Pascal Garnier : La Place Du Mort. Sortie de route.
Il est l'auteur de près d'une vingtaine de romans noirs publiés initialement dans des collections dédiées au mauvais genre telle que Fleuve Noir avant d'intégrer la maison d'éditions Zulma qui a eu la bonne idée de rééditer très récemment certains de ses écrits afin que l'on n'oublie pas l'humour acide qui imprègne les textes de ce romancier qui est décédé en 2010 alors qu'il avait à peine 60 ans. Après avoir quitté l'école à l'âge de 15 ans débouchant sur une carrière professionnelle faite d'errance et de petits boulots ainsi qu'une tentative très brève dans le domaine du rock français en tant que parolier, il rédige quelques nouvelles avant de se consacrer définitivement à l'écriture de romans noirs. On lui doit également toute une multitude d'ouvrages dédiés à la jeunesse ainsi que plusieurs recueils de nouvelles ce qui ne m'a pas empêché de découvrir cet écrivain que très tardivement à l'occasion de ce #bookclub du #prixbookstagram consacré à la littérature noire, sous l'appellation #leromannoir. Et c'est en consultant la multitude de romans noirs proposés au sein de ce club de lecture qu'émerge La Place Du Mort l'un des livres représentatifs du talent de Pascal Garnier que l'on considérera sans hésitation comme l'une des belles découvertes de l'année et dont on se réjouit déjà à l'avance de savourer l'intégralité d'une oeuvre qui semble s'inscrire dans un style à la fois tendre et cinglant s'articulant autour de faits divers révélant toute la misère humaine d'individus dont les comportements décalés nous entrainent dans le sillage d'intrigues flirtant avec l'absurde.
Après avoir séjourné quelques jours chez son père, Fabien prend son train pour rentrer à Paris. Il n'a pas manqué de ramener une lilas pour son épouse Sylvie qui a sans doute accompagné son amie Laure au cinéma, comme elle le fait parfois lorsqu'il est absent, ce qui fait qu'il retrouve l'appartement vide. Mais c'est en consultant le répondeur du téléphone que Fabien apprend, par l'entremise de l'hôpital de Dijon, que Sylvie a eu un accident de voiture et qu'il est désormais veuf. En se demandant ce que faisait sa femme du côté de Dijon, il apprend incidemment que celle-ci avait un amant qui conduisait le véhicule et qui est également décédé lors de cette embardée mortelle. La nouvelle a de quoi vous bouleverser à plus d'un titre, mais Fabien, en apprenant que l'amant était également marié, décide d'épier cette femme et de la séduire afin de pouvoir se targuer de lui rendre la pareille. Un quête virant à l'obsession, ce qui fait que Fabien ne perçoit pas le guêpier dans lequel il s'est fourré. Il va bien rapidement l'apprendre à ses dépens.
Second roman noir de Pascal Garnier, publié en 1997 chez Fleuve Noir, La Place Du Mort apparaît en format poche dans la collection roman noir aux éditions Point avant d'être réédité en grand format chez Zulma en 2013 qui le remettra au goût du jour au sein de leur catalogue en 2025, dans une version poche également. Avec à peine 160 pages au compteur, on dira qu'il s'agit d'un texte extrêmement dépouillé, d'une redoutable sobriété où le jugement n'est jamais de mise pour se décliner sur une logique béhavioriste, rappelant à bien des égards les intrigues de Jean-Patrick Manchette, en suivant le parcours de Fabien, homme assez ordinaire se laissant littéralement porter par les événements qui se présentent à lui jusqu'au moment où il s'achemine vers une démarche de vengeance dérisoire illustrant parfaitement le désarroi du personnage. Et c'est peut-être bien là que réside le talent de Pascal Garnier à mettre en place cette structure narrative redoutable où l'on observe les interactions avec Martine que Fabien s'est mis en tête de séduire tout en composant avec sa meilleure amie Madeleine qui se méfie de lui. Autant dire que la démarche va prendre une tournure tragique avec quelques éclats d'une violence aussi brève qu'efficace et plutôt déroutante tout en se conjuguant avec ce regard caustique dans lequel Pascal Garnier se distingue véritablement au gré de cette comédie douce amère qui va basculer dans une dimension de fait divers sordide. Il n'y a donc aucun mot de trop dans cette intrigue d'une intense noirceur, parfois terriblement drôle, parfois d'une sensibilité délicate, où l'on observe les affres et la banalité d'individus peu à peu rongés par cette dépression insidieuse qui va bousiller leurs vies respectives jusqu'à en faire, pour certains d'entre eux, de terribles monstres ordinaires que Pascal Garnier dépeint dans un équilibre de férocité et de tendresse qui accentue encore davantage la dynamique tragique de La Place Du Mort, véritable démonstration de ce qui se fait de mieux dans le registre du roman noir.
