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LES AUTEURS - Page 102

  • Lance Weller : Wilderness. La dernière marche.

    Capture d’écran 2014-02-08 à 17.28.36.pngLa beauté tragique des guerres ne doit pas l’emporter sur la bestialité sauvage des conflits qui ont jalonné l’histoire de l’homme. Mais comme des fleurs vénéneuses, il y a parfois des œuvres poignantes qui jaillissent de ces champs de bataille pour évoquer l’atrocité des combats comme c’est le cas avec Wilderness, premier roman de Lance Weller qui retrace l’un des chapitres majeurs et pourtant méconnu de la guerre de sécession.

     

    Qualifier ce premier roman de chef-d’œuvre n’aurait pas vraiment de sens tant le qualificatif a été galvaudé pour perdre finalement toute sa valeur substantielle mais il est indéniable que Wilderness possède une force littéraire peu commune qui tend vers la perfection.

     

    Vieillard solitaire, meurtri par la guerre, Abe Truman s’est réfugié durant des années dans une cabane délabrée construite  à la lisière d’une forêt sauvage qui borde l’océan, au nord ouest des Etats-Unis. Sentant la fin venir, rejeté par  cet océan qui ne veut pas de ce vieux corps brisé, Abe Truman entame avec son chien un dernier périple à travers le pays jusqu’à ce qu’il se fasse agresser par un étrange indien au regard terne et un homme au visage cruellement déchiré. Laissé pour mort, Abe Truman va poursuivre ses agresseurs afin de récupérer son chien qu’ils lui on volé. Balloté entre le présent et les souvenirs de la bataille de la Wilderness, Abe Truman avance sur les traces de son destin.

     

    Le récit oscille entre trois années. Il débute en 1965 avec les souvenirs d’une vieille femme aveugle qui tente de rassembler quelques images de Abe Truman au travers du toucher d’un crucifix en os et d’une balle. Puis l’on découvre ce même Abe Truman en 1899 qui entame son dernier périple et qui, au gré de ses pérégrinations nous entraine dans les méandres de ses souvenirs en 1864, en plein cœur de la bataille de la Wilderness.

     

    Une richesse de la langue, c’est tout d’abord ce qui frappe dans ce roman pour décrire aussi bien la puissante beauté de la nature que l’indicible horreur d’une guerre sans merci. On se laisse porter par la fluidité de longues phrases qui nous décrit la sauvagerie des combats impitoyables où les hommes semblent absorbés par une terre gorgée de chair et de sang qui ne restituera finalement qu’une masse organique composée de corps broyés par la bataille. Mais que l’on ne s’y trompe pas, il n’y a aucune magnificence de la guerre tant l’auteur parvient avec talent à nous restituer l’horreur révoltante et pourtant quotidienne auxquels sont soumis ces combattants.

     

    Outre Abe Truman, les personnages qui jalonnent le roman sont d’une belle profondeur, enracinés dans la simplicité du bon sens et l’imprescriptibilité des souvenirs douloureux ils apportent par le biais des dialogues toute leur humanité qui résonne au travers d’une nature majestueuse. Mais pourtant, dans cet univers d’homme, ce sont les femmes qui offrent toute leur majesté dans ce roman avec Jane Dao Ming Poole, vieille femme aveugle qui se souvient comme pour faire revivre Abe Truman une dernière fois. Il y a également Hypatia, jeune esclave en fuite qui a perdu son bébé et qui rôde dans la périphérie du champ de bataille ; Ellen Makers jeune femme désespérée au ventre stérile, vouée aux récrimination des siens pour avoir marié Glenn, un homme de couleur. Toutes croiseront la route du vieux soldat pour lui offrir, à chaque fois qu’il trébuche, une lueur de rédemption au détour de ce chemin aussi noir que flamboyant.

     

    Vous ne trouverez pas de belle morale ou de saine camaraderie dans ce récit. Il n’y a que l'histoire d’hommes et de femmes entraînés par leur destin respectif qu’ils ne peuvent pas vraiment maîtriser. Dépassés par la tragédie ou l’horreur de leur quotidien ils pourront révéler leur humanité au travers de la générosité qu’ils sauront offrir aux autres.

     

    Wilderness, c’est un grand premier roman d’un écrivain qui n’a plus qu’à confirmer son statut d’immense auteur.

     

    La première règle, me semble-t-il, est qu’on peut juger de la véracité d’une histoire de guerre d’après son degré d’allégeance absolue et inconditionnelle à l’obscénité et au mal.

    Tim O’Brien, A propos de courage.

