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  • JAMES MCBRIDE : L'EPICERIE DU PARADIS SUR TERRE. LA REPARATION DU MONDE.

    james mcbride,l’épicerie du paradis sur terre,éditions gallmeisterOn pourra bien parler de la polarisation et des clivages entre les communautés, de la colère et de la haine qui en découlent et de cette violence qui imprègne le pays comme s'il s'agissait d'une espèce d'ADN immuable se nourrissant d'un passé historique où il n'est question que de fureur et de conquêtes sanglantes. Mais pour éclairer cette part sombre des Etats-Unis, il projette cette lumière d'espoir et d'amour alimentant l'ensemble d'une oeuvre où il est question de tolérance sans pour autant édulcorer les rancœurs de ces populations de la marge confinées dans ces ghettos où la solidarité est de mise. Romancier et scénariste, mais également compositeur de jazz et saxophoniste, James McBride intègre donc dans ses récits l’essence même d’une existence au croisement des cultures dont il évoque le contexte dans La Couleur De L’Eau (Gallmeister 2020), récit autobiographique au succès fracassant d’où émerge les racines juives et polonaises de sa mère ainsi que les origines chrétiennes et afro-américaines de son père et qui ont élevé une famille de douze enfants à Brooklyn dans le quartier défavorisé de Red Hook. Outre son autobiographie, c’est dans un roman comme Deacon King Kong (Gallmeister 2021) que l’on retrouve cette atmosphère âpre, en clair obscur d’une poignée d’immeubles décatis d’un secteur excentré de Brooklyn gangrené par l’émergence dévastatrices de la drogue où l’on croise une multitude d’individus aux parcours bancals et aux âmes lacérées par les aléas d’une existence chaotique. Et de ce foisonnement d'hommes et de femmes de peu émerge cette luminosité qui éclaire la misère d'un univers précaire et souvent violent, imprégnée de milles éclats d'une humanité repoussant les préjugés pour tendre vers une solidarité tangible et indispensable. S'ils revêtent bien souvent une connotation spirituelle, les textes de James McBride n'ont pourtant rien de lénifiant et s'inscrivent dans un swing tonique propre au jazz dont on retrouve quelques tonalités dans L'Epicerie Du Paradis Sur Terre où l'on part à la rencontre de la communauté de Chicken Hill, composée de juifs et d'afro-américain qui ont élu domicile dans ce quartier pauvre de la ville de Pottstown en Pennsylvanie, située non loin de Philadelphie.


    james mcbride,l’épicerie du paradis sur terre,éditions gallmeisterEn 1972, à la veille de l'ouragan Agnès qui va balayer la côte Est des Etat-Unis,, des ouvriers découvrent les restes d'un corps au fond d'un puit de la ville de Pottstown, plus précisément à Chicken Hill où réside le vieux Malachi, l'un des derniers résidents de la communauté juive qui est devenu, par la force des choses, la mémoire et l'âme de ce quartier défavorisé. C'est donc vers lui que la police se tourne pour en savoir plus sur la découverte de ce cadavre auprès duquel on a retrouvé une mezouzah en argent. Pour le vieil homme, c'est l'occasion de se remémorer cette époque d'autrefois où juifs et noirs se côtoient dans une effervescence migratoire qui rassemblent les plus précarisés. de se souvenir de Moshe propriétaire d'une salle de spectacle, et de son épouse Chona qui tient la petite épicerie du Paradis Sur Terre. De cette position privilégiée, le couple observe tous les mouvements de cette vie foisonnante tout en étant à l'écoute de cette population bigarrée. Alors quand Chona apprend que Dodo, une jeune garçon sourd et muet, va être placé en institution, elle se met en tête de le soustraire aux autorités afin de le protéger. Dans sa tâche, elle pourra compter sur Nate le concierge de la salle de spectacle, qui officie également comme leader informel de la communauté afro-américaine et qui va l'appuyer dans cette démarche salvatrice. Mais peut-on véritablement lutter contre cette Amérique blanche et chrétienne qui dicte ses règles sur l'ensemble du pays ?  

