Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Grande-Bretagne - Page 4

  • PETER LOUGHRAN : JACQUI. LA COMPLAINTE DU TUEUR.

    Capture d’écran 2018-08-19 à 21.04.43.pngEn s’attardant un tant soit peu sur l’image de cet homme inquiétant adossé à un mur de brique, seule photo connue de Peter Loughran, on peut se dire qu’avec son long imperméable crasseux, sa gueule de mauvais garçon, l’auteur ressemble furieusement au narrateur de Jacqui ceci d’autant plus que le romancier a exercé tout comme le personnage principal, la profession de chauffeur de taxi. Si Londres Express (Série Noire 1967) traduit par Marcel Duhamel himself, et considéré comme un roman culte  désormais épuisé, a forgé la légende de Peter Loughran, les éditions Tusitala ont décidé de mettre à jour Jacqui le second roman de cet écrivain hors norme dont on ne sait finalement pas grand chose à un point tel que les éditeurs ont mentionné ne pas avoir trouvé trace de l’auteur ou des ayants droit, ce qui ne fait qu’amplifier l’aura mystérieuse de ce romancier irlandais. Publié en 1984 dans sa version originale, Jacqui bénéficie désormais de la traduction soignée de Jean-Paul Gratias qui nous a permis de découvrir en français les œuvres de James Ellroy, David Peace, John Harvey et Jim Thompson pour ne citer que quelques uns des auteurs les plus emblématique de la littérature noire anglo-saxonne qu’il a traduit.

     

    Capture d’écran 2018-08-19 à 21.06.48.pngOù l’on se retrouve dans la tête de cet assassin nous livrant ses considérations sur la façon de se débarrasser d’un cadavre. Un gars plutôt ordinaire, chauffeur de taxi solitaire qui s’offre une petite vie tranquille en entretenant sa belle voiture,  son charmant jardin et sa somptueuse maison, un héritage de sa maman. Un gars plutôt beau gosse, quelque peu mysogine qui s’offre la compagnie de quelques jolies filles qu’il croise au gré de ses courses. Un gars plutôt mysanthrope qui va tomber raide dingue de la belle Jacqui en nous racontant de manière froide, calme et posée toutes les raisons qui l’ont contraint à l’étrangler dans le lit conjugal. Un gars plutôt sympathique finalement. Sauf lorsque l’on abuse un peu trop de sa gentillesse.

     

    Outre le soin apporté à la traduction, on appréciera la maquette originale de l’ouvrage mettant en image, comme une notice de montage illustrée, les différentes manières de se débarrasser d’un corps. Une couverture permettant de saisir d’entrée de jeu l’humour grinçant d’un texte qui entraine le lecteur dans la dérive sordide d’un assassin veule et odieux trouvant toujours quelques justifications dans chacun de ses actes. L’ensemble du récit tourne exclusivement autour des considérations de cet individu nous livrant, avec une logique implacable, toutes les circonvolutions abjectes de son mode de pensée le conduisant inexorablement vers le crime immonde de la belle Jacqui.

     

    Le paradoxe c’est que l’on apprécie de se plonger dans le magma d’opinions foireuses de ce cockney londonien râleur qui vous balance à coups de punchlines grinçantes ses réflexions mysogines vis à vis des femmes dont il nous livre des appréciations toutes bien arrêtées. D’emblée, on sait déjà que le couple qu’il forme avec Jacqui, jeune fille d’à peine 18 ans, complètement paumée, toxicomane et prostituée occasionnelle, ne fonctionnera pas. On aurait presque envie de plaindre ce pauvre jeune homme, comme dépassé par cette femme qui refuse d’entrer dans son schéma de bonne épouse soumise qui doit lui donner un enfant. Mais rapidement on entre dans le grinçant, le dérangeant et le sordide contrebalancé par cet humour noir ravageur devenant presque salutaire tant le récit pourrait virer vers une noirceur extrême quasiment insoutenable.

     

    C’est tout le talent de Peter Loughran que de nous livrer, avec Jacqui, un récit à l’équilibre subtil, oscillant entre un humour corrosif et une tragédie abjecte, nous permettant d’arriver au terme de ce fait divers terrible avec ce constat atroce d’avoir éclaté de rire au gré d’un texte délicieusement irrévérencieux. Terriblement jubilatoire.

     

    Peter Loughran : Jacqui (Jacqui, 1984). Editions Tusitala 2018. Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Jean-Paul Gratias.

    A lire en écoutant : Fifty Dollar Love Affair de Joe Jackson. Album : Big World. 1986 A&M Records.