     

     

    Lance Weller : Wilderness. Editions Gallmeister 2014. Traduit de l’anglais (USA) par François Happe.

    A lire en écoutant : Solitude de Herbie Hancock. Album : River – The Joni Letter. The Verve Music Group 2007.

  • LEIF GW PERSSON : AUTRE TEMPS, AUTRE VIE. L'OUTRANCE DE L'IDEALISME.

    Capture d’écran 2014-01-26 à 18.25.38.pngQuelle meilleure façon de déconstruire la mythologie de cet état bienveillant que l’on décrit lorsque l’on évoque la Suède en articulant un récit autour d’évènements réels comme la prise d’otage de l’ambassade d’Allemagne à Stockholm qui s’est déroulée le 25 avril 1975.

     

    15 ans après cette tragédie, Les inspecteurs Jarnebring et Holt sont affectés sur le meurtre d’un individu sans histoire. Malgré leurs efforts, l’enquête dirigée par un supérieur incompétent va être classée jusqu’au jour où Lars Martin Johansson propulsé à la tête de la police de sécurité  découvre de nouveaux éléments dans un dossier qui n’apparaît pas aussi fortuitement qu’on pourrait le croire. C’est au plus haut niveau d’un état assez inquiétant que Lars Martin Johansson va devoir évoluer pour trouver des réponses à ses questions.

     

    Si une grande partie récit  décrit la procédure d’une enquête classique c’est bien évidemment lorsque l’auteur nous entraîne dans les rouages des hautes directions des services de police que le roman prend tout son intérêt. Car Leif GW Persson possède un talent inné pour décrire les rouages complexes de cette puissante administration policière où l’on découvre les cloisonnements interdépartementaux qui, au nom de la sacro sainte raison d’état, peuvent conduire aux manipulations les plus abjectes.

     

    L’usage, l’exploitation de données sensibles, récoltées après la chute du mur en 1989 et le démantèlement des services secrets de la Stasi sont le second moteur que l’auteur s’ingénie à démonter pour nous livrer la moindre pièce de cette trame de l’histoire contemporaine qui trouvera une répercussion au cœur d’une banale enquête policière.

     

    Capture d’écran 2014-01-26 à 18.32.57.pngIl faut bien le dire, l'arche narrative qui s’étale sur 25 ans est extrêmement bien construite dans un style très classique qui permet au lecteur de ne pas se perdre dans les circonvolutions historiques et administratives d’une histoire aux ramifications complexes. L’auteur parvient habilement à entremêler la fiction et la réalité pour nous démontrer que les actes d’un autre temps peuvent faire basculer les destins d’hommes et de femmes cherchant à basculer dans une autre vie pour échapper aux conséquences des choix qu’ils ne parviennent plus à maîtriser. Le tout est teinté d’un certain mordant que l’on ressent particulièrement au travers des propos du personnage principal qui découvre l’aspect sombre des coulisses du pouvoir et tente par tous les moyens de s’y mouvoir sans trop y perdre de son intégrité ce qui s’avèrera un exercice périlleux qui lui laissera un goût amer.

     


    Capture d’écran 2014-01-26 à 18.28.23.pngFinalement, avec Leif GW Persson, il importe peu de connaître l’identité du meurtrier car l’auteur s’attache principalement à décortiquer le mobile qui l’a poussé à commettre cet acte ultime pour décliner sur fond de corruption étatique, d’incompétences policières et de compromissions politiques, les affres d’une société qui ne sait comment faire face aux changements de plus en plus trépidant d’un monde en constante évolution. C’est peut-être cet aspect un peu déroutant où l’action peu présente laisse la part belle aux réflexions des personnages qui pourra heurter les lecteurs. Ils devront surmonter cette appréhension pour découvrir un superbe polar qui oscille entre le roman noir, le roman d’espionnage (contre-espionnage) et le roman d’enquête traditionnel.

     

    Des policiers machistes, un brin sexistes et parfois racistes c’est aussi cela que vous découvrirez au détour des dialogues de certains personnages que l’auteur prend la peine de faire évoluer dans le cadre de leur vie privée. L’exercice de style ne s’avère pas exempt de clichés mais est contrebalancé par un zeste d’humour qui donne encore d’avantage d’épaisseur à ce magnifique récit riche en rebondissements historiques.

     

    Photo 1 : Prise d'otage de l'ambassade d'Allemagne à Stockholm

    Photo 2 : Chute du mur de Berlin

     

    Leif GW Persson : Autre Temps, Autre Vie. Editions Rivages/Noir 2013. Traduit du suédois par Philippe Bouquet.