     

    Avec la découverte d’un corps à l’état de squelette, on devine que l’enjeu du récit sera de découvrir l’identité de la victime et les circonstances de sa mort, ceci quand bien même le roman se distancie des codes du roman policier pour s’orienter vers un portrait foisonnant de ce quartier multiculturel de Chicken Hill durant la période des années vingt ou juifs et noirs se côtoient dans un joyeux charivari aux accents tonitruants de ces grands orchestres de jazz dirigés par Chick Webb, batteur phénoménal, ou Mickey Katz, clarinettiste virevoltant sur des tonalités yiddish. On arpente donc les rues de ce quartier populaire dans un bouillonnement de rencontres fracassantes et de scènes de vie quotidienne qui vont s’imbriquer les unes aux autres dans ce qui apparaît tout d’abord comme un joyeux désordre pour nous livrer, au final, la mécanique de cette réparation du monde qui va bien au delà d’une simple revanche de la vie et que l’on pourrait définir comme le retour d’un destin parsemé de ces injustices qui jalonnent l’existence des protagonistes de l’intrigue. C’est donc de cela dont il est question dans L’Epicerie Du Paradis Sur Terre où James McBride met en lumière cette espèce de balance universelle entre les bonnes actions des uns et les mauvaises actions des autres et dont le schéma narratif complexe s’articule essentiellement autour des parcours de vie de Chona et de Moshe deux figures importantes de la communauté juive mais également de Nate et de Dodo issus tous deux de la diaspora afro-américaine et qui tous se côtoient sans véritablement se connaître jusqu’à cette tragédie qui va bouleverser l’existence de chacun. Et il émerge ainsi du texte un jaillissement d’humanité sans pour autant verser dans une espèce d’émotion sirupeuse ou de complaisance factice en nous permettant également d’appréhender tous les aspects sombres de ce quartier âpre de Chicken Hill où l’on ne se fait pas de cadeau. Mais de cette part sombre incarnée par des individus comme l’aide-soignant inquiétant Son of Man ou l’odieux docteur Earl Roberts, James McBride en extrait une étincelle de commisération s’inscrivant dans la densité de leur personnalité qu’il prend d’ailleurs le temps de décliner pour chacun des personnages de l’intrigue qui prend parfois quelques tournures désopilantes. Une mention spéciale pour Chona, jeune juive boiteuse qui tient L’Epicerie Du Paradis Perdu et dépourvue du moindre préjugé,  rappelant à certains égards la figure tutélaire de la mère de l’auteur, ainsi que pour Monkey Pants, ce jeune garçon confiné dans son lit de l'effroyable institution de Pennhurst, incarnation de cette autre discrimination que subissent les personnes handicapées que l'on relègue dans des établissements insalubres où la violence est de mise. L'ensemble se décline au fil d'une écriture généreuse et exubérante qui nourrit une succession de chapitres denses nécessitant une certaine attention pour saisir l'intégralité d'un récit qui se se mérite sans pour autant malmener le lecteur qui succombera au charme indéniable de L'Epicerie Du Paradis Sur Terre.
     


    James McBride : L'Epicerie Du Paradis Sur Terre (The Heaven & Hearth Grocery Store). Editions Gallmeister 2025. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par François Happe.


    A lire en écoutant : Children's World de Maceo Parker. Album : Roots Revisited. 2000 Minor Music. 

     

  • James Lee Burke : L’Arc-en-Ciel de Verre. Les héros sont fatigués (suite et fin)


    james lee burke,l'arc-en-ciel de verre,robicheaux,purcell,louisianne,new iberiaIl est indéniable que James Lee Burke est un monument dans le paysage du polar et tout le monde se met au garde-à-vous lors de la sortie annuelle des aventures de son héros fétiche, l’inénarrable Lieutenant de police de New Ibéria, Dave Robicheaux.

