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Auteurs C - Page 8

  • Séverine Chevalier : Recluses. Prisonnières du silence.

    severine chevalier, cyril herry, éditions écorce, reclusesDécouvrir par hasard, au détour des rayonnages d’une librairie, un ouvrage des Editions Ecorce/noir, c’est comme mettre à jour un écrin recelant quelques perles rares et délicates que sont ces instants précieux de lecture où l’on s’imprègne de textes ciselés à la perfection par des auteurs qui travaillent le mot, la phrase en forgeant, tels des artisans acharnés, les contes obscurs de notre temps. En maître d’œuvre discret, Cyril Herry, directeur de la collection, vous propose une autre vision du roman noir avec une déclinaison d’auteurs aux essences particulières à l’instar de Séverine Chevalier et de son premier roman intitulé Recluses.

     

    Cela faisait bien des années que Zia n’attendait plus sa sœur Suzanne. Recluse au fond de ce corps détruit, elle s’abreuve d’ennui, de silence et d’immobilité jusqu’à ce que Suzanne déboule et l’embarque, elle et son fauteuil roulant, dans un périple incertain à la poursuite du fantôme de Zora Korps, cette fille en jaune qui s’est fait exploser dans un supermarché. Recluse dans la confusion de ses souvenirs, Suzanne cherche à comprendre la mort de son fils Polo en traquant l’ombre trouble de cette jeune fille énigmatique. Dans cette quête éperdue, les deux sœurs sont désormais recluses dans un corps de ferme perdu où la mémoire se dissout dans un torrent de pluie et de sang.

     

    Il y a tout d’abord cette écriture épurée, presque magique qui oscille entre les instants lyriques et les passages scandés pour nous livrer un texte éclaté en une multitude de points de vue propres aux différents acteurs qui hantent les pages d’un livre où le silence et les non-dits sont autant de douleurs, de regrets et de désespoirs que rien ne peut atténuer. C’est en cela que la quête effrénée de Suzanne devient une cause perdue d’avance qui ne sert qu’à mettre en perspective la vacuité des souvenirs d’une jeunesse disloquée par l‘absence d’un père, la maladie d’une mère et la paralysie d’une sœur. Suzanne s’est donc mise en tête de recueillir tous les témoignages relatifs à la vie Zora Korps pour tenter de saisir l’inexplicable raison de son terrible geste.

     

    Recluses traduit la déshérence psychique et physique de deux âmes esseulées bien trop éloignées les unes des autres pour parvenir à une quelconque résilience mutuelle. L’esprit comme le corps sont bien trop abîmés, mais seule Zia, emprisonnée dans ce corps absent, parvient à le percevoir en promenant son regard lucide, parfois cynique sur cette succession d’êtres désincarnés qu’elles croisent au cours de leur périple.

     

    Récit solide construit sur une délicate dentelle de mots, Recluses égrène dans une narration éclatée, l’introspection bancale d’individus prostrés dans une déshérence de sentiments à l’égard des autres qui les conduisent parfois dans les tréfonds obscurs de l’abîme.

     

    Roman dépourvu de clés narratives et de rebondissements époustouflants, Recluses contraint le lecteur à s’impliquer en s’immergeant dans un texte singulier et rythmé qui impose parfois une image tronquée d’une réalité forcément sujette à la subjectivité des différents personnages qui composent l’histoire. Comme des balises égarées dans ce naufrage de mutisme et de déni, la longue lettre du Dr Shaw, le rapport de police du capitaine Hame et la courte missive d’une détenue apporteront quelques éclaircissements à un ultime document intitulé Recluses. De cette manière, comme enfermé dans cercle infernale, Séverine Chevalier  nous contraint à reconsidérer son récit dans la lumière trouble de nouvelles perspectives qui n’apporteront, de loin pas, toutes les réponses, laissant au lecteur une grande part d’interprétation tout en lui permettant de s’imprégner une nouvelle fois dans ce roman bâti sur une succession de sensations, d’images et de lumières que l’auteur égrène dans un style maîtrisé à la perfection, tout comme son second ouvrage Clouer l’Ouest, un autre bijou littéraire à découvrir impérativement.

     

    Séverine Chevalier : Recluses. Editions Ecorce/Noir 2011.