    A lire en écoutant : Tanya (Donald Byrd) interprété par Dexter Gordon. Album : One Flight Up. Blue  Note 1964

  • Alexis Ragougneau : La Madone de Notre-Dame. Le fantôme d’Esmeralda.

    Capture d’écran 2014-01-19 à 13.58.05.pngService de presse.

     

    Lorsque l’on évoque la fameuse cathédrale érigée au cœur de Paris on ne peut s’empêcher de penser que l’on va avoir à faire à un énorme pavé à l’instar du grand classique de Victor Hugo. Ce n’est pas le cas avec la Madone de Notre-Dame d’Alexis Ragougneau qui nous immerge, dans une poignée de page, au cœur de ce monument qui est l’un des plus visité de France, devançant même la fameuse Tour Eiffel.

     

    C’est au lendemain de la procession de l’Assomption de la Vierge Marie que l’on découvre dans la nef principale, le corps figé d’une belle inconnue dont l’immaculée tenue provocante contraste singulièrement avec ce lieu sacré. Le sexe scellé avec la cire d’un cierge orientera la police et le procureur Claire Kauffmann vers un dévot de la Vierge Marie qui a eu une altercation avec la victime lors de la cérémonie religieuse. Néanmoins, le père Kern, prêtre à Notre-Dame, doute sérieusement du bienfondé des soupçons des autorités. Secondé par un détenu qu’il visite régulièrement, la quête que va mener le père Kern permettra-t-elle de rétablir la vérité ?

     

    L’auteur, homme de théâtre, s’attache principalement aux personnages et bien évidemment au décor grandiose qu’il semble connaître parfaitement pour nous livrer une enquête des plus classiques qui s’étale sur un laps de temps assez court. Au fil de l’histoire vous allez découvrir l’univers des surveillants, diacres, prêtres et égarés qui gravitent autour d’une cathédrale désormais livrée à un flot incessant de touristes. Lieu touristique, lieu de culte c’est cette attribution contradictoire que l’auteur met en exergue par petites touches tout au long du récit.

     

    Dans l’univers du polar, les « hommes de dieu – enquêteurs », comme le frère Cadfael, le père Brown ou même le frère Guillaume de Baskerville sont très communément dotés de facultés de réflexion et d’observation hors du commun. Le père Kern lui ne possède aucune de ces caractéristiques. L’homme affligé d’une terrible maladie qui l’a empêché de grandir (il mesure un mètre quarante huit) et dont les terribles crises paralysent ses articulations n’est pourvu que d’une formidable humanité et d’un sens de l’écoute qui lui permettront de résoudre son enquête. C’est ce qui fait toute la force du personnage qui apparaît dans sa vulnérabilité aussi bien psychique que physique comme un être aussi fragile que les pauvres âmes qu’il tente de réconforter.

     

    On regrettera peut-être un petit manque d’équilibre entre certains personnages secondaires qui paraissent plus fades (La procureur Claire Kaufmann, l’inspecteur Landard) et que l’auteur a pourtant jugé bon de développer plus que de raison au détriment de certains protagonistes atypiques dont les caractéristiques semblaient beaucoup plus prometteuses comme par exemple Djibril le détenu qui seconde le père Kern, le vieux clochard polonais ou la dame aux coquelicots. On pourrait également regretter le côté archi convenu de ce récit jusqu’au moment où l’on plonge dans le passé du meurtrier qui évoque une page sombre de l’histoire de France et qui permet à l’auteur, comme un clin d’œil redoutable, de nous demander si l’on peut espérer trouver le salut dans la foi et la prière.

     

    Avec la Madone de Notre-Dame, vous allez faire la connaissance d’un nouvel enquêteur un brin décalé qui prend naissance dans l’ombre éthérée d’un monument majestueux. Bel atmosphère envoutante pour ce premier livre d’Alexis Ragougneau qui se lira d’une traite.

     

    Alexis Ragougneau : La Madone de Notre-Dame. Editions Viviane Hamy. En librairie le 23 janvier 2014.

    A lire en écoutant : Spem in Alium. Album : The Tallis Scholar sing Thomas Tallis – Spem in Alium. Gimell 2004.

     

  • Thierry Chavant/David Chauvel/Olivier Le Bellec : 22 (Une enquête explosive). Lumière sur police-secours.


