Olivier Truc : Le Premier Renne. Terres rares.
Originaire de la région du Sud-ouest en France, le journaliste Olivier Truc s'installe en 1994 à Stockholm en devenant correspondant de plusieurs radios, hebdomadaires et quotidiens français pour les pays baltes et nordiques. Outre ce rôle de correspondant, il travaille également comme réalisateur de documentaires ayant notamment pour sujet cette fameuse Police des rennes qui sera à l'origine de son premier roman policier Le Dernier Lapon publié en 2012 par les éditions Métailié en suscitant un enthousiasme tant auprès des lecteurs que des critiques avec notamment l'obtention de plus d'une vingtaine de prix littéraires dédiés au genre. Mais loin de se cantonner dans ce registre du polar en lien avec la culture des Samis dans laquelle il s'est immergé à de nombreuses reprises, on apprécie l'humilité d'Olivier Truc ainsi que son côté journaliste baroudeur qui se penche sur de nombreux autres sujets allant des mouvances d'extrême-droite servant de base pour des scénarios de bande-dessinée tels que On Est Chez Nous (Robinson 2019), aux méandres de l'affaire de l'attentat de Karachi coûtant notamment la vie à 11 ingénieurs français chargés de la mise au point d'un sous-marin dont le gouvernement pakistanais a fait l'acquisition auprès des autorités françaises et dont on découvre les dessous avec Les Sentiers Obscurs De Karachi (Métailié 2022). Et puis, lorsque l'on croise Olivier Truc dans les allées d'un festival de littérature, c'est désormais la guerre en Ukraine qui suscite son attention en tant que journaliste tandis que le romancier nous livre Le Premier Renne, cinquième opus de sa série policière emblématique, mettant une nouvelle fois en scène Nina Nansen et Klemet Nango ces deux enquêteur officiant sur le territoire des Samis. Si comme moi, vous n'avez pas lu les ouvrages précédents, il va de soi que l'on peut aisément appréhender les différents thèmes du récit s'articulant plus particulièrement autour du plus grand gisement de terres rares d'Europe situé à Kiruna en Laponie, ceci même si l'on a cette impression tenace de passer à côté de certains aspects du parcours tant de la norvégienne Nina Nansen que de son partenaire Sami, Klemet Nango nous incitant dès lors à découvrir les autres ouvrages de la série.
Sur les auteurs des Alpes-de-Haute-Provence, Joseph Cabanis, éleveur de brebis, doit faire face à la voracité du loup qui décime son troupeau. Aprés une incursion du prédateur au sein même de sa bergerie, ivre de vengeance, il décide de se rendre en Laponie où on lui a dit qu'il était possible de tuer les loups en toute impunité ce qui s'avérera totalement erroné. Néanmoins, il rencontre Anja, cette jeune femme Sami que son clan a marginalisé en raison de sa forte tête et de son refus de se plier aux règles et à qui l'on a désormais confier le pouvoir d'éliminer clandestinement le moindre animal qui s'en prendrait aux troupeaux de rennes que l'on rassemble afin de procéder au marquage des faons. Mais la région est au prise avec des événements terribles comme ces rennes que l'on a retrouvé morts le long de voie ferrée qui transporte le minerai de fer que l'on extrait de la mine recélant également d'important gisement de terres rares extrêmement convoités. Chargé d'investiguer sur ce qui s'avère être un acte criminel prémédité, Nina Nansen et Klemet Nango, enquêteurs de la police des rennes se retrouve au coeur de conflits qui déchirent les membres du clan Sami qui voient leurs pâturages disparaître au profit des rendements miniers destinés à assurer cet transition énergétique qui a tout de même un prix à payer, celui du sacrifice des terres du pays sur lequel plane cette lumière permanente du solstice d'été qui perturbe les âmes et les esprits. Et puis, comme s'il s'agissait de représailles, il y a cet attentat mettant hors d'usage un tronçon de la voie ferrée qui n'arrange pas les clivages entre autochtones et entrepreneurs bien décidés à exploiter toutes les ressources minières. Une situation explosive qui va exacerber les tensions entre les différents protagonistes bien déterminés à parvenir à leurs fins, quoiqu’il en coûte.