     

    Le talent principal de l’auteur réside dans le fil tortueux de ses longues phrases magiques qui traduisent tout l’amour qu’il porte à sa Louisianne chérie à un point tel que je suis parti il y a de cela quelques années visiter cet état extraordinaire. J’ai retrouvé les paysages, les odeurs, les saveurs et les endroits fréquentés par le célébrissime lieutenant de police et il se peut même que j’aie croisé, au détour des marais brumeux, la silhouette fantomatique de quelques personnages imaginés par l’auteur. Il y a donc une émotion particulière qui se dégage lors de chaque nouvelle lecture et une joie de retrouver des personnages qui nous ont accompagné pendant plus d’une décennie.

     

    Mais voilà après dix-sept volumes, il faut bien admettre que le filon s’épuise, même si personne ne semble vouloir le reconnaître. On ne touche pas aux monuments de la littérature ! Pour L’arc-en-Ciel de Verre, dernier roman de James Lee Burke, critiques et bloggeurs s’accordent à dire que l’auteur est au sommet de son art, même si l’on reconnaît parfois une espèce de répétion dans le nœud de l’intrigue. Dans cet ouvrage, nous retrouvons Dave Robicheaux et Clete Purcell confrontés à une famille nantie, avide de terres et d’argent, un serial killer qui œuvre dans l’ombre et un bâteau fantomatique qui hante les marais. Ce condensé simpliste vous pourriez le retrouver, à quelques nuances près, pour résumer plusieurs romans de l’auteur dont le fameux Dans la Brume Electrique avec les Morts Confédérés adapté avec maestria au cinéma  par Bertrand Tavernier. Hormis Swan Peak où l’auteur changeait de décor, et bien évidemment La Nuit la Plus Longue qui relatait avec beaucoup d’émotions les affres d’une Louisianne balayée par l’ouragan Katerina et abandonnée par le reste du pays, James Lee Burke ne parvient plus à sortir du schéma qui a fait son succès. Il y a donc comme une espèce de routine qui s’installe lorsque l’on lit ce dernier ouvrage qui finit par dégager une espèce de déception que l’on peine à accepter. Disons le tout net, même si l’on retrouve toute la ferveur des convictions de l’auteur et toute la mécanique relationnel de différents personnages récurrents de la série, c’est vraiment sur le plan de l’intrigue à mainte fois répétée et qui ne récèle donc plus aucune surprise, que l’on ressent un malaise que la fluidité du phrasé et la beauté des descriptions ne parviennent plus à masquer.

     

    C’est donc avec cet auteur monumental que j’achève cette série de héros fatigués qui trustent le paysage de la littérature policière, même si l’on pourrait en évoquer bien d’autres comme Harry Bosch de Michael Connelly, Lincoln Rhyme de Jeffery Daever, Alex Cross de James Patterson ou même Kurt Wallander de Henning Mankell qui a courageusement mis un terme à sa série. Une démarche téméraire qui a le mérite pour l’auteur de se remettre sur les rails de la créativité en tournant le dos aux sirènes du markéting.

     

    James Lee Burke : L’Arc-en-Ciel de Verre. Editions Rivages/Thriller 2013. Traduit de l’anglais (USA) par Chrsitophe Mercier.

    A lire en écoutant : Trème Song de John Boutté. Album : Jambalaya. CD Baby 2003.

     

  • JAMES LEE BURKE : SWAN PEAK, L’OUBLI DANS LA GRANDEUR DE LA NATURE.

    swan peak,rivages,james lee burke,robicheaux,purcell,montanaIl aura fallu un ouragan pour que Dave Robicheaux, sa femme Molly et son inénarrable compagnon Clete Purcell quittent momentanément les terres submergées de la Nouvelle Orléans et de New Ibéria pour se ressourcer dans l'ouest du Montana. Loin de trouver le repos, les deux compères se retrouvent aux prises avec les frères Wellstone, riches propriétaires terriens entourés de personnages patibulaires qui ont jadis frayé avec la mafia. Les fantômes du passé ressurgissent alors qu'un tueur en série sévit dans la région, tandis qu'un prisonnier fugitif, traqué par un gardien inquiétant, tente de retrouver sa petite amie désormais mariée à l'un des frère Wellstone. Des passés obscurs, des rancœurs enfouies et des faits divers terrifiants vont semer le trouble dans la région.

