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Grande-Bretagne - Page 3

  • Abir Mukherjee : Les Princes De Sambalpur. Les clés du pouvoir.

    Capture.PNG"Lire c'est voyager; voyager c'est lire" jamais la citation de Victor Hugo n'aura été aussi appropriée en ces temps quelque peu troublés où il ne nous reste plus que la lecture pour explorer d'autres horizons. Dans un tel contexte, on peut également profiter du voyage pour remonter dans le temps afin de nous retrouver à l'époque de l'Inde coloniale comme nous y a convié le romancier Abir Mukherjee avec son premier roman L'Attaque du Calcutta-Darjeeling en nous permettant ainsi de découvrir les aventures du capitaine britannique Sam Wyndham et de son acolyte indien, le sergent Satyendra Banerjee, officiant tous deux au sein de la police impériale du Bengale. Un dépaysement garanti que l'on retrouve avec Les Princes De Sampalpur, second opus de la série, qui prend pour cadre l'un des nombreux royaumes de l'Inde régit par les maharadjahs sous la haute autorité du vice-roi des Indes. Oscillant, dans un bel équilibre, entre le récit historique et l'intrigue policière on ne manquera pas d'apprécier cette intrigue nous rappelant les romans d'Arthur Conan Doyle et de son célèbre détective souffrant d'addiction tout comme Sam Wyndham qui fréquente assidument les fumeries d'opium afin de se remettre momentanément de son passé de vétéran de la Première guerre mondiale.

     

    Juin 1920. En visite à Calcutta, le prince de Sambalpur est assassiné alors qu’il était accompagné de son ancien camarade de classe, le sergent Banerjee et du capitaine Wyndham. Le meurtrier, un étrange homme religieux, est parvenu à prendre la fuite une fois son forfait accompli. Affecté par ce meurtre, les deux policiers accompagnent la dépouille du prince en étant persuadé de trouver le commanditaire du meurtre au sein du royaume suscitant bien des convoitises avec ses célèbres mines de diamants. Au terme du voyage, ils sont reçus par le vieux maharadjah de Sampalpur, extrêmement éprouvé par la disparition de son fils, qui décide de leur confier l’enquête concernant les circonstances entourant sa mort. En passant des rituels religieux funéraires à la chasse au tigre à dos d’éléphant, Wyndham et Banerjee vont tenter de démêler les multiples intrigues qui se nouent dans les couloirs du fastueux palais du maharadjah en essayant de découvrir les mobiles du meurtre qui leur permettront de démasquer l’assassin. Mais il leur faudra toute leur volonté, quitte à forcer les portes du zénana, le harem du maharadjah au sein duquel ils trouveront peut-être quelques réponses à leurs risques et périls.

     

    Au niveau de l’intrigue policière, Les Princes De Sambalpur prend l’allure d’un « whodunit » que ne renierait pas les amateurs de Sherlock Holmes, même si le capitaine Wyndham est doté d’un esprit de déduction bien moins alambiqué que son illustre homologue. L’enjeu du récit consiste donc à déterminer qui est le commanditaire du meurtre du prince en découvrant les mobiles de cet acte tout en constatant, au gré des investigations des deux policiers, que les raisons peuvent être multiples au sein d’un petit royaume où les convoitises sont nombreuses à l’instar de cette vente d’une mine de diamants dont le prix semble surévalué. C’est ainsi l’occasion de découvrir les multiples personnages qui composent ce petit microcosme qui a réellement existé au temps de la splendeur des maharadjahs dont la multitude de royaumes composaient avec l’occupant britannique en nous donnant une idée du fonctionnement qui régit ces deux entités dont l’instauration d’une institution telle que la Chambre des princes censée donner l’illusion d’une certaine autonomie desdits royaumes. On découvre ainsi tout l’aspect des enjeux politiques qui vont nous donner une idée des ambitions contradictoires des différentes factions que comptent le royaume de Sambalpur. C’est peut-être là que réside tout le génie de l’auteur qui parvient, au fil d’une intrigue policière bien menée, à intégrer les éléments du contexte historique de l’époque, ceci sans que l’on ne ressente une quelconque lourdeur. Et puis il faut bien avouer que l’on apprécie cette atmosphère exotique qu’Abir Mukherjee restitue avec une belle justesse conjuguée à un humour caustique que l’on ne manquera pas d’apprécier surtout lorsqu’il vient du sergent Banerjee qui porte une regard circonspect sur le monde qui l’entoure. Avec ce décalage entre la vision du capitaine Wyndham et celle du sergent Banerjee, c’est également l’occasion de mettre en lumière les différentes strates sociale qui composent l’Inde de l’époque à l’instar de cette scène où le personnage principal observe, depuis le luxueux compartiment du train du maharadjah qu'il occupe, une famille modeste qui attend sous la pluie battante de la mousson le train qu’ils doivent emprunter et dont l’arrivée semble incertaine. On observera également, au terme d’un récit dont l’épilogue surprendra plus d’un lecteur, la place faite aux femmes au sein d’un royaume de Sambalpur où le harem semble bien éloigné de l’image que l’on pourrait s’en faire avec des épouses et des concubines qui savent parfaitement composer avec leurs conditions pour parvenir à tirer les ficelles du pouvoir.