Englobant des territoires norvégiens, suédois, finlandais et même russes, la Laponie se distingue par son peuple autochtone Samis vivant encore de l'élevage de rennes, véritable pilier de leur économie, même si l'activité est en déclin et dont Olivier Truc, véritable spécialiste de la Scandinavie, dépeint les difficultés par l'entremise de polars qui n'ont rien de nordiques en se déclinant donc autour de cette unité de la police des rennes qui officie réellement sur l'ensemble de la région. Mais au-delà de l'élevage, la Laponie, et plus particulièrement du côté de la Suède, recèle d'importants gisements miniers que le gouvernement exploite avec une absence de retenue, ce d'autant plus que l'on vient de découvrir un gisements conséquent de "terres rares" destinés au technologies vertes en lien avec la transition énergétique. C'est donc sur le thème de cette confrontation entre deux activités diamétralement opposées que se décline Le Premier Renne avec une intrigue prenant notamment pour cadre la ville de Kiruna dont l'exploitation minière à ciel ouvert a laissé place à d'importantes galeries souterraines à plus de 1800 mètres de profondeur causant, outre la pollution conséquente en lien avec l'extraction, d'important affaissement mettant en péril l'intégrité des bâtiments du centre de la localité. Se déroulant durant la période estivale, Olivier Truc, nous entraîne également dans l'univers des Samis durant l'intense période de marquage des faons nous permettant de découvrir la structure sociale des samebys, ces communautés d'éleveurs de rennes aux règles bien établies. Et c'est peut-être là que réside l'intérêt du récit, car si Olivier Truc met en évidence les dérives de l'exploitation minière, il se garde bien d'édulcorer les dysfonctionnements d'une société autochtone émaillée de certaines rivalités et de traditions parfois trop contraignantes. Cet ensemble de discordances sociales et économiques se traduit autour de la personnalité extraordinairement complexe d'Anja, une jeune femme Sami refusant tous compromis quels qu'ils soient en s'inscrivant dès lors dans une logique de révolte qui font d'elle une paria vis-à-vis de son clan dont certains membres la relègue à des tâches occultes destinées à protéger les troupeaux. Prenant une place prépondérante dans le déroulement de l'intrigue, on découvre, au gré de son parcours, l'immensité et la beauté de la taïga, mais également l'atmosphère plus sombre de l'environnement de la mine et de ses environs que le romancier dépeint avec la rigueur qui le caractérise, tout en prenant soin de mettre également en scène la culture ancestrale des Samis dans laquelle la jeune femme va puiser des forces afin de faire face à ses adversaires, secondée en cela par Joseph Cabanis, cet éleveur français au caractère la fois ambivalent et nuancé qui cherche également à trouver un sens à sa vie en se confrontant à un autre univers. Tout cela se met en place au gré d'une série d'investigations menées par le duo de policiers que forme Nina Nansen et son comparse Klemet Nango, un cinquantenaire toujours en quête ses origines Samis dont il ignore certains aspects quant à la trajectoire de son père défunt. Quelque peu relégués en second plan, ces deux enquêteurs vont mener leurs investigations quant à la mort d'un éleveur Sami que l'on a retrouvé non loin de la carcasse d'un loup que l'on a abattu en toute illégalité tandis que la région est en ébullition à la suite du massacre d'un troupeau de rennes attirés délibérément sur les rails avant d'être percutés par un convoi ferroviaire et qui s'ensuit d'un acte de sabotage sur la voie ferrée en guise de représailles. Malgré la diversité des événements et des personnages jalonnant l'intrigue, on aurait tort de croire que le récit va partir dans tous les sens, car Olivier Truc, en narrateur accompli, parvient à mettre en scène, de manière assez habile, les différentes trajectoires de ses protagonistes évoluant dans un cadre qui sort résolument de l'ordinaire mais dont il n'abuse pourtant pas. De fait, il nous livre ainsi un roman tout en sobriété et en maîtrise, mettant en valeur cette culture méconnue de la communauté des Samis qui ne manquera pas de nous fasciner tant dans ses aspects sociaux qu'environnementaux et que l'on prend véritablement plaisir à explorer en compagnie de ces deux agents de la police des rennes que l'on espère retrouver très prochainement.
