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09. Aventure - Page 4

  • LANCE WELLER : LES MARCHES DE L’AMERIQUE. PERDUS DANS LES PLAINES.

    Capture d’écran 2017-06-20 à 00.56.10.pngChester Himes obtint une certaine notoriété avec la rencontre de Marcel Duhamel, fondateur de la Série Noire tout comme James Ellroy qui entretient, aujourd’hui encore, une relation privilégiée avec François Guérif, créateur des éditions Rivages. Des auteurs qui rencontrent davantage de succès à l’étranger que dans leur pays d’origine comme c’est le cas pour Lance Weller qui nous avait ébloui avec un premier roman exceptionnel intitulé Wilderness (Gallmeister 2014) où il évoquait une des batailles méconnues de la guerre de Sécession. En faisant l’acquisition du manuscrit de son second roman, Les Marches de l’Amérique, et en le traduisant directement en français alors qu’il n’est pas encore sorti aux USA, Olivier Gallmeister prend le pari de mettre en avant un auteur qui figurera, à n’en pas douter, parmi les grands nom de la littérature nord-américaine.

     

    Au delà de la Frontière, il y a ces vastes étendues sans nom où les convois s’aventurent en quête de nouvelles terres. Sur ces territoires que les mexicains et américains se disputent on peut croiser quelques chariots qui paraissent égarés. En y regardant de plus près on peut reconnaître Tom Hawkins et Pigsmeat Spence deux amis d’enfance qui traînent derrière eux une terrifiante réputation d’hommes coriaces. Mais point d’errance ou de coups foireux pour ces deux gaillards qui ont désormais un but. Ils escortent la belle Flora, une jeune esclave mulâtre qui s’est affranchie et qui tient à retrouver son maître à qui elle doit présenter son fils. Ce dernier se tient dans le chariot, coincé dans un cercueil sans couvercle, rempli de sel pour conserver le corps. Dans un monde violent en plein devenir, ces trois cabossés de la vie poursuivent leur chemin en trimballant leur sinistre cargaison.

     

    Une fois encore, Lance Weller s’empare d’un pan de l’histoire de son pays pour démystifier cette conquête de l’Ouest avec une puissance destructrice en ramenant le contexte historique à hauteur d’homme. Les Marches de l’Amérique aborde la colonisation de ces terres sans nom que se disputent les milices et armées de deux pays en plein développement tandis que colons et autres aventuriers errent dans ce no man's land en quête de quelques fortunes plus qu’aléatoires. En toile de fond on distingue toute la barbarie de cette conquête avec des milices cruelles qui traquent les indiens pour les massacrer afin de percevoir une solde qui se calcule au nombre de scalps récoltés. On y perçoit la misère d’une vie précaire, incertaine qui bascule soudainement dans une violence exacerbée par la peur et le doute. On y croise quelques personnages historiques comme le sinistre James Kirker, mercenaire, traqueur d’indiens et grand chasseur de scalps qui décima avec sa milice des populations entières de villages mexicains. Dans les méandres de ce contexte chaotique, où la cruauté et la sauvagerie semblent presque quotidiennes, le lecteur est rapidement subjugué par ce texte qui conjugue forces et émotions en nous distillant une fresque épique à couper le souffle.

     

    Mais au-delà de la férocité d’une époque cruelle, Lance Weller lance quelques bouées d’humanité que l’on décèle notamment au travers du parcours de Tom Hawkins, de Pigsmeat Spence et de la jeune Flora dont les destinées vont se percuter à Independance, une ville-champignon de toile et de bois qui se dessine dans la boue. En quête d’une vie pleine de sens, les trois compères s’accrochent les uns aux autres pour surmonter les stigmates d’un passé bien trop lourd à porter tout seul. La rédemption, la quiétude et autres objectifs parfois insensés vont porter cette femme et ces deux hommes d’un bout à l’autre d’un pays étrange où les frontières se font et se défont au gré de victoires et de défaites d'une guerre qui les indiffèrent complètement mais qui va pourtant les rattraper.