     

    Brillant second récit d’une série de romans policiers prometteurs, Les Princes De Sambalpur conjugue avec une belle maîtrise le récit historique et l’intrigue policière qui séduiront ainsi les lecteurs les plus exigeants en quête d’évasion. Exotique et caustique.

     

     

    Abir Mukherjee : Les Princes de Sambalpur. Editions Liana Levi 2020. Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Fanchita Gonzalez Batlle.

     

    A lire en écoutant : Prabhati de Yehudi Menuhin & Ravi Shankar. Album : Menuhin Meets Shankar. 1988 EMI Classic.

  • Joseph Knox : Somnambule. Retour de flamme.

    Capture d’écran 2020-11-30 à 18.37.36.pngJeune auteur britannique, Joseph Knox nous invite une nouvelle fois à partager l’atmosphère glauque de la patrouille de nuit composée de l’inspecteur borderline Aiden Waits et de son irascible acolyte Peter Sutcliff. Après avoir découvert le monde interlope de la nuit à Manchester et les écarts de ce flic atypique dans Sirènes (éditions du Masque 2018) on retrouvait ce personnage en mauvaise posture dans Chambre 413 (éditions du Masque 2019) où rejaillissait quelques pans de son passé tumultueux. Deux ouvrages qu’il est recommandé de lire avant d’entamer Somnambule, dernier opus d’une série où l’on retrouve quelques savoureux personnages secondaires à l’instar du superintendant Parrs, supérieur particulièrement retord qui manipule Aiden Waits pour les besoins de sa carrière alors que Zain Carver, caïd de la ville, a juré la perte de cet inspecteur déchu qu’il rend responsable de la mort de sa fiancée. Empêtré dans une affaire de chantage avec une policière corrompue, un règlement de compte avec un truand qui a juré sa perte et les basses manoeuvres d’une hiérarchie qui se déchire, Aiden Waits va devoir également composer avec une jeune coéquipière intègre qui semble vouloir rapporter tous ses faits et gestes au cours d’une enquête sur un fait divers vieux de dix ans qui défraie encore la chronique. 

     

    Martin Wick, surnommé le Somnambule, a toujours prétendu n’avoir aucun souvenir de la nuit où il a décimé toute une famille. Après dix années en prison, le meurtrier, atteint d’un cancer, n’en finit plus d’agoniser sur son lit d’hôpital alors qu’Aiden Waits est chargé de recueillir ses dernières confidences avec son collègue Peter Sutcliff. Mais Martin Wick ne se décide ni à mourir ni à parler. Et l’affaire tourne au fiasco lorsqu’un individu poignarde le planton avant de mettre le feu au lit de Martin Wick qui périt dans les flammes. Si Aiden Waits réchappe à l’attentat, son coéquipier, grièvement blessé est plongé dans le coma. Qui pouvait donc en vouloir au meurtrier ? S’agit-il d’une vengeance ? Est-on d’ailleurs bien sûr que Martin Wick était bien la cible de l’attentat ? Autant de questions auxquelles Aiden Waits n’est pas bien sûr d’obtenir la réponse. Une enquête qui va se dérouler sur le fil du rasoir. Aiden Waits en a l’habitude.