Pascal Garnier : La Place Du Mort. Editions Zulma 2025.
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Il est paru au début de l'année, à l'occasion du festival des Quais du Polar à Lyon où les organisateurs, en collaboration avec les éditions Points, mettent en place, depuis plusieurs années, des projets d'écriture à quatre mains entre deux auteurs de deux pays différents afin de mettre en exergue les différences culturelles dont on découvre certains aspects dans une alternance de chapitres qui s'inscrivent dans un genre policier bien évidemment. Pour les éditions précédentes on s'aventurait entre Lyon et Manchester avec Le Steve McQuenn (Points 2024) de Tim Willocks et Cary Ferey, entre la France et l'Allemagne avec Terminus Leipzig (Points 2022) de Jérôme Leroy et Max Annas, entre la Roumanie et la France avec Le Coffre (Points 2019) de Jacky Schwartmann et Luician-Dragos Bogdan et pour finir entre Barcelone et Lyon avec
C'est un peu l'effervescence sur le versant italien des Alpes, avec la découverte du corps sans vie d'un individu que la police identifie rapidement comme étant le nommé Léonardo Morandi, malgré le fait qu'il a été sauvagement défiguré. On signale également dans plusieurs bergeries des environs, des stocks importants de cigarettes de contrebande. Au même moment, du côté français, Suzanne Valadon, une accompagnatrice de montagne chevronnée, retrouve un jeune ressortissant du Burkina Faso complètement frigorifié qui tentait étrangement de retourner en Italie. Tant bien que mal, elle parvient à porter sur son dos le jeune réfugié, à moitié inconscient, pour se rendre au refuge tenu par Fabien. Le garçon aurait-il quelque chose à voir avec le meurtre qui vient de se produire ? De part et d'autre de la frontière, chacun s'évertue à faire la lumière sur ces événements le plus rapidement possible car les premières neiges s'abattent sur la montagne ce qui rend les investigations bien plus périlleuses dans un environnement où les contrebandiers croisent la route des réfugiés ce qui suscite bien des tensions.
Ce qui est amusant avec ces auteurs et ces romancières qui s’aventurent dans les lisières du mauvais genre, ce sont les gesticulations de certains intellectuels du microcosme de la littérature blanche parisienne et des autres régions d’ailleurs, qui vont vous expliquer que celle ou celui qu’ils adulent s’inscrit dans la « grande tradition romanesque » en soulignant le caractère social du texte qui va bien au-delà du "simple" roman policier ou encore pire, du "vulgaire" thriller. Laurent Mauvignier n’échappe pas à ces effets de manche quand bien même l’auteur assume pleinement le registre dans lequel il s’inscrit puisqu’à l’occasion de la sortie de son roman
Du côté de La Bassée, il y a le hameau "des trois filles seules" où vit depuis toujours Bergogne, un éleveur qui a repris le domaine familial tandis que sa femme Marion travaille au sein d'une imprimerie et qu'ils élèvent leur fille Ida fréquentant le lycée de la région. Dans la maison voisine, on trouve Christine, une artiste peinte vieillissante qui a quitté Paris il y a de cela des années pour fuir l'agitation citadine en privilégiant la quiétude que lui offre cette contrée rurale. Mais il y a ces lettres anonymes que l'on dépose désormais devant sa porte, ceci depuis plusieurs semaines et qui l'incite à se rendre à la gendarmerie, accompagnée de Bergogne qui, en bon voisin, lui sert de chauffeur, pour savoir ce qu'il convient de faire. Ce n'est pourtant pas ces événements qui assombriront cette journée davantage dédiée aux préparatifs de l'anniversaire de Marion qui fête ses quarante ans. Et tandis que chacun vaque à ses occupations, il y a ces inconnus qui rôdent autour du hameau. Que peuvent-ils bien vouloir ?