     

    Du sang, de la boue et un peu de poussière après la bataille, au terme d’un roman aussi intense que flamboyant, Les Marches de l’Amérique laissera le lecteur en bord de piste tout pantelant tout en confirmant l’immense talent d’un auteur qui subjugue. Car l’air de rien, Lance Weller est un écrivain d’une rare puissance qui nous envoûte sans ménagement.

     

    Dans le cadre d’une tournée en Europe, vous pourrez rencontrer Lance Weller à Genève où il dédicacera son livre à la Librairie du Boulevard, le mercredi 21 juin 2017 à 18h00.

     

     

    Lance Weller : Les Marches de l’Amérique (American Marchlands). Editions Gallmeister 2017. Traduit de l’anglais (USA) par François Happe.

    A lire en écoutant : Undiscovered First de Feist. Album : Metals. Cherrytree Records 2011.

  • ANTONIN VARENNE : CAT 215. TOUJOURS PLUS LOIN, TOUJOURS PLUS FOU.

    antonin varenne, cat 215, territori, la manufacture de livresLe format change tout comme la région, mais la qualité reste la même avec Cat 215 très court et intense roman d’Antonin Varenne publié au sein de la collection Territori de la Manufacture de Livres en s’éloignant des régions rurales de la métropole afin de s’engouffrer dans le sillon d'une pelleteuse mécanique se frayant un chemin à travers l’épaisse jungle de la Guyane.

     

    Marc, mécano sans le sou, avec une famille à nourrir, n’hésite pas bien longtemps à l’attrait de l'offre d’un ancien associé véreux qui lui propose de retourner en Guyane pour réparer une pelleteuse Caterpillar, modèle Cat 215, tombée en rade en pleine jungle. Moteur à changer pour que l’engin puisse être acheminé, à l’insu des autorités, vers un camp d’orpaillage permettant d’accélérer l’extraction du métal précieux. Au bout d’une piste chaotique, Marc rejoint la machine immobile et l’équipe chargée de la convoyer, composée d’un ancien légionnaire parano et d’un guide brésilien mutique. Dans cette jungle équatoriale, les tensions sont palpables et la violence menace d’éclater à tout instant. Une simple question de temps.

     

    A peine six pages pour poser le contexte et nous faire passer des frimât d’un hiver campagnard à la moiteur étouffante d’une jungle. On mesure ainsi tout le talent d’Antonin Varenne capable de nous faire basculer en quelques mots d’un univers à un autre et de distiller ensuite, tout au long d’un texte captivant, un climat et une ambiance oppressante qui sont finalement les moteurs essentiels de cette intrigue. Un livre de sensation et d’impression dans lequel on perçoit les bruits et les odeurs de cette forêt équatoriale où les hommes s’égarent dans un mélange de folie et de convoitise. Comme absorbés par la jungle, ils retournent peu à peu à l’état sauvage tandis que cette pelleteuse mécanique incarne l’ultime vestige d’une civilisation vouée à disparaître.

     

    Ainsi, dans cette forêt luxuriante, les arbres deviennent des murailles infranchissables et l’immensité de la jungle se transforme en une cage exiguë où gravitent désormais Marc le mécano, Joseph le légionnaire et le guide Alfonso. Dans ce décor aussi mystérieux qu’étouffant, la tension s’installe comme une fièvre sournoise et s’empare de la raison des trois hommes accablés par la chaleur et l’humidité pour nous laisser pantois au seuil d’une folie dont le paroxysme et la conclusion seront à la charge de l’imagination du lecteur permettant de prolonger durablement l’intensité de ce roman percutant.

     

    Cat 215, c’est un roman sec et tranchant comme la lame affûtée d’une machette.

     

    Antonin Varenne : Cat 215. Editions La Manufacture de Livres/Territori 2016.

    A lire en écoutant : Eldorado de Bernard Lavilliers. Album : Nuit d’Amour. Barclay 1981.

  • Aaron Gwyn : La Quête de Wynne. De Si Jolis Chevaux.

    Capture d’écran 2015-12-20 à 23.58.34.pngEastern, une nouvelle catégorie qui semble désigner le renouveau du western émergeant de plus en plus dans l’univers cinématographique, mais également dans le milieu littéraire. Un terme émancipateur qui nous entraîne vers de nouveaux horizons dans un contexte d’aventures épiques. Emblématique de cette nouvelle catégorie, Aaron Gwyn nous propose donc avec son premier roman, La Quête de Wynne, de suivre, sur fond de guerre, le périple hallucinant d’un groupe de bérets verts évoluant à cheval dans une zone tribale du Nouristan, province montagneuse de l’Afghanistan.