Olivier Truc : Le Premier Renne. Editions Métailié 2024.
A lire en écoutant : Cihkosis - Hidden de Maddji. Album : Dobbelis - Beyond.2010 Dat O/S
"La sécurité du pouvoir se fonde sur l'insécurité du citoyen."
Avec Le Chevalier Et La Mort on parlera sans nul doute d'un texte crépusculaire, voire testamentaire, émanant d'un romancier dont il sait que la fin est proche en s'ingéniant, une dernière fois, à mettre en lumière les mécanismes de collusions entre la mafia et les pouvoirs en place ainsi que les tentatives de contre-feux destinées à dissimuler ces rapports occultes. Ce qui caractérise l'œuvre de Leonardo Sciascia, c'est sa clairvoyance et sa concision que l'on retrouve dans ce très bref roman qui prend l'allure d'une sotie, ces farces satyriques du Moyen-Âge destinées à mettre en lumière les travers de la société. Une critique sociale grinçante donc, chargée de symbolismes à l'image de la gravure d'Albrecht Dürer où l'on voit ce preux Chevalier chevauchant sa monture, accompagné de la Mort et du Diable qui rôdent et que l'on ne peut manquer de comparer à la trajectoire de cet Adjoint désabusé qui tente malgré tout de démêler le faux du vrai en dépit des dangers qui l'entourent tandis qu'il évolue dans les arcanes des salons feutrés d’une bourgeoisie immorale. On appréciera également, sans que cela ne soit jamais pesant, le côté érudit d'un récit chargé de notes poétiques qui nous ramène également au parcours de son auteur qui a fait également office de lanceur d'alerte quant aux dangers en rapport avec la manipulation des groupuscules terroristes faisant parfois office de fusibles pour masquer d'autres exactions servant à dissimuler des arrangements contre nature avec les autorités, les réseaux mafieux et d'autres entités extrémistes. On retrouve donc tout cela dans Le Chevalier Et La Mort, au gré d'une enquête vacillante tout comme son personnage central au regard lucide qui sait parfaitement de quoi il en retourne sans qu'il ne lui soit possible d'en rendre compte à qui que ce soit sans mettre son entourage en péril. Mais en dépit du danger, il émane du roman cette notion de courage et cette volonté de traduire la vérité coûte que coûte qui font que Le Chevalier Et La Mort s'inscrit dans ce qui apparaît comme une vision éclatante des travers d'une société italienne laminée par les dérèglements sociaux la conduisant vers une logique de violence implacable que Leonardo Sciascia a su dépeindre avec un discernement magistral que l'on retrouve dans l'ensemble de son oeuvre.
On peut la lire bien évidemment mais on peut également la voir, puisque Hannelore Cayre apparaît brièvement dans Commis D'Office, film qu'elle a réalisé en 2009 et inspiré de son premier roman au titre éponyme s'inscrivant dans une trilogie mettant en scène Christophe Leibowitz-Berthie, minable avocat commis d'office dont le rôle à l'écran est interprété par Roshdy Zem. Tout cela émane de sa propre expérience professionnelle car
Avec un fort ancrage dans une réalité sociale où il est souvent question d'individus se situant à la marge de la société, les romans policiers de Benoît Séverac ont pour particularité de convoquer quelques enquêteur atypiques comme en témoigne
Les tendances avec James Ellroy, c'est de se prendre en photo en sa compagnie et de s'afficher ainsi fièrement sur les réseaux sociaux ou d'adopter la posture du critique blasé en expliquant à quel point le romancier a vieilli sans être capable de se renouveler tout en fustigeant son comportement, son arrogance ainsi que son attitude conservatrice que l'on conspuera allègrement. Alors, sans jouer les fans transis, on rappellera que James Ellroy a tout de même contribué à donner ses lettres de noblesse à la littérature noire avec des romans d'envergure comme la trilogie Llyod Hopkins dont Lune Sanglante (Rivages/Noir 1987) qui nous a ravagé le cerveau tout comme Le Quatuor de Los Angeles comprenant l'emblématique