opium Lady, on retrouve donc Elizabeth Cole côtoyant Olive Yang, une princesse shan à la tête d’une milice armée œuvrant dans la légendaire région du Triangle d’Or où elle est considérée comme la reine de l’opium, objet de toutes les convoitises.

     

    laurent guillaume,les dames de guerre,opium lady,chronique littéraire,blog littéraire,blog mon roman noir et bien serré,roman d’aventure,triangle d’or,guerre indochine,parution livre 2025Birmanie, mai 1954. Elizabeth Cole arpente une vallée reculée du Kokang en compagnie du capitaine Louis Bremond et du sergent Joseph Bonardi, chargés de convoyer un cargaison d’opium arrimée à dos de mules afin de franchir les pistes escarpées de cette région hostile du Triangle d’Or. C’est à cette occasion que la jeune reporter photographe va rencontrer la mystérieuse princesse shan Olive Yang qui, contre toute attente, va se confier en dévoilant une partie de son parcours de vie chaotique l’ayant conduite à la tête d’une véritable petite armée entièrement dévouée à sa cause. Elizabeth en prendra la pleine mesure à l’occasion de l’acheminement d’une immense cargaison de drogue à Bangkok qui aiguise les convoitises en précipitant les deux femmes dans un tourbillon d’aventures où les trahisons et les échauffourées sont fréquentes dans cet environnement instable en proie aux conflits entre les différentes factions nationalistes luttant contre l’implacable armée populaire de libération de Mao désireuse d’étendre son influence communiste. Autant dire que le voyage ne sera pas de tout repos et qu’émergera, au coeur de ce tumulte, une relation forte entre la reporter américaine et la princesse birmane qui bouleversera leurs destinées respectives.

     

    On retrouve donc dans ce second opus le personnage fictif d’Elizabeth Cole, inspiré de la mannequin, photographe-reporter Lee Miller, tant dans son attitude que dans son parcours de vie, dont Laurent Guillaume emprunte également son véritable prénom qu’il attribue à cette héroïne émancipée bien avant l’heure, véritable baroudeuse s’aventurant dans cette région méconnue de la Birmanie que Joseph Kessel a dépeint dans La Vallée De Rubis (Gallimard 1955) et qui apparaitra d’ailleurs dans le cours de cette intrigue lui rendant hommage. Mais avec Opium Lady, c’est la fascinante trajectoire improbable d’Olive Yang, personnalité historique, que le romancier met en avant par le menu détail au gré des différents entretiens que cette princesse shan accorde à la journaliste américaine, véritable prétexte pour s’immerger dans la jeunesse trouble et chaotique de cette jeune femme qui va s’extraire de sa condition sociale due à son rang qui lui est imposé pour devenir une véritable cheffe de guerre à la tête de près d’un millier d’hommes que l’on surnomme les Olive Boy’s et avec lesquels elle met en place un imposant trafic d’or et d’opium en sillonnant les routes du Triangle d’or et en s’associant avec les troupes nationalistes luttant contre la montée en puissance de l’armée populaire de Chine dirigée par Mao Zedong. C’est ainsi que la personnalité hors du commun d’Olive Yang prend l’ascendant sur celle d’Elizabeth Cole qui demeure quelque peu en retrait en observant les rivalités entre les différentes forces armées en quête de cette opium qui devient l’enjeu central de la région afin de financer la lutte armée avec le soutien de la CIA et de cette fameuse compagnie Air America qui apparaît dans le cours de l’intrigue et prendra son essor dans le contexte de la guerre du Viet Nam à venir. Sans que cela n’apparaisse comme un traité géopolitique de l’époque, Laurent Guillaume parvient à mettre en scène les antagonismes des multiples factions armées au fil de péripéties passionnantes où les trahisons se succèdent ainsi que les combats mettant en péril la vie des protagonistes auxquels on s’est attaché à l’instar du capitaine Bremond et de son acolyte le sergent Bonardi qui s’emploient à protéger Elizabeth Cole véritablement fascinée par la personnalité d’Olive Yang. Tout cela se décline au gré d’une écriture solide, sans fioriture qui va à l’essentiel en permettant au lecteur de saisir le contexte historique de l’époque tout en accompagnant ces aventuriers audacieux qui s’égarent dans cette région reculée de la Birmanie dont Laurent Guillaume restitue l’atmosphère  fiévreuse ainsi que les moeurs et coutumes de ces habitants farouches qu’il décline habilement au fil d’un récit tout en tension qui ne nous laisse guère de répit ce d’autant plus qu’il n’est pas dépourvu de rebondissements surprenants nous laissant parfois sans voix au terme d’une intrigue s’achevant de manière abrupte et dont on saisira tout son sens en lisant tout d’abord le premier volume d’une saga qui prend de plus en plus d’ampleur et dont on espère l’adaptation prochaine sous forme d’une série telle qu’annoncée en quatrième de couverture. Quoiqu’il en soit, il importe de se lancer sur les traces d’Elizabeth Cole, cette aventurière qui se frotte aux événements de cette Asie du Sud-Est des années que Laurent Guillaume met en place dans un redoutable mélange de fiction et de faits historiques aussi passionnants que singuliers dont il évoquera certains aspects à l’occasion du festival Quais du Polar où il sera présent.

     

    Laurent Guillaume : Opium Lady / Les Dames De Guerre. Robert Laffont/La Bête Noire 2025.

    A lire en écoutant : Taro de alt-J. Album : An Awesome Wave. 2012 Infectious Music Ltd.