     

    Lors d’un échange de tir en Irak, le caporal Russel sort de sa tranchée pour sauver un cheval égaré au cœur de la bataille. Au péril de sa vie, il parvient à chevaucher l’animal en traversant la zone de combat sous le tir nourri de l’ennemi. Son exploit filmé par une équipe de télévision, tourne en boucle sur les principales chaînes hertziennes ainsi que sur les réseaux sociaux.  C’est de cette manière qu’il attire l’attention du capitaine Wynne, un charismatique officier des forces spéciales, stationné en Afghanistan qui a besoin de ses talents d’éleveur équestre pour mettre en place une mission de sauvetage au coeur des contrées tribales du pays. Russel et son coéquipier Wheels vont donc dresser une quinzaine de chevaux sauvages et accompagner une unité de bérets verts en s’enfonçant discrètement dans une mystérieuse région hostile. Sous les ordres de l’étrange capitaine Wynne, les deux rangers vont s’aventurer aux confins d’un univers de folie et de violence.

     

    Avec La Quête de Wynne, Aaron Gwyn nous convie pour un mystérieux voyage au cœur des ténèbres, en traversant des contrées extraordinaires qui sentent la poussière et la mort. On oscille entre l’univers héroïque de Kipling et l’atmosphère envoûtante de Conrad avec des personnages beaucoup plus rugueux qui ne s’embarrassent plus de questions philosophiques les poussant à agir. On reste dans le concret de combats farouches dans un pays d’une beauté hostile où les hélicoptères peinent à évoluer dans ces régions montagneuses. Régulièrement pris pour cibles, ces appareils bruyants ne permettent plus aux combattants d’accéder dans les régions les plus reculées. On en revient donc aux fondamentaux avec des soldats modernes chevauchant le plus ancien allié de l’homme. Durant la période d’élevage où Russel évolue dans le corral, l’auteur dégage une espèce d’esthétique poétique qui souligne toute la sauvagerie du contexte guerrier dans lequel les personnages évoluent.

     

    Baigné dans le souvenir de son grand-père éleveur et également vétéran de la seconde guerre mondiale, Russel est un personnage entier qui semble en complet décalage lorsqu’il se trouve en présence des chevaux incarnant sa force, mais également ses frayeurs et ses incertitudes face au complexe capitaine Wynne qui demeure une figure mystérieuse aux motivations troubles. Tout au long de ce périple, il y a les personnages secondaires comme Wheels qui alimentent le récit d’anecdotes délirantes sur les raisons de l’invasion de l’Afghanistan, sur fond de paranoïa traduisant la peur de ces soldats embringués dans une guerre dont ils ne comprennent plus vraiment les enjeux. Les dialogues sont vifs nerveux et extrêmement percutants avec un désir sous-jacent d’aller à l’essentiel sans fioriture. On le perçoit notamment au travers d’une relation qui se noue entre Russel et Sara. Personnage atypique, bien loin de l’idéal féminin, Sara évoque une fragilité psychique dont les fêlures ne semblent pas tout à fait cicatrisées.

     

    On assiste ainsi, avec La Quête de Wynne, au choc des civilisations où le monde rural de l’Amérique côtoie l’univers tribal de l’Afghanistan avec pour point commun des chevaux sauvages devenant l’ultime trait d’union entre deux peuples hostiles. Un roman aux scènes intenses et épiques d’une rare beauté sauvage. A couper le souffle.

     

    Aaron Gwyn : La quête de Wynne. Gallmesteir 2015. Traduit de l’anglais (USA) par François Happe.

    A lire en écoutant : My Country ‘Tis of Thee  de David Crosby. Album : Oh Yes I Can. A&M 1989.

  • Michael Farris Smith : Une Pluie Sans Fin. Passagers de la tourmente.