     

    Il faut bien avouer que c'est avec un certain plaisir sadique que l'on se prend à retrouver l'inspecteur Aiden Waits qui semblait emprunter la voie de la rédemption au terme du second roman de la série, Chambre 413. Mais que l'on se rassure, Aiden Waits reste l'éternel et incontrôlable chien fou qui se lance dans une contre-enquête où les apparences semblent plutôt trompeuses. A partir de ces éléments, les ressorts narratifs sont déjà connus et peuvent susciter un sentiment de déjà lu qui atténuera certains effets de surprise pour les lecteurs les plus aguerris. Mais avec un tel enquêteur au comportement si autodestructeur il faut tout de même s'attendre à un bouleversement d'une intrigue qui sort des sentiers battus au détour d'une kyrielle de circonstances qui font d'Aiden Waits, un homme aux abois qui se retrouve acculé de toute part. C'est principalement avec le chantage dont il est victime et auquel il ne peut se soustraire que l'on perçoit la tension à laquelle Aiden Waits est soumis ceci d'autant plus qu'il doit composer avec une coéquipière intègre, bien décidée à ne pas le lâcher d'une semelle. On appréciera donc les rapports conflictuels entre le personnage central en perdition et Naomi Black qui prend le relais de l'odieux Peter Sutcliff qui lutte entre la vie et la mort, victime collatérale d'un attentat dont on ignore s'il visait le détenu qu'il surveillait à l'hôpital ou Aiden Waits, affecté à la même mission de surveillance, qui semble être la cible d'une vengeance orchestrée par un vieil ennemi.

     

    Récit d’une grande noirceur, agrémenté de dialogues caustiques, Somnambule nous permet donc de retrouver un personnage charismatique dont le comportement autodestructeur donne du relief à une enquête qui sort définitivement de l’ordinaire au gré d’un récit prenant parfois l’allure d’un hard boleid déjanté.

     

    Joseph Knox : Somnambule (The Sleepwalker). Editions du Masque 2020. Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Jean Esch.

     

    A lire en écoutant : Fly Me To The Moon de Frank Sinatra (feat. Count Basie and His Orchestra). Album : Nothing But The Best (Remastered). 2008 Frank Sinatra Enterprises, LLC.

  • Abir Mukherjee : L’Attaque Du Calcutta-Darjeeling. Indian connection.

    Abir Mukherjee, l'attaque du Calcutta Darjeeling, éditions liana leviComme son nom ne l’indique pas, Abir Mukherjee est un romancier britannique qui a vécu une majeure partie de sa vie en Ecosse et plus particulièrement à Glascow, une ville qui a connu gloire et déclin tout comme Calcutta, cité de l’état du Bengale, où se déroule les aventures du capitaine Sam Wyndham, ancien agent de Scotland Yard et vétéran de la première guerre mondiale qui choisit d’intégrer la police impériale du Bengale. Secondé du sergent Satyendra Barnejee, natif de cette Inde colonisée par les britanniques, les deux personnages incarnent finalement les deux facettes d’un auteur qui a baigné entre la culture anglaise et la culture indienne dont ses parents sont originaires. Premier opus d’une série qui compte déjà quatre ouvrages, L’Attaque Du Calcutta-Darjeeling se présente sous la forme d’un récit policier aux consonances historiques, non dénué d’humour, qui débute en 1919 alors qu’une vague d’agitation secoue l’ensemble du pays déjà en quête de son indépendance qui n’est pas au goût d’un occupant britannique bien décidé à conserver l’un des plus grands joyaux de son empire.

     

    Calcutta, 9 avril 1919. A peine débarqué en Inde et investi de sa fonction de capitaine au sein de la police impériale du Bengale, le capitaine Sam Wyndham doit enquêter sur le meurtre d’un haut fonctionnaire de la colonie dont on a retrouvé le corps dans les bas-fonds de la ville, à proximité d’un bordel offrant ses services aux notables de la cité. Avec l’appui du sergent Satyendra Barnejee, le capitaine Wyndham va mener ses investigations au coeur d’une ville complexe dont la chaleur moite et frelatée semble susciter quelques vocations de révolte à l’encontre des occupants britanniques. Grèves et émeutes secouent la cité ainsi que les régions avoisinantes avant de se propager dans tout le pays, rendant les investigations d’autant plus compliquées que ce sont les services secrets militaires qui s’en mêlent en trouvant au sein des groupuscules terroristes, le coupable idéal. Mais Wyndham est bientôt convaincu que la solution est loin d’être aussi simpliste et va poursuivre ses investigations en dépit des conseils avisés de ses supérieurs.