    22 une enquête explosive, delcourt, david chauvel, thierry chassant, olivier le belles, BRB, police-secours Les immersions dans le cadre de police-secours sont bien trop rares pour être passées sous silence surtout lorsqu’elles sont contées par un flic de la BRB, Olivier le Bellec qui a débuté comme policier en uniforme. A l’heure où l’on a confronté deux métiers soi-disant différents (Police judicaire – gendarmerie) dans le cadre du débat concernant l’école de police unique à Genève, j’aime assez le point de vue que nous livre ce collègue français dans le postface de ce premier opus :

     

    « Voilà quatorze ans, lorsque j’intégrai l’Ecole de police, je ne connaissais rien à la police. Uniquement ce que je voyais à la télé et dans les journaux, autant dire pas grand-chose. J’ai commencé ma carrière comme « bleu », gardien de la paix en uniforme, affecté au sein d’une brigade de nuit dans le 93. Faut reconnaître que ce n’était pas ce dont je rêvais à la base !

    Moi je voulais être policier en civil comme les héros télévisée de ma jeunesse, Belmondo, Starsky et Hutch …  Je me suis néanmoins investi pleinement dans mon boulot et j’ai rapidement découvert l’ordinaire du flic de police secours, de nuit : les violences conjugales, les mecs bourrés, les effets de la pleine lune, les accidents de la circulation, les violences sexuelles, les premiers morts …

    Avant d’intégrer la boîte je n’avais jamais été confronté à la mort et je l’ai prise dans la gueule sous toutes ses formes : la simple mort naturelle, le suicide, l’overdose, le meurtre … Mais j’ai aussi découvert mon goût pour le « flag », l’interpellation de « casseurs », de voleurs de voitures, de braqueurs …

     

    L’expérience acquise chez les « bleus » me sert désormais dans mon travail à la prestigieuse Brigade de répression du banditisme. Cette dernière m’a permis de découvrir un autre aspect de la police. « Bleu » je devais être vu. Flic à la BRB, je devais désormais apprendre à ne plus l’être, à filocher, à appréhender un minimum la procédure et les écoutes, et à travailler avec les « tontons ». Aujourd’hui je considère que la police est une grande maison aux pièces multiples. Il y en a plein que je n’ai pas encore découvertes et d’autres que je connais bien ou pour partie. J’aimerais vous en faire découvrir certaines Vous ne saurez jamais quelle part de ces histoires est réelle ou fictive, mais elles sentiront toujours la sueur, le sang, le vécu… Tout ce qui fait de moi et de mes collègues des flics. »

     

    22 une enquête explosive, delcourt, david chauvel, thierry chassant, olivier le belles, BRB, police-secours

    Avec 22 vous allez faire la connaissance d’Inès, jeune femme gardien de la paix, qui patrouille avec ses deux collègues dans les rues de Paris. Le trio est interpellé par une jeune femme qui leur fait part de son agression. S’ensuit une poursuite épique dans le métro tandis que dans un autre quartier de la Ville Lumière, deux braqueurs s’en prennent à la vitrine d’une bijouterie qu’ils font exploser pour s’emparer des bijoux avant de s’enfuir à moto. Yves, jeune flic de la BRB, dépêché sur les lieux, parviendra-t-il à appréhender ces deux malfaiteurs ? Nous découvrirons la finalité de ces trois trajectoires dans le second opus encore à paraître.

     

    On reconnaît tout de suite dans les scènes d’actions (magnifiquement mises en scène par Chavant), les actes d’enquêtes et le langage des protagonistes, l’influence du flic de terrain qui nous livre quelques éléments de ses années d’expérience. Mais c’est peut-être au travers du regard d'Inès que l’on retrouve probablement le plus de réminiscences liées au début de carrière de ce policier qui ose évoquer les récurrents problèmes de sexisme que l’on retrouve dans tous les corps de police car de nos jours encore, être policière tient de la gageure.

     

    Un scénario brillamment construit qui pourra paraître singulier au niveau de la temporalité avec l'intervention d'Inès qui se déroule sur une journée alors que l'enquête d'Yves semble se dérouler sur plusieurs semaines pouvant amener une certaine confusion qui trouvera peut-être sa finalité dans le second tome que l'on attend avec impatience.

     

    De police-secours à la BRB en passant par l'élaboration de scénarios, Olivier Le Bellec applique un des préceptes essentiels pour durer dans ce métier si intense qui a brisé tant de collègues qui peinent parfois à comprendre que le salut réside aussi dans la possibilité de changement en explorant les multiples pièces de la grande maison. 

     

    Dessin : Thierry Chavant  - Scénario : David Chauvel/Olivier Le Bellec : 22 (Une Enquête Explosive). Editions Delcourt 2014.