  • PETER GUTTRIDGE : ABANDONNES DE DIEU. LE MYSTERIEUX TUEUR DE LA MALLE DE BRIGHTON.

    peter guttridge, la trilogie de brighton, le dernier roi de brighton, promenade du crime, abandonnes de dieu, Babel Noir, Rouergue NoirIl existe des villes qui sont irrémédiablement associées à l’aura maléfique de tueurs mystérieux qui y ont sévis à l'exemple de Jack l’Eventreur pour Londres, du Zodiac pour San Francisco et sa région ou de l’Etrangleur de Boston à … Boston. Pour Brighton, ville balnéaire excentrique du sud de l’Angleterre, ce fut le Tueur de la Malle qui défraya la chronique en 1934 et auquel Pierre Mac Orlan consacra un grand reportage qui s’intéressait d’avantage au climat social de la ville et à son atmosphère qu’à l’investigation à proprement parler.

    Basée sur ce fait divers tragique, Abandonnés de Dieu conclut la trilogie de Brighton que Peter Guttridge avait entamée en 2012 avec Promenade du Crime, suivie en 2013 du Dernier Roi de Brighton. Il est important de préciser que les trois livres sont étroitement liés entré eux  et ne sauraient être lus dans le désordre, raison pour laquelle il convient d’ailleurs de faire un résumé de la trilogie plutôt que de chacun des ouvrages.

    La police donne l’assaut d’une villa située au cœur d’une banlieue défavorisée de Brighton où serait retranché un dangereux criminel. L’opération tourne au carnage puis à l’émeute contraignant le chef de la police, Robert Watts, à démissionner alors que plusieurs officiers ayant participé à l’assaut disparaissent mystérieusement. Estimant avoir été piégé, Robert Watts va tenter de faire la lumière sur cette affaire que les autorités politiques et policières vont s'employer à enterrer. Pour y parvenir, il va s’adjoindre les compétences de Kate Simpson, jeune journaliste radio, qui vient de retrouver de vieilles archives policières concernant le mystérieux Tueur de la Malle qui défraya la chronique en 1934 à l’époque où le père de Robert Watts, auteur de thriller à succès, travaillait comme policier. Dans un échange de bons procédés, Robert et Kate, aidés de plusieurs comparses, vont essayer de démêler les écheveaux complexes de ces deux affaires qui ont en point commun de mettre en exergue les liens occultes entre le monde de la politique et celui de la pègre qui gangrène depuis toujours la ville de Brighton. Eblouissantes, les lumières du Pier ne sauraient dissimuler le parfum de mort et de corruption qui règne sur la cité balnéaire.

    Outre le fait de l’appréhender dans l’ordre, il est recommandé de lire la trilogie d’une traite, tant le découpage est laborieux ce qui contraint le lecteur à garder en mémoire des éléments qui apparaissent lors du premier opus et qui trouveront leurs résolutions dans le dernier ouvrage de la série ce qui est loin d’être aisé car l’auteur assène son récit d’une foultitude de détails qu’il faudra garder à l’esprit tout au long de l’histoire. Outre un récit dense et riche qui part dans toutes les directions il sera également nécessaire de se mémoriser un panel impressionnant de protagonistes qui n’ont pas la même importance en fonction des divers opus de la trilogie.


    peter guttridge, la trilogie de brighton, le dernier roi de brighton, promenade du crime, abandonnes de dieu, Babel Noir, Rouergue NoirAvec Promenade du Crime l’auteur pose les deux axes principaux que l’on retrouvera tout au long de la trilogie. Il y a tout d’abord le massacre dans une villa qui se déroule de nos jours et en contrepoint, des extraits d’un journal récemment découvert qui évoque l’affaire sanglante du Tueur de la Malle qui se produisit en 1934. C’est particulièrement l’atmosphère du Brighton des années 30 que l’on appréciera dans cette première partie, même si l’on déplore quelques petites incohérences lorsque l’auteur du journal exprime des regrets au sujet d’évènements qui ne se sont pas encore produit.

     

    Le Dernier roi de Brighton évoque essentiellement l’ascension d’un fils de gangster tout au long des années 60. C’est l’un des passages les plus réussi du roman où l’on découvre une ville de Brighton bercée par la musique de Beatles et des Pink Floyd sur fond d’émancipations et de désillusions. La seconde partie du roman permet de découvrir certains éléments qui ont rapport avec le massacre de la villa. On y découvre également en préambule, la préparation minutieuse ainsi que  l’importance des moyens en homme et en matériel afin d’empaler une victime, ce qui donne à cet épisode sanglant une tournure très réaliste peu coutumière.