    A lire en écoutant : On ne Dit Jamais Assez aux Gens Qu’on Aime, Qu’on les Aime de Louis Chédid. Album : On ne Dit Jamais Assez aux Gens Qu’on Aime, Qu’on les Aime. Atmosphériques 2010.

  • SEVERINE CHEVALIER : CLOUER L’OUEST. CES GENS-LA.


    Capture d’écran 2014-08-10 à 18.56.42.pngUne magnifique trouvaille, voilà comment je pourrais qualifier le dernier roman de Séverine Chevalier intitulé Clouer l’Ouest que l’on peut considérer comme un des grands romans noirs de l’année 2014. En principe lorsque je découvre un livre par le biais d’un blog, je me garde d’en faire une chronique car j’estime que la trouvaille appartient à l’animateur du site. Mais pour Clouer l’Ouest c’est une autre histoire. Il y a tout d’abord l’envie de faire découvrir au plus grand nombre un ouvrage magnifique qui, de par le fait d’une superbe mais petite maison d’édition, peinera probablement à sortir du lot.  Aussi modeste que soit la démarche, cette chronique permettra peut-être de favoriser sa diffusion. Il faut lire Clouer L’Ouest et il faut s’imprégner de l’écriture de Séverine Chevalier. Et puis il y a le plaisir de parler de quelque chose de beau qui touche au sublime.

     

    Après des années d’errance, Karl le joueur compulsif et désargenté retourne au sein de cette famille honnie qu’il n’a plus revue depuis plus de 20 ans. Doc, le père haï, L’Indien, frère ami et ennemi tout à la fois, Odile, mère perturbée et emmitouflée dans un nuage de médicament, ce sont  ces personnages parmi d’autres que Karl va retrouver sur le froid plateau de Millevaches au cœur d’une forêt enneigée où rode la Bête Noire toute aussi hostile et craintive que les hommes. Un animal solitaire que les chasseurs ne parviennent pas à abattre. Cet animal blessé, reflet des hommes qui le traquent sera-t-il enfin abattu ?

     

    On le voit, au niveau de l’intrigue il n’y a rien d’original avec l’éternel conflit entre père et fils et tous ces ressentiments cachés qui minent les relations des membres d’une même famille. Mais si l’on sait déjà que tout cela va mal se terminer, l’enjeu du roman consiste à savoir comment tout cela va se dérouler. Et il faut l’avouer, Séverine Chevalier installe, dans une construction narrative extrêmement bien élaborée, un suspense qui nous tient en haleine tout au long d'un magnifique récit. Les personnages également sont finalement assez stéréotypés mais l’auteur parvient à développer une interaction entre tous ces protagonistes qui dépassent les clichés habituels et c’est par petites touches que l’on pénètre dans l’intimité de ces hommes et de ces femmes rongés par la désillusion, les regrets, l’orgueil et la folie.

     

    Mais c’est bien évidemment au niveau du style que la magie de Clouer l’Ouest finit par emporter le lecteur dans un torrent de phrases toutes plus belles les unes que les autres. Et quand les phrases ne suffisent plus, il reste quelques mots qui résonnent encore après avoir achevé ce roman beaucoup trop court. Alors on prend le temps de relire quelques chapitres, de s’imprégner une fois encore de cette atmosphère où la mélancolie heurte le désespoir. Un bel équilibre de descriptions, d’introspections et de quelques dialogues fait de ce roman un véritable bijou de justesse et de perfection.

     

    Il faut bien que les choses se soient passées d'une certaine façon.

    Longtemps je ne me préoccupais pas de la scène blanche. Elle me hantait en sourdine et je faisais taire ses murmures, ou les laissais cogner, légers aux parois d'une minuscule boîte enfouie au plus profond de moi. Le bourdonnements de l'extérieur remplissaient leur office de fossoyeurs efficaces, diligents. Je ne savais pas qu'alors, les cadavres refusaient de se décomposer.

    Clouer l'Ouest 

    Severine Chevalier

     

    Séverine Chevalier c’est une écriture hors du commun qui se mérite tout comme celle des grands auteurs dont elle fait désormais partie.

     

     

     

    Faut vous dire, Monsieur

    Que chez ces gens-là

    On n´vit pas, Monsieur

    On n´vit pas, on triche

                            Ces gens-là

     

                            Brel

     

    Séverine Chevalier : Clouer L’Ouest. Editions Ecorce/Collection Territori 2014.