    Capture d’écran 2015-10-17 à 09.35.21.pngBlade Runner illustre parfaitement le mariage heureux entre l’anticipation et le roman noir, avec des codes classiques transposés dans un contexte extraordinaire. Inspiré d’un ouvrage de Philip K Dick, Les Androïds rêvent-ils de Moutons Electriques ? le réalisateur Ridley Scott s’émancipait du livre pour réaliser un film culte. L’anticipation c’est également le genre qui a permis à Cormac McCarthy d’obtenir le prix Pulitzer avec son livre intitulé La Route. C’est à ce monument très sombre de la littérature américaine que l’on compare Une Pluie Sans Fin de Michael Farris Smith qui nous projette dans un monde post apocalyptique de tempêtes et d’ouragans qui s’abattent sans discontinuer sur le sud des Etats-Unis désormais devenu une zone sinistrée.

     

    On ne donne plus de nom à ces tempêtes qui ravagent continuellement les côtes du Texas, du Mississipi et de la Louisiane car plus personne ne vit dans cette région dévastée à l’exception de quelques inconscients qui ne peuvent se résoudre à rejoindre la frontière, plus au nord qui délimite ce no man’s land dévasté que les autorités ont renoncé à contrôler. Cole lui a choisi de rester et s’accroche à sa maison qui reste encore debout et aux souvenirs de sa femme disparue et de leur fille à naître. Il arpente la région et croise la route de  pillards et illuminés en tout genre jusqu’à ce qu’il se fasse agresser par un jeune couple qui lui vole sa jeep. En retrouvant leurs traces, Cole va devoir affronter une espèce de prêcheur fanatique qui règne sur tout un groupe de femmes qu’il a asservies et dont il abuse sans vergogne. Dans ce monde perdu ce sont finalement les hommes qui deviennent bien plus sauvages que les tempêtes auxquels ils doivent faire face, surtout s’il y a à la clé un magot enfoui dans ces terres désolées que les responsables de casinos auraient abandonnés.

     

    Une Pluie Sans Fin est un livre bien trop dense et bien trop chaotique pour être comparé à La Route, modèle de rigueur et de sobriété. Cela n’en fait pas un mauvais roman pour autant, même s’il manque singulièrement de tenue et de profondeur. Trop de personnages, trop de flashback et trop de rebondissements ne manqueront pas d’étourdir le lecteur et parfois de le perdre dans une confusion de scènes d’actions qui tirent parfois en longueur. Ce chaos narratif s’inscrit pourtant dans un style assez bien maîtrisé notamment au niveau de la description de ces contrées désolées et de ces tempêtes qui deviennent un personnage à part entière en nous entraînant dans un contexte de fin du monde qui ne manque pas de mordant. Finalement, Michael Farris Smith nous livre trop d’histoires secondaires dans ce récit avec un manque d’équilibre parfois regrettable entre les différentes intrigues à l’exemple de la confrontation entre le personnage principal et le prêcheur qui aurait mérité un développement plus conséquent pour former peut-être un livre à lui tout seul avec l’amorce d’une réflexion entre le mysticisme et le déchaînement des éléments.

     

    On déplorera également le manque d’envergure des personnages qui sont élaborés sur des schémas simplistes, oscillant entre la douleur et la rédemption. Pourtant quelques acteurs secondaires laissent entrevoir le potentiel de l’auteur pour dresser des portraits plus complexes sortant quelque peu de l’ordinaire à l’image de ce prêcheur qui demeure le protagoniste le plus intéressant de l’ouvrage.

     

    Il faut donc lire Une Pluie Sans Fin sans chercher une quelconque dimension philosophique derrière cette narration composée d’actions et de rebondissements qui raviront les lecteurs en quête d’un divertissement littéraire que l’on peut comparer à une honnête série B qui manquerait parfois d’allure.

     

    Michael Farris Smith : Une Pluie Sans Fin. Super 8 Editions 2015. Traduit de l’anglais (USA) par Michelle Charrier.

    A lire en écoutant : The Doors : Riders On The Storm. Album : L.A. Woman. Elektra 1971.

