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  • NURY/BRÜNO : TYLER CROSS. LÀ OÙ FINISSENT LES FLEUVES.

    Capture d’écran 2014-02-12 à 17.22.32.pngUn braquage de came qui tourne au carnage. Une échappée dans le désert pour un truand qui trouve refuge dans un bled paumé aux mains d’une famille de tarés congénitale. Un règlement de compte sanglant dans un train bourré de mafieux. Une histoire digne des meilleurs films de Peckinpah ou des meilleurs scénarios de Jim Thompson ou Donald Westlake, c’est ce que vous allez découvrir avec Tyler Cross, grande découverte du 9ème art de Brüno et Nury.

     

    Digne successeur de Parker, Tyler Cross balade sa froide carcasse anguleuse dans ce scénario de Nury qui prend vie avec le dessin de Brüno pour donner une bande dessinée époustouflante qui reprend avec brio tous les archétypes du roman noir abordant la thématique du braqueur solitaire et sans pitié. Malgré cela on entrevoit au tréfonds de l’âme de ce personnage énigmatique un semblant d’humanité dans cet instant sublime où Tyler Cross se sépare de sa belle complice CJ Harper. Un mélange de cruauté et de romantisme qui frise la perfection avec un hommage appuyé à Robin Cook et James Ellroy comme Nury l’explique ici en commentant l’une des plus belle page de l’ouvrage.

     

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    Que l’on ne s’y trompe pas le dessin stylisé, presque naïf, de Brüno ne sert qu’à mettre d’avantage en relief la noirceur, la cruauté et la duplicité des personnages qui jalonnent le récit. La BD n’est d’ailleurs pas à mettre entre les mains de lecteurs trop jeunes. On oscille entre humour noir et violence crue au gré des planches dont le découpage n’est qu’une longue référence cinématographique aux meilleurs films du genre.

     

    Bien sûr on pourrait reprocher d’avoir lu ou revu mille et une fois cette même histoire de braquage foireux qui tourne à la confrontation sanglante. Mais c’est sans compter la maîtrise scénaristique de Nury qui parvient avec un fulgurance inouïe à nous transporter d’un bout à l’autre de son récit sans que l’on aie le temps de prendre conscience de quoique ce soit tant cette histoire trépidante vous secoue vos neurones qui n’auront donc pas le loisir de restituer la moindre analyse critique cohérente durant la lecture.

     

    Bref, Tyler Cross c’est une BD qui a du punch et qui vous coupe le souffle comme le direct d’un boxeur. Il n’y a rien d’autre à en dire.

     

    Dessin : Brüno / Scénario : Fabien Nury / Couleurs : Laurence Croix : Tyler Cross. Editions Dargaud 2014.

    A lire en écoutant : Back to Black. Amy Winehouse. Album : Back to Black. Island Records 2006.

  • Lance Weller : Wilderness. La dernière marche.

    Capture d’écran 2014-02-08 à 17.28.36.pngLa beauté tragique des guerres ne doit pas l’emporter sur la bestialité sauvage des conflits qui ont jalonné l’histoire de l’homme. Mais comme des fleurs vénéneuses, il y a parfois des œuvres poignantes qui jaillissent de ces champs de bataille pour évoquer l’atrocité des combats comme c’est le cas avec Wilderness, premier roman de Lance Weller qui retrace l’un des chapitres majeurs et pourtant méconnu de la guerre de sécession.

     

    Qualifier ce premier roman de chef-d’œuvre n’aurait pas vraiment de sens tant le qualificatif a été galvaudé pour perdre finalement toute sa valeur substantielle mais il est indéniable que Wilderness possède une force littéraire peu commune qui tend vers la perfection.

     

    Vieillard solitaire, meurtri par la guerre, Abe Truman s’est réfugié durant des années dans une cabane délabrée construite  à la lisière d’une forêt sauvage qui borde l’océan, au nord ouest des Etats-Unis. Sentant la fin venir, rejeté par  cet océan qui ne veut pas de ce vieux corps brisé, Abe Truman entame avec son chien un dernier périple à travers le pays jusqu’à ce qu’il se fasse agresser par un étrange indien au regard terne et un homme au visage cruellement déchiré. Laissé pour mort, Abe Truman va poursuivre ses agresseurs afin de récupérer son chien qu’ils lui on volé. Balloté entre le présent et les souvenirs de la bataille de la Wilderness, Abe Truman avance sur les traces de son destin.

     

    Le récit oscille entre trois années. Il débute en 1965 avec les souvenirs d’une vieille femme aveugle qui tente de rassembler quelques images de Abe Truman au travers du toucher d’un crucifix en os et d’une balle. Puis l’on découvre ce même Abe Truman en 1899 qui entame son dernier périple et qui, au gré de ses pérégrinations nous entraine dans les méandres de ses souvenirs en 1864, en plein cœur de la bataille de la Wilderness.

     

    Une richesse de la langue, c’est tout d’abord ce qui frappe dans ce roman pour décrire aussi bien la puissante beauté de la nature que l’indicible horreur d’une guerre sans merci. On se laisse porter par la fluidité de longues phrases qui nous décrit la sauvagerie des combats impitoyables où les hommes semblent absorbés par une terre gorgée de chair et de sang qui ne restituera finalement qu’une masse organique composée de corps broyés par la bataille. Mais que l’on ne s’y trompe pas, il n’y a aucune magnificence de la guerre tant l’auteur parvient avec talent à nous restituer l’horreur révoltante et pourtant quotidienne auxquels sont soumis ces combattants.

     

    Outre Abe Truman, les personnages qui jalonnent le roman sont d’une belle profondeur, enracinés dans la simplicité du bon sens et l’imprescriptibilité des souvenirs douloureux ils apportent par le biais des dialogues toute leur humanité qui résonne au travers d’une nature majestueuse. Mais pourtant, dans cet univers d’homme, ce sont les femmes qui offrent toute leur majesté dans ce roman avec Jane Dao Ming Poole, vieille femme aveugle qui se souvient comme pour faire revivre Abe Truman une dernière fois. Il y a également Hypatia, jeune esclave en fuite qui a perdu son bébé et qui rôde dans la périphérie du champ de bataille ; Ellen Makers jeune femme désespérée au ventre stérile, vouée aux récrimination des siens pour avoir marié Glenn, un homme de couleur. Toutes croiseront la route du vieux soldat pour lui offrir, à chaque fois qu’il trébuche, une lueur de rédemption au détour de ce chemin aussi noir que flamboyant.

     

    Vous ne trouverez pas de belle morale ou de saine camaraderie dans ce récit. Il n’y a que l'histoire d’hommes et de femmes entraînés par leur destin respectif qu’ils ne peuvent pas vraiment maîtriser. Dépassés par la tragédie ou l’horreur de leur quotidien ils pourront révéler leur humanité au travers de la générosité qu’ils sauront offrir aux autres.

     

    Wilderness, c’est un grand premier roman d’un écrivain qui n’a plus qu’à confirmer son statut d’immense auteur.

     

    La première règle, me semble-t-il, est qu’on peut juger de la véracité d’une histoire de guerre d’après son degré d’allégeance absolue et inconditionnelle à l’obscénité et au mal.

    Tim O’Brien, A propos de courage.

     

     

    Lance Weller : Wilderness. Editions Gallmeister 2014. Traduit de l’anglais (USA) par François Happe.

    A lire en écoutant : Solitude de Herbie Hancock. Album : River – The Joni Letter. The Verve Music Group 2007.