    A lire en écoutant : Brel : Ces Gens-Là. Album : Jef – Grand Jacques Intégrale Jacques Brel. Barclay 1988.

  • Thierry Chavant/David Chauvel/Olivier Le Bellec : 22 (Une enquête explosive). Lumière sur police-secours.


    22 une enquête explosive, delcourt, david chauvel, thierry chassant, olivier le belles, BRB, police-secours Les immersions dans le cadre de police-secours sont bien trop rares pour être passées sous silence surtout lorsqu’elles sont contées par un flic de la BRB, Olivier le Bellec qui a débuté comme policier en uniforme. A l’heure où l’on a confronté deux métiers soi-disant différents (Police judicaire – gendarmerie) dans le cadre du débat concernant l’école de police unique à Genève, j’aime assez le point de vue que nous livre ce collègue français dans le postface de ce premier opus :

     

    « Voilà quatorze ans, lorsque j’intégrai l’Ecole de police, je ne connaissais rien à la police. Uniquement ce que je voyais à la télé et dans les journaux, autant dire pas grand-chose. J’ai commencé ma carrière comme « bleu », gardien de la paix en uniforme, affecté au sein d’une brigade de nuit dans le 93. Faut reconnaître que ce n’était pas ce dont je rêvais à la base !

    Moi je voulais être policier en civil comme les héros télévisée de ma jeunesse, Belmondo, Starsky et Hutch …  Je me suis néanmoins investi pleinement dans mon boulot et j’ai rapidement découvert l’ordinaire du flic de police secours, de nuit : les violences conjugales, les mecs bourrés, les effets de la pleine lune, les accidents de la circulation, les violences sexuelles, les premiers morts …

    Avant d’intégrer la boîte je n’avais jamais été confronté à la mort et je l’ai prise dans la gueule sous toutes ses formes : la simple mort naturelle, le suicide, l’overdose, le meurtre … Mais j’ai aussi découvert mon goût pour le « flag », l’interpellation de « casseurs », de voleurs de voitures, de braqueurs …

     

    L’expérience acquise chez les « bleus » me sert désormais dans mon travail à la prestigieuse Brigade de répression du banditisme. Cette dernière m’a permis de découvrir un autre aspect de la police. « Bleu » je devais être vu. Flic à la BRB, je devais désormais apprendre à ne plus l’être, à filocher, à appréhender un minimum la procédure et les écoutes, et à travailler avec les « tontons ». Aujourd’hui je considère que la police est une grande maison aux pièces multiples. Il y en a plein que je n’ai pas encore découvertes et d’autres que je connais bien ou pour partie. J’aimerais vous en faire découvrir certaines Vous ne saurez jamais quelle part de ces histoires est réelle ou fictive, mais elles sentiront toujours la sueur, le sang, le vécu… Tout ce qui fait de moi et de mes collègues des flics. »

     

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    Avec 22 vous allez faire la connaissance d’Inès, jeune femme gardien de la paix, qui patrouille avec ses deux collègues dans les rues de Paris. Le trio est interpellé par une jeune femme qui leur fait part de son agression. S’ensuit une poursuite épique dans le métro tandis que dans un autre quartier de la Ville Lumière, deux braqueurs s’en prennent à la vitrine d’une bijouterie qu’ils font exploser pour s’emparer des bijoux avant de s’enfuir à moto. Yves, jeune flic de la BRB, dépêché sur les lieux, parviendra-t-il à appréhender ces deux malfaiteurs ? Nous découvrirons la finalité de ces trois trajectoires dans le second opus encore à paraître.

     

    On reconnaît tout de suite dans les scènes d’actions (magnifiquement mises en scène par Chavant), les actes d’enquêtes et le langage des protagonistes, l’influence du flic de terrain qui nous livre quelques éléments de ses années d’expérience. Mais c’est peut-être au travers du regard d'Inès que l’on retrouve probablement le plus de réminiscences liées au début de carrière de ce policier qui ose évoquer les récurrents problèmes de sexisme que l’on retrouve dans tous les corps de police car de nos jours encore, être policière tient de la gageure.

     

    Un scénario brillamment construit qui pourra paraître singulier au niveau de la temporalité avec l'intervention d'Inès qui se déroule sur une journée alors que l'enquête d'Yves semble se dérouler sur plusieurs semaines pouvant amener une certaine confusion qui trouvera peut-être sa finalité dans le second tome que l'on attend avec impatience.