  • Ben H Winters : Dernier Meurtre Avant la Fin du Monde. Savoir lâcher prise.

    ben h winters, dernier meurtre avant la fin du monde, éditions super 8Curieux nom que celui de la maison d’édition Super 8. Mais à y regarder de plus près en examinant son catalogue, on peut constater qu’elle propose des ouvrages de genre aussi surprenants qu’acidulés avec un côté cinéma pop corn. On aurait pourtant tord de cantonner cette collection à une espèce de littérature distrayante de seconde zone parce que son aspect série B n’empêche pas de nous offrir des romans d’une qualité indiscutable à l’exemple du premier roman traduit en français de Ben H Winters, Dernier Meurtre Avant la Fin du Monde.

     

    Les scientifiques sont formels, dans moins de  six mois l’astéroïde Maia réduira la terre en poussière. Depuis cette annonce, notre civilisation s’effondre peu à peu dans le chaos. Il existe désormais trois catégories de personnes. Celles qui cherchent à survivre, celles qui s’accrochent à leur vie et leur travail et celles qui partent réaliser leurs rêves les plus fous. Hank Palace fait partie des deux dernières catégories puisqu’avec son travail il vient de réaliser son rêve, devenir inspecteur de police dans la ville de Concord au New Hampshire. Mais sa première enquête est terriblement banale puisqu’il se rend sur les lieux d’un suicide. Peter Zeller, agent d’assurance, est retrouvé pendu dans les toilettes d’un McDonald’s ce qui est loin d’être exceptionnel dans un contexte pareil. Pourtant Hank Palace, malgré les évidences, s’obstine à croire qu’il a affaire à un meurtre. C’est dans une ambiance chaotique faites d’excès et d’actes désespérés que l’inspecteur Palace persiste à résoudre une meurtre qui n’en est pas un, alors que le monde s’enfonce dans un lent désordre destructeur.

     

    Dernier Meurtre Avant la Fin du Monde débute avec une première partie dont le titre, La Ville des Pendus, reflète l’atmosphère mélancolique du livre. D’emblée, on apprécie le point de vue de Ben H Winters sur cette fin du monde qu’il nous livre sans céder au sensationnalisme ou à l’excès. Dans cette petite ville de Concord, l’apocalypse annoncée résonne d’une manière lointaine et proche tout à la fois et l’on perçoit une espèce de petite musique languissante qui alimente cette ambiance triste et poétique dans laquelle évoluent les différents personnages. Le monde s’effondre d’une manière lente et douce à la fois avec de temps à autre quelques sursauts violents qui surprennent d’avantage le lecteur. Une enquête classique dans un contexte de fin du monde, c’est bien évidemment la bonne idée de l’auteur qui installe l’intrigue sur trois niveaux. Il y a tout d’abord l’enquête en elle-même dont l’enjeu est de savoir s’il s’agit d’un suicide ou d’un meurtre. Et Ben H Winters installe avec maestria un doute tout au long de son récit avant de nous livrer une réponse surprenante. Le second niveau se situe sur l’effondrement des éléments qui constituent notre civilisation à l’instar des télécommunications qui deviennent de plus en plus difficiles alors que les gouvernements mettent en place les premières mesures d’urgence pour tenter de réguler le chaos annoncé.  On s’aperçoit ainsi que le domaine judiciaire de la police se délite au profit des forces de maintien de l’ordre. Puis d’une manière insidieuse, l’auteur installe un dernier niveau où l’on distingue les prémisses d’un complot par l’entremise, entre autre, de la sœur du personnage principale aux prises avec les forces armées du pays.

     

    Avec Dernier Meurtre Avant la Fin du Monde on assiste de manière subtile à l’effondrement d’une civilisation symbolisée par la perte des valeurs démocratiques de pays qui cèdent peu à peu  au totalitarisme pour tenter de contrer l’avilissement de ces populations qui se livrent aux actes désespérés les plus fous en délaissant leur part d’humanité pour retourner à cet état primal de sauvagerie. Une allégorie saisissante dont on découvrira la suite très prochainement car Dernier Meurtre Avant la Fin du Monde est le premier ouvrage d’une trilogie annoncée qui semble plus que prometteuse.

     

    Ben H Winters : Dernier Meurtre Avant la Fin du Monde. Editions Super 8 2015. Traduit de l’anglais (USA) par Valérie Le Plouhinec.

    A lire en écoutant : Boom Boom. Big Head Todd & The Monsters. Album : Beautiful World. Revolution 1997.