     

    En Louisiane ou dans le Montana, on se complaît dans les atmosphères envoutantes des récits de James Lee Burke car cet auteur de talent parvient toujours à nous séduire que ce soit par ces descriptions lyriques d'une nature somptueuse ou par le charme de personnages qui deviennent toujours plus complexes au fil de ses ouvrages.

     

    Swan Peak ne déroge pas à la règle, bien au contraire. Il s'agit de l'un des romans le plus abouti de ce grand écrivain. Toutefois n'espérez pas trouver d'intrigues tarabiscotées ou de grandes doses d'adrénaline dans ce 17ème opus des aventures de Dave Robicheaux. L'histoire s'installe tranquillement comme une de ces rivières du Montana où l'on aime à pêcher à la mouche, un rythme fait de quiétudes et de sursauts à l'ombre des Mission Mountains. Certains pourront reprocher l'attitude très en retrait des personnages principaux qui deviennent presque spectateur des trames qui se jouent tout autour d'eux, mais on ne pourra qu'apprécier l'ambiguïté et les contrastes des acteurs secondaires qui prennent le devant de la scène en renouvelant ainsi la structure usuelle des récits de James Lee Burke.

     

    L'action se déroule donc non loin de Missoula qui est également le second lieu de résidence de l'auteur et qui semble être devenue la Mecque de bon nombre d'écrivains nord-américains, comme feu James Crumley, Richard Ford, Thomas McGuane et Jim Harrison. Ce n'est d'ailleurs pas la première incursion dans cet état, puisque James Lee Burke avait déjà fait évoluer le personnage de sa seconde série, Billy Bob Holland, dans la région avec Bitterrott.

     

    En toile de fond, il y a toujours cette inquiétude pour la préservation d'une nature qui semble menacée par les feux de forêts, les mines à ciel ouvert et l'exploitation du pétrole ainsi que la problématique de l'élevage intensif. Et puis on retrouve cette lutte permanente des personnages principaux qui tentent de refréner la résurgence de leurs démons intérieurs en cherchant en vain l'endroit idéal pour déposer les bagages encombrants d'un passé qu'ils ne peuvent oublier.

     

     

    James Lee Burke : Swan Peak. Editions Rivages / Thriller 2012. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Christophe Mercier.

     

    A lire en écoutant : One Time One Night - Los Lobos - Wolf Track : The Best of Los Lobos. Rhino 2006.

     

     

  • LES POLARS DU SIECLE !


    Capture d’écran 2015-04-19 à 12.00.56.pngLes dix meilleurs polars de tous les temps. Rien que ça ! Avec ce titre ambitieux pour une démarche qui l’est tout autant, on peut se féliciter de l’initiative du Matin Dimanche qui consacre 4 pages aux polars. Si cet hebdomadaire dominical pouvait consacrer ne serait-ce qu’une page  dans ses parutions futures ce seraient encore mieux.

     

    Partenaire de la Scène de Crime, dans le cadre du salon du livre à Genève, le Matin Dimanche a réuni un jury international, dont chaque membre (journalistes, chroniqueurs, écrivains, bloggeurs et éditeurs) a établi une liste des dix polars impérissables. C’est la fusion de ces listes qui a permis à la rédaction d’établir le palmarès final. Que l’on ne s’y trompe pas, l’exercice ne peut susciter que frustrations, discussions, voire même confrontations. C’est d’ailleurs le seul intérêt que l’on peut trouver à ces classements. Pour ma part, je déplore que David Peace n’y figure pas.