     

    peter guttridge, la trilogie de brighton, le dernier roi de brighton, promenade du crime, abandonnes de dieu, Babel Noir, Rouergue NoirAbandonnés de Dieu nous permettra de découvrir l’identité du Tueur de la Malle dont on suit le parcours tragique durant son incorporation dans les premiers contingents de soldat engagés lors de la première guerre mondiale. Il s’agit de la meilleure partie du roman avec une succession de passages sanglants émaillés d’instants poignants où nombre de soldats démobilisés et perturbés psychiquement embrassent la carrière de malfrats pour subvenir à leurs besoins. Une autre partie du récit se déroule en Italie durant la fin de le seconde guerre mondiale tout en faisant quelques incursions de nos jours afin de conclure l’affaire du massacre de la villa.

     

    Finalement la trilogie de Brighton sera l’écho de toute une époque qui résonne à travers le monde et dont les retentissements impacteront tous les protagonistes de ce récit bigarré qui manque parfois de cohésion et dont le rythme inégal peu parfois perturber le lecteur qui ne regrettera toutefois pas ce voyage à travers le temps.

     

    Petert Guttridge : La Trilogie de Brighton.

    Promenade du Crime. Editions Babel Noir 2012. Traduit de l’anglais par Jean-René Dastugue.

    Le Dernier Roi de Brighton. Editions Babel Noir 2013. Traduit de l’anglais par Jean-René Dastugue.

    Abandonnés de Dieu. Editions Rouergue Noir 2014. Traduit de l’anglais par Jean-René Dastugue.

     

  • David Peace : Rouge ou Mort. Du charbon et des jeux.

    Capture d’écran 2014-09-21 à 18.38.29.pngVous n’aimez pas le foot ou comme moi, vous êtes néophyte dans le domaine ? Peu importe, vous adorerez ou vous détesterez le dernier ouvrage de David Peace, Rouge ou Mort, qui retrace le parcours singulier de Bill Shankly, entraineur mythique qui forgea la légende du Liverpool Football Club. David Peace, auteur débridé, presque sauvage, possède cette qualité rare de ne pas laissez le lecteur indifférent et de le malmener tout au long de ses récits. Avec David Peace, il n’y aucune place pour une troisième voie consensuelle  à l’image d’ailleurs d’un Bill Shankly invectivant ses joueurs : Premier, c’est premier. Deuxième, c’est nulle part !

     

    David Peace n’écrit pas des livres, mais des litanies qui se déclament à voix haute et que l’on scande jusqu’à l’épuisement. David Peace n’écrit pas des livres, mais des tragédies au sens littéral du terme où ses personnages se révèlent n’être que des jouets en main de forces supérieures qui les manipulent sans aucun ménagement pour les propulser vers leur destinée qui ne pourra trouver qu’une issue dramatique. Avec Rouge ou Mort, David Peace change de registre et n’écrit pas une biographie, mais une ode à la gloire d’un des plus grands entraineurs que l’Angleterre n’aie jamais connu, Bill Shankly.

     

    Toujours aussi impétueux, toujours aussi outrancier, l’auteur nous dresse le parcours de l’entraîneur hors norme du Liverpool Football Club au travers de ses 14 saisons de 1959 à 1974 qui fut l’année où il se retira pour prendre sa retraite. 1974, bien évidemment on ne peut pas rester indifférent à cette date qui donna son nom au premier ouvrage que l’auteur consacrait à sa tétralogie du Yorkshire.

     

    Rouge ou Mort, c’est bien évidemment un livre sur l’avènement d’un club mythique dont chaque match est détaillé avec une précision quasi maladive. Scandés, magnifiés on découvre les passes décisives à la minute près, le nombre de spectateurs présents et le classement du club au fil des mois qui passent. Même pour celui qui connaît le palmarès du club, il y a ce suspense haletant, prenant qui se répète chaque année où tout doit être remis en jeu. Puis revient la période des entraînements, un travail épuisant, répétitif où le collectif prend le pas sur l’individualisme. Les victoires et les défaites qui s’égrènent au fil des mois qui passent et que l’homme inscrit dans son carnet. Ce carnet où l’homme inscrit les résultats des autres club, la composition des autres équipes et cette alchimie de onze joueurs qui conduiront le Liverpool Football Club à la victoire.