     

    Tournant autour d’une trame historique qui prend pour cadre l’indépendance de l’Inde, L’Attaque Du Calcutta-Darjeeling se focalise sur le massacre d’Amritsar où des soldats britanniques tirèrent sur des manifestants indiens qui protestaient contre le Rowlatt Act, un décret autorisant le gouvernement à emprisonner arbitrairement les agitateurs qui avaient des velléités d’indépendance. On croise donc ainsi le brigadier-général Dryer, responsable du massacre qui fit plusieurs centaines de morts et plus d’un millier de blessés. Outre ce sinistre personnage historique, on découvre également tout ce qui se trame autour du vice-gouverneur du Bengale avec l'influence des différents services gouvernementaux et des.notables du pays qui cherchent tous à obtenir ses bonnes grâces afin de mener à bien leurs affaires respectives. C'est dans un tel contexte qu'évolue le capitaine Sam Wyndham, personnage central de la série, au sein d'une ville de Calcutta sous tension que l'auteur décrit avec force de détails afin de nous immerger dans cet environnement exotique plutôt suffoquant. L'esprit ravagé par les souvenirs de la Grande Guerre, accroc aux drogues opiacées, le capitaine Wyndham est un homme de devoir qui sait pourtant se remettre en question en trouvant parfois l'inspiration dans les fumeries d'opium qu'il fréquente assidument en parcourant ainsi les bas-fonds de la ville pour ensuite nous entrainer dans les grands salons que fréquentent le gotha britannique. L'auteur nous permet ainsi d'avoir une vue d'ensemble de cette ville de Calcutta qui oscille entre le charme des quartiers de la bourgeoisie anglaise et le cauchemar des bas quartiers peuplés et miséreux qu'occupent la population indienne dont on perçoit les difficultés par l'entremise du sergent Satyendra Barnejee dont la loyauté vis à vis de l'occupant est mise à mal par les excès que commettent l'armée britannique qui tente de mater la révolte qui gronde dans le pays. Sur fond d'émeutes et de complots pour court-circuiter une enquête aux entournures politiques, l'intrigue qui débute sous la forme d'une enquête policière se poursuit sur le registre d'un récit d'aventure aux contours surprenants qui ne manqueront pas de bousculer le lecteur qui ne découvrira qu'en toute fin de récit le dénouement d'une enquête passionnante. 

     

    Sur fond d'un humour grinçant qui met en exergue la dichotomie entre deux cultures intrinsèquement opposées, L'Attaque Du Calcutta-Darjeeling, nous permet de faire la connaissance de ce duo atypique que forme le capitaine Wyndham et le sergent Barnejee dans le contexte exotique de l'Inde dont on découvre les débuts d'une quête vers l'indépendance qui va durer plusieurs années. Passionnant. 

     

     

    Abir Mukherjee : L’Attaque Du Calcutta-Darjeeling (A Rising Man). Editions Liana Levi 2019. Traduit de l’anglais par Fanchita Gonzalez Batlle.

     

    A lire en écoutant : Sampooran de Meekal Hasan Band. Album : Sampooran. 2004 MHB Music.

  • Joseph Knox : Chambre 413. Les disparus.

    editions du masque,joseph knox,chambre 413Joseph Knox est un jeune auteur britannique qui s'est rapidement imposé avec Sirènes, un premier roman policier racé aux accents hard-boiled se déroulant dans la belle ville de Manchester et mettant brillamment en scène Aiden Wait, un jeune inspecteur de police borderline. Même s'il ne révolutionnait pas le genre, on appréciait tout de même la fraîcheur d'une intrigue envoutante nous entraînant au cœur du monde de la nuit. Il faut dire que l'on se prend à aimer ce personnage qui n'hésite pas à mettre sa carrière en jeu en défiant sa hiérarchie dans un climat tendu, mais contrebalancé par ce regard corrosif que le policier jette sur ses interlocuteurs qui peuvent se montrer violents. Mais pour Aiden Wait tout cela importe peu car le policier sait encaisser les coups sans jamais vraiment céder à cette compromission qui prévaut au sein de l'institution. Ne pas faire de vague n'est donc pas vraiment l'adage de cet enquêteur atypique, vif d'esprit, qui force l'admiration en ne versant jamais dans la caricature. Autant dire que l'on se réjouit de retrouver ce personnage dans Chambre 413, second volet des enquêtes d'Aiden Wait qui végète désormais au sein de la patrouille de nuit en battant le pavé de la cité de Manchester.  