En janvier 1980, c'est le marasme en France qui s'enfonce dans la crise économique en disant adieu aux trente glorieuses tandis que tous les services de police sont focalisés sur la traque des membres des groupuscules révolutionnaires qui sévissent dans le pays. Désormais infiltré dans le noyau dure d'Action Directe, le brigadier Jean-Louis Gouvernnec tente d'approcher Geronimo, ce marchand d'arme formé par les libyens et qui alimente tous les réseaux terroristes d'extrême gauche. C'est Jacquie Lienard, son officier traitant au RG qui est à la manoeuvre tandis que Marco Paolini, jeune flic intrépide de la BRI, tente également de soustraire tous les renseignements possibles pour localiser et identifier le mystérieux trafiquant d'arme. Mais tandis que la campagne présidentiel bat son plein, les deux inspecteurs vont devoir également compter avec Robert Vauthier, mercenaire de son état reconverti dans le milieu de proxénétisme et qui enflamme le monde de la nuit parisienne et de la jet set avec son dancing ultra sélect servant de couverture pour ses trafics destinés à alimenter l'armée de barbouzes sévissant au Tchad afin de traquer Geronimo qui a ses entrées auprès de la dictature de Kadhafi en pleine ébullition. Mais les événements vont prendre une autre tournure lorsque le terroriste Carlos débarque en France bien décider à imposer sa loi par tous les moyens en entraînant Jacquie Lienard, Jean-Louis Gourvennec, Marco Paolini et Roger Vauthier dans un univers impitoyable de violence et de corruption qui sévit jusqu'au plus haute instance d'un état de droit qui n'en a plus que le nom. 
A la fin de l'année 1986, ce sont les attentats ravageant Paris qui rythment la vie du commissaire Nicolas Caillaux et de sa femme la juge d'instruction Sandra Gagliaco qui découvrent peu à peu que s'il faut retrouver rapidement les coupables pour calmer l'opinion publique, c'est désormais la raison d'état qui prévaudra sur la vérité en privilégiant l'improbable piste Abdallah afin de ménager les susceptibilités du gouvernement iranien se livrant désormais à une guerre ouverte des ambassades à laquelle la France ne compte pas céder. De son côté, le député Michel Nada ä fort à faire dans les négociations obscures pour la libération des otages français détenus depuis plusieurs années au Liban alors que Chirac et Mitterand se livrent à une course cynique pour s'en attribuer le mérite en vue des élections présidentielles de 1988. A Beyrouth, l'ancien attaché d'ambassade Philippe Kellermann constate avec amertume que la guerre reprend de plus belle avec des luttes fratricides au sein des milices chrétiennes mais également au sein des factions chiites conduisant à la formation de deux gouvernements que tout oppose. De toute manière pour Kellerman, seul compte le devenir de Zia, cette femme Chiite affiliée au Hezbollah, qui l'ensorcelle. Il n'y a donc plus d'avenir dans ce pays à feu et à sang où Dixneuf, ancien agent des service secrets, va régler ses comptes en comptant sur l'appui d'un allié inattendu. Il n’est d’ailleurs pas le seul à vouloir en finir avec toute cette folie dans une ultime déflagration de violence destructrice.