     

    De police-secours à la BRB en passant par l'élaboration de scénarios, Olivier Le Bellec applique un des préceptes essentiels pour durer dans ce métier si intense qui a brisé tant de collègues qui peinent parfois à comprendre que le salut réside aussi dans la possibilité de changement en explorant les multiples pièces de la grande maison. 

     

    Dessin : Thierry Chavant  - Scénario : David Chauvel/Olivier Le Bellec : 22 (Une Enquête Explosive). Editions Delcourt 2014.

     

    A lire en écoutant : Brain Stew de Green Day. Album : Insomniac. Reprise 1995.

  • Thomas H. Cook : Mémoire Assassine, au delà du fait divers.

    "Les cœurs déchiquetés qui parlent aux fantômes"

                                                                            Léo Ferré

     

     

    thomas h cook,memoire assassine,faits diversLes drames familiaux finissent désormais immanquablement sous la rubrique « faits divers » ou sous la rubrique « société » dans les colonnes des quotidiens. Un entrefilet ou une première page tout est désormais une question de distance. Plus la tragédie est proche du lieu de rédaction plus elle prendra de l’importance. La trivialité de cette règle peut être balayée par des éléments suscitant auprès des lecteurs une émotion particulière encore que l’émotion est bien souvent absente de ces articles, le journaliste se bornant à relater les faits et rien que les faits. Une famille balayée et tout cela finit dans une rubrique « divers » comme si la monstruosité de l’événement se révélait tout bonnement impossible à classifier. Aucun reproche vis à vis des médias, je m’en garderai bien à la lecture de nos rapports de police tout aussi glaciaux qui consignent les faits que nous avons constaté sur ces scènes de crime atroces. Dans un contexte pareil l’émotion serait comme une tâche d’encre qui brouillerait le contenu du texte relatant l’événement. Cette tâche d’encre indélébile nous la portons en nous à tout jamais avec la certitude que rien, pas même le temps, ne pourra l’atténuer. Elle peut ressurgir à tout moment au gré du flux et reflux inexplicable de la marée de nos souvenirs et les reliquats de ces sombres réminiscences rejaillissent en permanence sur les flots agités de l’océan de notre mémoire.

     

    Avec Mémoire Assassine de Thomas H. Cook c’est justement le thème de la résurgence qui est abordé avec Steve Farris, père de famille ordinaire à la vie bien rangée. Pourtant derrière cette façade de normalité l’homme à la particularité d’avoir été, à l’âge de 9 ans, le seul rescapé de sa famille décimée par son propre père qui prit la fuite une fois son sinistre forfait accompli. C’est lors d’entretiens avec une jeune journaliste qui se consacre à l’écriture d’un ouvrage sur ce type de tragédie  que Steve Farris va entamer un long et périlleux travail de mémoire qui ne va pas le laisser indemne.

     

    Au fil des chapitres et des souvenirs évoqués par le personnage principal, nous pénétrons au cœur d’une famille dont chaque membre est décrit avec une sensibilité et une force d’émotions qui ne peut laisser insensible le lecteur le plus averti. Il y a cette écriture classique et cette subtile construction qui nous permet d’appréhender comme cela l’air de rien les nombreux évènements qui vont émailler la vie des différents protagonistes en provoquant de petites interférences qui vont se télescoper au point de former une onde choc dont l’écho se répercutera encore bien des années plus tard. Malgré la violence du thème principal, il ne faut pas s’attendre à une succession de descriptions sordides ou à une multitude de scènes d’action époustouflantes car Mémoires Assassine est surtout un hommage à la mémoire de ces victimes emportées par la folie d’hommes désemparés qui ne peuvent plus faire face.

     

    Mémoire Assassine a été écrit en 1993, mais curieusement (peut-être la noirceur du thème y est pour quelque chose) il est resté inédit en français jusqu’en 2011. C’est finalement l’édition Point2 qui l’a édité dans ce format particulier de « mini-poche ». Une collection particulière qui fait que  l’ouvrage se lit à la verticale pour s’adapter à cette dimension compacte qui nous permet de l’emporter dans nos bagages sans être encombré. Peut-être s’agit-il là d’une alternative à la lecture numérique qui pourrait être vouée à l’échec du fait de son prix élevé. En dépit de ce bémol, cela ne doit pas vous dissuader d’acquérir Mémoire Assassine qui, après sa lecture, restera profondément ancré dans vos souvenirs.