     

    A lire en écoutant : Brain Stew de Green Day. Album : Insomniac. Reprise 1995.

  • JEAN-JACQUES BUSINO : UN CAFE, UNE CIGARETTE. LE ROMAND NOIR.

    jean-jacques busino, un café une cigarette, rivages, orphelinat naplesJ’ai connu Jean-Jacques Busino bien avant qu’il ne se lance dans l’écriture alors qu’il trônait derrière le comptoir de son magasin de disque ABCD qui se situait à proximité de la gare. Une époque bénie où l’on ne vendait pas du disque au kilo et où l’on prenait le temps de vous raconter des histoires. Car Jean-Jacques était déjà un conteur d’histoire qui vous déclamait son amour pour Frank Zappa et le Thallis Scholar en vous servant des cafés noirs et bien serrés. Un regard aussi sombre que sa chevelure vous évaluait en quelques secondes avant de vous dispenser ses conseils avisés dans les domaines musicaux les plus variée. Un passionné l’ami Busino que j’ai perdu de vue après la fermeture de son magasin.

     

    C’est en 1994, sur le présentoir d’une librairie que j’ai eu de ses nouvelles en découvrant son premier roman Un café, une cigarette qui se lit le temps de consommer l’un et l’autre en découvrant les tourments d’une bande de gamins écumant les ruelles de la ville de Naples. Un récit fulgurant qui vous sonne avec la brutalité d’une balle de 44 Magnum.

     

    Largué par sa fiancée qui lui a laissé leur fille à peine âgée d’un an, André quitte la Suisse pour retrouver son cousin napolitain qui se fait fort de lui remonter le moral. Car Massimo est un petit caïd de la ville haut en couleur qui survit en fourguant des couteaux suisses qu’André lui fait parvenir. Un commerce florissant qu’il partage avec une bande de gosses cabossés par la vie. Avec Massimo comme guide, André va percevoir les malheurs quotidiens de ces enfants perdus qui survivent comme ils peuvent dans cette ville tentaculaire qui broie les âmes sans aucune pitié. Loin de se résigner, le jeune suisse, tout aussi borderline qu’idéaliste, va monter avec l’aide de son cousin un orphelinat pour abriter cette jeunesse condamnée à assouvir les vices d’adultes sans scrupule. Mais pour mener à bien ce projet, les deux jeunes garçons devront livrer un combat sans merci contre la mafia. L’histoire d’une rédemption au travers d’une guerre perdue d’avance.

     

    Que l’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas d’un énième roman sur la mafia qui apparaît d’ailleurs de façon presque fantomatique tout au long du roman. Jean-Jacques Busino se focalise exclusivement sur ces enfants malmenés qui hantent les rues de Naples. Avec la rencontre de la Suisse et de l’Italie par le biais de la verve endiablée de Massimo et la réserve silencieuse d’André c’est tout d’abord cette dualité que l’on découvre tout au long de ce récit comme si l’auteur faisait remonter l’ambivalence de ses origines. Et puis il y a cette violence qui monte crescendo au fil des seize chapitres du roman. On la trouve dans les propos simplistes de Massimo qui parvient à résumer en quelques mots tout le fonctionnement d’une ville qui broie ses enfants perdus et fait écho à la révolte désespérée d’André qui ne peut accepter ce que son entourage considère comme une fatalité. Puis c’est au rythme de la fureur des tueries et du cri des armes à feu que l’on assiste à l’apothéose d’un final aussi brutal que trivial qui ne nous offre aucune concession.

     

    jean-jacques busino, un café une cigarette, rivages, orphelinat naplesL’Alfa Spider de Massimo, le 44 Magnum 12 pouces d’André, Jean-Jacques Busino s’attarde sur ces petits éléments à la manière d’un auteur comme Manchette auquel il emprunte également toute la noirceur et talentueuse simplicité d’un récit brutal.

     

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    Un café, une cigarette c’est l’emblème même du roman noir dans toute sa splendeur que vous retrouverez dans ses quatre autres romans édités aux éditions Rivages car Jean-Jacques Busino est un artisan de l’écriture qui va à l’essentiel avec tout ce que cela signifie en regard de ces auteurs qui travaillent avec une pléthore de collaborateurs recherchistes pour nous pondre des récits alambiqués à la limite de l’incompréhension.

     

    Jean-Jacques Busino : Un café, une cigarette. Editions Rivages/Noir 1994.

    A lire en écoutant : Guarda Che Luna interprété par Petra Magoni & Ferrucio Spinetti. Album : Musica Nuda. Bonsaï Music 2004.