     

    Rouge ou Mort, c’est un livre d’amour qui parle d’une relation fusionnel entre un homme du peuple et tous les membres du Kop d’Anfield, ces fameux supporters du Liverpool Football Club. Au travers des pages on perçoit le soutient sans faille de ces hommes et de ces femmes pour leur club et une admiration sans borne pour leur entraineur qu’ils portèrent aux nues avec le fameux chant You’ll Never Walk Alone qu’ils entonnent à chaque début de match.

     

    Rouge ou Mort, c’est un livre éminemment politique qui se divise en deux parties tout comme les mi-temps d’un match. Dès les premières lignes du livre, l’auteur nous restitue le combat âpre que l’entraîneur doit livrer non pas contre une équipe adverse mais contre les dirigeants de son propre club afin d’obtenir les fonds nécessaires pour aller de l’avant. Cette lutte des classes se répercute bien évidemment au cœur des joutes sportives où Bill Shankly clame haut et fort ses convictions socialistes qui résonnent au delà de l’enceinte du stade pour se répercuter dans ce flot de colère qui gronde au travers des grèves des mineurs qui illustre le déclin industriel croissant du pays. Pour Bill Shankly l’individu s’efface au profit de la collectivité à l’image de ses joueurs qui sont au service du Liverpool Football Club avant tout. Le système pourrait sembler inique, si l’entraîneur ne l’appliquait pour lui-même avec une honnêteté sans faille et un sens du sacrifice élevé. Parfois la doctrine révèle tout de même quelques fêlures notamment lorsque Ian St. John, un des joueurs phares de l’équipe est brutalement évincé du club. Mais finalement les certitudes de l’entraîneur trouvèrent leur écho lors d’une rencontre radiophonique avec le premier ministre travailliste Harold Wilson où les deux hommes expriment avec ferveur leurs convictions idéologiques et politiques.

     

    Rouge ou Mort c’est une narration qui frise la folie et qui conte le destin exceptionnel d’un homme qui demeurera Rouge jusqu’à sa Mort.

     

     

    David Peace : Rouge ou Mort. Editions Rivages 2014. Traduit de l’anglais par Jean-Paul Gratias.

    A lire en écoutant : Ghosts de Strangefruit. Album : Between the Earth and Sea E.P. Strangefruit 2013.

     

  • DAVID PEACE : GB 84. LA REVOLTE DES GUEULES NOIRES

    Capture d’écran 2013-11-10 à 15.19.03.pngSi durant toute la durée de la tétralogie, commentée ici et là, chroniquant les heures sombres du West Yorkshire, David Peace s’employait à truffer ses textes d’une actualité servant à mettre en relief les motivations des personnages et les faits divers qui jalonnaient leurs parcours respectifs, il en va tout autrement avec GB 84 où l’actualité devient le thème central de ce roman flamboyant.

     

    Mars 1984, pour protester contre la restructuration sauvage des houillères de Grande-Bretagne, les mineurs du Yorkshire vont entamer une grève qui s’étendra dans tout le pays et qui durera un an. Le conflit entre la commission national du charbon soutenue par le gouvernement Thatcher et le syndicat national des mineurs présidé par Arthur Scargill s’apparentera à une guerre sans merci où les parties ne lâcheront pas la moindre concession. Et c’est au travers du regard de trois protagonistes que vous découvrirez les manigances et les combats souterrains que se livrent deux blocs extrêmes qui savent déjà que la défaite est synonyme de chute et de discrédit.

     

    Il y a tout d’abord Neil Fontaine, barbouze, garde du corps et homme des basses œuvres dont la mission est de mettre tout en place pour briser et discréditer la grève des mineurs. Il navigue entre le monde souterrain de mercenaires extrémistes sans scrupules et les coulisses d’un pouvoir qui n’en a guère d’avantage.

     

    Terry Winters, membre de la direction du syndicat national des mineurs, se trouve au cœur des manœuvres financières d’un syndicat acculé par le gouvernement à livrer sa trésorerie auprès des tribunaux qui leur inflige de lourdes amendes. Paranoïa, corruption et illusions sont le lot quotidien d’un syndicat condamné au succès.

     


    Capture d’écran 2013-11-10 à 15.17.09.pngEt puis il y a le témoignage poignant du quotidien de mineurs qui se retrouvent au cœur d’une grève interminable, d’un combat violent et sans concession entre un gouvernement inflexible, des policiers toujours plus violent. On découvre  le calvaire de familles exsangues financièrement, d’hommes épuisés par les piquets de grèves et par les trahisons de leur voisins, amis, et camarades de travail qui souhaitent reprendre le travail. Un clivage entre les « jaunes » et les grévistes qui laissera des cicatrices profondes qui ne se refermeront jamais.