     

    Thomas H. Cook : Mémoire Assassine. Editions Point2 2011. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Philippe Loubat-Delranc.

    A lire en écoutant : Even in the Quietest Moment de Supertramp. Album : Even in the Quietest Moment. Universal Music Diffusion 1977.

     

  • Raymond Chandler : La Dame du Lac ou la magie d'un verre de Four Roses

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    « Je vis une vague de cheveux blonds qui, pendant un bref instant, se déroula dans l'eau, s'allongea avec une lenteur calculée, puis s'enroula de nouveau sur elle-même. La chose roula sur elle-même encore une fois ; un bras vint écorcher la surface de l'eau et ce bras se terminait par une main boursouflée qui était celle d'un fantôme. "

     

    Pour le whisky, rien ne vaut un de ces excellents écossais avec ce goût tourbeux si caractéristique, mais en matière de bourbon, j'ai une forte inclination pour le Four Roses avec ces notes caramélisées que Philip Marlowe affectionnait particulièrement tout en le consommant avec modération. Lorsque j'achève « La Dame du Lac » de Raymond Chandler, je m'en sers toujours un verre avec deux glaçons et je me repasse les images de cette formidable intrigue.

     

    Philip Marlowe, le détective le plus charismatique de tous les temps est engagé par Derace Kingley qui le charge de retrouver sa femme Crystal qui semble avoir disparue de leur résidence secondaire du bord du lac à Puma Point. En se rendant sur les lieux, Philip Marlowe fera connaissance du voisin des Kingsley, Bill Chess dont la femme semble également avoir quitté les lieux depuis un mois. En se promenant autour du lac, ils apercevront une forme étrange flottant entre deux eaux. Un cadavre ?

     

    D'aucun diront que ce n'est pas le roman le plus abouti de la série du détective privé Philip Marlowe. En ce qui me concerne, c'est tout simplement le meilleur parce que ce fut l'un des premiers roman noir que j'ai lu. Alors forcément, l'affect neutralise l'impartialité du choix. Et puis l'ambiance y est un peu particulière avec ce périple dans les montagnes californiennes où l'on peut sentir l'odeur de l'écorce des pins qui chauffent sous le soleil et où l'on croise une foule de personnages charismatiques, dont Patton, le vieux sherif de Puma Point qui sous ces aspects de beauf patenté se révèle être bien plus roublard qu'il n'y paraît.

     

    Raymond Chandler a écrit ce roman en 1943 et tout au long de l'histoire on trouve des références à la guerre qui semble pourtant si lointaine. Contrairement aux autres récits, l'action se situe pour la plupart du temps hors de Los Angeles avec des lieux fictifs comme Bay City (nom repris pour la série Starsky et Hutch) et les montagnes de Puma Point.

     

    La Dame du Lac : un classique du genre qui n'a pas pris une ride. Tout en fluidité dans ses descriptions avec des dialogues teintés d'un humour tout en finesse, c'est un livre qui se lit d'une traite et c'est peut-être à cela que l'on reconnaît le talent voir le génie d'un écrivain. Issu de l'école Black Mask, Raymond Chandler tout comme Dashiel Hammett ont appris à faire vibrer le lecteur à l'entournure de chaque changement de page car il faut se rappeler que leurs écrits étaient destinés à un lectorat populaire qui ne cherchait rien d'autre qu'à se distraire en frissonnant un peu. On notera que l'ouvrage a été traduit par Boris Vian qui adorait particulièrement la littérature américaine harboiled.

     

    On ne peut qu'apprécier le style si particulier de Raymond Chandler qui a créé ce personnage mytique du détective désabusé au grand cœur, qui sait rester cool dans toutes les circonstances et qui promène sa classe au milieu d'une cohorte de femmes fatales, d'individus patibulaires et de flics un brin ripoux. Un personnage de rêve qui s'évapore comme les dernières gouttes de whisky au fond d'un verre.

     

    Raymond Chandler : La Dame du Lac. Edition Gallimard/Folio policier. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Michèle et Boris Vian.

    A lire en écoutant : Trouble Man de Marvin Gay.