     

    L’inspecteur Aidan Wait peut s’estimer heureux car son supérieur, le superintendant Parrs, ne l’a finalement pas viré mais relégué sur une voie de garage en l'intégrant à la patrouille de nuit consistant à répondre à des appels insignifiants comme des feux de poubelle, en compagnie de Peter Sutcliffe, surnommé Sully, un collègue à la fois chevronné et acariâtre. Mais dans la chaleur suffocante d’un été comme on ne les fait plus à Manchester, les deux policiers doivent se rendre au Palace, un immense hôtel désaffecté du centre-ville. Sur place, c’est dans la chambre 413 qu’ils découvrent le corps sans vie d’un homme à l’étrange sourire figé. La première difficulté survient lorsqu’il s’agit d’identifier le cadavre. En effet, on a été jusqu’à enlever les étiquettes de ses vêtements et limer ses dents alors que ses doigts sont dépourvus d’empreintes digitales. Comme si l’homme avait souhaité se débarrasser définitivement de son identité avant de disparaître. Et quel est ce message mystérieux que l’on retrouve cousu à l’intérieur de son pantalon ? Y a-t-il seulement un sens à cette mise en scène macabre ?

     

    Dans le sillage des pérégrinations de l’inspecteur Aiden Wait, nous embarquons une nouvelle fois dans le monde interlope de la nuit à Manchester que Joseph Knox connaît bien en ayant officié comme barman avant de se lancer dans l’écriture. C’est dans cette atmosphère urbaine, rendue plus lourde avec la chaleur des nuits estivales que le policier va mener de front plusieurs enquêtes avec son coéquipier Sutty qui prend davantage d’importance que l’opus précédent. On se prend même à apprécier la dynamique qui s’instaure entre ces deux individus qui se tolèrent dans une ambiance pesante, chargée de tensions, de non-dit et d’échanges acerbes. Avec Sutty, on découvre un personnage acariâtre qui n’est pas dépourvu d’une certaine intelligence et d’une expérience professionnelle qui font de lui un policier portant un regard sans concession sur la société qui l’entoure. A certains égards on lui trouverait une certaine ressemblance avec Aiden Wait. Outre l’identification d’un cadavre, l’inspecteur Wait va également devoir enquêter sur une jeune femme victime d’un amant qui menace de diffuser des photos compromettante sur les réseaux sociaux. D’autre part, Joseph Knox lève également un voile sur le passé de son inspecteur qui doit répondre aux menaces d’un certain Bateman qui lui rappelle des souvenirs terribles de son enfance. Afin de démêler cet écheveau complexe d’intrigues qui s’entrecroisent, aux entournures parfois un brin trop alambiquées, le lecteur devra s’accrocher pour ne pas se perdre en chemin. Néanmoins on se retrouve séduit par la voix originale d’un auteur qui utilise les codes du genre sans en abuser et réussi même à surprendre le lecteur comme cette confrontation entre Aiden et Bateman, un personnage complexe qui nous fait frissonner et qui explique certaines attitudes d’un policier contraint de se frotter à son passé qu’il pensait avoir enfouit. On trouve d’ailleurs une certaine similitude entre Aiden Wait et les démarches de cet homme mystérieux, retrouvé mort dans ce singulier hôtel désaffecté, qui s’est débarrassé de son passé au propre comme au figuré.

     

    Avec Chambre 413, il est donc surtout question d’ambiance et d’atmosphère nocturne pour un polar à la fois complexe et singulier qui confirme le talent de Joseph Knox parvenant, sans renouveler le genre, à surprendre le lecteur avec un texte qui se joue des codes du roman policier, ceci pour être plus grand plaisir.



     

    Joseph Knox : Chambre 413. Editions du Masque 2019. Traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Fabienne Gondrand.

     

    A lire en écoutant : The Smiths : There Is A Light That Never Goes Out. Album : The Queen Is Dead. 2014 Rhino UK a division of Warner Music UK Ltd.

  • Joseph Knox : Sirènes. La poudre aux yeux.