     

    Le classement :

    1. Moisson Rouge de Dashiell Hammet
    2. Mr Ripley de Patricia Highsmith
    3. Le Dahlia Noir de James Ellroy
    4. The Long Goodbye Raymond Chandler 
    5. L'assassin qui est en moi de Jim Thompson
    6. J'étais Dora Suarez de Robin Cook
    7. Le Grand Nulle Part de James Ellroy 
    8. Le Grand Sommeil de Raymond Chandler 
    9. La Position du Tireur Couché de Jean-Patrick Manchette
    10. L'Inconnu du Nord Express de Patricia Highsmith
    11. L.A. Confidential de James Ellroy 
    12. On Achève Bien les Chevaux de Horace McCoy et Roseanna de Maj Söwall et Per Wahlöö
    13. Le Faucon Maltais de Dashiell Hammet
    14. L'Espion qui Venait du Froid de John le Carré
    15. La Femme en Blanc de William Wilkie Collins
    16. Millenium 1 - Les Hommes qui n'aimaient pas les Femmes de Stieg Larsson et Nécropolis de Herbert Lieberman
    17. Le Diable Tout le Temps de James Ray Pollock
    18. L'Analphabète de Ruth Rendell

     

    Avec un jury international, ce sont les romans des USA et de la Grande Bretagne qui trustent ce palmarès avec 9 ouvrages en tête où l’on découvre des grands auteurs classiques comme Dashiell Hammet, Raymond Chandler et Patricia Highsmith. Dans ce listing figure également James Ellroy, Jim Thompson et Robin Cook. Bref, rien de très vraiment surprenant, hormis le fait que Manchette figure en 9ème place avec La Position  du Tireur Couché. Roseanna de Sjowall et Wahloo est classé en 12ème position.

     

    Une page est consacrée à une interview de François Guérif. Toujours aussi pertinent, le directeur de la collection Rivages/Noir nous livre sa vision des romans dit « ethniques » et la formule pour faire un bon roman policier.

     

    Finalement l’intérêt de ce supplément spécial réside dans le choix du roman que chaque membre du jury  recommanderait à ses amis. Il y a bien évidemment des classiques, mais on y trouve également un florilège de polars beaucoup moins convenus qui peuvent susciter un certain intérêt. Parmi tous ces « hors séries » consacrés aux polars, c’est peut-être cet article qui permettra aux lecteurs chevronnés du genre, de découvrir quelques nouvelles pépites.

     

    A lire en écoutant : All or Nothing At All de John Coltrane. Album Ballads. Impulse 1961.           

     

  • RIVAGES/NOIR - FRANCOIS GUERIF

    175310-gf.jpgDans l'univers du polar, si je ne devais citer qu'une maison d'édition, il n'y pas tortiller un million d'années, ce serait Rivages/Noir qui n'est rien d'autre que le Pléiade de la littérature noire. Bien sûr, on me dira qu'il n'y a pas de reliure en cuir pleine peau et d'impression sur papier bible, mais c'est encore mieux. Tout d'abord, il faut caresser la couverture légèrement granuleuse qui laisse présager les textes âpres qu'elle referme. Ensuite il faut vraiment apprécier la qualité de la maquette avec des photos aux couleurs savamment travaillées pour illustrer le contenu du livre. Certaines sont extraites de films que l'on a photographiés sur écran télé, donnant cette trame un peu trouble si caractéristique. Je préfère d'ailleurs les photos plutôt que les illustrations qui ornent entre autre, certains ouvrages d'Ellroy. En parlant de ce dernier, si je ne devais garder qu'un seul ouvrage de cette collection, ce serait la trilogie Lloyd Hopkings qui est tout simplement magnifique. Une vue d'une rue de Los Angeles sous un crépuscule naissant. Je possédais déjà les trois ouvrages séparément, mais dès que j'ai vu cette réédition /compilation dans les rayons, j'ai craqué et le plaisir de relire les aventures de Lloyd-le-dingue n'en a été que plus intense. Pour l'édition grand format Rivages/Thriller, j'apprécie la typographie de certains titres qui donnent l'impression d'avoir été tapé à l'aide d'une vieille Underwood  poussiéreuse. Mais trêve d'emballage et parlons du contenu de cette collection hors norme de plus de 800 titres !