     

    Avec un texte syncopé à l’extrême, David Peace nous fait passer des uns aux autres dans un style flamboyant qui frôle la folie. Cette folie qui semble d’ailleurs être le trait d’union entre tous ces personnages lancés dans une course désespérée qui ne laissera personne indemne, pas même le clan victorieux. Paranoïa, manipulations, coups bas seront le quotidien de protagonistes qui ne peuvent désormais plus s’entendre. Des protagonistes aux égos surdimensionnés qui se défient par l’intermédiaire d’une population ouvrière sacrifiée sur l’autel d’idéologies extrêmes qui ne peuvent que conduire à une lutte meurtrière.

     

    Capture d’écran 2013-11-10 à 15.16.25.png

    Comme à l’accoutumée avec David Peace, c’est à bout de souffle que vous achèverez GB 84, un roman épique et tragique qui vous narre par le menu la mort d’une caste ouvrière et le changement de cap d’une nation désormais livrée aux mains d’un libéralisme économique triomphant.

     

    La folie d’une nation contée avec la démesure d’un auteur ! David Peace est un génie !

     

    David Peace : GB 84. Rivages/Noir 2009. Traduit de l’anglais par Daniel Lemoine.

    A lire en écoutant Syncronicity II de Police. Album : Syncronicity. A&M Records 1983.

     

  • Stuart Neville : Collusion. Dans le brasier de la rédemption.

    stuart neville,ireland,collusion,fantôme belfast,rivagesPour aborder Collusion, dernier opus de Stuart Neville, il apparaît absolument nécessaire de lire son premier roman, les Fantômes de Belfast, chroniqué ici, afin de comprendre le déroulement de cette histoire qui se déroule trois mois plus tard en reprenant les mêmes personnages.

     

    Le roi de la pègre Bull O’Keane s’est peu à peu remis de sa confrontation avec le terrible ex tueur de l’IRA Gerry Fegan. Désormais paralysé, il veut éliminer tous les protagonistes qui ont été témoin de sa déchéance. Pour cela, il a engagé un prédateur terrifiant, surnommé le Voyageur qui va accomplir ce terrible travail en traquant notamment la petite Ellen en fuite avec sa mère. De cette manière Bull O’Keane compte bien attirer Gerry Fegan dans les mailles de son filet et accomplir sa vengeance. 

     

    Si une suite des Fantômes de Belfast ne s’avérait pas vraiment utile, on peut saluer l’auteur qui a su mettre au second plan les personnages principaux de son premier roman pour mettre en avant deux nouveaux personnages qui donnent à ce dernier récit toute sa saveur. Nous découvrirons donc, ce policier, Jack Lennon, père de la petite Ellen qu’il a refusé de reconnaître du fait que la mère était protestante. Bourré de remord, il va tout faire, au travers de son enquête pour retrouver et protéger cette fille qu’il n’a jamais connue. C’est à travers lui que s’articule la majeure partie du roman. Pour supplanter un héro terrifiant comme Gerry Fegan, il lui fallait un alter ego absolument abominable comme le Voyageur. Finalement il s’agit du personnage central du livre qui lui donne d’ailleurs toute son amplitude. Un sociopathe de la pire espèce qui n’a absolument aucune considération pour la vie humaine, ne serai-ce que la sienne. Même blessé, il préfère poursuivre ses proies plutôt que de se faire soigner. C’est dans cette vulnérabilité qu’apparaît l’inhumanité de ce psychopathe terrifiant qui occupera une place de choix dans la galerie des méchants qui ont émaillé les pages du polar et du roman noir.

     

    Dans Collusion, Stuart Neville se concentre principalement sur l’histoire de traque pour délaisser l’aspect politique et social de la ville de Belfast ce qui donne beaucoup moins de relief à ce récit qui n’en demeure pas moins extrêmement prenante et c’est la thématique de la rédemption qui prendra tout son sens dans un final flamboyant.

     

    Personnage très discret dans le récit, c’est désormais la jeune Ellen qui amène un petit côté fantastique à ce récit. Néanmoins, l’équilibre entre le fantastique, le roman noir et le thriller est beaucoup plus maîtrisé et font de Collusion un roman extrêmement bien ficelé que vous aurez du mal à lacher.

     

    Stuart Neville : Collusion. Editions Rivages/Thriller 2012. Traduit de l'anglais (Irlande) par Fabienne Duvigneau.

    A lire en écoutant : Theme from Harry’s Game. In a Lifetime / Best of Clannad. BMG UK & Ireland ltd 2003.