    Capture.PNGUn bon nombre d'auteurs britanniques ont choisi la localité où ils séjournent pour en faire le théâtre de leurs intrigues comme John Harvey avec Birmingham où évoluait l'inspecteur Charlie Resnick ou Colin Dexter avec Oxford où officiait l'inspecteur Endeavour Morse en faisant en sorte que le décor devienne aussi important que l'intrigue. Jeune auteur débutant, Joseph Knox a effectué la même démarche en situant l'action de son premier roman à Manchester où il a officié comme barman et comme libraire avant de se lancer dans l'écriture. Avec un polar aux accents "hard-boiled" l'auteur nous entraine donc dans les méandres des rues de Manchester en levant le voile sur les dessous du monde de la nuit sur fond de trafic de stupéfiant tenu par un caïd de la pègre locale que nul policier n'a été en mesure d'infiltrer. Polar rythmé au titre évocateur, Sirènes fait référence aux filles chargées de récolter l'argent des transactions s'effectuant dans les différents bars de la cité.

     

    Aiden Wait est un jeune flic dont la carrière est déjà fortement compromise. Suspendu après avoir été surpris en train de dérober des stupéfiants dans la salle des pièces à conviction, la rumeur ne va pas tarder à se répandre dans toute la ville. Mais Aiden s’en moque, entre biture et consommation de drogue, il brûle sa chandelle par les deux bouts. Pourtant le superintendant Parrs lui fait une étrange proposition. Il a besoin d’un policier aux mains sales pour infiltrer un gros réseau de trafic de drogue dirigé par Zain Carver. Il semble donc que l’inspecteur Wait fera parfaitement l’affaire pour entrer en contact avec ce truand plutôt méfiant. Mais la mission prend un autre tournure lorsque le jeune policiers se voit également confier la tâche de retrouver la fille d’un homme politique bien en vue de la ville de Manchester. Aiden Wait ne tarde pas à découvrir que la jeune femme faisait partie de l’entourage de Zain Carver qui l’utilisait comme une de ses « sirènes ». Une affaire chaotique pour un flic complètement barré qui part en vrille.

     

    Avec Sirènes on découvre l’inspecteur Aiden Wait qui possède un indéniable talent pour se fourrer dans les pires galères en le contraignent à évoluer en marge de son travail pour effectuer une mission d’agent infiltré à son corps défendant, ceci d’autant plus qu’il se retrouve à côtoyer ses pires démons que son l’alcool et la drogue. Il va de soi qu’il ne résiste que très peu à la tentation et se retrouve embringué dans une enquête sur laquelle il n’a plus de contrôle. On apprécie donc ce personnage ambivalent qui oscille entre la folie des fêtes déjantées et l’envie d’accomplir tout de même son travail de flic pour lequel il possède un certain talent avec ce regard désabusé qu’il porte sur ses collègues et ses supérieurs hiérarchiques. Pour corser le tout, Joseph Knox agrémente le texte d’un humour grinçant, un peu décalé au rythme d’une intrigue tonique où s’entremêlent une enquête de disparition et une investigation sur un trafic de drogue et dont l’ensemble se déroule sur fond de scandale politique.

     

    Autour de ce policier hors-norme, complètement déjanté, Joseph Knox nous présente toute une palette de personnages tous plus désagréables les uns que les autres qui font que l’on évolue dans un climat tendu avec en toile de fond cette atmosphère urbaine et poisseuse des bars glauques de la ville de Manchester. C’est également dans les quartiers sordides de la cité que l’on distingue des clans, de type mafieux qui se livrent une guerre sans merci pour s’emparer du marché de la drogue. Au milieu de tout cela, l’inspecteur Aiden Wait, chute à plusieurs reprises avec à la clé passages à tabacs, consommation de drogue et d’alcool et même perte de connaissance pour se retrouver allongé dans les ruelles humides de la ville. Mais quoiqu’il en soit, à l’image de ces durs à cuire, le policier se relève toujours pour affronter ses ennemis qu’il parvient à manipuler afin d'arriver à ses fins.

     

    Au gré d'une intrigue dynamique et d'un humour cinglant, Sirènes est un polar tonique qui secouera le lecteur jusqu’à la dernière ligne en faisant connaissance avec un jeune flic déjà cabossé de la vie qui n’a de cesse de se désintégrer, ceci pour notre plus grand plaisir.

     

    Joseph Knox : Sirènes. Le Livre de Poche 2019. Traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Jean Esch.

    A lire en écoutant : Take Me Out de Franz Ferdinand. Album : Franz Ferdinand. 2004 Domino Recording CO Ltd.