     

    John Harvey, David Goodis, Jean-Jacques Busino, Dennis Lehanne, James Lee Burke, Tony Hillermann, Eric Ambler, Jean Vautrin, James Ellroy, George Chesbro, Pascal Dessaint, Elmore Léonard, Bob Leuci, Jean-Hugues Oppel, Hugues Pagan, David Peace, Giorgio Scerbanenco, Pierre Siniac, Maj Sjowall et Per Wahloo, Richard Stark, Paco Ignacio Taibo III, Jim Thompson, Nick Tosches, Donald Westlake, Charles Willeford, Daniel Woodrell sont quelques un des auteurs que j'ai lu dans cette collection avec une mention spéciale pour Tony Hillermann qui fut mon premier achat chez Rivages/noir.

     

    Pour rassembler de tels auteurs, il fallait un big boss, un directeur hors norme, dingue de littérature noire aux connaissances quasi encyclopédiques en la matière. J'ai nommé François Guérif. Dire que le bonhomme est un passionné relèverait de l'euphémisme. Certain l'ont traité d'intégriste, alors que je le considérerais plutôt comme un perfectionniste. L'une des particularités importantes qui l'a démarqué des autres éditions c'est la traduction. Il faut savoir qu'à l'époque on formatait les romans noirs en rajoutant de l'argot, en supprimant des chapitres entiers, en atténuant les passages trop littéraires. C'est ainsi qu'un titre de Chandler comme « The Long Goodbye » devient « Sur un Air de Navaja » Allez comprendre ! Je tiens à préciser qu'il ne s'agit pas d'une critique pour ces traductions qui bonnes ou mauvaises m'ont fait découvrir l'univers du polar (ce qui m'agace par contre c'est que l'on persiste à les rééditer sans prendre la peine d'aviser le lecteur de ces coupes ou autres errements de traduction alors qu'il en existe de plus précises et de meilleure facture).

     

    Avec François Guérif, la traduction prend toute sa valeur et peut importe le nombre de feuillets à traduire si le roman en vaut la peine.  Il n'est donc pas rare de trouver chez Rivages/Noir des romans en format poche qui font plus de 500 pages. Ainsi, François Guérif s'est entouré de traducteurs hors norme comme Pierre et Danièle Bondil, Freddy Michalsky, Jean-Paul Gratias, Isabelle Maillet qui nous ont permis de découvrir les particularités des expressions cajuns ou navajos et de la syntaxe parfois surprenante de certains auteurs.

     

    La collection prend son envol avec la publication du livre n° 27 : « Lune Sanglante » de James Ellroy où tous les lecteurs prennent une bonne baffe bien sentie dans la gueule avec ce texte explosif. François Guérif prétend ne pas avoir vraiment découvert Ellroy puisque le manuscrit est passé par toutes les maisons d'édition avant d'atterrir sur son bureau. Qu'importe il a eu l'audace de le publier apportant à Rivage/Noir ses lettres de noblesses dans le monde du polar et permettant de nous faire connaître d'autres auteurs talentueux qu'il suivra tout au long de leur parcours littéraire. Tony Hillermann mettra plus de temps, mais deviendra également un auteur phare de la collection.

     

    L'autre particularité de Rivages/Noir c'est que les auteurs semblent apprécier la maison à un point tel que certain d'entre eux la recommande à  leurs camarades écrivains. C'est par exemple James Ellroy (encore lui !) qui fait connaître Edward Bunker à François Guérif qui l'édite.

     

    Bref avec toute la subjectivité dont je suis capable, je peux dire que Rivage/Noir est la meilleure maison d'édition en matière de polar. Vous pouvez piocher dedans les yeux fermés car vous trouverez toujours des pépites du roman noir provenant de tous les continents.

     

    Je vous recommande les entretiens vidéo de François Guérif qui sont vraiment passionnants. On découvre plus qu'un éditeur, un fervent adepte du monde du polar !

     

    François Guérif - Rivages/Noir deux noms indissociables.